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ROUTE LXXXII

de FLORENCE a BOLOGNE.

Fonte-Buona ,

lp.

Filigarc ,

Vt

Cafaggiolo ,

Lojano,

Montecarelli ,

Pianoro ,

Covigliajo ,

Bologne,

Les livres de poste comptent 18 1. ; les vctturini, GO milles ou 20 1. de France (1).

11 est à remarquer que de la station de Lojano jusqu’à Covigliajo on attache un troisième cheval aux petites voitures, et deux autres chevaux aux plus grandes. D’après la construction de la nouvelle route sur la montagne nommée Monic-di-Fo , le chemin est plus long d’un demi-mille , en sorte qu’il faut employer deux heures et quinze minutes pour aller à Covigliajo.

Jusqu’à la seconde poste, la route est délicieuse, au milieu de collines couvertes de vignes et d’oliviers. A la distance de trois milles de Florence, dans un endroit appelé Trespianoy on rencontre le nouveau cimetière public à l’usage de cette ville.

A six milles , on voit à droite Pratolinot maison royale magnifique , architecture de Bernard Buonlalenti , célèbre par les embellissements ajoutés par les Médicis , et principalement par legrand-dnc François F*r. On y voit la statue de l’Apennin , haute de 20 mètres. Cette campagne est ornée de plusieurs fontaines et de jets d’eau très-ingénieusement ménagés, et de grotesques d’un travail surprenant, qui servirent ensuite de modèle pour les jardins et les travaux hydrauliques de Versailles.

En continuant le voyage, on aperçoit au nord, sur une éminence, le couvent de Monte-S enario , jadis des Servîtes, où habitèrent les fondateurs de cet ordre régulier.

(i) Observation générale . En Italie, 5 milles équivalent à » lieue de France , ou 4 kilomètres.

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Après avoir passé Taglioferro , on voit à droite l'ancienne route de Bologne , qui passait par le village de la Scarperia (où l’on fabrique des couteaux et autres armes tranchantes), et de là on passe le Giogo à Firenzuola , château baigné par le Santerno , dans une vallée fertile par laquelle ou arrive directement à Pietramala.

De Cafaggiolo à Cavigliajo , on va presque toujours en montant. Aux Masques , près de la maison de campagne Gerini, on jouit d’une très-belle vue. En s'arrêtant à cette auberge, on partage le voyage en deux parties, et on va se reposer à Pietramala , aux contins de la Toscane , entre les Filigare et Covigliajo.

Sur le Giogo , montagne la plus haute de l’Apennin, entre Montecarelli ( Mons Carelli) et Covigliajo , on remarque des éboulements de terre considérables ; et, entre Pietramala et Scaricalasino , on voit un amas de pierres et autres matières qui annoncent une roche tombée en ruine. Le naturaliste pourra examiner de près si cela est l'effet d’anciennes éruptions volcaniques.

A un demi-mille de Pietramala , sur la droite , dans un terrain stérile et pierreux appelé Monte-di-Fô , on voit un petit volcan toujours allumé, qu’on appelle vulgairement le Fuoco del Legno . Lorsque le temps est pluvieux ou disposé à l’orage, la flamme devient plus vive. Les montagnes des alentours sont stériles , et elles ne produisent que des arbres rabougris en petit nombre. Au nord du même volcan, et dans la partie la plus élevée, on voit une autre montagne escarpée, dite Canida .

On remarque à une demi-lieue de Pietramala une source d’eau froide dite l ' A qua Buja , qui s’enflamme à l’approche d’une lumière. C’est une émanation de gaz hydrogène.

Des Filigare à Lojano , on va toujours en descendant. On peut , si l’on veut , s’arrêter à Lojano ; mais l’auberge n’est pas bien commode. De Lojano à Pianoro , on jouit d’une vue très-étendue de la chaîne des Apennins , des vallées d’alentour, et de la plaine qui de Bologne s’étend jusqu’au Pô. De Pianoro à Bologne , le chemin est uni et presque toujours dans le fond d’une vallée.

Bologne (!) ( hôtels : San-Marco, le Pèlerin, la Pension- Suisse) est située au pied de l’Apennin, et à une petite distance du Reno. Polybe, Pline, Tite-Live, Strabon, Tacite, Cicéron et Dion-Cassius ont parlé de cette ville , et la regardaient comme l’une des plus anciennes et des plus considérables d’Italie. D’après les diverses révolutions qu’elle a éprouvées , il n’est pas surprenant qu’elle n’ait conservé que très-peu de vestiges de sa première splendeur. On y voit cependant quelques restes des bains de Marius , et l’on croit que V église de Saint-Étienne a été un ancien temple d’Isis.

