A SAINT-PÉTERSBOURG
pour toutes les courses en ville, est le droshki, sorte de siège sur lequel 2 personnes se placent dos à dos; une seule personne s’y place à califourchon. Ce siège est monté sur 4 roues ; 2 marchepieds latéraux soutiennent les pieds. Le droshki est léger, bien suspendu, attelé d’un cheval, quelquefois de deux. Dans ce dernier cas, l’un des chevaux est toujours lancé au grand trot, tandis que l'autre garde le petit trot: course 15 kop.et 20 kop.; 1 h., 25 kop.; pour chaque hèure suivante, 1 5 kop . Une calèche pour la journée se paye de 3 à 4 roubles arg., et pour la semaine de 20 à 25 roubles. — Le passage de la Newa en barque coûte de I kop. à 5 kop.
Formalités de séjour. Le voyageur, le jour ou le lendemain de son arrivée, doit se présenter à l’hôtel de la police générale, rue Pantelemonskaïa, où on lui délivre une nouvelle attestation, en vertu de laquelle il reçoit un billet ou permis de séjour, au bureau des étrangers , quai de la Fontaka. Ce permis doit être, sous peine d’amendes exorbitantes en cas de négligence, renouvelé chaque année.
Il y a 5 prix différents pour ce permis, selon le rang et la profession dans lesquels l’arrivant se trouve classé. Un homme du 1" rang paye 7 r. 15 kop., une femme du I*r rang paye 4 r. 15 kop. La taxe s'abaisse proportionnellement jusqu’à la 5’ catégorie, qui est de 86 kop. arg. pour les hommes, et de 29 kop. arg. pour les femmes.
Lettres, renseignements, règlements df. police. La poste part 3 fois par semaine pour l'étranger : mardi , jeudi et samedi; pour l’intérieur, les mêmes jours; pour Moscou, tous les jours, le dimanche excepté. On affranchit les lettres à la direction des postes, rue Potcblamskaïa.
Celles qui viennent de l’étranger et de l’intérieur sont distribuées les lundis, les mercredis et les vendredis, le lendemain de leur arrivée.
Les boîtes delà petite poste sont nombreuses, elles sont disposées chez les marchands et surmontées de cette inscription entrois langues : Dépôt de lettres pour la poste de la ville. On peut écrire indifféremment l’adresse en russe ou en français.
Les rues droites et longues portent ici le nom de perspectives : les rues ordinaires celui de oulitia; des petites rues s’appellent pereoulok. Il est expressément défendu de fumer dans les rues; à presque
RUSSIE
tous les coins, on trouve dans leurs baraques ea bois (houuia) les soldats de police, chargés de faire respecter les réglements et de veiller a l'ordre.
Un bureau de renseignements existe à Saint-Pétersbourg et peut être utile à l'étranger. U est situé grande Morskaïa, maison Kossikowki. On y trouve des journaux dans toutes les langues : l'abonnement est de 5 roubles par an.
Située au 59' degré de lat. N. et au 27* de long. E., la capitale de l’em-
Îire de hussie occupe une partie de ancienne ingrie des Suédois et une partie de la t-arélie, qui appartenait à la Finlande. La Newa. ce grand et beau fleuve que Malte-Brun a nommé un Bosphore d’eau douce, sortant du lac Ladoga , la divise en deux parties à peu près égales et, s’élargissant toujours, se jette auprès de Cronstadt dans le golfe de b in lande. Le soi est plat, froid et humide. C’est une terre sablonneuse successivement apportée par le lleuve-, rebelle à toute sorte de culture , si ce n'est à la culture maraîchère; les jardins dont elle est couverte n’ont prospéré qu’à force de dé pense et de soins : les environs de la ville sont des plaines boisées et marécageuses.
Pétersbourg est coupé non- seulement par la Aeica, la grande et la petite Aetna , mais encore par la grande et la petite A ewka, qui en sont ues ramifications et forment différentes lies.
Un grand nombre de canaux portent les eaux du fleuve dans les quartieis où roulaient autrefois des ruisseaux fangeux et malsains.
Les principaux de ces canaux sont' :
celui de la Maika, dont le cours est de 4 verstes 1/2. Les rives en. sont soutenues par des pilotis : il fut creusé en 1738 sous 1 impératrice Aune; — le canal Catherine dû à Catherine II, partout revetu de granit taillé : sa largeur est de près Ue 20 mèt. ; — le canal de la b'onianka , autrefois b’ontannaia, rivière des fontaines, partant du jardin d’été : il se jette dans la Newa après avoir parcouru b verstes; — le caual Zagorodnoi, qui ferme la ville du côté méridional. — La Newa parcourt 13 verstes dans l’enceinte de
la ville, encaissée dans ses quais de granit aux larges dalles, dignes de l’antique Égypte.
