‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 94 sur 226 · D’ARGELÈS A LUZ · texte numérisé non relu

D’ARGELÈS A LUZ

Adast, village ... . 1 h. m. I Chèze. village 2 11. ni.

Pierrefitle, bourg 15 Esquèze, village. . 1

Soulom, village 15 | Luz 65

Un traverse le gave d’Azun : la nature s’épuise à embellir le paysage. Ce sont des lapis émaillés de Heurs, une herbe grasse, épaisse, du plus beau vert, de frais ruisseaux, des haies vives, un ciel presque toujours pur, des fabriques élégantes, un site enchanteur.

Àdast. — Deux montagnes : ylrci'sos, sur le penchant de laquelle est assise le couvent de Saint-Savin, avec sa jolie chapelle entourée de bois; Isavith et son vaste tapis de verdure.

Plerrefittc, hameau, n’est séparé de Soulom que par un pont. Hôtel : chez Cayré.

Le paysage change, les montagnes se dépouillent de leur verdure en s’élevant et en s'agrandissant. — C’est le dernier relais. — A droite, route de Cauterets.

Le vallon d’Argelès, dit M. J. B. J’", se termine 5 Pierrefitle1. Des montagnes décharnées semblent fermer le passage aux voyageurs. C’est dans ces montagnes que s’ouvrent les défilés de Baréges, de Cauterets. C’est ici qu’on a lieu d’être surpris des efforts que l’homme a faits pour

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Tendre Baréges accessible aux étrangers. La vallée de Lu/, est plus remarquable encore par la hardiesse des ouvrages de l'homme que par la fierté des dessins de la nature. Des rochers resserrés, séparés seulement par le gave, qui coule dans un précipice de deux ou trois cents pieds de profondeur, et dont le bruit horrible vous annonce encore sa présence quand vos yeux n’en peuvent plus suivre le cours ; des montagnes qui ne vous laissent apercevoir qu’un point épais du tirmament; une route taillée dans les lianes escarpés des rochers, soutenue souvent en saillie par des voûtes qui la suspendent au-dessus du torrent, le franchit lorsque tout appui lui manque, et cherche sur les rocs opposés des pentes moins rebelles : voilà le tableau qu’offre celle vallée, tableau qu’on ne trouve point dans celles plus élevées de la chaîne; voilà l’affreux désert où un intendant, M. de la Bauve, et son successeur, M. d’Éligny, ont vaincu tous les obstacles pour établir une roule dans les lieux où le génie semblait reculer d’épouvante.

« Ce délilé, dit M. Ramond, qu’il faut toujours citer quand on parle des Pyrénées, est un de ces lieux privilégiés sur lesquels l'habitude n’a point de prise, et qu’on ne croit connaître que du dernier moment où on les a vus. Toujours nouveau pour le peintre, pour le poète, pour l’observateur de la nature, on le parcourt, on y revient, on y demeure, et l’on ne peut pas plus le décrire que l’épuiser. Combien de fois et sous combien d’aspects je l’ai contemplé, le matin, le soir, à la lueur de la lune, à la clarté du jour, drapé de neige ou paré de verdure, battu de la tempête ou éclairé d’un soleil sans nuages! et je m’arrête encore devant ces pics étroitement enchaînés, et je m’asseois devant les tonnantes cataractes, et je savoure l'horreur de ces immenses précipices. .. Grande et fière nature, que n’ont pu rendre triviale ni d’insipides descriptions, ni de burlesques peintures, ni le concours même que sa célébrité lui attire ! Longtemps encore elle fera l’étonnement et les délices de l’homme de savoir et de goût; et, quelque part que ce sentier doive le conduire, il ne pas- ; sera pas outre sans saluer ici la majesté des Pyrénées. »

En vain, on est pressé, ce n’est point là qu’on se hâte : chaque point de la route exige son tribut. Tantôt c’est un site I qu’il faut considérer de nouveau, c’est une roche qu'on veut j écorner encore, tant H une Heur qu’on recueille après l’avoir |

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vingt fois recueillie; on ne s’arrête nulle part que tous les intérêts ne soient excités l’un par l’autre, et quel que soit le genre d’observations qu’on se propose, l’objet principal du voyage est presque toujours le de nier point dont on s’est occupé.

