DH PARIS A BAYONNE. — BORDEAUX
tl ordre corinthien s élevant des premières galeries jusqu’à la frise. Des escaliers particuliers pour chaque étage de loges permettent à cette salle d’être vide en moins de deux minutes, et dans le cas d'incendie, d’immenses réservoirs d’eau placés au-dessus des frises de la scène et dans diverses parties supérieures de l’édifice permettraient d’inonder instantanément la scène et de se rendre ainsi maître du feu. Toutes les combinaisons ont d’ailleurs été tellementcalculées, que dans un cas d’incendie total de la salle, le reste du monument serait conservé, la salle formant une île au centre de ce bel édifice.
Il existe à Bordeaux un autre théâtre appelé les Variétés, où l’on joue le drame et le vaudeville. Ce théâtre est situé au bout de la rue des Fossés-de-l'Intendance.
Toutes les rues avoisinant le Grand-Théâtre sont trèsbelles. D un côté la rue Esprit-des-Lois, dans laquelle on remarque 1 hôtel de la Banque et plusieurs autres grands hôtels, conduit de la place .de la Comédie , celle qui est la plus fréquentée de Bordeaux, au quai; de l’autre, la rue des F ossés-dc-l' Intendance, faisant suite à la rue du Chapeau- Rouge, aboutit à la place Dauphine, dont la décoration uniforme offre un très-beau coup d’œil. A l’est de la place Dauphine, la plus belle placede Bordeaux, tant par sa forme circulaire que par la régularité des maisons qui l’entourent, est la porte Dijeaux, qui se trouvait sur les remparts de la ville avant son agrandissement. C’est la porte la plus antique de Bordeaux. Son nom lui vient d’un temple de Jupiter (dieu Jovis) qui s’élevait dans les environs. Elle fut reconstruite, en 1 645, telle que nous la voyons aujourd’hui, lorsque l’armée royale, commandée par Mazarin, attaqua Bordeaux, qui tenait pour le parti de la Fronde. Au sud-est est la rue Dauphine, qui mène au cours d’Albret, boulevard planté de trèsgrands arbres, conduisant dans la partie méridionale de la ville; au nord, les cours de Tourny et du Jardin-Royal, conduisant au faubourg des Chartrons. Les allées de Tourny , conduisant du Grand-Théâtre à la rue Fondaudége , étaient, il y a 20 ans, une promenade plantée de grands et beaux arbres, qui furent abattus en 1831 ; aujourd’hui elles forment une place d’un aspect pittoresque. L’œil découvre de la place circulaire le plus beau panorama qu’on puisse imaginer : quatre grands cours et deux belles rues viennent y
abouti)'. Au centre de celle jolie place est la slatue de l’immortel intendant de. la Guyenne , M. de Tourny. A ses deux cxlréuiilés sont placées les statues de Montaigne et de Montesquieu, dues au ciseau de Maggesi. Entre la rue Fondaudège et les Charlrons, est le jardin public, promenade vaste et agréable dont les grilles bordent le cours de Tourny. Devant cette grille sont le cours du Trente- Juillet et le Pavé-des- Churtrons, deux boulevards bordés par de somptueuses constructions particulières. Bordeaux possède encore d’autres promenades : les Fossés-de-Yille , ceux des Tanneurs, les Allées-d' Amour, etc. Mais les plus belles sont, sans contredit, celles que l’on a établies depuis quelques années sur le terrain qu'occupait le Château-Trompette ; elles sont désignées sous le nom de Quinconces. Au milieu de ce terrain, bordé sur deux de ses côtés par neuf rangées d’arbres , est une vaste place terminée d’un côté par une terrasse qui s’étend le loug du quai, et au centre de laquelle sont deux colonnes roslrales éclairant la plus grande partie du port, et de l’autre par une façade demi-circulaire de très-belles maisons. On monte au sommet des deux colonnes par un escalier intérieur à vis sur noyau. Celle promenade est magniüque et réunit la ville aux Chartrons. C’est près des Quinconces qu’existe le Jardin-Royal, une des promenades les plus belles de France.
Non loin du théâtre sont deux jolies places circulaires : celle du marché des Grands Hommes et celle de Tourny. Près de l’église Saint-André est la place Pey-Hrrland, nom qui lui a été donné parce que là se trouve le clocher ou la tour de Pey- Berland , construite par Pierre Berland, qui, iils de simple laboureur, devint, en 1410, archevêque de Bordeaux. Celle tour sert aujourd’hui de fabrique de plomb de chasse. A l’extrémité du cours d’Aquitaine , faisant suite au cours d’Albrel , est la place d’Aquitaine, sur laquelle on remarque une belle porte en forme d’arc de triomphe. Plus loin est la place des Capucins, plantée de jeunes arbres ; sur les fossés de la ville, la place du Marché ; au centre de la ville et au bout de la rue des Lois, est la porte Russe, qu’on ♦lit remonter aux premiers temps de l’histoire de Bordeaux La place Saint-Projet est très-curieuse ; on y voit au centre cme jolie croix de forme gothique.
