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PÉTRARQUE

Sim plon ou Simpeln ( en italien , Sempione ; en latin , Morts Sempronins , Scipionis Mons ) , montagne située dans la chaîne des hautes Alpes , entre le Valais et le Piémont; on y trouve un grand passage pour entrer en Italie.

La route du Simplon quitte la vallée du Rhône à Brieg , et commence ù monter immédiatement après la poste. La distance de Brieg à Domo-d' Ossola est de 39 kilomètres , et le voyage prend ordinairement 10 heures : 7 jusqu'au Simplon, et de là 3 1/2 à Domo-d* Ossola, Un bon marcheur mettra 10 bonnes heures pour aller de Brieg à Domo-d 1 Ossola .

Ce fut immédiatement après la bataille de Marengo que Napoléon décida la construction de la route du Simplon.

La levée des plans fut faite par M. Céard , et une grande partie des travaux furent exécutés sous l'inspection de ce savant ingénieur. Elle fut commencée du côté de l’Italie en 1800, et du côté de la Suisse en 1801. — Il fallut six ans pour la terminer, et plus de 30,000 hommes y travaillèrent en même temps. — Pour donner une idée de la nature colossale de l’entreprise , nous dirons que le nombre des ponts , grands et petits, construits pour le passage de la route entre Brieg et Seslo , est de 611 ; ajoutez à cela de vastes constructions , telles que terrasses en maçonnerie massive de plusieurs kilomètres de longueur; 10 galeries, dont plusieurs taillées dans la roche vive et d’autres bâties en pierre solide , et 20 maisons de refuge pour abriter le voyageur et loger les cantonniers chargés du soin de la route. — Sa largeur en général est au moins de 8 mètres , et dans quelques places de 10 mètres ; les pentes ont été tellement mé-

nagées, qu'elles n'excèdent nulle part 9 centim. par mètre. Tant que les travaux ne furent pas fort avancés, les difficultés de l'entreprise la faisaient considérer comme impossible et même absurde par les habitants du pays, qui s’en moquaient ouvertement. Mais iis apprirent bientôt à connaître cet homme dont le génie puissant devait plus tard enfanter tant de prodiges et étonner le monde.

Pour nous servir des expressions de l’Anglais sir James Mackintosch, « on peut dire que le Simplon est de tous les travaux utiles le plus merveilleux et le plus grandiose. » On peut ajouter que le Simplon ( excepté le mont Cénis ) fut la première route à voitures ouverte sur les Alpes occidentales.

La dépense de cette route se monta à 400,000 francs par lieue. Le but de Napoléon , en créant cette magniüque communication, se décèle dans la demande qu’il fit à l’ingénieur: « Quand le canon pourra-t-il passer au Simplon ? »

Enfin on peut dire que toutes les ressources de l’art concoururent pour vaincre la plus grande résistance de la nature, et rendre la route du Simplon digne du génie qui en avait conçû le plan.

La nouvelle route, qui cesse d’être montueuse à Crcvola , 4 kil. avant d’arriver à Domo, continue jusqu’à Arona , petite ville située sur le bord du lac Majeur; là elle se joint au grand chemin qui traverse le Tessin vis-à-vis de Sestof et conduit droit à Milan.

Avis aux voyageurs. — En été, lorsqu’il ne reste que de petites quantités de neige sur les parois des montagnes, le passage du Simplon ne présente d’autres difficultés que celles qui sont inséparables des montées et des descentes extrêmement prolongées. La roule est si large, et d’ailleurs, dans les endroits escarpés, si bien pourvue de barrières en bois et de buttes de pierre , ses pentes sont si bien ménagées, ses contours si bien développés, qu’on peut la parcourir, soit à cheval, soit en voiture, sans avoir à redouter le moindre accident.

Mais, en hiver, la scène change entièrement. Les commodités et la sûreté qui résultent d’une route si belle, si bien garantie contre les précipices qui l’environnent , disparais-

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sent; et cette mémo route , couverte d’une Immense quantité de neiges entassées , est impraticable pour les voitures : elles verseraient à chaque pas. A peine aperçoit-on à quelques toises plus bas les barres en bois ou les buttes de pierre : alors on marche sans cesse sur le bord des abîmes. Il ne reste qu’un sentier frayé du côté de l’escarpement, et c’est sur ce sentier assez étroit qu’on fait rouler un traîneau , lorsque la gelée a donné aux neiges assez de consistance.

