DE PARIS A BAYONNE.— CAMBO
goût semblable à celui d’œufs couvés; sa température varie de 22 à 23 degrés centigrades; elle perd promptement ses propriétés sulfureuses, et ne se conserve qu’herméliqueinenl bouchées; la lumière ne l’altère pas. Cette eau se donne en bains et en boisson.
« L’eau ferrugineuse de Canibo est limpide et incolore, d’une saveur qui annonce la présence du fer et qui n’est point acidulé. La température de celte eau est de lo à 16 degrés centigrades. Sa pesanteur spécilique n’est presque pas sensible à l'aréomètre de Baumé, ce qui démontre qu’elle ne contient que très-peu de substance saline. » Elle ne s’administre qu’en boisson.
Les eaux de Cambo sont apérilives et très-fortifiantes; elles sont efficaces dans les fièvres intermittentes et les pâles couleurs, dans les névroses, les maladies de la peau et les affections aloniques de^ intestins.
La saison des bains commence en mai et finit en octobre. Séjour : i à 6 Ir. par jour.
On trouve à Cambo des magasins de tout genre : tailleurs, modistes, couturières, fabrique de chocolat trèseslimé, pâtissiers dont les produits sont fort goûtés ; pharmacien; cabinet de lecture où l’on reçoit les journaux.
Chevaux de selle , à 3 fr. par jour.— Voitures pour promenades, 5 à 6 fr. — Chasseurs et pécheurs pour accompagner les amateurs de ces exercices.
Cambo et ses environs offrent à l’étranger de charmantes promenades ; les buts d’excursions sont très-rapprochés et peuvent s’accomplir sans fatigue. Cette localité est entourée de jolis villages, dont chacun offre un intérêt particulier et que l’on fera bien de visiter. — Ces promenades ou excursions, renfermées dans un rayon de IG à 20 kilom., peuvent facilement se faire à pied ou à cheval, et la majeure partie en voilure.
Promenades. — 1° La Grande-Allée, située a 1 entrée sudest de Cambo, du côté de Bayonne; — 2<> V Allée qui sépare les deux sources ; — 3° l'Allée des Soupirs ; — -iu la Grotte d'Isturits; — 5» la Montagne des Dames; — Go la Bergerie : de ces deux derniers points, la vue est ravissante.
Excursions. — Le Pas-de- Roland. La monture en usage, pour cette excursion, est le cheval.
Jusqu’à Itsulsou, le chemin est assez uniforme. Du haut
4iU PYRÉNÉES. — ROUTE 1.
de celte cèle, la vue devient belle; nous pouvons voir devant nous la gorge du Pas-de-Roland, les montagnes d'.Ir.sn et Louhossoa qui renferment des mines de kaolin. Un seutier nous conduit bientôt à l’église, assez ancienne, d'Itsatsou. Celle église, richement ornée, possède une croix garnie de pierres précieuses. On peut laisser ses montures à l’auberge ; il ne reste plus qu’à traverser une longue place entourée le châtaigniers et un champ , pour être au bord de la Nive. Ce site contraste singulièrement avec celui de Cambo. Tout ici a un aspect plus sauvage, les cascades deviennent plus bruyantes. Ce ne sont plus ces galets dont la forme et la couleur se devinent dans celle eau limpide. Ici, les eaux sont profondes et d'un vert rigoureux . la chaussée que nous suivons s'élève au-dessus de la Nive, et ces rochers qui se sont détachés de la montagne et qui l’obstruent changent celle rivière en un torrent furieux. Ceux qui se sont arrêtés dans leur chute, et qui restent suspendus sur notre tête, donnent à ce paysage un aspect sévère et imposant.
Ce rocher, resserré entre deux montagnes, et dans lequel est pratiquée une ouverture qui a la forme d'un pied, c’est le Pas-de-Roland. La tradition rapporte que ce rocher étant un obstacle à la marche du paladin Roland, qui a laissé de nombreuses traces de son passage dans les Pyrénées, il l'ouvrit d’un coup de pied. Les paysans disent que ce fut avec trois œufs durs qu’il jeta l'un après l’autre contre la roche.
