ENVIRONS DE ROME
Tivoli. Le chemin par lequel on va aujourd’hui à Tivoli répond en plusieurs endroits à l’ancienne voie Tiburtine, dont on trouve çà et là des restes bien conservés, comme nous le verrons dans la suite. On sort de Rome par la porte Saint-Laurent. A moins d’un mille de distance, on trouve à droite la basilique de Saint-Laurent. A environ quatre milles de Rome, on passe sur un pont Y Anio, aujourd’hui le Teverone. Après le dizième mille, on passe de temps en temps sur l’ancien pavé de la voie Tiburtine, construite, comme les autres grands chemins des Romains , en gros blocs polygones d’une lave basaltique noirâtre qu’on trouve près de Rome , et bordée par deux trottoirs. A un demi-mille au delà de Martello , ferme qu’on trouve presque à douze milles de Rome , on voit à gauche , à peu de distance
(1) Pour plus amples renseignements, nous renvoyons encore à Iiome vue en huit jours , i vol in-io , chez L. Maison, 3, rue Christine , Paris , iniG.
(2) Nous croyons devoir, pour l’utilité de ceux qui font à Rome un séjour prolongé , donner une description succincte des. environs de la ville éternelle.
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du grand chemin , le lac des Tartres . En rentrant sur le grand chemin, il faut remarquer que l’ancienne voie se partageait ici en deux branches, l’une qui , en s’éloignant toujours sur la gauche , passait l’Anio au pont dit à présent de l’Aquaria, et allait à Tivoli ; l’autre, en traversant l’Anio au pont Lucano, allait à la villa d’Adrien et à Tivoli. C’est à peu près celle-ci qu’on suit à présent pour aller à Tivoli , jusqu’au
Pont de la Solfatara. Les eaux qui passent sous ce pont sont d’une couleur bleuâtre, et exhalent une odeur de soufre fort désagréable, ce qui lui a fait donner le nom de Solfatara. En suivant la route, à gauche , le long de ce même canal , on trouve, à environ un mille de chemin, le
Lac de la Solfatara, dit lies flottantes . Du temps du père Kircher, ce lac avait environ un mille de circuit, environ 1,600 mètres ; mais sa circonférence a beaucoup diminué, de manière que son plus grand diamètre n’a aujourd'hui qu’environ 200 mètres, et le plus petit 150; sa plus grande profondeur est de 58 mètres. Les matières crasses et bitumineuses que ce lac exhale continuellement, se réunissant à la poussière et aux herbes transportées par le vent, se condensent, et par la force du soufre forment sur la surface des eaux différents corps qui ressemblent à de petites îles, et qui par leur légèreté y surnagent et flottent au gré des vents, ce qui leur a fait donner le nom (Viles flottantes . On prétend que c’est en ce lieu qu’était l’oracle de Faune consulté par Latin us, comme nous l’apprend Virgile. Près de ce lac étaient les thermes de Marc - Agrippa , que fréquentait aussi l’empereur Auguste. A peu de distance du pont de la Solfatara, on voit, à gauche du chemin, les restes d’un tombeau qu’on appelle tombeau de M. Plautius Lucanus. C’est de ce personnagé que tire son nom le pont Lucano , sur 1 ' Anioy qu’on passe à deux milles au delà. Ce pont offre un aspect des plus pittoresques , et le célèbre Poussin en a donné une belle vue dans un paysage qui se trouve au palais Doria. Tout près de ce pont est le
Tombeau de la famille Plautia. Ce magnifique monument sépulcral a été élevé par la famille Plautia, qui était renommée du temps de la république romaine et des
empereurs, il est construit de pierre de Tivoli, appelée travertin, et fait en forme de tour ronde, avec son entablement au milieu , et a de la ressemblance avec le tombeau de Cécile Metella. A deux milles de ce tombeau, se trouve la
Villa Adrienne. L’empereur Adrien, après avoir parcouru les provinces de son empire, voulut rassembler dans cette maison de campagne tout ce qui l’avait le plus frappé dans ses voyages. Il n’existe plus que des ruines de cette villa, dont on reconnaît aisément la destination.
Théâtre grec. On reconnaît par sa forme que ce théâtre est un théâtre grec. C’est un des trois théâtres qui jadis décoraient cette villa, et le plus conservé. On reconnaît encore le corridor sous les gradins , la place des gradins mêmes, et une partie de la scène.
