‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 206 sur 226 · DE TOULOUSE A PERPIGNAN. —AX · texte numérisé non relu

DE TOULOUSE A PERPIGNAN. —AX

nombre de pauvres; ce nombre est fixé à seize, qui sont logés dans une salle particulière.

Au sortir d’Ussat, notre route remonte toujours la gauche de l’Ariège; non loin de là, la vallée de l’Ariège fait une courbure vers l’est, en tournant la base septentrionale du mont Saint-Barthélémy , un des pics les plus élevés de celte portion de la chaîne pyrénéenne, dont le front est couvert de neiges et de glaces éternelles : — un sentier conduit à ce géant de la vallée: son ascension demande sept bonnes heures de marche, souvent sous l’inlluence d’un soleil brûlant; arrivé au sommet, le plus riche panorama se déroule sous vos yeux : vers le nord, les plaines de l’Ariége et de la Garonne étalent leur sol uni jusqu'à Toulouse; vers l’est, le Roussillon, et celte masse de monts et de vallées qui couvrent cette province; et pour dernier plan, les eaux azurées de la Méditerranée : vers le sud, les nombreux vallons d’où s’échappent les divers cours d’eau tributaires de l’Ariége ; et plus loin le pic neigeux du Mont Colin et la vallée d’.Lidorre, etc. Le sommet du pic île Tube, comme on l’appelle aussi, est de 2,380 met. au-dessus du niveau de la mer.

Notre roule nous conduit bientôt au pont de Giulane, sur lequel nous traversons le courant de l’Aslon, qui descend de cette liante chaîne aux sommets neigeux qui sépare la Franco de la vallée d'Andorre : à mesure que nous avançons, de nombreux et anciens châteaux en ruine, situés sur des pics élevés, s'offrent à nos regards: mais au milieu de cette scène romantique, celui du Lardai est le plus imposant et le plus pittoresque; il est situé non loin du bourg de Càbannes; au milieu de ces débris de la féodalité, se trouvent les signes de l’industrie moderne : de nombreuses forges viennent ajouter un nouvel intérêt à celte belle scène de la nature.

Enfin la ville d’Ax se montre serrée eulre trois tormits, l’Ode, VAriêge d’Orlu et celui de Puymorin, et entourée de buttes granitiques, où le roc qui porte toutes les montagnes voisines est à nu. Dans ce site presque sauvage, le soufre se sent partout, émané des sources thermales qui imprègnent le sol; mais l’air y est pur, le peuple doux, la vie bonne, les eaux abondantes et salutaires, et un reste de commerce avec les Andorrans y entretient quelque activité.

\x (Ariège) 2,000 hab. ( Hotels ; d’Espagne, de France ;

ü20 PYRÉNÉES.— ROI TE 27.

l’un ot l’autre très-mal tenus.) — Cetle petite ville, est située sur l’Ariége et à 710 nièt. au-dessus du niveau de la mer: elle abonde en eaux thermales qui ont été connues dans les temps les plus reculés: on voit encore à Ax un bassin qui conserve le nom de Bains des Ladres ou Bains des Lépreux. Celte ville peut recevoir 1,500 étrangers environ, cl ne présente qu’une réunion de ruelles sales et étroites. Ces seuls édifices qu’on puisse citer sont les hôtels et les hôpitaux dont un a été récemment construit pour les militaires invalides.

Sources. On en compte jusqu’à cinquante-trois ; elles fournissent aux bains et aux douches de trois établissements : le nouvel édifice est très-élégant, c’est le rendez-vous des malades riches; ils possèdent douze baignoires en ardoise noire, deux douches et un bain de vapeur: le Teix est celui des trois établissements qui donne le plus de bains: l’établissement du Couloubrel est actuellement négligé.

Propriétés physiques. Les eaux d’Ax sont constamment claires, les orages et les pluies 11e les troublent pas ; elles ne gèlent jamais ; elles ont l’odeur et la saveur d’œufs couvés.

Température des sources les plus usitées, d’après M. Fontan :

Les canons 75o 50 cenligr.

Sicre-Fonlan 59° 50

Bains du Teix de l’Étuve 70» 15

Teix (Pyramide) 62° 05

Bain fort du Couloubrel. . 45» 50

Bain fort du Teix (Etuve) . 70° »

Propriétés médicales. On les recommande pour la guérison des catarrhes, des rhumatismes chroniques, des alfections cutanées, des maladies scrofuleuses, des engorgements de la matrice, les paralysies, les écrouelles, etc.

Dépense. Une chambre conte 75 fr. par mois: bonne nourriture, 4 fr. par jour; un bain, 75 cent. ; une douche 75 cent.

Médecin-inspecteur.

D'Ax, le voyageur n’a pas d’autre voie pour gagner Perpignan, que de suivre la roule de poste jusqu’à Puycerda (Espagne), et de là par la vallée du Tech, celte ancienne capitale du Roussillon.