Pétersbourg a 9 verstes de long, 8 de large, et se divise en treize quartiers dontl’amirauté est le centre. — A partir de la place de ce nom, trois grandes voies s'étendent en une ligne droite de 4 verstes rayonnant dans trois directions différentes :
L’une, la Kosnecenskaia prospect, rue de la Résurrection, aboutit au canal Zagorodnoi. — L’autre, Gorokoraia prospect, rue aux Pois, aboutit à un champ de revues. — La troisième, Neivskoi prospect, perspective de Newsky, est une splendide promenade, qui n'est point à proprement parler russe , mais française , italienne, allemande, anglaise, bordée de magasins de toutes ces nations, d’églises ne toutes les confessions , de palais et d’édifices publics; elle se termine au riche couvent de Saint-Alexandre Newsky. — Dans Wassili-Ostrow , Ile de Wassili ou Basile, Ue située entre la mer, la grande et la petite Newa, plusieurs rues ue portent pas d’aulre nom qu’un numéro d’ordre, 1”, 2*, 3e, 4* ligne.
Le climat de Saint-Pétersbourg est peu salubre à cause des vapeurs et des brouillards qui s’élôtentdes bas-fonds.
La température change constamment et passe des chaleurs excessives aux froids les plus rudes. Pétersbourg est exposé à tous les vents, mais le vent d'ouest, chargé de nuages et souvent suivi d’inondations, est celui qui domine , surtout au printemps et en automne.
Il n'yaque deux saisons, l’été etl’lxi— ver; les aunes ne sont que de courtes transitions. — Pendant l'été, la ville se dépeuple; il n’est pas de pauvre artisan qui n’ait quelque petite cabane à la campagne, aux îles, à Peterhofî, sur le boni de la mer ou de quelque petit ruisseau. Au plus fort de la saison , le soleil est pendant 18 heures sur l'horizon ; le plus long jour est de 18 heures 29 minutes; le reste, c’est la nuit sans ombre, un demi-jour mystérieux dont rien ne peut rendre la molle clarté. On peut lire en plein air à toutes les heures. Le crépuscule
du soir se confond avec celui du matin. A 2 heures de l’après-midi la chaleur s’élève parfois jusqu’à 41 degrés centigrades; elle est telle que les forêts de bois résineux, constamment exposées à un soleil ardent, ont souvent pris feu spontanément.
baint-Pétersbourg est élevé de 16 met. seulement au-dessus de la mer.
La Newa y coule à plein bord entre ses quais de granit, qu’elle vient battre et qu elle dépasse , quand le vent d’ouest souille pendant plusieurs jours de suite. Les habitants gardent le souvenir de désastres terribles, sous la menace desquels ils se trouvent encore. En 171b, Saint-Pétersbourg fut tout un jour sous les eaux. Mais en 1773 (lü septembre;, le lléau eut des suites déplorables. L’eau monta à 3 met. bO au-dessus de son niveau et emporta les ponts et les arbres; les barques flottèrent dans la mer; un navire marchand alla échouer au centre de l’tbe Wassili : 482 maisons furent détruites, et le nombre des victimes s’éleva à but). — L'amirauté annonce les crues subites, en arborant les drapeaux rouges et tirant le canon. L’artillerie de la forteresse donne le signal dans les dangers pressants.
Vers le mois de novembre, la Newa commence à se couvrir de glaçons et ne tarde pas à geler entièrement : la neige la couvre, et la transforme en une immense plaine de glace, long chemin qui conduit à la mer. Les traîneaux, les malles-pusies y passent comme sur la terre leime. Il s’y lait des courses fort curieuses.
Saint-Pctei sbourg , dernière née des capitales européennes , n’existait pas avant 1703, époque où Pierre te Grand, vainqueur des suédois, songea à établir 1a métropole de son empire au bord delà Baltique, dans ces marais fangeux où it appela des millions d’ouvriers, rassemblés de toutes les parties de ses Etats, Busses, Ralmouks, Tartures , Losaques, Finlandais et Ingri sns. D’abord la lurteresae , puis l’église en bois, puis la maison du commandant, s’élevèrent avec quelques cabanes pour abriter les ouvriers, et eusuite une autre forteresse à Retousari ^Lronstadt).
