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LES EXUX-CH AUBES. — EXCURSIONS

lenla, dans je ne sais quelle année du xvi' siècle ', l’ascension (le ce pic. M. de Thon, qui tenait de sa bouche le récit de ce voyage, nous l’a conservé dans ses Mémoires (p. 16 du XIe volume, édit, de 1742). On voit dans cette relation qn'après s’être élevé au-dessus de la retraite des chèvres sauvages et des aires d’aigles, il ne trouva plus de marches taillées dans le roc, ni de chemin, et que s’eu frayant un au moyen des échelles, des grappins et des crochets, il ne parvint qu’à une station voisine du sommet, et ne trouva (pie 2,145 mètres pour la hauteur de la montagne. »

Depuis M. de Candale, d’autres savants, d’autres curieux ont suivi ses traces au pic du Midi. Les bergers mêmes qui paissent leurs troupeaux dans les environs de cette montagne, entreprennent aussi quelquefois l’escalade , au succès de laquelle celle contrée attache autant de gloire qu’à leurs triomphes sur les ours des sombres forêts de tiabas.

Parmi ces tentatives, je citerai 1 celle de M. Claude Vénal, alors officier dans la 6e légion.

11 partit de Bielle le M juillet 1818, avec un jeune homme nommé Lavilelle, son beau-frère Fourcade Gré, et M. Lacoste, chirurgien aide-major de l’ex-86e régiment de ligne, 5 Bielle.

Ils couchèrent à Gabas, qu'ils quittèrent le lendemain, vers les trois heures de la nuit. Si ces hardis voyageurs avaient voulu écouter toutes les objections que leur tirent à leur départ les habitants de la contrée, ils auraient renoncé à cette entreprise. A les entendre, il y allait de la vie : les uns souriaient d’un air d’incrédulité en les voyant si résolus ; les autres les poursuivaient de leurs présages funestes.

Ils atteignirent le pied de la montagne que l’on nomme la Sagette-de-Magne-Baïg, où ils quittèrent la roule qui conduit en Espagne par le Col-des-Moines, et ils se mirent à gravir un petit sentier sur le liane gauche, afin d’éviter le détour de deux heures que font les pasteurs en conduisant leurs troupeaux pour leur procurer des pentes plus douces. Celle-ci leur offrait une inclinaison de 45 degrés. Ce sentier, en outre, traverse une forêt épaisse ; il est embarrassé de broussailles et de gros sapins abattus par les vents. Leurs

i En 1581. (>otc de l’éditeur.)

5 Souvenirs des Pyrénées, par M. Samazeuilli.

troncs pourris, l'humidité du sol, les pierres roulantes sur le bord des abîmes, tout y rend la marche difücile et dangereuse. Ils consommèrent trois heures dans cette première ascension qui les porta sur un plateau découvert oii paissaient les nombreux troupeaux de Bielle et de Billères. M. Vénal a fait de ces lieux le tableau le plus aimable. Il vante ses aspects, la pureté de son atmosphère, la beauté de ses herbages, la limpidité de son torrent, l’émail de ses Heurs diverses, beautés gracieuses que rehaussent encore les précipices et les rochers noirs et nus qui leur servent de cadre.

Ce plateau forme un amphithéâtre d’une lieue environ de longueur sur une demi-lieue de large ; borné au nord par le sentier et le bois qu’ils venaient de gravir, au sud, la crête dite de Suzon ledomine, en courant parallèlement aux limites des deux nations, qui ne sont qu'à une lieue de distance; la montagne de Saubiste s’élève à l’est, et à l’ouest il se lie au pic du Midi, dont il n’est qu'un descôtés de la large ^ase. Au pied même du pic, ils prirent un léger repas et du repos, non sans contempler avec quelque inquiétude l’aspect menaçant du mont superbe qu’ils allaient gravir, les rochers à pic donc les faces leur présentaient le poli du marbre, en réfléchissant les rayons du soleil et les couches de neiges glacées qui recouvraient en plusieurs lieux ces pentes périlleuses.

Nos voyageurs dédaignèrent les échelles, les crocs, les grappins, et n’emportant que des vivres pour un repas, deux fusils pour tuer des isards, un bâton, une lunette d’avantposte et une corde de licol, ils quittèrent leur chaussure pour que leurs pieds pussent mieux saisir les inégalités des rochers, ou s’enfoncer avec plus de facilité daus leurs crevasses, et ils attaquèrent ainsi la montagne en voltigeurs. Dans cette véritable escalade, ils ne purent jouir de quelque repos que lorsqu'ils trouvaient des fentes inclinées vers le centre, et qui leur offraient, à leur surface intérieure, de petits échelons; partout ailleurs, ils n’eurent que la ressource d'accrocher leurs mains ou de loger leurs pieds dans les cassures qu’ils rencontraient de distance en distance. C’est ainsi qu’ils parvinrent au tiers du pic, où une pente assez douce et recouverte de neige leur donna d’autant plus de facilité que le soleil l'avait pénétrée d’environ 30 cenli-

