‹ Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-OrientalesChapitre 21 sur 95 · Z3CT · texte numérisé non relu

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im châtelain du comté de Roussillon. Épris de» charmes de Saurimonde, femme de Raimond de Castell-Rossello, il la célébra dans ses vers et su 1 lui plaire. Le mari, transporté de jalousie, emmena Guillems loin du château et, l'ayant tué par trahison, lui arracha le cœur qu'il fit manger à Saurimonde. Lorsqu'il eut révélé l'affreux secret à sa femme, elle dit que ce mets avait été si bon et si savoureux que jamais autre ne lui en tirerait le goût de la bouche, e dis que tan bon li era estât et si saboros que ■jamais autre manjars ni autre heures no'l tolria la sabor de la boca quel cor d'En Guillems de Cabestanh li aria laissada. Le mari, entendant cette réponse. courut à son épée. Saurimonde effrayée se précipita du haut du balcon et périt dans sa chute.

Le roi d'Aragon, Alphonse II, se rendit sur les lieux, ordonna d'arrêter le mari barbare et d'ensevelir les deux victimes dans un même tombeau devant la porte de l'église Saint-Jean, à Perpignan. Un service solennel fut institué pour le repos de leurs âmes et il dura un temps où les chevaliers et les nobles dames de Catalogne, de Roussillon, de Cerdagne et du Nai'bonnais venaient y assister chaque année.

Le roi fit mettre Raimond à mort dans sa prison et confisqua ses châteaux et ses terres pour les donner aux parents de Guillaume et de Saurimonde. Nous avons à peine besoin de faire remarquer que cette légende ressemble beaucoup à l'histoire dont Gabriclle de Vergy est l'héroïne.

Voici, d'après le texte de Raynouard ('), deux

(1) Choix des poésies originales des Troubadours, tome m pages

extraits d'une pièce de poésie de Guideras de Cabestanh adressée à la belle Saurimonde :

En sovincnsa Tenc la cara e'1 doltz ris,

Vostra valensa, E'1 belh cors hlanc e lis ;

S'ieu por crezensa Estes vas dieu tan lis,

Vius ses falhensa Intrera en paradis.

Doncx, cum séria Qu'ieu merce no i trobes

Ab vos, amia, La genser qu'anc nasques;

Qu'ieu nueg c dia, De gcnolhs e de pes,

Sancta Maria Prec vostr'amor mi des ; Qu'ieu fui noyritz enfans Per far vostres comans :

E ja dieus no m'enans, S'ieu ja m'en vuelh estraire.

Franca res de bon aire, SuiTretz qu'ie us bais los guans, Que de l'als sui doptans (2).

« J'ai sans cesse présents à ma pensée , voire figure, votre doux sourire, votre corps beau, blanc M poli. Si je m'occupais autant de Dieu, si j'avais pour lui un attachement aussi pur, sans doute avant la mort, oui, pendant la vie même, j'entrerais en

Paradis Se peut-il que je n'obtienne de vous aucune

merci, chère amie, à la plus aimable des femmes. Moi Qui nuit et jpur, A genoux ou debout, supplie la vierge Marie de vous inspirer quelque tendresse pour moi.

Ou Que delplus soi duptans.

Enfant, je fus élevé auprès de vous; je fus destiné à exécuter vos commandements et, que Dieu ne me favorise jamais, si f ambitionne un autre sort. bonne dame, permettez que j'imprime un baiser sur ces gants qui couvrent vos belles mains. Je suis si timide que je n'ose demander une plus grande faveur.

On voit que Raimond de Castell-Rossello n'avait pas tout-à-fait tort d'être jaloux de sa femme.

CANET 10 Ici.. E. de Perpignan.

De Castell-Rossello à Canet nous avons une lieue de chemin.

Canet eut autrefois une certaine puissance. Ses vicomtes (>) avaient un rang distingué auprès des comtes de Roussillon et dans la cour des rois de Majorque, d'Aragon et de Castille. Durant les guerres de Louis XI, de Louis XIII et de Louis XIV, le village qui était fortifié joua un grand rôle.