. Il suffisait de faire le voyage de
Pétersbourg pour y avoir une propriété ; le terrain était au choix, le bois ne coûtait rien ; toutefois les habitants manquaient à la ville, qui n’était que 1 assemblage informe de pauvres villages de bois; trois ukases parurent, ordonnant aux nobles, aux marchands, aux artistes, de bâtir à Pétersbourg; un autre défendant de bâtir eu pierre ailleurs que dans la capitale nouvelle.
Entm, Pierre le Grand eu fit le siège de son gouvernement, il éleva successivement le palais d hiver, la bibliothèque , la bourse, l’académie des sciences , celles des beaux-arts , et l’université; il creusa les canaux pour assainir les parties basses, encaissa le tleuve, et put se due, avant de mourir, qu il avait achevé son œuvre.
Saint - Pétersbourg , aujourd’hui , compte b32240 hab. , renferme 147 églises ou chapelles affectées au culte grec, 20 églises de confessions étrangères, sans compter celles des dissidents de l'Eglise orthodoxe de Russie, 10 palais ou châteaux, 26 hospices, 135 ponts, dont 27 en pierre ou granit, tant sur la Newa que sur les cauaux, et près de 10 000 maisons, dont quelques-unes contiennent jusqu’à 40U0 individus. Sur ce chiffre de maisons, plus de la moitié encore sont construites en bois.
un ne peut s’empêcher de reconnaître à cette capitale un grand caractère de majesté et de magnificence, surtout quand on entre par le tleuve encombré de vaisseaux, et bordé de chaque côté de monuments gigantesques dominés par les coupoles arrondies revêtues d’or ou d azur étoilé.
Les places sont d’une telle étendue qu’on apprécie difficilement les dimensions reedes des édifices qui les bordent.
ÉDIFICES HELICIEUX.
La ratbédrale de Wotre-name de Haxan, située sur la perspective Newsky, fut commencée sous l’empereur Aiexandre, en 1801 , et devint l’église métropolitaine de Pétersbourg; elle est ainsi nommée de l’image de la Vierge apportée de Kasan à Moscou, pui s de Moscou à Pétersbourg . par Pierre le Grand , et particulièrement vénérée de
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tous les Russes. C’est une copie de Saint- Pierre de Rome ; elle est précédée d’une colonnade semi-circulaire, d’ordre corinthien ; au centre s’élève le dôme. A l’intérieur, elle dépasse en magnificence les plus riches églises de l’Europe. L’iconostase ou porte-image , devant le sanctuaire, est en argent ciselé; il pèse 4000 liv.jc’estun don des Cosaques des armées de 1813 et 1814. Quatre colonnes en jaspe de Sibérie le décorent, ainsi qu’une auréole d’argent où le mot Dieu est écrit en pierres précieuses. Les images , devant lesquelles brûlent des lampes toujours allumées , sont couvertes de saphirs, d’émeraudes et de diamants, dont l’un ne le cède qu’à celui du sceptre de l’empereur.
Un grand nombre d’armes et de drapeaux , parmi lesquels quelques aigles mutilées, donnent à Notre-Dame de Kasan une physionomie presque militaire; sur la place, sont érigées les deux statues en bronze de Barclay de Tolly et de Koutousoff , qui repose dans l’église même.
La cathédrale de HuInl-lMerrc et Bal iit- Paul, dans la forteresse, visible de loin à cause de sa haute (lèche dorée, dont la croix est soutenue par un ange de grandeur colossale , commencée par Pierre le Grand, fut finie seuiementpar l’impératrice Anne. L'aspect en est simple et même un peu nu; mais 1 intérieur en est imposant. Plusieurs centaines de drapeaux persans, turcs, suédois, prussiens, français, les clefs de Paris et d’autres cités de l’Europe , sont appendus aux murailles. Sous les voûtes, reposent les princes souverains de Russie ; 100 bouches à feu, des bastions formidables, 3000 hommes de garnison défendent la forteresse qui est en même temps une prison d'Etat (s’adresser, pour la visiter, aux bureaux de l’état-major; l’entrée dans l’église est libre).
La cathédrale Baint-l saac, place de l’Amirauté, le plus gigantesque monument de Saint-Pétersbourg, est bâtie sur l’emplacement d’une église en bois, plus tard reconstruite en briques.
