‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 63 sur 226 · DE PAU AUX EAUX-BONNES · texte numérisé non relu

DE PAU AUX EAUX-BONNES

montagnes, le froid, le travail ont paralysé les jambes, lisse promènent tout autour de l'établissement et tricotent des bas, ce qui est un ouvrage d’homme dans le pays. C’est la retraite des malades , des vieillards et de tous ceux qui sont pris par les jambes, car l’oisiveté n’est permise à personne là où la terre est si avare; et celui qui cesse de travailler cesse de manger. Ils ont une foi religieuse en la vertu des eaux chaudes. Quelques-uns en boivent jusqu’à trente verres par jour ; n’ayant pas le temps d’être malades, ils jouent le tout pour le tout, et se gorgent de ce remède qui les rajeunit en leur ôtant des jours ou qui les tue. A certaines heures de la journée, ils vont à une source qui coule au bas de la montagne, ci dont boit qui veut; ils s’asseoient sur des bancs, et là, le cou entouré d’écheveaux de laine, tout en tricotant, en causant, ils vont à chaque instant boire de l’eau minérale dans un verre de buis que les riches prêtent aux pauvres. Il en est qui ne passent leur verre au voisin qu’après l’avoir vidé trois ou quatre fois. Beaucoup n’ont jamais fait excès que de cette boisson.

« Le village des Eaux-Bonnes n’est pas beaucoup plus gai que celui des Eaux-Cbattdes. Au lieu de perclus marchant sur des béquilles, vous avez des gens qui toussent ; pour l’effet moral, c’est à peu près la même chose.

<• Cependant il y a celle diirérence, que beaucoup de ceux qui ont perdu l’usage de leurs jambes le recouvrent aux Eaux-Chaudes, tandis que ceux qui toussent sérieusement viennent hâter leur fin aux Eaux-Bonnes ; et puis les perclus, lesrhumatisés ont presque tous atteint ou vont atteindre la vieillesse, autre maladie qu’aucune eau ne guérit ; au lieu que ce sont des jeunes filles, des hommes à la lleur de l’âge, de nouveaux mariés, dont la toux vous déchire les oveilles et le cœur ; les uns mourants, les autres désespérés, que la médecine envoie aux eaux quand elle ne sait plus qu’en faire. C’est une pitié que le séjour des Eaux-Bonnes. D’abord, on est là dans un entonnoir, au bout du monde , c’est la fin de la roule ; il faut reculer pour en sortir. Quand les nuages sont bas, ce qui arrive de trois jours l’un, il semble qu’on soit enfermé dans une cage dont le toit est de plomb. Et puis on rencontre sur son chemin, tantôt une jeune femme voilée, qui se traîne à la buvette sur le bras de sa domestique, ei dont la taille est déjà horriblement déformée par le mal ;

ou bien un grand jeune homme, surpris dans sa croissance par une toux sèche et douloureuse, qui va boire aussi de celte eau, si vantée au siècle dernier pour la guérison des blessures.

« C’est chaque matin une longue file de malades enveloppés dans leurs manteaux, se rendant à l’établissement avec un verre qui contient deux cuillerées de lait, mélange ordonné pour adoucir l’effet des eaux. Chacun jelte un regard de curiosité sur son voisin. »

//(5/e/s : Hôtels de France, tenu par Taverne aîné; — Hôtel de la Poste, chez Taverne jeune ; — Hôtel du Pelit-Paris, chez Cazères ; — Hôtel de l’Union, chez Tourné; — Hôte! des Quatre-Nations ; — Hôtel de l’Europe.

Maisons meublées: MM. Bonnecaze, Castéran, Courrèges, Gourlade, Fourcade, Hourcade, Incamps, maison du Gouvernement, Mirait, Pouyanne, Salanave.

Restaurateurs : MM. Bollard, Cazères, Incamps, Lahore, Manet, Miran, Taverne.

Café, : Huvé.

Saison. — Logement. — Nourriture. — Les prix en général sont élevés et varient selon la saison et le nombre des visiteurs, mais, terme moyen, on peut déjeuner et dîner, même dans les hôtels, pour 4 fr. par jour, à la table d'hôte, et îi fr. en se faisant servir dans son appartement ; la saison commence en juin et finit en octobre.

Le prix d’une chambre varie, selon l’époque plus ou moins avancée de la saison, et en raison de l’allluence plus ou moins considérable d’étrangers, de 1 fr. 50 c. h 8 fr. par jour.

Voici la description que fait M. Lemonnier de cette coquette localité.

« On comptait à peine, il y a quelques années, une douzaine de maisons aux Eaux-lionnes ; aujourd’hui il en existe plus de vingt, et chaque jour la mine fait sauter des quartiers de roche pour en asseoir de nouvelles. Plusieurs rivalisent d’élégance avec les plus jolis hôtels de la Chaussée-d’Antin. Nulle part dans les Pyrénées, pas même dans le voisinage de rétablissement thermal à Luchon, on ne voit dans les constructions autant d’art et de symétrie; mais, il faut le dire, cette magnificence tranche si durement avec la nature

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