La population de Bologne est de 70 mille habitants. Cette ville a une demi-lieue de diamètre, et est partagée par un canal qui n’est navigable qu’au dehors ; on y entre par douze portes qui aboutissent à autant de rues très-belles ; les maisons sont bâties ou revêtues de pierres de taille , avec des portiques à arcades élevés au-dessus du niveau de la rue , en sorte qu'on peut parcourir cette ville à l’abri des injures du temps, à pied sec, et sans recevoir aucune incommodité des voitures. Les portiques , assez communs en Italie, furent imaginés avant l’invention des carrosses. Maintenant ils sont regardés comme superflus et de mauvais goût.

Bologne n’a qu’une simple muraille de briques, sans fossé ni fortification ; ce fut une des conditions qu’elle exigea en se donnant au pape. Dans une petite place qu’on rencontre vers le milieu de la grande rue, sont deux tours bâties de briques ; l’une, appelée la tour des Asinelli , a 102 mètres de hauteur; l’autre, qu’on nomme Garizenda, en a 115. Ces deux tours penchent hors de leur aplomb, savoir : la première de 1 mètre 20 cent. , et la seconde de 2 mètres 64 cent. Une inclinaison si considérable est vraiment effrayante à la vue, quelle que soit d’ailleurs la solidité de ces tours.

Edifices. — Les principaux édifices de Bologne, soit publics , soit particuliers, ont beaucoup de magnificence. Le palais de la Seigneurie , Palazzo Publico , où sont les dilfé-

(i) Voyez Guida del fores (ierc per Incita di Dolofj^a, In-ie, 1325. A Bologne chez Cardinal!.

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.vtr,

rents tribunaux de justice, a son entrée principale sur la grande place. Ce palais est très-vaste ; on voit sur la porte deux statues, l’une de Boniface VII , et l’autre de Grégoire XII ; le buste de Benoit XI P' est au-dessus du grand escalier. Les autres palais dignes de remarque sont ceux, de Magnani , Bentivoglio , lianuzzi , etc.

Fontaine. — Vis-à-vis la porte d’entrée de ce môme palais est la fontaine appelée du Géant , décorée par Jean de Bologne , l’une des plus belles d’Italie. On y voit Neptune debout , armé de son trident, et dans cette attitude où Virgile exprime si bien sa fierté, quos ego .... quatre enfants assis aux encoignures enlacent de leurs bras des dauphins qui jettent de l’eau ; au bas du piédestal , quatre sirènes couchées sur des dauphins pressent leurs mamelles , dont elles font sortir des jets d’eau. Toutes les ligures sont en bronze ; le Neptune est de taille héroïque; les sirènes se font remarquer par des airs de tête très-gracieux, par leurs attitudes voluptueuses, et par la délicatesse avec laquelle les chaires en sont rendues. Le seul reproche qu’on peut faire à l’ensemble, c’est un peu de confusion, parce qu’il y a trop de sculpture dans un si petit espace.

Monuments religieux. — Bologne est une des villes d’Italie les plus riches en tableaux et en statues : il y a environ 200 églises , et parmi ce nombre il n’y en pas qui ne possèdent quelque peinture rare. Dans la Cathédrale , qui est d’une très-belle architecture, on voit une Annonciation à fresque de Louis Carrache.

L’église de Saint-Pétrone est aussi très-belle, et contient divers tableaux fort estimés. C’est dans la nef de cette église que le célèbre Cassini établit son premier méridien.

Toutes les autres églises de Bologne contiennent une prodigieuse quantité de tableaux et de statues, dont l’énumération passerait les bornes naturelles de cet ouvrage ; ce sont des chefs-d’œuvre d' Augustin , de Louis et d 'Annibal Carrache , du Guide , du Dominiquin , du Guerchinf de Y Albane et de plusieurs autres grands maîtres : voilà pourquoi on a appelé Bologne le cabinet des peintres d'Italie . Ceux qui désirent des détails plus circonstanciés à l’égard des tableaux, les trouveront dans l’ouvrage intitulé Peintures

de Bologne , par J.-P. Zanotti , ou dans les Musées d’Italie, par Louis Viardot, Paris 1843, ouvrage consciencieux.

II y a à Bologne une université qui a fait époque dans l’histoire du renouvellement des sciences. Fondée en 425 par l’empereur Théodose , la protection de Charlemagne lui donna un nouveau lustre. Le bâtiment est vaste et orné de peintures à fresque; le théâtre anatomique est très-bien disposé. On y admire deux figures en bois qui représentent des écorchés , et sont regardées comme des chefs-d’œuvre.

Bologne possède encore deux Académies, celle des Beaux arts et celle des Jurisconsultes ; une Bibliothèque qui renferme 80,000 volumes et 4,000 manuscrits.