L’empereur Alexandre le fit élever en 1819, sur les dessins de Ai. de Montferrand. Les travaux de consolidation du terrain, qui reçut une forêt de pi-
lotis , ont coûté 5 millions de francs.
Les matières employées à l’extérieur sont le granit rouge, le marbre et le bronze. L’effet, diminué par l’immensité de la place , est encore immense; 24 colonnes à fût monolithe de granit rouge de Finlande, à base et chapiteaux de bronze ciselé , surmontées de deux autres rangées de colonnes, supportent la. coupole en bronze doré et luisant, terminée par une lanterne dorée; 4 frontons de bronze regardent les 4 points cardinaux ; celui du N. est de Lemaire, le sculpteur du fronton de la Madeleine ; il représente la Résurrection. D’énormes colonnes de marbre blanc incrusté de malachite, de porphyre ou de lapis, soutiennent le dôme intérieur; les murs sont revêtus de mosaïques ; la coupole est peinte par Bruloff. Les colonnes de l’iconostaae qui reflètentles feux des lampes son t en cristal de roc he.
De la galerie du dôme, et plus encore de la lanterne, on jouit'de la plus admirable vue sur la ville avec ses églises et ses palais, ses canaux, et au fond sur la mer , jusque par delà Cronstadt.
L'église de Smelnoi (église du Rédempteur), à l’extrémité E. de Pétersbourg, est la plus remarquable comme architecture russe. Commencée sous Élisabeth, en 1703, elle fut terminée en 1836 : sa grande coupole qui surmonte l’édifice est entourée de quatre petites; elles sont azurées et semées d’étoiles d’or, d’un bel effet.
A côté de l’église est l’institut des demoiselles nobles; 500 jeunes filles y sont élevées aux frais de la couronne , 300 aux frais de leurs familles. — L’église Preobrajenie (de la Transfiguration), à l’extrémité de la Liteinaia, est encore une église militaire tapissée de drapeaux et entourée d’une grille formée de canons et de chaînes entrelacées. Elle appartient au régimeut Preobrajenski, un des plus anciens de la garde. L’horloge, qui est l’œuvre d’un simple paysan , est considérée comme un chef-d’œuvre. — L’église Saint-Nicolas fut projetée par Pierre le Grand, et terminée par Catherine II, qui fit don de dix images enchâssées dans l’or, et ! de dix lampes d’or.
Saint- Alexandre Nexvsky est
l’un des plus grands et des plus célèbres monastères ae la Russie. Il fut fondé par Pierre le Grand, en l’honneur du prince Alexandre, surnommé Newsky, qui défit les Suédois et les Livoniens , et fut canonisé par l’église russe. Ce monastère occupe , au bout de la perspective de Newsky, un vaste espace entouré de murs, renfermant des églises, de? tours, des jardins et les cellules de 60 moines. La principale église du monastère, celle delà Trinité, est ornée de marbres précieux et de bonnes peintures, parmi lesquelles un tableau de Rubens : le tombeau du saint est en argent massif, ainsi que les trophées et les candélabres qui l’environnent, du poids de 3600 livres. Les clefs d’Andrinople sont à côté du tombeau de Saint- Alexandre.
On peut visiter à Saint-Alexandre Newski : la bibliothèque de 10000 vol. , quantité de manuscrits et d’antiquités russes, et le trésor du couvent. On y montre des coffres remplis de perles fines et de pierres précieuses , des ornements religieux et des vases du plus grand prix. Les principales familles de Russie sont enterrées dans ce couvent. — L’église catholique romaine, sur la perspective, est desservie par des dominicains polonais ou allemands. Elle fut bâtie par l’architecte Bruloff. L’hôtel et les peintures des chapelles en sont remarquables, ainsi que le lustre; une plaque de marbre dans une des chapelles porte cette inscription : Moreau. — On remarque encore , sur la perspective Newski , outre cette- église , celle de l’ordre de Halte, fondée par l’empereur Paul, et une chapelle catholique.
Pétersbourg possède aussi huit temples luthériens, dont plusieurs sur la perspective ; l’église anglaise est située sur le quai Anglais.
Les cérémonies les plus remarquables sont celles du 6 janvier, jour de la bénédiction des eaux de la Newa; de Pâques; du 30 août (procession de l’église de Kasan au monastère de Newski) ; de la débâcle des glaces : c’est la fête de l’ouverture des eaux, dont sept coups de canon , tirés par l’Amirauté, donnent le signal.