l.e pont sur la Garonne est magnifique. 11 a été bâti par
DE PARIS A BAYONNE.— BORDEAUX. 10!) M. Deschamps ; il a plus de 487 mètres de longueur entre les deux culées; on y compte 17 arches en pierres de taille et en briques; les 7 arches du milieu ont2(i mètres 49 cent, de diamètre. Au-dessus des arches règne une corniche à modillons d’un style sévère. Deux pavillons décorés de portiques avec colonnes d’ordre dorique sont élevés à chaque extrémité du pont. La largeur des trottoirs est de 2 mètres 50 cent. ; celle de la chaussée, de 9 mètres 86 cent. Les galeries qui se trouvent sous la chaussée et .les trottoirs sont fort belles; elles servent aux réparations à faire au pont dans toutes ses parties intérieures, sans interrompre la circulation. Les étrangers peuvent visiter l’intérieur du pont. Il a été terminé le 1rr octobre 1822 et a coûté 6,500,000 fr. On le regarde comme un monument unique par la grandeur et la difficulté de l’entreprise, et le style de la construction.
Monuments a visiter. — La porte de l’ Hôtel-de-Ville, attenant à l’église Saint-Eloi. Elle date du xme siècle et a trois tours; celle du milieu est surmontée d’un lion. Au-dessus de l’horloge placée sur le milieu de la façade, existe, dans un arceau supérieur, le beffroi connu sous le nom de Grosse- Cloche. La porte du Gros Caillou, ou porte du Palais, est un monument curieux du xve siècle. La porte d'Aquitaine est très-élevée et a conservé ses trois arcs; elle a beaucoup de ressemblance avec la porte de Bourgogne.
L’hôtel de ville. C’est l'ancien Palais-Royal; il fut bâti, en 1778, par monseigneur de Rohan, archevêque de Bordeaux. Ce palais est somptueusement construit. — Une partie du rezde-chaussée contient le
Musée de peinture, dans lequel on remarque quelques tableaux très- estimés. Mais c'est avec douleur que le voyageur y cherche des œuvres des peintres contemporains auxquels Bordeaux a donné naissance , et qui occupent une place distinguée dans la capitale , tels que A. Dauzat, Gué, Gassier, etc.; le musée ne possède aucune toile de ces artistes. Est-ce indifférence? Ce n'est pas présumable, car Bordeaux est fier de tous les enfants qui l’honorent. Ce ne peut donc être qu’un oubli, que l’administration municipale ne tardera pas à réparer, puisque déjà parmi les sculptures on remarque une statuette de son sculpteur, M. Maggesi.
On cite, en première ligne; les tableaux 149, 150, de PYRÉNÉES. 7
Ribeira et l'Espagnolet; 153, de Rubens; 217, du Titien; 112, de Teniers; 233, de Claude Gelée dit le Lorrain ; 265, peint par le Dominiquin; 276, de Holbein. La galerie pos- • sède aussi des tableaux d'André del Sarlo , P. Véronèse, Van Dyck, Salvator Rosa, N. Poussin. Parmi les peintres modernes on cite les tableaux 866, de Gudin; 185, de Gros; 261, de Brascassat ; 146, de Mauzaisse; 426, de Jowj.
U Hôpital Saint-André, hôpital civil, l’un des plus beaux de France, construit par M. Burguet; il réunit au plus haut degré l'utilité et le grandiose. La façade est décorée d’un fronton de quatre colonnes doriques, surmonté d’une coupole sur laquelle est le signe de la rédemption. La distribution intérieure est parfaitement entendue. Trois cours successives, mais inégales, séparent les divers corps de ce vaste édifice. Les malades en état de marcher font, quand le temps est beau , leur promenade dans la première. La forme adoptée (en arceaux) pour la construction intérieure de l'édifice donne à l’architecture, malgré sa simplicité, une apparence de luxe difficile il décrire. Au rez-de-chaussée et au premier étage sont de vastes galeries couvertes , destinées aussi à la promenade des malades et à l’assainissement de l’hôpital, eu même temps qu’elles concourent à son embellissement. Enfin , le sommet de l’édifice est entouré d’une troisième galerie, mais découverte , et qui occupe une partie de l’espace consacré ordinairement aux toits. La lingerie, la chapelle, la pharmacie et la cuisine réclament l’attention du voyageur. L’hôpital renferme 18 salles et 600 lits en fer. On y reçoit les malades de tout âge et de tout pays, pourvu qu’ils ne soient pas réputés incurables. — Les hospices des enfants trouvés , quai de la Palutade, qui date de 1619, et des vieillards. à l’église de Sainte-Croix, dans les bâtiments de l’ancienne abbaye de ce nom.
