‹ Guide du voyageur en ItalieChapitre 51 sur 218 · TÜ · texte numérisé non relu

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dément entre des montagnes assez resserrées, et parées à leur base de bouquets de mélèzes disséminés dans les prairies. Après avoir tourné sur un angle très-aigu, on se trouve subitement enfoncé dans un vallon fort étroit, dont le fond est couvert de blocs de granit que les torrents ont détachés des montagnes. C’est au milieu de ces débris que le Krumbach vient se perdre dans la Doveria , laquelle se précipite des glaciers de Laqui avec un horrible fracas. Là commence la sombre vallée de Gondo , où l’on pénètre par la galerie d’ Algaby , l’une des plus grandes et des plus belles du Simplon ; elle est taillée dans le granit, et a près de 83 met. de longueur.

A peine est-on sorti de cette galerie, que la vallée de Gondo prend le caractère terrible qui la distingue. Les montagnes s’élèvent et se rapprochent ; l’intervalle qui les sépare est occupé tout entier par la route et le torrent. On n’entrevoit le ciel qu’à une hauteur de G à 700 mètres. Plus de végétation. La route, creusée en corniche dans le granit, est suspendue sur un abîme au fond duquel la Doveria mugit avec fureur, et c’est sur cet abime redoutable qu’on a jeté un pont aussi élégant que solide , qu’on appelle Ponte- Allô.

Cet endroit, dans les temps de dégel, est un des plus. périlleux , parce qne les glaces , en se détachant des rochers , entraînent avec elles des parties de ces rochers , et obstruent souvent la route. Contre de pareils accidents la fuite est inutile 5 le seul moyen de prévenir le danger, c’est de mieux choisir son temps.

En approchant de la grande galerie , on croirait que la vallée va s’élargir ; mais à peine a-t-on traversé la Doveria , que de nouveau les énormes masses de rochers qui dominent ces bords se rapprochent, et qu’on se retrouve entouré des objets les plus menaçants. Ici la nature, dans un espace peu étendu , déploie tout ce qu'elle a de plus grand et de plus affreux. D’immenses rochers s’élevant à pic des deux côtés de l’abîme ne laissaient à la vallée qu’une issue presque impraticable : c’est dans un de ces rochers que la mine et le ciseau ont creusé la magnifique galerie de Gondo. Elle a 227 mètres de longueur. Pour l’éclairer on y a pratiqué

ROUTE 5. — I>E PARIS A MILAN TAU GENÈVE. 1T t

latéralement deux grandes ouvertures (1). Après avoir fait plus de 200 pas sous cette voûte de granit, le voyageur revoit la lumière , et ses regards sont aussitôt frappés par l'aspect pittoresque des eaux de la Fracinone , qui tombe de la montagne au fond du précipice, et qu’il passe sur un pont d’une construction singulièrement hardie.

La route continue à descendre par une pente assez rapide. A mesure qu’on avance, les rochers qui la débordent prennent des formes’ encore plus gigantesques. Bientôt on découvre un grand bâtiment à plusieurs étages, et dont la lugubre architecture est bien en harmonie avec les objets qui l'entourent; c’est la demeure d’un Valaisan chez lequel les voyageurs surpris par la tourmente trouvent un abri. Cette auberge , quelques autres petites maisons et une chapelle composent le village de Gondo.

Au sortir de ce village, la vallée présente une scène moins triste et moins menaçante. Le coudrier et le saule croissent sur les bords de la Doveria; le noyer et le châtaignier ombragent les collines; on croirait être passé d'un affreux désert dans des lieux où du moins la nature donne quelques signes de vie. Vient ensuite

Isella, qui appartient à ntâlie,et où l’on trouve les premières douanes. Ce hameau , qui a autour de lui quelques prairies parsemées d’arbres à fruit, est dans une situation assez agréable. Non loin de là, on trouve la cinquième galerie, qui, quoiqu’elle ne puisse être comparée aux autres, sous le rapport de l'étendue et de la difficulté du travail, ne laisse pas que d’être remarquable par l’aspect riant et gracieux qu’elle offre à l’œil du voyageur. En effet, elle est percée dans un rocher dont la partie saillante repose sur une colonne. La couleur rembrunie de cette énorme masse contraste si bien avec l’azur des deux, avec ki blancheur argentine des cascades qui se précipitent de la montagne, et avec la fraîche verdure des collines environnantes, qu’on ne peut se lasser de contempler les effets magiques de cette perspective.

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GUIDE EN ITALIE

A peine a-t-on parcouru un kil. , que la vallée reprend tout à coup les formes gigantesques qu'elle semblait avoir abandonnées* et devient plus horrible et plus elfrayante que jamais. En effet, rien de plus nu , de plus sauvage; rien qui porte l'empreinte de la destruction d'une manière plus épouvantable. D’énormes rochers s'élèvent à pic, et leurs sommets, minés par le temps et les eaux , suspendus sur la tète du voyageur, menacent de l’écraser. Leurs débris épars çà et là annoncent le danger qu'il y a de passer si près de leur base. C’est pour obvier ù ce danger qu'on a établi, sur les bords de la route un massif de murailles , qui n'est pas moins remarquable par sa solidité que par son étendue.