Théâtres. — Les théâtres de Bologne sont vastes et d’une noble architecture. Il y en a trois : Communal , del Corso , Contavalli,

Le Musée (ou, comme on l’appelle aujourd’hui, Pinacothèque) de Bologne renferme des morceaux capitaux, au nombre de 286 , disposés avec un ordre admirable. 11 faut bien se garder de l’oublier. Nous ne signalerons aux artistes et aux amateurs que les toiles les plus saillantes :

Le Martyre de sainte Agnès , du Dominiquin ; la Madonna del Rosario, du même, ses deux plus beaux ouvrages peutêtre. La Transfiguration , de Louis Carrache; la Naissance de saint Jean-Baptiste, la Vierge et des saints, du même. C’est ici qu'il faut étudier ce peintre trop peu connu , trop peu admiré. La Communion de saint Jérôme , d 'Annibal Carrache ; la Madonna délia Pietà ed i santi Protettori di Bologna , œuvre capitale de Guido Reni ; le Massacre des Innocents, du même, admirable ; la Vierge Marie in gloria , chef-d’œuvre du Pérugin ; la sainte Cécile de Raphaël ; la Vierge et les Saints, de Fr . Francia ; un Pape qui donne la communion aux pauvres, de Georges Vasari ; les Épousailles de sainte Catherine, de Pellegrino Tibaldi ; même sujet, par Alex . Tiarini , etc. — Tous ces tableaux sont placés dans la même galerie (rotonde) , où l’on arrive par un corridor dont les murs sont tapissés de tableaux des premiers temps de la peinture. ( On donne , pour le visiter ,

1 fr. au custode.)

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La Chartreuse ou Cimetière. — On ne pourrait sc flatter de connaître cette ville, si on n’avait fait une visite au cimetière public. Là sont rassemblés plusieurs milliers de tombeaux en marbre de tous les âges, de la renaissance, du xvne, du xvme et du xixe siècle , dont quelques-uns sont de véritables chefs-d’œuvre, d’admirables fresques , des inscriptions qu’on croirait du siècle d’Auguste. Il y a des galeries de plusieurs centaines de pieds , que la sculpture et la peinture se sont épuisées à embellir; enfin ce monument peut être considéré comme une des merveilles de l’Italie.

Le territoire de Bologne abonde en grains, chanvre et soie; • les collines environnantes présentent le plus riant aspect, et produisent des fruits de la meilleure qualité ; mais la partie de ce territoire qui s’étend vers le Pô est souvent désolée par le débordement des rivières. À une lieue de Bologne et sur la montagne de Guardia , est une église dédiée à la sainte Vierge , et où on arrive par un portique de G90 arceaux, qui commence à la porte de la ville et va jusqu’au sommet de la montagne. On attribue à saint Luc le tableau de la Vierge.

Les Bolonais sont d’un caractère franc, libre et enjoué, bons amis ; mais aussi , dit-on , ennemis irréconciliables : car il a bien fallu les faire figurer dans la liste des sept péchés capitaux que les plaisants attribuent aux principales villes d’Italie, en plaçant l’orgueil à Gênes, l’avarice à Florence, la luxure à Venise , la colère à Bologne , la gourmandise à Milan , l’envie à Rome, la paresse à Naples. — Bon restaurateur à 2 fr. Café des Juifs, le meilleur de la ville. — On donne 75 cent, pour visa du passe-port. On peut le remettre au camerière ou garçon d’hôtel, auquel il est dû, lorsqu’il apporte le visa , 50 c. On doit être muni de passe-port si l’on sort de la ville. Cela est de règle, surtout dans les États du pape; sans cette précaution on peut être conduit à la police.

Moyens de locomotion. — De Bologne , pour Florence ou Padoue, on paye par les vetturini, qui prennent quatre personnes, 4 à 5 napoléons, nourriture et coucher compris.

Ce trajet demande deux jours.

ftOüTK 83, — DE BOLOGNE A MANTOUE. 649

Des diligences partent pour Rome les lundi et mardi à une heure après midi ; prix , 14 scudi ou écus (1).

Pour Florence y les lundi, mercredi et vendredi, à 7 h du matin ; prix , 4 scudi.

Pour Milan , lundi , mercredi et vendredi , à 6 h. du matin ; prix, 7 scudi et demi.

Pour Padoue, tous les jours à 5 h. du matin, excepté les lundi et jeudi , qu’ils partent à midi.— Pour Ferrare de même que pour Padoue-, prix, I scudo 23 bajocchi.

La Poste aux lettres est ouverte tous les jours, depuis D h du matin jusqu’à 3 h. après midi ; les dépêches partent pour

la France , 1 Angleterre , tous les jours ( dimanche excepté) , à 11 h. du matin. '

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