Le palais de justice, bâti sous la direction de M. Thiac , vis-à-vis de l’Hôtel-Dieu. Ce monument contient la cour d’appel, la cour d’assises et les tribunaux de première instance et de police correctionnelle, le parquet des différentes cours et tribunaux, etc. L’architecture de cet immense édifice est remarquable par son élégance. La façade principale est décorée à son centre d’un frontispice à colonnes d’ordre de Pæstum. Sous ce frontispice sont quatre statues colossales. Arrivé sous le péristyle, le voyageur entre dans la
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salle dos Pas-Perdus, qui s’étend dans les deux tiers de la largeur de la façade principale. Il a devant lui la salle de la cour d’assises; à sa gauche, les diverses chambres de la cour d’appel, et, ît sa droite, les tribunaux de première instance et de police correctionnelle.— Les prisons, construites également sous la direction de M. Thiac, derrière le palais de justice, sont bâties d’après le système cellulaire.
La bibliothèque, rue Saint-Dominique. Cette bibliothèque était placée sous la direction de M. Jouannet, célèbre archéologue. Elle contient plus de 120,000 volumes et environ 300 manuscrits. En la visitant, demandez à voirie manuscrit in-folio, relié, de la traduction française de Tite-Live , fait par li erreur e , par ordre du roi Jean ; l’exemplaire des Essais de Montaigne , imprimés à Paris, chez l’Angelier, avec des corrections et des notes de Montaigne, et le Pupitre compilateur des jésuites. Dans le même local se trouvent le dépôt des antiques, le cabinet d’histoire naturelle et l’observatoire.
La galerie bordelaise est un joli passage; il est orné de marbres et de peiutures. C’est M. de La Torre, riche Espagnol , qui l’a fait construire. Le bazar bordelais est aussi très-élégant.
Les bains, bâtis de chaque côté des Quinconces. Ces deux édifices ont coûté 1,300,000 fr. Rien n’a été épargné pour donner à ces établissements un degré de luxe et d’élégance inconnu en province. Là, outre ces bains, il y a encore les bains du Palais-Gallien, des Cordeliers, etc.; deux écoles de natation, ou bains flottants, et les bains minéraux et de vapeur situés rue Ségur.
La cathédrale, placée sous l’invocation de saint André, monument gothique dont les flèches et la hauteur, la hardiesse et la régularité de la nef du chœur sont admirées des touristes. Cette église est décorée de plusieurs bons tableaux. Elle renferme le mausolée de Daviau, archevêque de Bordeaux , et les restes mortels du vénérable cardinal de Cheverus. On v a fait récemment de grandes réparations.
L'église Sainte-Croix., du vue ou vtne siècle, possède quelques peintures à fresques dues au pinceau de Jean Vaselti; son architecture est remarquable.
L'église Saint-Seurin, dans laquelle on va en pèlerinage le jour de la Saint-Fort, le 1f> mai, pour présenter les enfants
sur le tombeau de ce saint, afin de leur assurer une constitution forte et vigoureuse. Celte église renferme, en outre, les tombeaux de sainte Véronique eide saint Amand.
L'église Saint-Michel , la plus belle de Bordeaux; elle date du xnc siècle, et son style ogival est remarquable. On y admire la chaire, les vitraux, l’orgue, et surtout la chapelle Saint-Joseph. Sa (lèche a encore bO mètres de hauteur; avant 1768, elle en avait 100. — A ceux qui aiment les émotions fortes nous indiquerons les caveaux de l’église Saint- Michel, oit sont rassemblés circulairement les cadavres desséchés d’un grand nombre d’individus. On donne 50 c. ou I l’r. au gardien. M. Théophile Gauthier raconte ainsi sa visite aux caveaux de l’église St-Michel :
« Le premier étage de la tour est occupé par le gardien et sa famille, qui font leur cuisine à l’entrée du caveau et vivent là dans la familiarité avec leurs affreux voisins1; l'homme prit une lanterne, et nous descendîmes par un escalier en spirale aux marches usées dans la salle funèbre; les morts, au nombre de quarante environ, sont rangés debout tout autour du caveau et adossés contre la muraille; cette attitude perpendiculaire, qui contraste avec l’horizontalité habituelle des cadavres, leur donne une apparence de vie fantastique très-effrayante, surtout à la lumière jaune et tremblante de la lanterne qui oscille dans la main du guide, et déplace les ombres d’un instant à l’autre.
« L’imagination des poètes et des peintres n'a jamais produit de cauchemar plus terrible; les caprices les plus monstrueux de Goya, les délires de Louis Boulanger, les diableries de Callol et de Teniers ne sont rien à côté de cela, et tous les faiseurs de ballades sont dépassés; il n’est jamais sorti de la nuit allemande de plus abominables spectres ; ils sont dignes de figurer au sabbat de Brockeu avec les sorcières de Faust.
« Ce sont îles figures contournées, grimaçantes, des crânes à demi pelés, des lianes enlr’ouverts qui laissent voir, à travers le grillage des côtes, des poumons desséchés et flétris comme des éponges; ici la chair s’est réduite en poudre, et l’os perce; la, n’étant plus soutenue par les fibres du tissu
1 l.e gardien occupe maintenant une petite maison contiguë à la tour.