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mètres (14 pouces), et qu’ils enfonçaient, sans glisser, leurs pieds et leurs mains dans sa surface ramollie. — Après l’avoir gravie obliquement à droite, pendant un quart d’heure, ce qui leur tint lieu de halte, les mêmes diflicultés qu’auparavant s’offrirent devant eux, et ils les affrontèrent avec la même intrépidité, en gravissant cette fois le pic sur le bord de trois précipices dont les débris mobiles de la montagne rendaient encore le voisinage plus dangereux. — Enfin, ils trouvèrent une rampe moins escarpée, et au milieu des blocs détachés de la cime, exténués de fatigue, baignés de sueur, respirant à peine, ils prirent quelque repos, après avoir traversé une autre couche de neige permanente de quatre pieds d’épaisseur. De là leurs yeux cherchèrent sur la pente qui leur restait à gravir quelque passage moins difficile, et ils le trouvèrent entre d’énormes quartiers de granit que la gelée avait fait éclater, ou que la foudre avait fendus.

Les voilà sur la croupe supérieure du pic du Midi, de ce mont réputé inaccessible, à onze heures du matin, après trois heures un quart de danger, après huit heures de fatigues, cherchant des traces d’autres voyageurs , et s’enorgueillissant de n’en point trouver. « La partie la plus haute « et la seule praticable forme un arc de cercle du sud-ouest « au nord-est. La corde de cet arc n’a pas plus de 20 mètres, « et la croupe en dos d’âne n’oifre que i mètres au plus de « de largeur. Sa surface est recouverte d’une croule épaisse « semblable à de la neige cristallisée et embarrassée de plu-

« sieurs blocs de différentes grosseurs Pas une inscrip-

« lion, pas un nom gravé sur la pierre, pas de blocs du « moindre diamètre rangés symétriquement ; nousnerecon- « nûmes que l’ouvrage de Dieu et les ravages du temps. «

Nos voyageurs gravèrent leur nom sur le roc avec la pointe d’un couteau Ils élevèrent une petite pyramide en moellon, et y déposèrent modestement un sou marqué. Mais les vents et la foudre auront-ils respecté ce faible monument, et auront-ils souffert que la main de l’homme laissât ses traces dans leur empire?

Cependant leurs yeux se portaient avec avidité sur les monts voisins et dans le lointain, pour y chercher l’immense perspective qu’ils s’attendaient à embrasser; mais une nappe de nuages, mer immense, ondulée, et oii les pics les plus élevés formaient des promontoires et des îles, leur cachait

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entièrement la France, ensevelie en quelque sorte sous ses Ilots de brouillard, et leur vue ne put librement se prolonger que sur le territoire espagnol. Leur regard, de ce superbe observatoire, s’éleva et se promena avec orgueil d’abord sur le petit pic, sur les plateaux de Magne-Baïg et de Broussette, ensuite sur les lacs d’Avou et sur celui de Pombie, sur le village de Salient et sur d'autres groupes d’habitations assises au-dessous du Gaillego. Enfin, et à l’aide de leur lunette, ils purent apercevoir les plainesde lluesca, d’Ayerbe, deZuera, elles montagnes des rives de l’Ebre, qui bornaient leur horizon.

Ces mêmes nuages qui les privaient de l’aspect de la France leur firent craindre le danger de leurs ombres humides s’ils venaient à en être enveloppés à leur retour, et ils quittèrent celle cime à onze heures quarante minutes, en reprenant leurs traces du matin. Non moins périlleuse (pie l’escalade, la descente fut cependant plus prompte; car, à deux heures, ils avaient rejoint leurs bagages déposés dans un sachet, sous une voûte de neige, au pied du pic.

Un seul accident troubla leur marche; mais qu’il faillit être terrible! Impatient des zigzagsqu’il lui fallait tracer sur les pentes de neiges, M. Lacoste s’était assis en plaçant la crosse de son fusil en enrayure entre ses jambes, et il se laissait glisser sur ce plan fortement incliné, lorsque, tout à coup, un ressaut le culbuta, et il disparut aux yeux de ses amis... Il serait impossible de peindre leurs anxiétés ; mais, par un bonheur inouï, au moment même où , pelotonné •comme un bloc déraciné, il allait, en roulant, bondir dans l’abîme, il heurta contre un quartier de granit suspendu au bord du précipice, et quoique cet appui parût devoir céder au moindre choc, l’imprudent voyageur s’y arrêta, et ses amis le virent avec une joie égale à leur terreur se relever sur ses pieds et secouer la neige qui couvrait ses vêtements.

A quatre heures du soir, les quatre voyageurs étaient de retour à Gabas, sains et saufs, mais excédés de fatigue et les pieds ensanglantés.