Pœcile . Pausanias nous apprend que le Pœcile d’Athènes était un portique décoré de peintures relatives aux exploits des Athéniens. A l’imitation de celui-ci , Adrien fit bâtir un portique dans sa villa , qu’il appela aussi Pœcile. Ce portique était un carré oblong qui renfermait au milieu une grande cour. Oa voit dans son entier un mur, lequel était entre un double rang de pilastres : ce mur était probablement décoré de peintures comme celui d’Athènes. Du Pœcile, en suivant le mur vers le sud, on arrive à ce qu’on appelle le Temple des Stoïciens . C’est une fausse dénomination qu’on a donnée à un hémicycle décoré de niches. Peu après on trouve un édifice rond, dont le centre est occupé par des bâtiments. Le pavé était décoré d’une mosaïque qui représentait des monstres marins : c’est par cette raison qu’on l’a appelé Théâtre maritime . On passe de là au
Palais impérial . C’est à cause de sa situation plus élevée qu’on appelle cette partie le Palais impérial ; c’est un grand bâtiment à double étage. Dans l’étage inférieur on remarque encore des restes de peintures. En traversant la cour du Pœcile, on voit les
Casernes des Gardes. Le grand nombre de chambres à deux et à trois étages qu’on voit ici les a fait nommer Cento- Camerelle. On arrive après cela au
Canope. Cet édifice tire son nom de la ville de Canopc , située à 16 milles d’Alexandrie, en Egypte, où était un
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temple de Sérapis, bâti à l'imitation de celui qui existait dans cette ville. La plaine qui est devant était remplie d’eau : on voit encore au dedans les chambres des prêtres et une galerie peinte. A droite du Canope sont les restes de l’Académie et d’un autre théâtre. En continuant le chemin, on descend à la vallée de Tempé, qui est arrosée par le Pénée. On revient ensuite à la maison moderne, qui est entre le Pœcile et le théâtre grec, et de là, en revenant sur le grand chemin, après deux milles , on trouve la
Ville de Tivoli. Cette ville, dont la fondation est attribuée à Tibur , Corax et Catillus, Argiens, fut construite vers l’année 4G2 avant la fondation de Rome, après l’expulsion des Sicules, qui retenaient le pays. Les personnes qui partent do Rome entrent ordinairement à Tivoli par la porte Sainte- Croix, d’où on jouit d’une vue superbe sur la campagne de Rome. Cette porte se trouve dans les environs de la villa de Salluste. L’édilice ancien qui mérite principalement d’être vu dans la ville est le
Temple de Vesta. On reconnaît, à la belle architecture de cet antique édifice, que c’est un ouvrage des meilleurs temps. Ce superbe temple est de figure circulaire, de 4 mètres 16 cent, de diamètre ; il est environné de 18 colonnes, mais on n’en voit plus que 10 , qui sont en travertin revêtu de stuc, d’ordre corinthien , cannelées , et de G mètres de haut , sans le chapiteau, qui est à feuilles d’acanthe : leur entablement est orné de festons et de têtes de bœuf : ces colonnes forment un très-joli portique, qui augmente beaucoup la magnificence et la beauté de cet édifice. La colla est en petits polygones de tuf et de travertin, et a deux fenêtres comme le temple de Vesta à Rome. Mais ce qui contribue beaucoup à la beauté et à relfet pittoresque de ce temple, c’est sa situation au sommet d’un rocher, sur le bord d’une vaste vallée , et vis-à-vis de la grande cascade de VAnio . Les eaux de cette rivière tombent dans un gouffre d’environ 24 mètres de profondeur, et forment ainsi une chute aussi magnifique que pittoresque. Le meilleur endroit pour jouir de ce grand spectacle de la nature est au-dessous du temple. A gauche de ce joli temple est placé celui que l’on croit communément de in sibylle Tiburtine. 11 est en travertin, et de la forme d’un carré long,
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orné de quatre colonnes, de front d'ordre ionique. Ce temple a été réduit en église de Saint- Georges. On va ensuite à Ja
