D’ARGELÈS A LUZ—LUZ. 2!I
et de l'étoile la plus grossière, connue sous le nom de cordeillat. Ces capuchons tiennent à une espèce de manteau ou cape de la même étoffe, accoutrement assez semblable à celui que les Esquimaux opposent au climat glacé qu’ils habitent. Il fait ressembler aussi de loin les habitants des Hautes-Pyrénées à des ours dressés, dont le poil est à peu près de la même couleur ; et comme on est précisément ici dans la patrie des ours, on dirait que les habitants cherchent à se mettre en harmonie avec ces sauvages compatriotes. Au surplus, le costume dont nous parlons est celui de la saison froide, qui embrasse le printemps et l’automne dans ces montagnes; pendant les jours chauds, ils portent le bonnet phrygien et une simple veste.
On se tromperait fort si on les jugeait par leur extérieur. Ils n’ont de sauvage et de grossier que leur habillement; ils parlent tous français, non-seulement dans le territoire de Luz, mais encore dans les parties les plus reculées du canton, et beaucoup mieux que les paysans des environs de Tarbes ou de Toulouse, même que ceux du Limousin. Ils sont loin de la rustique simplicité de ces derniers, mais ils le sont également de leur rustique franchise. Doués d’un esprit pénétrant et de celte extrême linesse trop souvent exclusive de l’extrême bonne foi, ils se font remarquer par une singulière prestesse dans la répartie, et une sorte de facilité de conversation que les étrangers ont souvent lieu d’admirer chez ceux avec lesquels ils se trouvent en rapport, notamment les guides dont ils font leurs compagnons de voyage pour les excursions ordinaires de ces montagnes, qui sont celles de Gavarnie, du pic du Midi, de Notre-Dame de Héas, du lac de Gaube, etc. Ils ont lieu de remarquer aussi, malheureusement, parmi eux le même esprit de cupidité que dans tous les pays oit l'affluence des étrangers a produit celle de l’argent et des mercenaires. Ce peuple, jadis simple dans ses besoins comme dans ses mœurs, et recommandable par son désintéressement, n’a pu résister à l'amour de l’argent, qu’on lui apporte de toutes parts, dans la saison des bains, et qu’on lui a rendu nécessaire L
1 « Les montagnards de Bigorre, dit M. le comte de Vaudreuil, regardent les etrangers comme une proie que leur amènent les vents de la plaine.... ainsi que les habitants de certaines côtes en
Quant à leur physique , ils m’ont paru généralement d’une stature médiocre , et leur complexion , vantée comme des plus robustes par quelques auteurs, ne doit paraître telle qu’à ceux qui arrivent de la Gascogne , oit l’espèce est inférieure, mais non quand on vient du Béarn, où elle est bien plus belle, et comme si dans les Pyrénées la hauteur des hommes était en raison inverse de celle des montagnes (j’ai observé tout le contraire dans les Alpes), l’espèce se relève dans le Roussillon , où j’ai remarqué beaucoup de ces hautes tailles , de ces formes herculéennes , de ces figures énergiques et martiales qui caractérisent les Béarnais ainsi que les Basques.