Ascension de Néouvieille
De Baréges, il faut prendre pour point de départ la vallée de Bastan; ensuite on traverse le vallon de Lientz, triste et désolé ; à droite vous’ apercevez le pic de Miaritz, où les pâtres racontent que de grandes auges de pierre, qu’on peut vous montrer, étaient jadis pleines d’or et d’argent que les Anglais y avaient cachés.
A votre gauche, le schiste d’.lj/sé s’unit au granit de Néouvieille.
oii PYRENEES. — ROUTE il.
Vous êtes alors dans la région du granit et delà neige; les lacs y abondent : vous trouvez les lacs de la Glaire, de Combe- Longue, de Combe-Seure, du Mail, de Moureüt et de Stella t.
Le granit, du côté de Néouvieille, repose sur de larges bancs inclinés. Le grand pic est inaccessible ; il faut compter deux heures environs pour gravir le col. C'est un des points les plus importants de la belle chaîne des Pyrépées.
Néouvieille appartient au terrain granitique; l’élévation du pic est, selon Keboul et Vidal, de 3,2.32 mètres au-dessus du niveau de la mer.
L'ascension de Néouvieille ne doit être exécutée qu’avec un guide excellent. L’amour seul de la science peut porterie voyageur à tenter celte entreprise, car autrement il ne trouve pas dans cette course difficile des dédommagements suffisants à ses fatigues et à ses périls.
M. Arbanères, un moment s’égara sur ces hauteurs. Voici comment il raconte le danger qu’il courut :
« Antoine s'abandonne à un doux sommeil; mais
j’observe et j’écris. Voilà l’homme simple qui se livre à tous ses premiers instincts, et celui à qui l’éducation adonné une vie nouvelle qui le rend dédaigneux de ces plaisirs faciles du corps, lui fait préférer les jouissances de l’imagination, et sacrifier ainsi sans cesse les biens présents pour des biens à venir. Heureusement pour tous les deux, je veillais. Les brouillards qui couvraient le fond des vallées s’élevèrent vers trois heures, et ceignirent bientôt, comme un vaste turban, le front chauve de Néouvieille. Ces vapeurs légères, qui semblent d'abord u’avoir aucune intention malfaisante, peuvent, dans ces lieux terribles, amener les périls les plus imminents, en dérobant la route à vingt pas, et en privant de tous les points de reconnaissance. Ma crainte se réalisa. Nous nous égarâmes aux environs du lac du Mail, dans le dédale de monticules qui le bordent.
« Déjà le soleil atteignait l’horizon. Nous précipitons notre marche sur divers points, et un maléfice insurmontable nous ramène toujours sur des rives où les rochers, plongeant perpendiculairement dans le lac, u’oflraienl aucun passage. De fortes traces, que nous avions vues sur la neige, nous avaient anuoncé qu'un grand ours rôdait dans ces parages. Ce voisinage augmentait notre dégoût de passer la nuit sous une roche, sans armes, sans vivres, sans manteau,
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pénétrés du froid de celte haute région, et trempés dans cette brume perfide. Mon vieux guide, bourrelé de honte et de crainte, perdait en imprécations le reste de ses forces et du jour. Cependant il couserva une prudence qui nie fut bien utile.
« Je voulus une fois traverser une partie du lac dont le fond paraissait rocheux et de deux ou trois pieds de profondeur. Ce trajet nous amenait sur une pelouse, et de là peutêtre à une issue. Tel était le raisonnement que me suggérait l’impatience; mais* sans tenir compte du manque possible du fond, un danger plus réel était la -froideur glaciale de l’eau. La nuit qui venait eût empêché le violent exercice nécessaire pour dissiper l'engourdissement. Le brave homme s’opposa d'instinct à ce projet, et je vis après quelles tristes conséquences auraient pu suivre sa tentative ou même son accomplissement. Je suivis le conseil de mon vieux compagnon, et prenant de nouvelles forces de la nécessité pressante, nous nous enfonçâmes pour la quatrième fois, des rives du lac, dans ce labyrinthe inextricable de rochers. Les dernières lueurs du jour allaient se perdre dans les voiles ternes du brouillard. J’allais à l’aventure, non pour trouver une route que je n’espérais plus, mais pour rencontrer quelque pasteur. Nos cris retentissaient en vain depuis longtemps.
