ARGELÈS ET SES ENVIRONS
• aiau-dei-Yidre : — Lo Palau. — Les verreries de ancien Roussillon. — Tatzo. — Oriafa. — Brulla.— Le portail de s °n église.
• -A-rgexès : — Situation de eetto ville. — L'église et son ornementation. — Histoire d'Argelès. — Siège de 1343. — Argelès Pendant la Révolution. — Château ou Tour de Pujol. — Le canton d Argelès.
* Coursions aixtoixr cl'A.i-gelès : — La Pava. — Le gallon de Montbram ou de La Vall. — Le coll de la Carbassera. —
a rivière de la Massana. — Le Castrum Vulturarium et Nostra
enyora del Castell. — La Tour de la Massana. - Notre -Dame de-v ie
** Argelès an Volo par la route départementale N«ï: - Saint-André-de-Sureda. — Inscription °niaine des Demmahi. — L'église. — La rivière de Sureda. — Ureda. - La Vallée. - La Fonl-Agra. -Aspect du pays. - La °ca de l'Albera. — Son ancien château et sa seigneurie. — La 0n t de l'Aram. —Le Roc du Midi. — La Balma del Moro. — Saintenis-des-Fontaines. — L'ancienne abbaye. — Le cloître, les inscriptions. — La porte de l'église. — Le territoire de Saint- «enis. — Montesquiu. — Vilallonga-dels-Monts. — Le Pic Saint- Christophe. — Le Pic Neulos. — Les Trois Termes. — Vue sur le ft °ussiion et la Catalogne.
ï*AJL,A.XJ-r»EI J -Vir>IlE3, 3» Station.
16 Ml. S. de Perpignan.
j-e nom de Palau vient évidemment d'un ancien
P^ais (palacium) dont l'origine est inconnue et qui
était déjà plus, au xv e siècle, qu'une masse de
Uines dont les terrains furent inféodés à divers
llvniiflHSI,
particuliers. Les documents du temps le désignent par le nom de Lo Palai;. Ce château, ancienne propriété des comtes de Roussillon, fut légué à l'Ordre du Temple par le comte Guirard en 1172. Il devin» ensuite domaine de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem.
On dit YdMdi-del-Vklre ou du Verre à cause des Verreries qui existaient dans ce village, au Moyen- Age. En 1334, nous trouvons un Bérenger Xatart qui s'intitule « maître de four à verre de Palâu » , magister furni vitri de Palacio.
C'est dans le siècle suivant (1442) que le lieu de Palâu commence à être désigné sous le nom de P&Uu-del-Vidre (Pulatium rilri) qui lui est resté. y a eu des verreries à Palâu jusqu'au xvi e siècle. Cette industrie, aujourd'hui totalement disparue du Roussillon, y était répandue dès le xm e siècle. On l'exerçait à Perpignan, à Palâu, dans la vallée du Ravaner, en face de Vallbona, à Saint-André-de- Sureda, à la Roca de l'Altéra ( r ).
L'église de Palâu possède deux beaux retables en bois doré du xiv e siècle et une chape curieuse que l'on montre comme une relique du xiv e siècle aussi. La vérité est que cette chape est de 1555 ou 1556 et sort des ateliers de Martin Otxoar, brodeur de Barcelone.
Palâu fait partie du deuxième arrondissement dont le chef-lieu est Céret et du canton d'Argelès, petite ville que nous allons visiter dans un moment. H compte près de 1000 habitants et possède 1043 hectares de terrains qui donnent en abondance le blé.
fi) B. Alart, l'Ancienne industrie de la Verrerie en Roussillon, dans lo xx" volume de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire-
cm
e seigle, le maïs, les haricots, les pommes de terre, je fourrage et le vin. Il est à 16 kil. de Perpignan, à 4,2 de Céret et à 16 d'Argelès.
Au S.-Ë. de Palâu se dressent les ruines de l'antenne forteresse de Tatzô d'Amont dont il est qucl- P'eiois question dans nos guerres du xvr siècle.