EnI472, Du Lude, général des troupes françaises, ayant tenté un coup de main sur cette petite place' la femme de don Pedro de Rocaberti, gouverneur aragonais aLsent en ce moment, y prit de si bonnes dispositions que, quoique Du Lude y eut d'abord pénétré, il échoua complètement, Pierre d'Ortafa ayant eu le temps d'arriver.

Le château des anciens seigneurs est en ruines 11 servit de logement à l'Empereur Sigismond lorsqu'il vint à Perpignan, en 141S. La peste

(1) Canet fut érigé en vicomte en 1322.

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de 13aO décima la population de Canet <[iii ne compte plus aujourd'hui que 754 habitants environ. Ce village a aussi perdu ses salines qui fournissaient presque toute la province du sel nécessaire aux besoins de la vie et à l'entretien du bétail.

Canet est la patrie d'un homme que ses compatriotes ne connaissent pas assez. Ils semblent ignorer que le représentant du peuple Cassanyes sauva, un jour, au pris de son sang et au péril de sa vie leurs foyers de l'envahissement. Délégué par la Convention à V Armée des Pyrénées-Orientales, Cassanyes figure dans une partie de la guerre de 1793. Quand on lit dans Fervel l'histoire de cette immortelle campagne, on trouve Cassanyes dans une foule de circonstances, toujours patriote, toujours bon soldat et quelquefois excellent général. Il fut un de ceux qui contribuèrent le plus à la victoire de Peyrestortes (17 septembre 1793), laquelle décida sans retour le mouvement rétrograde de l'invasion espagnole.

A deux cents mètres environ du village de Canet se développe la plage du même nom, très fréquentée pendant l'été par la population perpignanaise qui vient y prendre les bains de mer.

« Il faut avoir longtemps parcouru ces plages tristes et monotones et ces lagunes à perte de vue, dit M. Cli. Lenthéric, pour comprendre l'exactitude et je dirai presque la poésie des expressions employées par les anciens géographes. Cette plaine marécageuse couverte de joncs, de soudes et de salicornes, ces horizons indéfinis, cette nature morne et silencieuse ont, en effet, un caractère et un aspect tout particulier. C'est bien le cespes verdoyant décrit par le poète Avienus ; et aucun terme ne me paraît mieux rendre

la physionomie étrange de ces terrains sans culture que la mer occupait hier, qui ne font pas encore partie intégrante du continent et qui resteront pendant quelques siècles dans une situation intermédiaire , placés en arrière du cordon littoral se transformant lentement en terres solides par suite de leur exhaussement et de leur assèchement continu ( l ). »

L'embouchure de la Tet est à vingt minutes environ des établissements de bains qu'on a construits sur la Plage de Canet. La mer, dans ces parages, est ordinairement déserte : les barques passent au loin, car elles n'ignorent pas qu'elles n'ont en vue qu une côte inhospitalière.

DE PERPIGNAN A THUIR.

La route départementale N° 8 se détache de la route nationale N° 9, au pied même des ouvrages fortifiés qui couvrent la Porte Saint-Martin.

A 4 kil. environ, nous atteignons la Métairie d Orle (Orula), qui fut une possession des Templiers et un village assez important ; l'église subsiste encore en partie.

Pendant la campagne de 1793 cette position joua un rôle considérable dans le système de défense de Perpignan. Le Camp de l'Union s'étendaitalorsdeCabestanh àOrle, où était installée une batterie d'artillerie. Pendant la guerre de 1870-1871 on y construisit un camp d'instruction qui n'existe plus aujourd'hui

!0 Villes mortes du Golfe de Lyon, seconde partie, Ch. IV.

TOIXJES

5 kil. de Perpignan.

A deux cents mètres d'Orle, nous entrons à Toujjes ou Tulujes, petite ville de 1247 habitants, située sur la rive droite de la Vassa, dans un pays fertile et sillonné d'abondantes eaux que donnent les sources et les fontaines artésiennes (').