« Enfin, au haut d’une monticule parait un homme qui se détachait sur le ciel, encore un peu clair, comme une ombre serourable. Il descend à nos vives instances. Nous lui exposons notre perplexité. Les soins de son troupeau le retiennent; un écu lui donne du zèle. Antoine, comme à regret, se laisse guidpr avec l'air récalcitrant d’un maître qui reçoit une leçon. Nous marchons à pas précipités, impatients de fuir ces lieux perfides. La pensée des inquiétudes qu'auraient éprouvées mes amis à Baréges eût ajouté pour moi une impatience poignante à tous les autres maux. Enfin nous atteignons le gave, après sa sortie du lac de la Glaire; et le reste de la marche, jusqu’à Baréges, n'offrit plus que les difficultés d’une roule dans des blocs de rochers pendant la nuit. »
1S. Vallée de Le sponne. — Lac Bleu.
Getle vallée, ouverte au sud-ouest entre les villages de
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Bandeau eide Campan, remonte dans l’épaisseur du chaînon que dominent au sud le pic du Midi, au nord-ouest le pic du Mont-Aigu; elle est parcourue par un ruisseau assez considérable, l’Adoûr de Baudéan, formé à son origine de deux torrents distincts descendus, l’un, le méridional, du lac Bleu ouLhéou, l’autre, l’occidental, d’un lac plus petit, nommé par les visiteurs lac Vert.
L'entrée de la vallée de Lespontie est facile à découvrir, à cause de sa largeur et à cause aussi de la roule assez spacieuse qui y conduit, et débouche sur celle de Campan, à environ un kilomètre au-dessus de Baudéan. L’œil est doucement impressionné, d’abord par un spectacle tout pastoral ; on ne voit, pendant trois quarts d’heure de marche, que de belles prairies arrosées par les eaux bondissantes de l’Adour, (ju’une foule de rustiques habitations et de granges entourées de jardins et de champs cultivés.
Le versant septentrional, constitué par une muraille de rocher, la Conte d'Arrou, qui sépare cette vallée du vallon de Serris, offre quelques bouquets de bois pittoresquement jetés sur cette aride séparation. Deux sentiers praticables aux chevaux permettent au voyageur qui veut gravir cette arête rocheuse de jouir, à la fois.de la vue des deux vallons.
Le versant méridional est occupé par les étages gazonnés et couverts de fougères des hauteurs d'Artigue- Darré, auxquelles succède la forêt de Mourgue il; puis s’ouvre la gorge creusée par le ruisseau de Binaros , remontant jusqu’au Col d’ Aouel , qui sépare le val de Binarbs de celui a’Arise , d’où l’on n’est plus qu’à une petite distance du pic du Midi.
Un peu avant d’arriver à Lesponne , on voit tourner à droite la Cosle d’Arrou, et l’on découvre l’étroite entrée du petit cl raide vallon de Lardesen, remontant jusqu'au plateau d’Esquion1. La vallée diminue considérablement de largeur au delà du hameau de Lesponne ; la culture ne se présente plus que par lambeaux sur les bords de l’Adour, et les deux versants commencent à ne plus offrir, vers le
1 Je n'indique pas ici les mille détours par lesquels on peut de la vallée de Lardezen arriver en une heure sur les hauteurs de Soulagnels, parce qu'il est impossible de faire ce trajet sans guide.
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bas, que des talus parsemés d’ajoncs cl de bruyères; vers le haut, que des forêts de sapins.
A la distance d’environ 3,000 mètres du hameau de Lespontie, s’ouvre une petite gorge qui donne accès aux regards sur tout le Mont-Aigu, vu de la base au sommet. Le ruisseau qui la creuse forme , à une petite distance de la route, une jolie cascade connue sous le nom de cascade d’.Lspi ou de la Truite; un sentier à peu près praticable pour les chevaux , et qui remonte il la droite de la cascade, conduit au pied du pic.