Cette situation, qui paraît assez critique, n’est pourtant pas le plus à craindre ; car , quand le cheval attaché au traîneau viendrait à faire un faux pas, le voyageur, s’il se tient sur ses gardes, peut se dégager du traîneau et s’élancer du côté opposé au précipice. Des ravages causés par les avalanges , avalanches ou lavanges, lui offrent à chaque pas l'image d’un danger bien plus réel : c’est ainsi qu’on appelle les chutes de neiges, phénomène de la nature en même temps le plus terrible et le plus extraordinaire.

Au sortir de Brieg, nous continuons de voyager pendant environ 2 h. */» au milieu de ces merveilles du génie de l’homme, puis nous arrivons à *

Berisal, petite auberge solitaire où l’on trouve quelques chevaux de poste.

L’ancien chemin passait par Brieg , et montait rapidement jusqu’à la première arête de la montagne qu’on doit franchir; la nouvelle route, partant de Glis (1), laisse Brieg à un l kil. sur la gauche, et, après avoir traversé le torrent de la Saltine sur un pont couvert dont l’arche construite en méièze a 27 mètres d’ouverture , et repose sur des culées de 33 mètres de hauteur , s’élève par une pente douce et uni-

(i) Dans la chapelle de l’église de Glis est un tableau représentant le soldat Georges de Supersax , avec l’inscription suivante :

En l’honneur de Sainte-Anne ,

George de Supersax soldat ,

A fondé cette chapelle l’an de grâce fais,

A élevé un autel et l’a enrichi ,

En reconnaissance de vingt-trois enfants Que son épouse Marguerite lui a donnés.

Coxe , pirture of Hat».

ROUTE 5. — DE DA fUS A MILAN PAU GENÈVE. 107

forme, et, faisant un grand contour, laisse l’ancien chemin nu-dessous d'elle, traverse une forêt de mélèzes qui forment de superbes ombrages, et parvient au haut de la meme montagne qui porte le nom de Lêria , et sépare la vallée du Rhône de celle de Ganthcr. De là on aperçoit toute la plaine du Valais , le cours du Rhône et le bourg qu’on vient de quitter; de l’autre, la jonction des vallées de Ganthcr et de la Saltine, qui retentissent du bruit des torrents. En suivant le développement des montagnes qui les débordent , on voit à ses pieds l'ancien chemin serpenter sur des rochers escarpés, et puis descendre rapidement dans le fond de la vallée de Ganther ; tandis que la nouvelle route se jette à gauche, remonte cette vallée jusqu’à sa naissance, et la contourne en traversant un pont au pied des glaciers qui la terminent. Près de ce pont , qui a 25 mètres d’ouverture , et dont la construction élégante frappe par l’opposition avec un lieu si sauvage, était la première galerie pratiquée pour le passage de la route; mais on a été obligé de la détruire, afin de prévenir les accidents qu’eût pu causer la chute des rochers désunis dont elle était formée.

Jusque-là il ne paraît pas qu’on ait à redouter les violents effets des avalanches. De Glis au pont de Ganther on compte 12 kilom., et de ce pont au col du Simplon, pareille distance. Non loin de ce même pont, la route, faisant plusieurs grands contours , s'élève dans un espace peu étendu , et , se prolongeant ensuite sur le revers de -la montagne qu’on aperçoit de Rrieg , la vallée de Ganther disparaît , et celle de la Saltine se découvre. Ici les sites changent et se multiplient. Les parois de la montagne étant rudement inclinées, le vallon qu’on a à sa droite effraye par son immense profondeur : aussi voit-on de distance en distance les barrières qui bordaient la route, et d’énormes sapins brisés et emportés par les avalanches. Enfin , après une heure et demie de marche, on se trouve dans la galerie de Schalbet, qui a 31 métrés de longueur. En sortant de cette sombre caverne pratiquée sur un des points les plus élevés de la montagne qu’on gravit, et dont aucun objet ne masque la vue, les regards sont frappés de l’aspect du Rosboden.