Le portail de l'église est très remarquable. C'est un excellent morceau d'architecture et de sculpture romanes. Il est orné de trois colonnes (une quatrième a disparu), d'un double tore dont l'un est rubané et fleuronné sous l'archivolte. On distingue des figures avalant des hommes dont les jambes, encore pendantes hors de la gueule, semblent substituées au menton du monstre. Certains détails des chapiteaux rappellent quelques sculptures du cloître d'filne.

Tolujes est célèbre dans l'histoire par un Synode et un Concile mixte qui y furent tenus, le premier en 1027, l'autre en 1065. On établit, dans ces deux assemblées, ce qu'on appela la Trêve de Dieu, qui bornait à certains jours de l'année les hostilités et décrétait de grandes peines contre ses violateurs. Le mal venait principalement de la tyrannie des seigneurs qui maltraitaient impunément le clergé et le peuple et qui, s'étant arrogé le droit de venger leurs querelles par les armes, se faisaient une guerre implacable, en sorte qu'on ne trouvait nulle part ni sûreté, ni asile. Le commerce était généralement interrompu et on ne parlait de tous côtés que de J'apines, de pillages, d'incendies et de meurtres.

(0 C'est à Tolujes que se lit le premier puit» artésien de Houssillon (1829).

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THUIR

13 kil. S.-O. de Perpignan.

Nous suivons encore la route départementale N° 8 et nous arrivons à Thuir après une heure et demie de marche.

Thuir (Tohyr) est situé au centre d'une des plus belles et des plus fertiles plaines du département. Il est chel-heu de canton et compte 2524 habitants

C'est une ancienne ville royale avec des murailles Janquees de tours dont une partie existe encore Il est question de Thuir dès le x* siècle et on le trouve souvent. cité dans nos guerres du Moyen-Age et des temps modernes. Sa charte de Consulat est du m01S d a vril 1283. En 1792 l'armée espagnole s'en empara et 1 occupa depuis le 29 juin jusqu'au 21 septembre, époque où les Français le reprirent à la suite d un siège.

Avant la Révolution Thuir était beaucoup plus commerçant qu'aujourd'hui. Outre les papeteries et les poteries on y voyait une imprimerie.

Les cruches de Thuir dites poals sont fort renommées.

L'église possède une statue de la Vierge qui date du xi e ou du xn e siècle.

« La Vierge de Thuir est connue sous le nom de Nolre-Dame-de-la-Vkloire et ce nom lui vient de loin s il faut en croire le récit de nos pères. Charlemagne' prêt a marcher contre les Sarrasins, avait placé la" Sainte-Vierge au milieu de son armée. En présence de 1 ennemi, sur les hauteurs de Passa, les Francs brûles par une soif ardente, laissent tomber leurs armes. Charles, plein de confiance en la patronne

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C J U il s'est choisie, l'invoque et, plongeant son épée dans le sable d'un torrent desséché, en fait jaillir Une source abondante. Les soldats épuisés se désaltèrent, volent à l'ennemi et le refoulent au-delà des monts. Le monarque victorieux fonda sur le lieu témoin du prodige une abbaye qu'on appela monastir del camp. Mais Charlemagne ne fut pas toujours là pour défendre nos frontières ; l'infidèle porta de nouveau le fer et la flamme dans ces champs témoins de sa défaite.

« Notre-Dame-de-la-Victoire, fut alors soustraite à leurs profanations et sa trace resta longtemps perdue. Un berger à la recherche d'une brebis égarée retrouva 'a statuette dans un bois épais qui couvrait la place °u s'élève aujourd'hui la ville de Thuir. On bâtit Une chapelle en mémoire de cette invention et peu a peu les habitants de Thuir, alors distant d'un millier de pas, vinrent grouper leurs habitations au milieu du sanctuaire i 1 ). »

La statue de Thuir est en plomb et haute de m 50 c ; c est un précieux morceau d'archéologie.