Ortafa (409 hab.) est à S kil. 0. de Palâu, bâti en
lUl Phi théâtre sur le versant méridional d'une colline
u sommet de laquelle se trouve l'ancien château.
11 voit, sur la place publique, le plus beau mico-
°ulier du département. On lui attribue plus de deux
e «ts ans d'existence. Le tronc, qui est creux, a plus
' e S mètres de pourtour.
Pour atteindre Ortafa il faut traverser le Tamjari,
Puent du Tech et le Tech lui-même, ce qui n'est
P as toujours chose très facile.
^'Ortafa on va à Brulla (.3 kil. S.) par un chemin J- ^intérêt commun n° 10 qui se continue jusqu'au
w église a un aspect misérable, mais son portail
6St ri
le toute beauté. Ses marbres, ses sculptures et
couleur rappellent admirablement les portails de
Ufefranche et d'Espira-de-l'Agli. On est vraiment
- ouné de trouver ce beau travail du xm e siècle sur
- s murs de cette pauvre église.
'-"e Palâu partent encore deux chemins qui mènent,
."" à Saint-André-de-Sureda (il faut traverser la
IVl ère de Sureda) éloigné de 4 kil. et l'autre à Saint-
e ûis-des-Fontaines, par le Mas de Villeclare.
vn peut, dans la même journée, faire, de ce
ote \ une des excursions les plus agréables de la
| ai »e du Roussillon. Le touriste descend de wagon
Palâu de bon matin et se dirige sur Saint-André.
*t d'il
|fi|iqimi.,
Un chemin facile à suivre le mène à Sureda qui est relié à La Roca par une magnifique route. De La Boca il se rend à Saint-Genis-des-Fontaines d'où se détache, en droite ligne, le chemin de Vilaclara à Palâu.
ARGELÈS, 4» Station.
20 kit. de Perpignan, 26 Ml. de Cèret.
Argelès-sur-Mer (Argilers, et locus de ArgitteriU au moyen-âge) est chef-lieu de canton et compte 2,833 habitants.
Argelès signifie, dit-on, terre grasse, terre fertile en vieux gaélique. Nous ne savons pas bien si, grammaticalement parlant, l'étymologie est juste; mais ce que nous pouvons affirmer c'est que la plaine qui entoure Argelès réunit à peu près toutes les productions de l'agriculture f).
Quant à la dénomination d'Argelès-sur-Mer, c'est un nom tout-à-fait moderne, imposé par les Postes pour le distinguer d'Argelès dans les Hautes-Pyrénées. La rivière de la Massana qui descend de la montagne de YAlbera a prolongé ses deux rives vers le large, et a, par ses terrains de transport, formé cette plaine encore indécise, instable que les alluvions finiront par colmater au profit de la population laborieuse de la ville.
Argelès est, sans contredit, un des plus agréables séjours de nos contrées. Placée entre la mer et la
(1) II est plus probable que ce village tire son nom de argila (argile, terre grasse) ou de argatas (genêt épineux). — Notons à ce sujet que Y Armoriai national de France attribue à Argelès un éeusson qui blasonne: d'Argent à un genêt arraché de sinople. fleuri d'or, accompagné de trois fleurs de lis d'azur, deux en fasec, une en pointe, celle-ci soutenue d'une terrasse de sinople.
m ontagne encore boisée de YAlbera, à une faible ^stance de lune et de l'autre, elle jouit, la première, e la brise rafraîchissante du soir et de l'air pur du matin. Assise sur une éminence, elle domine la Plaine fertile qui l'entoure et plonge son regard ^squ' aux profondeurs lointaines de la -vallée du ech ou jusqu'aux rivages de Golh'ure. Elle voit 0r t-Vendres, le Cap de Créus et les derniers promontoires des Pyrénées qui s'avancent dans la mer n forme de monstres marins.
■L église d'Argelès mérite d'être visitée. Elle est à ft e seule nef et date de l'époque romane ; mais les r ansformations nombreuses qu'on lui a fait subir u x xvi e , xvn e et xvm e siècles, ont singulièrement «éré son caractère primitif : c'est ainsi que les c «apelles et la voûte actuelles sont en ogive.