Grotte de Neptune . On descend dans cette grotte par un sentier très-commode. Les eaux de l’Anio, après avoir formé la grande cascade, vont se précipiter aussitôt sous les rochers, par un sentier étroit, dans cet horrible gouffre, appelé la Grotte de Neptune , où elles ont formé des arcades et des cavernes. Le contraste agréable que présentent , dans cet endroit, les différents accidents de la lumière, à travers des arcades et des écueils , est encore plus frappant par la grande quantité des eaux qui tombent avec fureur sur des pointes de rochers où elles se brisent, et baignent de leur poussière les spectateurs étonnés à la vue de ce merveilleux spectacle de la nature. En revenant en haut , et descendant par un escalier étroit pratiqué dans le travertin , on trouve la
Grotte des Sirènes . Il y a peu de temps que Ton a découvert le chemin qui conduit dans cette imposante mais délicieuse grotte, d'où pour la troisième fois on voit tomber les eaux de l'Anio. Elle n’est pas moins curieuse et pittoresque que celle de Neptune , tant par la variété des accidents que produisent les eaux, que par la quantité des rochers qui s'y trouvent. En remontant de la grotte des Sirènes, et en prenant le sentier à droite, on va voir les
Cascatelles de Tivoli . Les eaux de l'Anio , après avoir servi pour les fabriques de cuivre, de fer et d'autres usages, viennent former ces petites cascades , qui ne sont ni moins intéressantes ni moins pittoresques que îa grande. La première, qui est la plus grande, est formée par deux cascatelles; l'autre cascade a trois cascatelles qui sortent de la maison de plaisance de Mécène , et qui tombent de plus de 35 mètres de haut. La vue de ces cascades, qui ressemblent à des nappes d’argent, est admirable. En faisant le tour des cascatelles , on montre à droite la situation de la villa de Catulle , qui cependant était bien plus près de Rome. On trouve ensuite l'église de Saint- Antoine , où l'on montre les ruines d’une maison de campagne qu'on aime à appeler la maison d'Horace ; et, après cela, celle de la Vierge de
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Quintiliolo ; elle est bâtie dans remplacement de la maison de plaisance de Quintilius Varus. On traverse, un demi-mille au delà, un ruisseau qu’on appelle 1 ' Aquoria (eau d’or), sur un pont ancien très-bien conservé, et après on passe l’Anio sur un pont de bois. Le chemin qu’on prend ensuite pour retourner à Tivoli est l’ancienne voie Tiburtine , dont on voit des restes. Après avoir marché environ un demimille, on trouve les ruines d’un édifice très-vaste, qu’on appelle la
Villa de Mécène . Cette villa était très- vaste et très-magnifique , comme on le voit par ses restes. Elle coupait l’ancien chemin , de manière qu’on avait dû faire un grand pont ou un grand corridor sous lequel la voie Tiburtine passait. Ce corridor existe encore en grande partie; il reçoit la lumière d’en haut, et la voûte en est étonnante. Les murs de cette villa sont d’ouvrage incertain , opus incertum . 11 reste encore un grand édifice carré ayant des demi-colonnes doriques et des arcades ; les arcades forment l’entrée d’un portique, dans l’un des bouts duquel est une petite cascade qui en fait une retraite fort pittoresque. En entrant à Tivoli parla porte Romaine, on trouve la
Villa d'Este. La cassine est ornée de fresques d eZuccari, Mutien , et d’autres artistes de leur époque ; ces fresques sont relatives à l’histoire de Tivoli , et ont beaucoup souffert. A dix milles au-dessus de Tivoli, sur la voie Valérienne, est Vicovare, jadis Varia , où l’on voit les restes d’un ancien pont sous lequel passait l’eau Claudienne. De là, après trois milles de chemin, on parvient à Licenza , village appelé anciennement Digentia : c’est dans ces environs qu’était la célèbre maison de campagne d'Horace , que ce grand poète a chantée si souvent dans ses ouvrages , et dont on montre encore des restes de pavés en mosaïque. A 12 milles de Tivoli , et à 24 milles de Rome, est située la
Ville de Palestrine. C’est l'ancienne Préneste, ville fort célèbre dans l’histoire romaine , dont l’origine est antérieure à la guerre de Troie. A huit milles de Palestrine, est un petit village appelé Colonna , près duquel on trouve la source de l’eau Félix. Au bas de la Colonna est un petit lac qu’on croit le Regillus des anciens , où eut lieu la fameuse