‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 96 sur 226 · DE LUZ A BARÉGES · texte numérisé non relu

DE LUZ A BARÉGES

7 kit. ou 2 heures de marche à pie<b

Esterrc, village 22m. I Betpouey, village 22 m.

Viella, village 22 [ Baréges 54

Viclla. — La roule est bordée de peupliers; elle est bien entretenue.

Betpouey. — On entre dans la vallée de Baréges. Alors vous remontez la rive gauche du Bastan , qui mugit et brille sous les arbres; quelques sites plaisent à l’œil, et les mamelons de Betpouey, le vallon de la Juste, descendue des glaces de Néouvieille , oposent leur fraîcheur aux escarpements de Viey et de Sers, dont les maisons éparses sur les rochers semblent avoir eu des aigles pour architectes. A la hauteur de Sers, la roule devient plus rapide, le vallon plus découvert, et le tableau change totalement; plus de détails gracieux, plus tle contrastes pittoresques : des éboulemenîs, de profonds ravins, sillonnant les masses dont les débris croulent

usent à l’égard des malheureux naufragés que la mer jette sur leurs plages. » Ce jugement nous parait un peu sévère : les étrangers ne sont pas une proie pour ces montagnards, mais un domaine qu’ils exploitent. Cette exploitation est la ressource, l’industrie, la fortune du pays.

DE LEZ A BARÉGES.— BARÉGES. 29o

à chaque orage , et des cimes dépouillées de toutes parts repoussent la vue. On dépasse les restes des Mains de Ponlis, oii sont abandonnées des sources thermales qui ont vu tant de réunions joyeuses et d'aimables à-partés ; le bosquet de Mourré, le plateau qui le domine, et le mamelon du Sopha, qu’ombragent à peine quelques maigres bouleaux ; et franchissant enfin des tas de granit que le temps a émoussés , qu’augmente sans cesse le grand ravin qui, né au plateau de l’.4yre, menace Baréges et son bois, on arrive aux bains fameux dont la naïade a fait cesser tant de douleurs; mais le malade impatient s’attriste d’aller chercher la source où ses maux doivent finir au milieu des torrents, des brouillards et des ruines. ( Les Pyrénées, par M. Chausenque. )

BAREGES.

, BarégCS (Hautes-Pyrénées). — Hôtels: de France, de la Paix, de l’Europe. — Pensions et appartements à louer. — 11 y en a un assez grand nombre , dont voici les principaux : Baradère, Barzun, Clarac, Fabas, Lafourcade, etc.

« Baréges, dit M™* la comtesse de l’Epine, est d’une extrême tristesse : appuyé d’un côté sur le liane des montagnes, de l’autre n’en étant séparé que par le gave, qui coule sur un lit de pierre et de débris qui attriste ses bords

« Les pierres grises sur lesquelles fuient ses ondes ont quelque chose d’aride qui choque la vue; mais partout la vue est choquée à Baréges : les montagnes dégradées , pauvres , sans verdure , décharnées , languissantes , offrent l’image d’une nature stérile et rebelle aux efforts de l’homme. Des ravins profonds et d’une raide obliquité laissent voir la route des avalanches passées et de celles qu’on redoute encore. Tout est tristesse , malheur, dans le passé , dans l’avenir; on compte à peine sur le présent, et les habitations que l’on élève au printemps se défont en automne pour les dérober au danger de l’hiver. Toutes les crêtes des montagnes 'sont pelées, quelques arbres se voient à peine au-dessus des bains; point de promenade, si ce n’est la route qui descend à Luz. 11 faut être malade pour venir ù Baréges, et compter sur l’agrément d’une\>onne société , qui peut seule consoler de l’obligation de vivre dans ce lieu sauvage. »

2'JÜ PYRÉNÉES. — ROUTE 47.

Baréges n’ofïre, sur un sentier incliné, qu'une rue étroite, composée d’environ quatre-vingts maisons, dont une trentaine sont assez belles C’est à l’ingénieur Polard que l'on doit la distribution des eaux et les réservoirs qui les reçoivent. Polard aurait abandonné son entreprise si l’amour ne l’avait passoutenu. Plein d’ardeur et d’espérance, après avoir lutté contre des obstacles de toutes les sortes, il finit ce qu’il avait si heureusement commencé ; mais sa constance ne fut pas couronnée. Le père de celle qu’il aimait voulait un gendre qui se fixât dans les montagnes. Polard rejeta celte tyrannique condition, et son génie, qui l’appelait ailleurs, triompha de son amour.

Celte bourgade singulière, où l’on ne fait que camper, est située sur la rive gauche du gave appelé Rastan l. On l’entend , ce gave insupportable, hurler jour et nuit entre ses deux rangs de montagnes parallèles, dans une gorge dirigée de l’est à l’ouest. Au premier coup d’œil , on s’y croit prisonnier, on y étoulfe; mais cette prison est plus spacieuse qu’on ne se l’imagine . Sortez de cette rue mélancolique , d’où l’on ne voit que des monts impraticables, que des sommets arides, vous aurez pour huit jours au moins de promenades et d’examen. En général, ceux qui viennent ici aiment mieux croupir autour d’une tahle de jeu que de s’essouffler gratuitement en gravissant les plus belles collines.

Cependant les plus amollis vont quelquefois se promener sur ce qu’on appelle le Soplin et l 'Heritage à Colas. Veut-on savoir ce que c’est? qu’on le demande au premier enfant : il vous répondra que l’on va goûter sur l’un, et cueillir des fleurs sur l’autre.

On a souvent donné des fêtes sur ce Sopha , ainsi nommé à cause de la banquette de gazon sur laquelle les convalescents se reposent volontiers. Sur le Sopha , la vue est bornée de toutes parts; mais on aperçoit de V Héritage à Colas plusieurs pics et d’innombrables coteaux.

1 Dans les plaines, on préfère en général les éminences pour y placer des maisons; dans les montagnes, au contraire, on choisit les enfoncements dans beaucoup d'endroits. 11 n’en est pas de même ici, où la plupart des villages sonl^perchés sur des rochers. Quant à Baréges, ce n’est pas une position de choix ; il a fallu bâtir près de la source.

Page 1