Sur la euve des fonts baptismaux est gravée l'ins- Cri ption suivante :
Magister Guillelmus Marchi de Volono me fecit.
C'est maître Guillaume March du Volé qui m'a faite.
Cette inscription date sans doute du xm* siècle ; caractères en sont d'une élégance remarquable.
e réservoir hémisphérique est creusé dans une Ualle polygonale qui engendre, par dessous, une Pyramide renversée d'un même nombre de côtés.
On remarquera, appendus aux murs des chapelles, Iniques tableaux d'une valeur artistique incontesté. Malheureusement, la nef est obscure et ce
es t qu'avec la plus grande difficulté qu'on arrive à saisir les sujets et le mérite de ces compositions.
Le plus remarquable de ces tableaux est dans la Se conde chapelle à droite, en entrant dans la nef. Il
les h
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est peint sur bois et représente différentes scènes dont le sujet est indiqué dans le cadre que nous avons tracé ci-dessous. Ces panneaux sont duxrv 6 siècle; l'exécution en est parfaite et le coloris délicieux. Nous soupçonnons fort la fabrique de les avoir restaurés et de leur avoir ainsi enlevé un peu de ce vernis qui l'ait en grande partie la beauté et le prix des peintures du Moyen-Age. Quand donc s'habituera-t-on à comprendre et à respecter les chefs-d'œuvre de cette époque ?
Bons et mauvais anges.
Délivrance
d'âmes enchaînées
lions l'Enfer Bsui
sous la forme d'un
monstre marin
S'- Michel pesant desâmes. Le démon dans l'obscurité s'efforce de faire pencher la balance de son côle.
Saint-Pons.
Sainte -Barbe.
Jugement
des Anges rebelles.
Saint-Michel terrassant
le démon sous
la forme d'une
hydre.
Christ avec
sainte femme
de chaque côté.
Flèche revenant
sur celui qui
l'avait lancée.
Miracle
do Manfredonia.
Kvêqu
processionnelle ment consacrer une flise liâtie sur la grotte où la flèche a été tirée:
L'Assomption.
Sainte Agathe.
Saint-Jean Chrysostome.
A Y Autel privilégié on compte jusqu'à 9 tableau> sur bois et un sur toile.
Gomme celle de la plupart des petites villes du
Ussillou, I'histoire d'Argelès se réduit à quelques
,lits que l'écrivain relève de loiu en loin, en parcou-
lu les annales non encore bien classées de la
Province.
^ous ne savons rien de l'origine et des premiers ^ps d'Argelès. Nous croyons qu'il existait à l'épo-
ij o'auloise, mais rien ne nous autorise à l'affirmer.
J les géographes de l'antiquité, ni les documents
° graphiques de l'époque romaine n'en font men- ° n - C'est pourtant bien près de là que devait se ouver la station de la Via Domina dite ad Centu-
î toiles.
^ est fait mention d'Argelès pour la première fois,
g atls un diplôme accordé, en 981, à l'abbaye de
^»t-Genis par le roi de Franco Lother: cette petite
! ' y est désignée comme limite des possessions du
Co «vcnt.
fendant le Moyen-Age, Argelès devint une des
f^cipales places- du Roussillon : on peut s'en con-
11,C1 ' G par le siège qu'elle soutint en 1343. On voit
core les restes de ses bonnes et solides murailles
« de tours et reliées au Château Amoros. C'est
flan
, l!x rois de Majorque et d'Aragon pour renouveler tF aité qu'ils avaient conclu en 1279.
*00 mètres environ, du côté de la mer, se trou- »t la Tour de Pujol qui était une véritable forteresse . Sl f iue le prouve le rôle qu'elle joua pendant le " e Se de 1343.