DE TOULOUSE A PERPIGNAN. — PERPIGNAN, «il

En remontant la vallée d'Ax, la route se resserre avant d’arriver à

Morens, pauvre village; au delà, les moniagnes se rapprochent et ne forment plus qu’un long et sombre défilé, au sortir duquel la vallée s’élargit, mais n’en devient pas plus intéressante pour cela. — Après environ trois heures et demie de marche, depuis Ax, le voyageur arrive, par un sentier rude et escarpé, à

/fospitakt, pauvre hameau, mais où l'on trouve une auberge.

A 1 et 1/2 heure de ce lieu, vous traversez la montagne au port de Puymorins, oii se trouve un poste de douane ; et bientôt, franchissant la crcte de cette grande chaîne, vous descendez la pente sud et pénétrez dans la vallée du Carat, lieu sauvage et couvert de rochers; puis vous passez par les hameaux de Porté et de Porta; non loin de ces deux tristes localités se trouve le vieux château ruiné appelé tour du Corot, bâti, d’après les traditions populaires, par les Maures. — La position de ces ruines, situées sur le sommet d’un immense bloc de granit, s’élevant isolément du milieu de celle vallée étroite et raboteuse, est très-pittoresque. Toute celte scène a quelque chose de sauvage et d’imposant.

Un peu au delà de Porta , le voyageur rencontre le petit village de Courbassil, puis celui de la Tourdu-Carol, situé à 1/3 de kil . environ de la frontière d’Espagne, et à 3 kil. 1/2 la roule nous conduit à Puycerda

De cette ville nous allons nous rendre directement à Perpignan par Mont-Louis, Olette, Prudes et /Ile. C’est un voyage de 1b ou 16 h. à cheval ou en voilure.

Après avoir visité ce que renferme de curieux la capitale des Pyrénées-Orientales, le touriste» pourra se diriger vers les points les plus intéressants de ce département, faisant de celte antique cité le centre de ses excursions.

Perpignan -(Pyrénées-Orientales) 21,800 h. (Hotels: de l’Europe ; — du Petit-Paris; — du Midi; — du Nord;— des Ambassadeurs ; — du Luxembourg ; — de Notre-Dame, au faubourg de ce nom.)

Perpignan, chef-lieu du département des Pyrénées-Orientales, est une des premières places fortes du royaume, défen-

1 Voyez Guide du Voyageur en Espagne chez !.. Maison, éditeur, Paris.

dant le passage de cette partie des Pyrénées de l'Espagne ; elle est située en partie dans la plaine unie du Roussillon et en partie sur une pente peu élevée, sur la rive droite de la TW, à 13 kil. environ de son embouchure dans la Méditerranée. Cette ville a quelque chose d’oriental; elle est en général mal bâtie, mais ses rues tortueuses et les fortes saillies des premiers étages procurent aux piétons des passages à couvert, précieux dans un climat où l’ombre est un besoin.

Perpignan, siège de la xie division militaire, est une ville ancienne qui date du x« siècle, construite sur les ruines du Flavium Eprusium. Louis XIII s’en empara en 1662. Elle possède une université fondée en 1349, un évêché, un séminaire, un collège, deux musées, un jardin botanique, une bibliothèque de 16,800 vol., un théâtre, des tribunaux, société des sciences, belles-lettres, etc., fondée eu 1833, une société agricole, un conservatoire de musique.

Bien que Perpignan possède peu de monuments d’un haut intérêt sous le rapport de l’architecture, les suivants méritent cependant d’être cités : le premier est sans contredit la belle et vast e. Citadelle, séparée delà ville par un large glacis, et entourée d'une double ligne d’ouvrages. Les remparts intérieurs furent élevés par Charles V ; ceux de l’extérieur par Vauban : au centre de cette forteresse s’élève le donjon, haute tour carrée bâtie par les rois de Majorque; de belles casernes, une jolie place d’armes et les ruines d’une église dont la façade est remarquable, et qu’on dit ressembler à celle du Mont-Sinaï: des remparts de celte forte enceinte, la vue s’étend sur la ville et sur toute la plaine du Roussillon, dont on mesure l’étendue à l’est; l’œil n’est arrêté, jusqu’aux rives de la Méditerranée, que parla haute tour de Castel- Roussillon, bâtie sur une colline que baigne la Tet, et qui indique, à ce qu’on prétend, le site du Ruscino des Romains: au sud se dessinent les Pyrénées, quoique dans le lointain, et la seule ligure qui se détache d’une manière frappante de ce groupe imposant de montagnes est le Canigou, le point le plus élevé de cette noble chatne.

Eglise cathédrale de Saint-Jean. C’est un vaste édilice n’ayant qu'une nef entre deux rangées de chapelles, où les dorures et les lourds ornements sont prodigués dans le goût espagnol; on voit dans celte vaste basilique le mausolée de M. de Mont-Mor, premier évêque français. Des inscriptions

Page 1