Aux environs de Thuir se trouvent la chapelle de la Pietat, en style gothique du xv 6 siècle et celle de Saint-Sébastien. L'ancien couvent des capucins abandonné à l'époque de la Révolution, a été restauré mais il n'a plus de capucins.

Si, de la chapelle de Saint-Sébastien, nous prenons la direction du Sud-Est, nous arriverons, au bout de vingt minutes de chemin, à Terrais (310hab.) dont les coteaux produisent un vin pétillant- d'une réputation méritée.

A une demi-lieue de ce village, et non loin des

De Bonnefoy, Epigïaphie roussillonnaise.

bords de la Canlarana, a existé jadis, à ce qu'on assure, une ville du nom de Mirmande. La tradition dit que c était une cité florissante lorsque Barcelone n exutait pas encore. Or, on sait que Barcelone a été fondée par des Carthaginois conduits par Amilcar

Mirmande, disent les bergers des environs, a été pendant longtemps le domaine des fées et du temps du roi Arthur, on y voyait des salles magnifiques que les Encantadas habitaient.

C'est là que ces femmes ou plutôt ces formes ces apparences singulières comblaient de joie et de plaisir lame des hommes qu'elles affectionnaient, fortune COmment Fun de leurs favoris commença sa

« Plusieurs fois il avait vu sur les tapis verts de Mirmande du linge étendu dont la blancheur avait souvent soulevé l'envie des commères du voisinage et plusieurs fois il avait vu s'évanouir tout ce linge sans qu il en restât la moindre trace. Cette disparition était suivie d'un bruit dans l'air tel que le ferait une troupe nombreuse d'hommes passant au-dessus de sa tête et allant se perdre dans le fond du vallon La reine des fées résolut de récompenser la foi et le respect qu'il montrait pour sa puissance tous les samedis et la veille de la Toussaint ; et il advint que notre favori, après avoir vu disparaître, comme à 1 ordinaire le linge dont la blancheur le disputait dit-on, au plus beau clair de lune, trouva ses pieds embarrassés dans une ceinture enchantée qui suivait ses pas. Etonné, il la ramassa ; aussitôt une voix aérienne lui cria : « Va, tu ne seras jamais pauvre (>).»

(1) Jaubert de Réart, Souvenirs Celtiques en Roussitlon.

De Terrats on reviendra à Thuir par Sainte-Colombe °u par Llupia.

Sainte-Colombe (62 hab.), est située sur un coteau fertile (2 kil. de Thuir) qui produit du vin et des céréales.

Ce village a l'ait partie des possessions de l'Hôpita l de Saint-Jean de Jérusalem et dépendait de la Gommanderie du Mas Deu. De là le nom vulgaire de ^inte-Co\ombe-de-la-Commande.

llupia est à 2 kil. de Thuir et de Sainte-Colombe. Un y voit encore les ruines d'un château féodal. La ''oute d'Elne à Millas, par Thuir, passe à dix minutes de Llupia.

Nous reverrons toute cette contrée, assise au pied des Aspres, quand nous traverserons ces montagnes e " venant de Céret à Thuir par le chemin de grande communication N" 2.

Ne quittons pas Thuir cependant sans aller faire u ne visite à Castellnou que les annuaires et les actes officiels ont le tort d'appeler Castelnau (340 hab). Ce village (S kil. S.-O. de Thuir) est situé sur le yersant oriental d'un roc escarpé au sommet duquel et ait bâti lechàteau seigneurial dont on voyait naguère 'es fortifications à moitié ruinées ( x ).

Castellnou fut le siège d'une vicomte dont le titulaire figure dans nos annales dès l'an 1020, et le lieu d'origine d'une famille très puissante en Roussillon. Cette famille a fourni plusieurs illustres guerriers ai ix armées aragonaises.

La Seigneurie de Castellnou fut donnée à titre de récompense militaire au maréchal de Noailles.

(!) Ce château a été déplorablement restauré dans ces derniers ■emps.

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