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L'âme est vivement émue; elle se rappelle les beaux ver de Pope :

Mount o’er the valcs, and seem to trcad thc sky Th* eternal snows appcar atrcady past ,

And the first clonds and moutalns seem the last ,

Dut, those attatned , we tremble to survey The growlngs labours of the lengthened way ,

Th’ increasing prospect tires our wand’ring eyes ,

Hills pecp o’er hllls, and Alps on Alps arlse.

Bientôt les arbres, cédant à la rigueur du climat, ne font plus que languir , et disparaissent presque entièrement. Les eaux qui s’échappent des glaciers que l’on aperçoit à sa gauche forment quatre belles cascades qui , traversant la route dans des aqueducs d’une très-belle construction , vont se perdre dans l’abîme. Ce lieu, qui dans les beaux jours d’été présente des elfets si grands, si pittoresques, devient très-dangereux le reste de l’année, à cause des neiges que de violents coups de vent y accumulent.

C’est au pied du Schon-Horn , qui élève majestueusement dans les airs sa cime blanchâtre, qu’on passe la galerie des glaciers ; sa longueur est de 64 mètres environ , et elle est élevée au-dessus de Brieg de 1,306 mètres. Comme les rochers au travers desquels elle est pratiquée ont une infinité de tissures , l’eau qui filtre sans cesse se congèle à la première variation de température, et produit des colonnes et des aiguilles de glace qui restent suspendues à la voûte : le coup d’œil en est assez agréable, et l’on serait tenté de s’arrêter pour en considérer les détails, si le froid et le courant d’air qui y régnent n’en rendaient le séjour aussi dangereux qu’incommode. Après avoir quitté cette galerie, le voyageur jette un dernier regard sur le Rhône, sur le Valais, sur la Suisse, sur les montagnes qu’il vient de parcourir, et, tournant la base du Schon-Horn, il atteint le point le plus élevé du passage qui est indiqué par une simple croix de bois: cet endroit est élevé de 2,005 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La vue du col du Simplon est triste et sauvage; c’est un plateau circulaire, uni, assez spacieux, environné de

toutes parts de rochers dont aucun arbre ne voile l'affreuse nudité.

A un demi-kilomètre de la croix se trouve le nouvel hospice, fondé par Napoléon, pour recevoir les voyageurs, mais terminé seulement en 1840. A l'extérieur, l'édifice est simple , mais solide ; il contient des chambres à coucher très-propres, un salon avec piano, un réfectoire, une chapelle et environ 30 lits. Ce pieux asile est habité par trois ou quatre frères de l’ordre de St-Augustin , avec un cuisinier, deux domestiques et trois chiens.

Du col au village du Simplon , il y a encore 8 kilomètres. A l'extrémité du plateau , on commence à descendre. Après un quart d’heure de marche, on laisse à sa droite l’ancien hospice.

Bientôt le vallon se rétrécit ; les montagnes ne présentent encore que des rochers nus et l’image du désert; mais, à mesure qu’on avance , on voit la végétation s’animer. La route traverse successivement deux torrents qui descendent des glaciers du liosboden , et peu de temps après on arrive au village du

Simplon (ital. Sempione). Auberge : la Poste, avec de bons lits et un bon dîner (4 ou 5 fr.). Le voyageur surpris par la nuit doit se féliciter de rencontrer un semblable gîte, car il n’en trouvera plus d’autre avant Domo-d' Ossola , course de 3 h. Vs au moins. Le voyageur fera bien de se pourvoir ici d’un sabot de bois, afin d’en garnir les roues de sa voiture , parce que la descente devient alors rapide , malgré Je large circuit que fait la route.

Ce lieu est encore élevé de 1,518 mètres au-dessus de la mer. Comme il est entouré de hautes montagnes qui le privent pendant plusieurs mois de l’année des rayons du soleil, le froid y est très-àpre et souvent excessif. Endurcis aux rigueurs du climat, les habitants se font une ressource du transport des marchandises, et des services qu’ils rendent aux voyageurs en déblayant la route.

Du village du Simplon à Domo-d1 Ossola ( Oscella ), il y a un trajet de 24 kil. , et le plus dangereux de toute la route. En quittant ce village, on continue à descendre rapi-

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