Enfin on approche du riant vallon de Dovedro. Les montagnes, s'écartant du côté de l’est, forment un amphithéâtre couvert de hameaux, de vignes, de châtaigniers, et offrent un mélange délicieux de belle verdure et de jolies habitations. Autant la vallée de Gondo est bruyante et sauvage, autant l’entrée de Dovedro est paisible et gracieuse. On y pénètre en traversant Ja Chérasca sur un pont de pierre dont la construction est aussi simple qu'élégante. Ici chaque objet repose la vue. Cependant, au midi et sur la rive droite de la Doveria , régnent toujours des rochers nus et escarpés d'où se précipitent des torrents avec la plus grande violence.

Ce n’est qu’à regret qu’on s’éloigne des riants coteaux de Dovedro; mais la route, continuant à descendre, ramène bientôt parmi les rochers et sur les bords tumultueux de la Doveria. Néanmoins , quoique la vallée soit toujours trèsétroite et couverte de débris , le gazon et les arbrisseaux qu’on y voit rendent moins sensible l’aspérité de ces lieux.

Bientôt après ce changement de scène , on aperçoit un énorme rocher qui , uni d’un côté à la montagne, s’avance de l’autre jusque dans le lit du torrent. La galerie de Cre vola y la dernière du Simplon, traverse ce rocher en ligne droite et sur une longueur de 66 mètres. Cependant la route, continuant ù descendre par u^ne pente assez rapide , ne tarde pas à conduire le voyageur loin des rochers, des abîmes , et du bruyant tumulte des eaux qui se précipitent. C'est au milieu d’un objet riant qu’on arrive à Crevola, où l’on traverse la Doveria sur un pont qui est un des ouvrages

les plus considérables de la route. Ce pont est soutenu par un énorme pilier qui a plus de 3-3 mètres d’élévation; les maisons et le clocher de Crevola, qu’il domine, en font encore ressortir la grandeur colossale. De ce village on arrive à

Domo-d’Ossola. Hôtel : de la Ville , autrefois la Poste : chambres, l fr. à 2 fr. ; table d’hôte à 1 heure, 2 fr. 50 c.; déjeuner, 1 fr. ; table d’hôte à 4 heures, 3 fr. 50 cent. ; à 7 heures du soir, 2 fr. 60 c. , le vin compris. Cet hôtel est le meilleur des trois ou quatre de la ville.

Domo-d’Ossola est une petite ville sans importance , sans points de vue intéressants; c’est une ville italienne dans toute l’acception du mot. Des maisons à colonnades , des rues garnies d’auvents, des boutiques remplies de charcuterie, de macaroni et d’ail; des flâneurs, des lazzaroni en bonnet rouge, les jambes nues et couleur d’acajou; des prêtres en grand nombre , et des femmes voilées, avec leurs mantilles, complètent la physionomie d’une ville d’Italie. Pop. 1,800 hab.

En sortant de Domo-d’Ossola, la route traverse pendant deux lieues des plaines arrosées par la Toccia, et conduit à Villa . Rien de si charmant que ce village : le devant des maisons y est ombragé par de superbes noyers; derrière ces maisons, la vigne forme de riches berceaux, et plus loin les collines , parsemées de fermes, s’élèvent en amphithéâtre. Après Villa , on trouve des plaines fertiles ; on passe par Porto-Mazone, puis par Manangionet qu’on rencontre deux lieues plus loin , et on arrive à

Vogogna. Hôtel : la Couronne.

Et enfin , après avoir traversé les vastes prairies qui s’étendent d’Ornavasco jusqu’à Gravelona , on se trouve à

Fariolo ; ici le lac Majeur s’offre dans l’éloignement à la vue , avec l’ Isola-Madre , la plus au nord des îles Borro mées . Un peu plus loin ou rencontre des carrières d’un beau granit violet, tirant sa couleur du feld-spath violet qui domine dans ces rochers.

Daveno. siuberge : la Poste, qui n’est séparée du lac que par la route; assez bonne cuisine , mais peu confortable et chère.

Le monte Monterone, qui s’élève derrière le village, oUïe

tU IDE EN ITALIE.

un des plus beaux, panoramas des Alpes, égal, s'il ne le surpasse, à celui du Righi , ayant à ses pieds le lac (VOrta d'un côté, et le lac Majeur de l'autre. U faut trois heures pour gagner son sommet , dont les pentes sont , dit-on , infestées de serpents. Le côté opposé vous conduira à Orta. Les rives occidentales du lac , servant de frontières à la Sardaigne , sont garnies de douaniers qui fouillent rigoureusement toutes les personnes qui débarquent venant de l'Autriche ou de la Suisse.

On peut très-commodément visiter les îles Borr ornées , soit par le steamer ou par les bateaux à rames.

Prix des bateaux à rames sur le lac Majeur .

De Baveno aùx îles Borromées et retour, n'excédant pas deux heures, avec deux rameurs, Sfr. »c.

Pour chaque heure de plus ,

Dans un mauvais temps ,

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