ROUTE LXXXIIJ
DE BOLOGNE a MANTOUE.
10 p. Va i 21 1.
Saint-Georges,
Cento,
Saint'Charles , Ferrare , Paiantone,
Massa , OstigÜa , Governolo , Mantoue,
AUTRE ROUTE, 10 p., 201., route montée.
Capo-d’Argine , \
Malalbergo, i
Ferrare, 1
Bondeno , 1 a/"
Sermide , j 3 y,
Governolo, 1 1 /
Mantoue (2) , 1 i/2
Ce voyage se faisait autrefois en entier par eau ; mais on
(i) L’écu romain vaut» fr. ss c.
(a) Voici encore une autre indication de route Arginc, 2 1. ; Malalbergo, « I.; Ferrare, 3 I.; Bondeno, 3 1. 17»; Sermide, 3 i. 172; Osti-
glia, 3 t.; Nogara, 3 l. 1*2; Castellaro, 2 1 ; Mantoue , 3 1. , qui est la nouvelle route. Total , 2» 1. t;2.
CUJl>lî EN ITALIE.
préfère la voie de terre. La route par Saint- Georges et Cenlo est la plus commode et la plus sûre, mais n’est pas montée, celle de Bologne à Ferrare y par Capo-d’ slrgine et Malalbergo , étant souvent dégradée et inondée.
De Bologne à Ferrare on voyage dans une plaine naturellement fertile, mais qui serait susceptible d’une plus grande culture. Hors de Bologne, on passe le Naviglio . Après Saint-Georges y on passe le Reno en barque; la route continue ensuite le long de cette rivière. On va maintenant à Ferrare sur une nouvelle et magnifique route de poste, plus courte que l’ancienne, et presque toute bien pavée , qui se dirige en ligne presque droite jusqu’à Ferrare.
Cento ( hôtel : la Poste) , petite ville, mais célèbre pour avoir donné naissance à Jean-François Barbiéri, dit le Guerchin. Les amateurs de peinture pourront voir plusieurs beaux ouvrages de cet artiste fameux et de quelques autres , dans les églises et même dans les maisons particulières. L’étranger pourra se procurer une description imprimée de ces peintures.
De Saint- Charles , San- Carlo , à Ferrare , la route est très-bonne; mais la campagne des environs de cette ville ne présente pas un coup d'œil bien riant, l’agriculture y semble totalement négligée.
Ferrare ( hôtels : les Trois-Maures , les Trois-Couronnes) , au temps de l’Arioste , était encore très-riche et très-considérable, puisque ce poete en fait le plus brillant éloge :
O città bene avventurosa
la gloria tua salira tanto.
Ch* avrai di tutta Italia il pregio e'ivanto.
Mats aujourd’hui il ne reste à Féihare que des vestiges de sa magnificence , de sa population et de son commerce. L’aspect de la ville est imposant. ; ses rues sont bien aérées : celle de Saint-Benoît a près de 2,000 mètres de longueur, et est alignée jusqu’à la porte Saint-Jean. A l’égard de la longueur totale de la ville, elle est de 2,888 mètres, depuis la porte Saint-Benoît jusqu’à la porte Saint-Georges. Les édifices publics et particuliers sont beaux , les rues larges , longues quelquefois de plus d’un quart de lieue; les plus
KOUTE SJ.—bE BOLOGNE A MANTOUE. 65 1
belles sont celles de San-Benedello , Giovica; la citadelle, placée au couchant de la ville , est grande, forte et régulière : mais , depuis la tin du xvie siècle , la population , l'industrie et le commerce de Ferrarc sont dans un état de décadence et de langueur; les campagnes mêmes des environs ne sont pas mieux peuplées , ce qu’on attribue à l’air malsain qui s’exhale des marais dont une grande partie du Ferrarais est couverte.
Au milieu de la ville est un Château , ancienne résidence des ducs ; il est entouré d’eau et flanqué de grosses tours. Près de ce château est le Palais des Nobles , au-devant duquel on voit deux statues de bronze sur des colonnes trèsélevées : ce sont deux ducs de Ferrare.
Monuments religieux. — La Cathédrale est vis-à-vis le palais des Nobles ; elle est dédiée à saint Georges et bâtie en croix grecque : sa façade gothique est d'un assez bon goût. On y admire un saint Laurent du Guerchin , artiste habile qui , par ses ombres vigoureuses , donnait tant de force à ses tableaux; un Jugement dernier, copié ou du moins imité de Michel- Ange, et le tombeau de Cilio Grégoire Giraldi , que M. de Thou regarde comme un des plus savants hommes de son siècle. Rien n’égale la beauté des miniatures qu’on admire dans les livres de chant de cette église ; ils sont préférables peut-être à ceux de Sienne.
V église de V ancien collège des Jésuites possède un saint Stanislas communié par les anges , et saint François-Xavier ressuscitant un mort , de V EspagnoleU
Dans celle du couvent des Bénédictins est un tableau de Bononi , représentant le festin d’Ilérode et d’Hérodîas, sous les traits du duc Alphonse et de sa maîtresse. Cette église était encore plus célèbre par le tombeau de V Arioste, qui y fut enterré , que par ses peintures : on lisait en vers italiens, sur une colonne, l’épitaphe de ce poète, qui, par la hardiesse du dessin , la fierté mâle de ses touches et l’harmonie de ses vers, peut être mis â côté des plus grands poètes de l’antiquité. Le Mausolée , qui est en marbre blanc, a été depuis transporté à la Bibliothèque publique , où on pourra voir des autographes de V Ariosle , du Tasse , de Guarini. Cette riche collection renferme près de 80,000 vol.
GUIDE EN ITALIE
et 1,000 manuscrits. Dans le vestibule du réfectoire est un Paradis (le Benedetto di Garafolo ; ce peintre était l’ami de J’Arioste, et il l’a représenté entre sainte Catherine et saint Sébastien, parce que le poète lui disait : Mettez-moi dans votre paradis , car je ne prends pas le chemin de l’autre , Dipingete me in questo paradiso , perche nelV altro io non ci va. — La statue élevée récemment à l’Àrioste , par deux artistes de Ferrare , fait honneur à leur talent. Elle s’élève sur une place bien ombragée, véritable promenade, qui naguère portait le nom de place Napoléon et était ornée de sa statue. Le nouveau Théâtre est à visiter; il est de Foschini. On visitera encore les Palais de Rondinelli et Bevi~ lacqua , où se trouvent de belles peintures.
On conserve encore à Ferrare une chaise et une écritoire de V Ariosle. On indique \' hôpital Sainte- Anne pour être le lieu où le due Alphonse tint longtemps enfermé le Tasse sous prétexte de folie , digne récompense que ce poète reçut d’un prince qu’il avait immortalisé dans ce beau passage de la Jérusalem délivrée : Tu magnanime Alphonso /.... On montre aussi aux étrangers la maison n. 1276 qui appartenait autrefois à Guarini, et dans laquelle on représenta pour la première fois le Pastor fido . Pop. 32,000 hab., dont un tiers se compose de juifs , relégués dans un quartier séparé qui est le plus beau de la ville.
De Ferrare à Padoue, voiturin, 10 à 12 fr.
De Ferrare à Palantone , on passe le Poetello en barque, et après Palantone, on traverse le Pô.
Mantoue. ( Voyez route 42, p. 415.)