On arrive , une demi-heure après , au fond de la vallée terminée par la masse si joliment découpée des montagnes de Bizourlèret. Sur la gauche, un peu avant le hois de hêtres couvrant le ressaut qui défend l’entrée du vallon où se cache le lac Bleu, s’ouvre la gorge d 'Ârdalos, laissant apercevoir à une distance que l’on jugerait peu considérable, la masse presque entière du pic du Midi, dont on n’atteint cependant la base qu'a près trois heures de marche.
Ici s’ouvrent les deux vallons d’où découlent les eaux qui alimentent l’Adoor de Baudéan. Celui de droite, véritable continuation de la vallée principale, s’enfonce entre les montagnes de Bizourtère et les hauteurs boisées* qui, de ce côté, servent d’appui et de degrés au Mont- Aigu; elle conduit aux cabanes du Pont-de-Ker et de Combielle, et dans des pâturages au fond desquels on aperçoit un col nommé Hnurguette de Bar an. On arrive, en traversant ce col sur l’extrémité sud du coteau de Davantaigne , d’où l’on descend à Yillelongue et à Pierrefilte, dans la vallée de Lavedan. Cette traversée, que l’on peut effectuer avec des chevaux, demande environ trois heures de marche.
La vallée de gauche, beaucoup plus souvent fréquentée par les voyageurs, remonte au lac Bleu, et offrent une route un peu pénible , mais non dangereuse aux robustes piétons qui veulent atteindre Baréges par la voie la plus directe.
Pour suivre cette direction , on traverse l’Adour sur un pont, si l’on est b pied; à gué, si l’on désire conserver son cheval, ce qui eçt peu prudent, pour arriver à la cabane
1 Les trois cabanes de Bizourtère ne sont occupées (pie par des pasteurs durant l’été.
* Forêt de Manuri.
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qu’offrent les pâturages supérieurs. Dans tous les cas , on traverse, en longeant la rive droite du torrent, un délicieux bosquet. De tous côtés, l’eau y jaillit en cascades au milieu de prairies du plus beau vert, semées, comme à plaisir, de touffes de rhododendron , de masses de rochers , de bouquets et de massifs de hêtres, qui défient pour la grâce les parcs les mieux disposés. Deux cascades hautes d’environ Iff â 20 mèl., l’inférieure divisée en deux filets, la supérieure en trois, offrent un charmant aspect à l'œil qui les découvre au milieu des bois.
Cet endroit est une des plus fraîches et des plus jolies solitudes que l’on puisse rêver ; elle seule récompenserait du peu de fatigues que l’on prend pour l’atteindre. C’est un charmant lieu de station pour les dames qui craignent, et avec quelque raison , les fatigues qu’exige l’ascension au lac Bleu. Ceux qui veulent atteindre ce beau réservoir continuent à remonter la rive du torrent. Une fois hors du bois et dans les pâturages, ils arrivent bientôt devant les cabanes d’.lya. On n’a plus alors qu’à suivre soit la rive droite, soit la rive gauche du cours d’eau. Si l’on veut apercevoir le lac dans toute son étendue, on si du lac on veut pousser jusqu’à Baréges par la petite brèche que son enceinte offre vers l’est, c’est la rive droite qu’il faut choisir.
Une fois sur les bords du Lliéou, on peut revenir au fond de la vallée de l.esponne par le vallon qui continue cette vallée à droite; pour cela on traverse les montagnes de Bizourtère, et on rencontre dans ce trajet le petit lac nommé lac Vert, qui est aussi une des sources de l’Adour de Baudéan ; il faut environ deux ou trois heures pour monter au lac Bleu.
» La partie basse de la vallée de Lesponne est creusée dans le terrain de transition, mais la partie supérieure appartient au massif de terrain primitif qui forme le pic du Midi et le Mont-Aigu. Dans la gorge qui monte au lac Bleu , la roche dominante est le schiste micacé ; mais on y trouve aussi en place le granit et le calcaire primitif.