M. Palassou a aussi entrepris, mais n’a pas osé risquer jusqu’au bout cette ascension; Delfau l’exécuta en 1796. Enfin, de nos jours, elle a été exécutée heureusement par

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M. le chevalier Armand d’Angosse, et, quelque temps après, par M. Daugerot, qui en adressa la relation suivante à M. Palassou :

« Je partis le 14 août des Eaux-Chaudes, à six heures du matin, accompagné d’un de mes fermiers et du nommé Pierre Courdé, fameux par le grand nombre d’ours qu’il a tués. Nous arrivâmes à Gabas à sept heures et demie ; nous y laissâmes nos chevaux et en repartîmes à huit. Comme il était déjà lard, et que le temps paraissait fort orageux, nous nous décidâmes b monter droit à Mayebat, au lieu d’aller passer la montagne de Bious, ainsi que nousen avions d'abord eu le projet. Nous prîmes en conséquence un sentier assez rapide qu’on trouve dès qu’on a passé un ruisseau qui, près de Gabas, traverse la grande route qui sert à l’exploitation de la mâture. Chemin faisant, nous rencontrâmes quatre bergers qui voulurent monter avec nous au pic du Midi.

» Nous arrivâmes à dix heures et demie à la source de ce ruisseau, qui se jette dans le gave, et que nous avions toujours côtoyé. Sa source n’est qu’à deux ou trois portées de fusil du pic. Comme nous ne devions plus trouver d’eau, nous nous arrêtâmes là pour nous reposer et nous rafraîchir. Nous nous remîmes ensuite en marche, et arrivâmes à midi à cette masse énorme de rochers qui forme le pic du Midi de Pau... Après avoir fait quelques pas sur les premiers rochers, on commence à se livrer à l’espérance de pouvoir y monter.

« Tous ceux de mes compagnons qui ne se trouvèrent pas nu-pieds quittèrent leurs bas et leurs souliers pour grimper avec plus de facilité. N’ayant pu me procurer des souliers de corde, dont les Espagnols et les contrebandiers font usage pour traverser les montagnes, je mis à la place des souliers des chaussons faits d’une étoile de laine grossière qu’on fabrique dans le pays; et, quoiqu'ils m’exposassent souvent à glisser, je ne les quittai qu’à mon retour au pied du pic.

« Nous montâmes ensuite sur un rocher un peu incliné et large d’environ 2 mètres, qu’on trouve b droite au pied du pic, par l’endroit où nous l’avons abordé. Après avoir fait six ou huit pas sur ce rocher, il se présente, entre d’autres ro-

1 M. Daugerot ne nous fait point connaître la nature de re rocher, que d’autres ont baptise granit porphyricjuc à base de feldspath.

chers, un passage un peu escârpé, mais où l’on gravit facilement, parce qu’il y a des fentes et des saillies auxquelles il est aisé d’accrocher les mains et de placer les pieds. Cette première difficulté vaincue encourage, et bientôt l’aisance avec laquelle on franchit les autres passages fait qu’on est étonné de ne pas trouver de plus grands obstacles. Il est cependant des endroits un peu plus difficiles les uns que les autres, mais c’est peu de chose pour des gens qui ont l’habitude de gravir des rochers ; il faut seulement, quand on monte et qu’on descend, avoir la précaution d’aller à la file les uns des autres, et serrés autant que possible, pour éviter que les pierres mouvantes, ou celles qui sont faciles à se détacher, et qu’on peut faire tomber par mégarde, ne puissent vous blesser dans leur chute. Il est en outre prudent, en commençant à monter, de faire du bruit pour obliger les isards qui pourraient se trouver sur votre chemin à gagner un autre quartier, car un seul bloc détaché en entraîne quelquefois un très-grand nombre, accompagnés d’autres cailloux mobiles dont il serait dillieile d'éviter le choc.

« C’est donc en grimpant sur des quartiers de roches, tantôt à pic, tantôt faiblement inclinés, mais toujours avec une certaine facilité, quelquefois même en marchant sur un gazon formé d'une espèce de petits joncs, qu’on parvient presque aux trois quarts du pic. Il prend ici la forme d’un toit écrasé. Sa surface est hérissée de débris de rochers sur lesquels on marche avec la plus grande facilité. Les endroits les plusdiflîcilesqiar lesquels j’ai dû passer n’étaient rien pour mes compagnons de voyage, et quoique moins exercé qu’eux, je n’ai nullement éprouvé d’embarras; j’ai reconnu au contraire, avec plaisir, par moi-même, que tout ce que l’on disait des difficultés de l’entreprise n’était qu’une fable.

« Le pic du Midi me parut inaccessible du côté de l’Espagne: il est surmonté de ce côté, vers l’est, par un rocher isolé de médiocre étendue ; il a la forme d’un pain de sucre et plus d’élévation que le reste de la masse; c’est le seul endroit qui soit vérilablemeut dangereux, parce qu’il est très-escarpé, et que l’immense précipice qui s’ouvre audessous est capable de causer de la frayeur. Il faut, pour en atteindre la cime, descendre quelques pas, et puis gravir ce rocher. — Le temps que j’ai employé pour monter au pic du Midi de Pau, depuis le pied du mont jusqu’à mon retour

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