*vain d'attaquer Elne, Pierre IV fit investir Argelès "dant que Dalmau de Tatzô, un des plus puissants du pays, allait bloquer Colh'ure. Les
ce château que s'abouchèrent, en 1298, les
Sei 8'neurs
assiégeants se tenaient surtout entre la Tour de Pujol et les fortifications de la ville. Quelques soldats du roi Jacques de Majorque s'étaient enfermés dans cette tour et tenaient haut le drapeau de leur pays. Comme elle appartenait à l'abbé de Fontfroide, lequel aval beaucoup de propriétés en Roussillon, les Aragonais prièrent l'abbé de la faire rendre. Il n'en fit rien, puisque les soldats qui s'y étaient barricadés ne capitulèrent qu'après la prise d'Argelès.
Cependant celle-ci tenait encore bon. Les AragO' nais décidèrent de lui livrer un dernier assaut. Ou construisit une espèce de forteresse en bois pour abattre une maison fortifiée contiguë à la place. Le capitaine chargé de défendre ce poste ayant été lue; la garnison se retira dans la ville.
L'assaut fut donné la nuit suivante, mais il fut repoussé par la résistance opiniâtre d'une troup 6 génoise au service de Jacques de Majorque et coni' mandée par Geoffroi de l'Étendart, vaillant officie'' français. Les habitants, effrayés de la violence de l'attaque et craignant de ne pouvoir résister à u Jl nouvel assaut, offrirent de se rendre s'ils n'étaient secourus dans trois jours. 11 se rendirent en effet I e 6 juin. L'Étendart n'ayant pas voulu intervenir dans cette capitulation, resta prisonnier de guerre et oU établit Guillaume de Guimera commandant à Argelès-
En 1474 notre ville fut occupée par l'armée i e Louis XI et par celle de Juan II. En 1641 elle se rendit, sans opposition, au maréchal de la Meilleraye! mais les Espagnols la reprirent le 7 janvier 164? après trois jours de combat. L'armée française ) rentra de nouveau en 1646.
^ Argelès était ville royale et votait aux États de
Catalogne. Ses premiers privilèges sont peu connus ;
|ûais elle est richement dotée sous ce rapport à partir
H xiv e siècle, comme le témoignent un grand nom-
re de Chartes qui sont conservées à la Mairie.
En 1793, après la victoire du Mas Déu, Ricardos ^ 0n gea à isoler Perpignan de Collmre et de Port- Ve ndres, sur lesquelles il avait d'ailleurs des vues Prochaines. Il lui fallait un point d'appui sur la côte. Ar gelès s'offrait naturellement, à cheval sur la route ae Perpignan à Collmre, à l'embranchement du pemin qui suit, jusqu'au Volo, le pied des libères. ^ a ville était encore à cette époque • entourée d'une 1 ortion de sa vieille enceinte, continuée par un large
° s sé. Du reste il n'avait pour défenseur que 500 Vol ontaires.
Le 23 mai, 3,000 hommes d'infanterie, 240 chevaux
1 10 pièces de canon, aux ordres du maréchal de
a mp Crespo, vinrent attaquer cette petite garnison. *Wc était trop faible pour résister. Toutefois elle s °utint le feu pendant plusieurs heures et se retira
Ur Colh'ure en bon ordre, sans se laisser entamer P ar la cavalerie ennemie qui la poursuivit jusqu'à Moitié chemin.
Les Espagnols occupèrent Argelès, s'y retranchèrei it et en firent le réduit et le magasin d'un camp ^ 4,000 hommes et de S00 chevaux, qui fut établi SUr la plage, entre la ville et la mer, vers le Mas
^ e derc. Le lendemain ils s'emparèrent d'Elne puis cie Cornella où ils surprirent des approvisionnements c °nsidérables destinés au ravitaillement de Bellegarde.
Le canton d' Argelès compte 12 communes com-
prenant ensemble une population de 17,810 âmes. Sa superficie est de 20,475 hectares. Ce canton, le plus important du deuxième arrondissement, est formé de la partie inférieure de la vallée du Tech et des vallons de Collïure, de Port-Vendres et de Banyuls-sur-Mer.
La côte se livre au cabotage, à la pêche et aux salaisons. Elle exploite aussi le liège, matière bien plus abondante autrefois, lorsque les forêts de Tatzô, de Vilaclara et de Saint-Genis étaient les meilleurs panages du pays.