NOB
CAES
Plario Valerio Constanl'mo nobilissimo Caesari, A Flavius Valérius Constantin très noble César (cette eolonne est dédiée).
La pierre qui porte cette inscription romaine est Une colonne en brèche calcaire de l m 05 de hauteur et de m 42 de diamètre. Elle fut découverte en 1847 au-dessous du maître autel de l'église ; elle se trouve aujourd'hui dans un angle du porche, à côté du bénitier et de l'inscription de 1258.
On a longtemps discuté pour savoir si l'hommage s'adressait à Constantin le Grand ou à son fils Constantin le jeune. La question, croyons-nous, n'a pas encore été résolue.
Quant à la destination primitive de cette colonne, il est à peu près certain que c'était une colonne militaire, une de ces colonnes ou bornes que les Romains
ans
mettaient sur leurs voies ou grandes routes, pour marquer les milles C).
Nul doute qu'il ne faille attribuer une origine antique à Saint-Hippolyte ; mais comme Sainte- Marie et Saint-Laurent, c'est un de ces lieux du Roussillon dont les noms anciens ont complètement disparu et qu'on ne connaît aujourd'hui que par le vocable des églises qui y furent construites. Au xi 8 siècle le nom de Saint-Hippolyte fait son apparition. Au xiii" siècle, nous trouvons ce village parmi les possessions des Templiers en Roussillon.
Au Leu d'aller à Salses que nous connaissons déjà, nous reviendrons sur nos pas pour visiter
9 Ml. E. de Rivesaltes, 11 kil. N. E. de Perpignan.
Clayra (*) (1521 hab.) est situé sur la rive gauche de l'Agli. Il n'en est guère fait mention avant le xn e siècle. Pendant le siècle suivant, son nom se montre plusieurs fois dans nos archives, notamment en 1233, année où Nunyo-Sanche qui en était seigneur lui accorda la charte de franchises.
Dès l'an 1208, on trouve un château seigneurial à Clayra, le Château de Bilerna, mais, dit M. B. Alart, il appartenait à une famille particulière et il ne
(1) Le mille romain, mesure itinéraire, valait i,m mètres et un» traction.
(2) On écrit ordinairement Claira. Les documents en langue catalane portent toujours Clayra qui est la bonne manière d'orlliograplner ce nom propre. Les documents en latin portent Villa de Clera no.
parait pas qu'il y eut encore une enceinte fortifiée Pour la ville. L'enceinte commune de Clayra fut sans doute construite dans le cours du xm e siècle. Elle formait un carré de même que celle de Vinça.
La charte des franchises de Clayra ou Privilegi de Mfranquesa dels liomens de Clayra du 12 décembre "2-33 attribue à ce village les mêmes franchises et ^s mêmes privilèges qui avaient été attribués à Salses et à Saint-Laurent. Comme la population de Clayra était, dès cette époque, essentiellement agricole, le seigneur de Roussillon accorde à tous ses habitants « l'empriu ou l'usage des pacages pour leurs troupeaux dans toutes les terres où il recevait droit de pasquier, sans qu'ils aient à payer aucun droit ou redevance de pacage. (*) »
A 2 kilomètres de Clayra, du côté de l'ouest, se ^ouve l'ermitage de Saint-Pierre del Vilar où l'on v ient en foule les lundis de Pâques et de la Pentecôte.
Dans les environs de Pia, que nous revoyons, se trouve aussi un ermitage très-connu des Roussillon fiais, N.-D. de la Salut. Cette chapelle fut, sous l'invocation de Saint-Saturnin, l'église paroissiale d'Ortolanes, village qui n'existe plus aujourd'hui.
MALLOLES
Nous sortons de Perpignan par la Porte Saint- Martin, et nous venons rejoindre la route d'Espagne 0u route nationale N° 9. Le cimetière, que nous trouvons à gauche, ne renferme rien de remarqua-
(1) Alart, Privilèges et Titres, première partie, page 13t.
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ble, sauf la simplicité des deux monuments funéraires des généraux Dagobert et Dugommier.
A une faible distance du cimetière, est la Fontaine d'Amour, non loin de laquelle coule un mince filet d'eau ferrugineuse, objet d'un véritable culte de la part de quelques habitués.
