DE PARIS A BAYONNE. — BORDEAUX
cellulaire, la peau parcheminée llolle autour du squelette comme un second suaire; aucune de ces tètes n’a le calme impassible que ia mort imprime comme un cachet suprême à tous ceux qu’elle touche; les bouches bâillent affreusement comme si elles étaient contractées par l’incommensurable ennui de l’éternité, ou ricanent d’un rire sardonique du néant qui se moque de la vie ; les mâchoires sont disloquées, les muscles du col gonflés; les poings se crispent furieusement.; les épines dorsales se cambrent avec des torsions désespérées : on dirait qu'ils sont irrités d’avoir été tirés de leurs lombes, et troublés dans leur sommeil par la curiosité profane.
« Le gardien nous montra un général tué en duel; la blessure, large bouche aux lèvres bleues qui rit à son côté, se distingue parfaitement; un portefaix qui expira subitement en levant un poids énorme; une négresse qui n'est pas beaucoup plus noire que les blanches placées près d’elle; une femme qui a encore toutes ses dents et la bouche presque fraîche; puis une famille empoisonnée par les champignons, et, pour suprême horreur, un petit garçon qui, selon toute apparence, doit avoir été enterré vivant.
« Cette figure est sublime de douleur et de désespoir ; jamais l’expression de la souffrance humaine n’a été portée plus loin; les ongles s’enfoncent dans la paume des mains, les nerfs sont tendus comme des cordes de violon sur le chevalet, les genoux font des angles convulsifs, la tète sc rejette convulsivement en arrière, le pauvre petit, par un effort inouï, s’est retourné dans son cercueil.
a L’endroit où ces morts sont réunis est un caveau à voûte surbaissée; le sol, d’une élasticité suspecte, est composé d’un détritus humain de o mèt. de profondeur 1 ; au milieu s’élève une pyramide de débris plus ou moins bien conservés; les momies exhalent une odeur fade et poussiéreuse plus désagréable que les âcres parfums du bitume et du natrmn égyptien; il y en a qui sont là depuis 200 ou 300 ans, d’autres depuis 00 ans seulement; la toile de leur
1 Depuis que ces lignes sont écrites, l’aspect du caveau a ( tiangé. Entre autres améliorations, on a mis à l'abri de la profanation cette poussière humaine qui couvrait le sol, et une balustrade sépare les visiteurs des objets qu’ils viennent voir.
chemise ou de leur suaire est assez bien conservée. »
L'église Saint-Paul, qui remonte au xvit* siècle seulement, possède une statue colossale de saint François Xavier, apôtre des Indes. C’est le premier chef-d’œuvre de Couslou. — L'église du Lycée possède le sarcophage de Michel Montaigne, sur lequel on lit une inscription dont le sens est difficile.— L'église Saint-Bruno , ancienne église des Chartreux, fondée au xvne siècle, décorée de peintures à fresques exécutées par le célèbre Berinzago et son élève Gonzalès. — Les églises Suint-Pierre, Saint-Eloi, Sainte -Eulalie, de style gothique, et Notre-Dame, dans laquelle on remarque des peintures en grisaille par Vafflard.
Le jxtlais Gallien, restes d’un amphithéâtre bâti par les Romains. 11 ne reste de ce monument qu’une entrée principale et quelques arcades. — La Chartreuse, vaste cimetière dans lequel on remarque de très-riches mausolées.
La manufacture de tabacs, bel établissement; elle occupe ordinairement de 4()0â oOO ouvriers desdeux sexes. Le magasin est remarquable par son étendue et sa solidité; il peut contenir 1 ,500,000 kil. de tabac. — L'entrepôt réel, situé près des Chavirons, sur le quai. Cet édilice n’a de remarquable que sa vaste étendue et la solidité de ses murs.— La manufacture de porcelaine anglaise fondée par M. Johnston, située sur le quai de Bacalan. Cet établissement est immense: on y fabrique de la poterie dans le genre anglais, qui ne le cède en rien aux productions de nos voisins d’outre-Manche. Le directeur accorde très-gracieusement des permissions pour visiter ce bel établissement le lundi.
Parmi les autres établissements industriels, on cite les ateliers de fonderie de MM. Ilologray et N. Feslugières; les raffineries de M. J. Faure et de MM. Berlin et Coinp. ; la fabrique de tapis (le pied de M. F. Vernet; la filature de laine H de coton de MM. Laroque frères; la fabrique de produits chimiques de M. Barbet ; la distillerie de M. Achard.
L 'tuile! des Monnaies, rue du Palais-Gallien, très-vaste édifice. Le contrôleur, M. Moreau, est l'inventeur de la virole brisée, au moyen de laquelle l’inscription Dieu protège la France, ressortant en relief autour du cordon dans l’épaisseur des pièces de monnaie, rend toute falsification impossible.
Les quais qui bordent la Garonne sur 4 kil. de longueur