Ce passage creusé dans le roc est fort pittoresque ; ces tourbillons d’écume qui bouillonnent à nos pieds, ces deux grandes murailles naturelles qui rétrécissent la vallée, des bouquets d'arbres dans le lointain, et ce petit coin de ciel qui se laisse voir au-dessus des montagnes sur lesquelles se détache le Pas-de-Roland, tout impressionne le voyageur et donne le désir de passer outre. Alors le tableau change. Si nous suivons les contours de la montagne, nous arriverons auprès d’un petit pont à moitié caché par des plantes grimpantes. Ce ruisseau, qui court de pierre en pierre, est délicieux de fraîcheur et de transparence; ces noyers et ces chênes à l’ombre desquels ont peut se reposer , celte autre petite vallée avec son moulin, ces quelques maisons basques échelonnées sur la montagne , le Mondarrain aux contours moins aigus et qui se dresse en avant de celle-ci; ce tableau
DE PARIS A BAYONNE. -ESPELETTE. lit
paisible repose et a son mérite; il est le contraste de celui que nous avions tout à l’heure sous nos yeux. Il pousse, près du Pas-de-Roland, des bruyères gigantesques; au printemps, la grassette, charmante petite fleur violette dont les feuilles épaisses, d’un vert tendre, sortent de toutes les fissures des rochers, d’où s’échappent aussi quelques filets d’eau.
Sur la route, à gauche d’Espelette, au sud-est de Cambo, on rencontre un vaste emplacement qu’on appelle Camp de César.
Du Mondarrain, la vue est très-belle; nous en recommandons l’ascension : ces ruines d’anciennes fortifications au sommet de la montagne ressemblent de loin à des rochers dentelés.
Espelette est un grand bourg où se tient tous les quinze jours un marché considérable, très-fréquenlé par les Espapagnols, qui viennent y échanger leurs produits. Ici, nous ne sommes séparés de l’Espagne que par la Nivelle, petite rivière que l’on franchit sur le pont Dancharia. Le premier village espagnol que l’on rencore au delà se nomme Ürdach ; il est situé à 12 kilom. de Cambo et possède un monastère d’Augustins. — Espelette possède une mine de kaolin.
Hasparrex, petite ville à 8 kilom. de Cambo. Sa population se compose en grande partie de tisserands et de cordonniers. On retrouve dans son église l’inscription suivante :
Flamen, item duumvir, questor, pagique magistcr Varusad Augustum legato munere functus,
Pro novem obtinuit populis sejungere Gallos.
Urbe redux, genio pagi banc dedicaUaram.
Celle inscription, gravée sur pierre, remonte à l’an 1 17 de l’ère chrétienne; elle constate le démembrement d'une partie de la deuxième Aquitaine, dont fut formée la Novempopulanie, qui eut son gouvernement à part de celui des Grandes- Gaules ’.
A quelque'dislance de Hasparren, à Mèharin, s’élève, sur un mamelon, l’ancien château de la famille deBelzunce. — N’oubliez pas d’aller visiter la Grotte il’ Isturits. En suivant le chemin qui est au pied du château, vous arriverez à la montagne de Gaztèlmendiu (Montagne du Château) C’est
1 Lettres sur Cambo, parM. Lal.inne, de Dax.
une Cour démantelée qui devait servir autrefois de défense aux anciens Basques, et qui a dil donner son nom à la montagne. L'ouverture de la grotte est obstruée par des arbustes. Sur le seuil la voûte est basse, mais dans l'intérieur elle s’élargit et s’élève considérablement. On y voit une stalagmite qui a la forme d’une figure colossale ; d’autres plus petites jonchent le sol. De distance en distance, des stalactites sont suspendues à la voûte. Celle grotte est curieuse à voir, à cause de ses proportions et de la bizarrerie de ces objets vus à la clarté d’une torche.
On revient par les Nasses. Les bords de la Nive sont charmants, et Cambo est aussi joli au soleil couchant qu’au lever de cet astre. Avec les teintes rosées du malin, la petite vallée de Hassebourg, qui se montre derrière le pont, est délicieuse.
Si vous ne craignez pas la fraîcheur du matin, chargez votre hôte de vous procurer une place dans un chalan. En descendant ainsi la Nive, et lorsque votre barque, lancée comme une flèche, fera fuir autour de vous les arbres, les maisons, ces petites vallées délicieuses qui s’arrêtent au bord de la Nive, vous éprouverez une émotion indéfinissable. La vue d’Ustarilz éclairé par le soleil levant est ravissante. D’Uslaritz à Bayonne, la rivière redevient calme; ses eaux vertes et profondes font un contraste frappant avec ces tourbillons que l’on vient de quitter
1 Cette description est empruntée au Guide du Voyageur de liayonne d Saint-Sébastien, par M. Ch. Ilennebute, 1 vol. in-8«, publié à Bayonne en 1850. — Nous avons aussi consulte, pour plusieurs renseignements, le Manuel- Indicateur de l'étranger aux établissements thermaux des Pyrénées, 2e édition, publiée chez Viguancour à Pau.
DK BAYONNE A BAYONNE.