A un quart de lieue plus loin s'élevait jadis la Villa Gothorcm ou Villa Godorum, Godoro, Godore et Godor, dénominations qui font supposer que les Goths avaient fondé cette petite ville. Au x e siècle, le nom de Villa Gollwrum est accompagné de celui de Malieolas qui finit par lui être entièrement substitué sous la forme catalane de Malloles.
De cette ville, qui était encore au xm e siècle un centre important de population, il ne reste qu'un faible débris, les ruines informes de son église.
La dénomination de Malloles pourrait bien venir de Mallnm, assemblée, quoique M. Henry la tire de malleoli, marcottes de vigne, vignes nouvelles. Ce qui est certain c'est qu'en 1241 il se -tint à Malloles une assemblée solennelle (mallum publicum) où un édit de paix et de trêve rendu en 1228 par Jacques le Conquérant fut proclamé par son lieutenant délégué à cet effet pour le Roussillon et la Cerdagne. L'édit fut ratifié par les prélats, châtelains ou chevaliers du pays qui étaient présents, au nombre de quarante-trois.
Ce fut à Malloles que Pierre IV après la prise de Perpignan et la suppression du royaume de Majorque, fit élever une chapelle expiatoire, souvenir du supplice infligé dans cet endroit à des traîtres. Quelques Perpignanais, en effet, conspirant en faveur du roi d'Aragon contre le roi de Majorque, leur souverain, avaient été pendus aux fourches patibulaires du lieu.
Autrefois les Perpignanais venaient enterrer le Carnaval à Malloles, le Mercredi des Cendres : là, chacun demandait pardon à Dieu de toutes ses folies, comme cela s'est longtemps pratiqué dans File de Malte.
Conservant une partie de ces usages, la foule qui s e dirige encore vers le même lieu a pris l'habitude, de nos jours, de s'arrêter à la moitié du chemin. Elle établit ses jeux à la Fontaine d'Amour et à 1 'Allée de Bacchus, et ces noms sont un témoignage e ux-mêmes qu'elle n'est plus animée, le Mercredi des Cendres, par les sentiments pieux de nos a Hcêtres.
Peu de villes en France ont conservé le goût des Mascarades comme Perpignan et, à de certains Moments, on pourrait se croire à Venise, la ville Classique du Carnaval.
Malloles, nous l'avons dit, voit la fin de toutes ces folies, et le Mercredi des Cendres est son jour, Lo dia de Malloles. Alors, de La Loge à la Fontaine d'Amour, ' e s rues et la route regorgent de monde, foule "ariolée, gaie et bruyante, incessamment traversée Par des masques et que viennent grossir encore tous ' e s paysans des environs.
Les Romains avaient pour coutume de jeter des "'lits secs et des sucreries à de certaines époques de 1 année; les Maures faisaient de même, et les Perpi- Snanais de nos jours font comme les Maures et les "ornains, ces maîtres qui les ont précédés dans leur P a ys et qui leur ont laissé sans doute cet usage. De to us côtés il pleut dans Perpignan, au Mercredi des tendres , des dragées et des oranges. Il se livre souvent de véritables combats sur les balcons, sur
c'est un tumulte
les trottoirs , sur les voitures indescriptible.
La nuit venue, tout cesse comme par enchantement. Le carnaval est bien mort cette fois et il ne reste sur le sol que la couche blanche des dragées tombées comme une grêle.
A la Métairie Jaubert, sur la route de Tbuir et à une faible distance de l'antique Malloles, se trouve une petite chapelle que peu de personnes connaissent Elle renferme pourtant une partie du trésor de l'église de Malloles. Elle fut élevée, dit-on par Onuphre de Réart, évêque d'Elne (1599-1622) lequel y fit transporter les reliques. Deux reliquaires fort élégants, en style de la Renaissance, contiennent 1 un des ossements de saint Victor, capucin martyr' 1 autre des ossements de saint Maxime , martyr' Quelques statuettes d'une exécution médiocre mais fort anciennes méritent d'être examinées. Celle de la Vierge portant l'enfant Jésus date peut-être du ix e siècle.
L'église de Malloles était dédiée à la Vierge comme le témoignent les Goigs que nous avons trouvés à la métairie Jaubert.