Malgré les beautés, qu'on admire dans la gorge de Pierrelilte, un sentiment de tristesse s’empare de l’âme dans ces lieux où nulle habitation, nulle culture ne viennent vivifier la scène. Les sourds mugissements du gave, le bruit «lu vent qui fuit avec force dans les sinuosités du précipice, transportent l'imagination dans ces contrées imaginaires où les poètes ont placé l’entrée du Ténare. On est soulagé quand on aperçoit la plaine du joli vallon de Lu/..

Soiilom. — Son église est fort ancienne et mérite une visite.

Pont île Villelonguc, sur le gave de Baréges. Le paysage change de nouveau; il devient imposant, sublime. Le voyageur 11e sait ce qu’il doit davantage admirer, ou ce spectacle de rochers fendus, minés, ces montagnes noires, déchirées, schisteuses, ces talus de monts de toute forme, ou ce travail de l’homme qui est parvenu à dompter des torrents impétueux, ù les arrêter dans leur course, à tailler des routes spacieuses, unies, dans les lianes des rochers, à jeter des ponts de marbre sur des gaves bondissants, à ouvrir aux voitures un chemin lâ où, avant 1732, on n’apercevait que des rocs.

Lisco.s, pendant sur l'abîme, est un beau sujet de tableau.

CIlèzc- — Nous quittons la nature tourmentée; nous sommes dans le joli bassin de Luz.

A mesure qu’on approche de Luz, le paysage devient plus gracieux. La vallée s’élargissant montre successivement des recoins si bien éclairés, que l’on y voit jusque dans les cabanes le mouvement des travaux champêtres.

I.iiz (Hautes-Pyrénées) — 20kil. d’Argelès. — 2,’iOO liab. — Hotels: de Londres; des Pyrénées. — Maisons dans lesquelles on peut louer des appartements : Casaux, Cazavielle, Conjet, Cousture-Daunet , Druène-Flamand, Sarrat, Theil, Vergé etc.

Luz, chef-lieu de la vallée de Baréges, est un triste village, qui fait tort au paysage où il est encadré. II faut visiter Y église, bâtie, dit-on, par les Templiers: on n’y voit rien de remarquable, sinon des crénaux, des embrasures, un petit tombeau découvert que l’on trouve â la porte, et qui sert de

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bénitier. On y voit encore, sur l’un des côtés, une petite porte par où entraient les cagots ou goitreux, race infortunée dont M. Rainond a cherché l’origine jusque dans la nuit des temps t.

La tour renferme un petit musée pyrénéen fondé par M. le curé de Lu/,; on y voit quelques armes anciennes, une urne romaine, etc. — Les fabriques d’étofles, dites de Baréges doivent être visitées.

Botanique, — On trouve dans les prairies de Luz la scille à ombelles (scilla umbellata); la gentiane vernale, la gentiane acaule et la mézandère.

Danse. — Celle du gabaret, particulière à Luz, est fort amusante.

Géologie. — Auprès d’Argelès, le schiste argileux devient la roche dominante; il s'étend vers le sud, dans le sens de son épaisseur, jusqu’à l’entrée du bassin de Luz, formé par la réunion de la vallée du Bastan avec celle de Baréges. Là, on trouve le schiste micacé et les autres roches primitives formant la continuation occidentale du terrain primitif des environs des baius de Baréges ; mais je n’ai pas pu déterminer la superposition des deux terrains. (Charpentier.)

Antiquités. — Sur un monticule, à l’opposite du château de Sainte-Marie, ruines de V Ermitage, cl église fondée par les Templiers.

Sainte-Marie est un vieux château féodal dont les ruines, juchées pittoresquement sur une montagne facile à gravir, font un bel effet. On a souvent dessiné ses deux tours brunes, du haut desquelles l’œil plane sur le bassin de Luz. Cet ancien manoir fut, dit-on, fondé par les Templiers en 1404. Jean de Bourbon le reprit sur les Anglais.

Mœurs, vêtements. — Les hommes des environs de Luz portent des capuchons bruns, de la couleur naturelle de la laine,

t Les cagots ou capots, dit-il, les goitreux ou les crétins des Pyrénées, que l’auteur fait descendre des Golhs, tirent leur imbécillité du sort de leur race, et non des causes physiques des vallées qu’ils habitent. Cette race, réputée infâme, maudite et partout désarmée, ne peut exercer que certaines professions. La misère, la maladie en sont le constant apanage. Elle est connue en Bretagne sous le nom de earous ; dans l’Aunis, sous I celui de coliberls ; cahet/. en Guyenne; enfin cafTos dans les deux Navarres.

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