En voici le dernier couplet :
La Vila de Perpinya Qtieuste grand veneracio Sempre de la vostre ma Espéra la proteccio, Pus de vos te alancat Molt favor y gran ventura ; Guardau nos de toi pecat, Reyna de gran majeslat Y confiansa segura ; Guardau nos de lot 'pecat De Malloles Verge pur a !
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La fête du village se célébrait le 2S mars, jour de l'Annonciation.
A un quart de lieue environ à l'est, senties Arcades lui servent de conduit, en cet endroit, aux eaux du Ruisseau de las Canals.
C'est au pied de ces Arcades que, pendant le blocus de Perpignan par l'armée de Louis XIII en 1642, av ait sa tente dressée un officier destiné à devenir un des Plus grands hommes de guerre du siècle de Louis XIV. "lous voulons parler du vicomte de Turenne, alors ueutenant-général du maréchal de La Meillcraye, c °mmandant du blocus.
Le Ruisseau dit de Las Canals qui fournit de l'eau Potable à la ville de Perpignan, est aussi un des Principaux canaux d'arrosage de la plaine du Rouss 'Uon. Sa prise d'eau est à Me. Ainsi qu'il a été dit Pjus haut, il fut concédé en toute propriété à la v 'lle de Perpignan par lettres patentes de Charles VIII, r 0i de France. Sa longueur est de 28,872 mètres.
fl est probable que la pratique des irrigations n'a Pénétré en Roussillon que dans le courant du Xie siècle (*). En 1123 nous trouvons une concession d'arrosage pour le territoire de Malloles en îavei'.y du Chapitre d'Elne; en 1162 le Ruisseau de
?ftiet fournit de l'eau à Pia, et en 1163 le seigneur a Aie et de Régielles vend au seigneur et aux habitants de Millas le droit de dériver un canal de la Tet, Pour arroser leurs terres et faire mouvoir leurs boulins.
(!) M. de Gazanyola dit que l'irrigation fut pratiquée en Roussi 'lon avant. l'an 1100. V. Histoire du Roussillon, p. 145.
CASTELL-ROSSELLO.
Nous sortons de Perpignan par la Porte de Canal et nous pienons, au pied même des fortifications, un grand chemin qui se dirige vers l'Est. Quinze minutes après, nous arrivons à une métairie d'où partent trois routes différentes : à droite, celle qui va rejoindre la route de Port-Vendres'; en face celle qui conduit à Gabestanh ou Cabestany; à gauche, celle qui mène à Canet.
Lorsqu'on suit cette dernière, on ne tarde pas à Toir se dresser devant soi la Tour de Castell-Rossello ou Tour de Chdteau-Romsillon (>). Cette tour est ce qui reste, avec une petite église romane, d'un village du Moyen-Age désigné souvent par le nom de Cas- Irum Ruscinonmse ou RossUionense et Rossiliona, village qui lui-même avait remplacé une ville assez importante de l'époque romaine, Ruscino.
Ruscino, Rouskino, Rouskinôn semble être une fondation phénicienne ( 3 ). Son nom n'apparait cependant, pour la première fois que dans le récit de la seconde guerre punique, en 218 avant Jésus-Christ. Annibal, alors en Espagne, se disposait à franchir
(1) Nous ieions remarquer ici que le nom de Tour te Rausgitt<& donné par quelques 'auteurs, soit à la tour, soit au hameau dé Castell-Rossello, n'est nullement usité ni connu dans notre pays. — La grande métairie qu'en trouve avant d'arriver à Castelt- Rossello est le Km Anglada qui, sous le nom de Saint- Vincent de Bajoles, fut le siège de la commanderie ou de lu préceptorie dos Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
(-2) C'est du moins l'opinion du docteur Movers, l'homme le plus compétent aujourd'hui en fait de langue ei d'archéologie phénicienne.
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] es Pyrénées pour faire cette immortelle campagne «ont Rome trembla jusque dans ses fondements. ^es Romains aussitôt, pour lui susciter des ennemis, envoyèrent dans le midi de la Gaule des ambassadeurs qui S e présentèrent à Ruscino. C'est en vain ^e, dans une assemblée , ils vantèrent la gloire , a valeur du peuple romain et la grandeur de l'em- P a 'e et, finalement, demandèrent àleurs auditeurs de Jle pas donner passage sur leurs terres et par leurs ^lles aux Carthaginois; les Gaulois accueillirent ces discours par de violents murmures. Les ambassadeurs de Rome furent éconduits et Annibal se pré- «enta. Il fut beaucoup mieux écouté et les Gaulois consentirent à son passage.
Nous n'avons pas d'autres détails sur la ville de Huscino, pendant la période qui précéda la conquête romaine; mais la réunion des chefs du pays et * arrivée des ambassadeurs de Rome à Ruscinon, démontrent l'importance de cette ville à cette époque, ^ le rôle qu'elle joue à cette occasion lui assigne ^'idemment le titre de capitale du pays Q).
Il est probable qu'après la conquête, Ruscino fut encore le centre de l'administration des Romains dans notre petit pays (118 av. J.-C.) Les historiens ei les géographes de cette époque lui conservent le «tre de tkSAiç ou d'oppidum (ville); Mêla le qualifie même de Colonie et Pline (23-79 de J.-C.) l'appelle Ruscino Latinorum , c'est-à-dire colonie romaine intimait! du droit de latinité.
Nous ne connaissons presque rien de l'histoire de
W B. Alart, Géographie historique du département des Pyrènées- 0r ientak».
Ruscino pendant la période romaine et, quand nous le retrouvons, au Moyen-Age, en 801, c'est sous un nom presque nouveau pour nous , celui de RoscUiona, puis, en 816, sous celui de Rosciliona. A partir de cette époque, nous ne voyons plus à la place de notre ancienne colonie romaine qu'un simple caslellum ou caslrum Rossilionis, œuvre peut-être des Wisigotlis : c'est seulement un manoir féodal. Quelques habitants viendront se .grouper à l'entour et ils formeront un tout petit village avec église (xn e siècle). Ainsi, la ville de Ruscino a subsisté sans interruption jusqu'aux premières années du ix e siècle ; son importance seule a dû varier et décroître longtemps avant l'époque carolingienne et l'on peut admettre pour cette ville une décadence rapide qui précéda peut-être la chute de l'Empire romain. Pourquoi Ruscino fut-elle délaissée et comment IUiberis parvînt-elle à lui ravir son importance et son titre de capitale du pays ? Rien ne le dit et nul ne le sait. On a supposé diverses catastrophes dont il n'est question nulle part dans les auteurs contemporains et nous ne voulons rien ajouter aux conjectures assez nombreuses qui ont été faites à ce sujet et que rien n'est venu confirmer jusqu'ici (*).
Ruscino a été souvent désigné comme capitale du pays des Sordones. On ne sait trop ce qu'était ce peuple. D'ailleurs, à propos d'Elne nous reviendrons sur l'histoire des premiers temps du Roussillon et nous aurons l'occasion de parler encore du peuple sorde.
(1). B. Alart. Géographiehistorigueà Orientales.
lement des Pyréné
La Tour de Castell-Rossello est un débris de l'ancien château seigneurial dont elle formait sans doute Je donjon. Elle doit dater du xu e siècle.
La vieille famille qui la fit bâtir disparaît de bonne heure. Vers la fin du xm° siècle, un des Gastellnou es t en possession de la seigneurie ; en 1378, c'est le donzeïï Pierre de Perapcrtusa, issu des vicomtes de ■Fonollet, qui prend le titre de seigneur de Castell wssello. La seigneurie passa successivement entre jes mains de différentes familles. Celle de Canta ] a possédait en 1629. Elle la transmit aux d'Oms et l'un d'eux fit don à la ville de Perpignan de la Tour «e Castell-Rossello.
On n'a jamais fait de fouilles sérieuses à Castell- Rossello ; tout porte à croire cependant que des antiquités sont cachées profondément dans le sol. Un a déjà découvert des conduits en plomb pour salles de bain ; des pavés en briques du genre de construction nommé spicatum, posées de champs ; des murs de citerne en béton ; des murailles dont les briques et les moellons disposés par assises sont melinés sous un angle de 4S degrés environ (opm r eticulatum) , ce qu'on a nommé dans les temps modernes en arête de poisson. De nombreuses médailles ibériennes, grecques, puniques, romaines, arabes, ont été trouvées dans les champs qui portère ut jadis Buscino.
Nous ne pouvons pas quitter Castell-Rossello sans Parler de Guillaume ou Guillems de Cabeslanh, comme 1 appelle une notice en langue romane.
Guillems de Cabestanh, d'après cette notice, était