PERPIGNAN
Situation de Perpignan .— Les remparts. — Les portes. — Le département des Pyrénées -Orientales vu du donjon de la Citadelle. — L'ancien château des rois do Majorque et la Citadelle
— Le portail do la chapelle. — La porte de l'enceinte — L'église Sainle-Marie-de-la-VtaïZ.— Décoration de l'église.— L'Esplanade. —L'Arsenal et l'ancien cloître des Grands Carmes. — La Font Nova— L'ancien couvent Saint-Sauveur.— L'ancienne Université.
— Son histoire. — Histoire de la Bibliothèque communale. — Livres imprimés et manuscrits les plus remarquables.— Muséum d'histoire naturelle. — Musée de peinture et de sculpture.— Catalogue dos (ouvres les plus remarquables. — Archéologie. — L'église Saint-Jacques. — La chapelle dota Santa-Sagrada. — Le tableau de la Trinité.— La Place du Puig.— Les danses catalanes.
— La Porte de Canot. — La rue d'Eu Calce. — L'ancien hôpital des Tisserands.— La Juiverie ou Al-Jaïma,— Le couvent des Dominicains. — La rue et la fontaine Na - Pinearda. — La maison Xanxo.— L'hôtellerie do la Poin ne do Pin.— Le Grand-Séminaire. —Saint-Jean.— Fondation de l'église actuelle— Description des chapelles et dos retables. — L'orgue. — Les reliques.— Le Vieux Saint-Jean.— La tête de Sant Johan lo Giparut— L'ancien Hospice Saint-Jean. — La place d'Armes. — La rue Saint-Jean.
Peiu'ignain ( Villa Perpiniani en latin et Perpinya en catalan) est le cher-lieu du département des Pyrénées-Orientales. Il est situé à 890 kilomètres au sud de Paris, à 42°, 41' 55" de latitude et à O^SS" de longitude est. Sa belle citadelle, ses longs et solides remparts, sa position topographique au pied de la chaîne des Pyrénées en font une place de guerre de premier ordre. Sa population, avec la
garnison est de 28.353 habitants : elle n'était nue de 12,030 en 1819.
I ne belle avenue, percée à travers de magnifiques jardins qui se peuplent tous les jours avec une rapidité étonnante d< i s et d'habitants, con-
duit à la Porte et à la Rue de la République.
La petite rivière de la Basse (Vasm) divise Perpignan en deux parties inégales : la Ville Neuve appelée aussi Faubourg des Tanneries ( Blanquerias , en catalan) ou plutôt Quartier ries Tannerie*, car elle est aujourd'hui complètement englobée dans la place el ne forme qu'un tout avec les autres quartiers ; la ville proprement dite bâtie sur la rive droite de la rivière, partie dans la plaine, partie sur deux collines, le Pniej Saint-Jacques et la Real.
L'ensemble de la ville est dominé par la Citadelle entourée d'une double enceinte de remparts qui jettent autour des maisons deux immenses bras de pierre et de briques dont les mains semblent venir se joindre au Castillet.
Cette enceinte fortifiée est percée de cinq portes : de Noire-Dame, sous le Castillet même, de Omet. de Saint-Martin, de la République, de Magenta.
Le touriste qui voyage dans le département 'des Pyrénées-Orientales au printemps ou en été doit, avant tout, chercher à obtenir une permission pour visiter la Citadelle ( a ).
Grâce à la merveilleuse transparence de l'air si fréquente dans le pays, on jouit, du haut de cette forteresse, d'un coup d'œil ravissant. On fait en quelque sorte, le voyage du département à vol
(1) H faut s'adresser à la Direction de l'Artillerie.
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d'oiseau. an est à v< oits de
tuiles rouges et ses clochers. Celui de Jean
jette élégamment dans les airs sa cage de fer, et son vieux coq qui la surmonte se m-
puissants effo! s'élevei au-dessus
de la Citadelle. *
La plaine du Roussillon s'épanouit tou sous un ciel splendide qu'on prendrait pour un immense dais de saphir. Rien n'est beau comme ce vaste champ de v ar d'innombrables
canan ' : ■ . les ti : ; fleuves le Tech, la
Tet et l'Agli dont les longs méandres s ent
sur cette carte na1 oient. Au dernier
plan apparaît le Canigô q hissent
les trois quarts de ;'. au
premier aspect, pour une ride
trans] bords du
A droite du Canigô l'œil passe successivement de la montagne de : vel,
un des ] s plus éi ivés de nos Corbières et à
la plaine de la Salanca qui, du haut du donjon, ressemble à un immense jardin peuplé de châteaux et de jardins. Derrière, est la Méditerranée dont les nappes d'eau qui voient tous les jours surgir le soleil en reflètent les clartés iommets
me.
La Citadelle de Perpignan se compose de deux parties distinctes : le donj . .1 eau
des rois de Majorque et Y enceinte foriifi
On ignore îa date de la construction du château que Jacques I e> choisit comme résidenc* iprès
la création du royaume de Majorque dont le Roussillon faisait partie avec la Cerdagne , les îles
Baléares et Montpellier. Ce château l'ut construit à partir de 1273.
Pierre IV d'Aragon ayant réuni le royaume de Majorque à sa couronne, songea à utiliser la position si heureuse du château royal et résolut de l'entourer de remparts. Ce ne fut toutefois que sous Jean I er qu'on s'occupa de réaliser ce projet à l'exécution duquel ont travaillé successivement Louis XI, Charles-Quint et Vauban.
Le château formait un parallélogramme d'environ 68 mètres du nord au sud et o4 de l'est à l'ouest couronné de créneaux et de trois tours sur chaque façade avec une cour au milieu. Du côté du midi étaient les appartements de la reine; du côté du nord, ceux du roi. Un bel escalier d'une coupe de pierre et d'une exécution remarquables, conduisait à ces appartements et au portail de la chapelle qui s'élevait au centre de la façade orientale. Cette chapelle était double, c'est-à-dire qu'il en existait deux, une au rez-de-chaussée, l'autre au-dessus.
La porte de la chapelle inférieure existe encore assez bien conservée. Elle est cintrée, avec des voussoirs lisses et larges, ce qui est un des caractères de l'architecture catalane. Ces voussoirs se composent de plaques do inarbre alternativement rouge et blanc. Un gros tore entoure l'archivolte qui retombe sur des colonnes engagées dans la muraille et dont les chapiteaux, autrefois peints, représentent des dragons combattants, moins lourds et moins grossièrement travaillés que ne le sont d'ordinaire les chapiteaux romans.
La façade ressemble beaucoup à celle de l'église du Mont Si n aï, singulière conformité qui s'explique
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par les souvenirs que les Croisés avaient rapportés de l'Orient. Les parties latérales de cette façade sont en marbre blanc et rouge et ces deux couleurs sont alternativement posées par bandes horizontales. C'est le seul exemple de cette ornementation qui existe dans toute la France.
Le château avait une grande entrée avec un pont-levis du côté du couchant et trois autres portes sur les trois autres côtés pour communiquer soit avec le jardin, soit avec le Pré de la Reine et le Bois du Roi. C'est peut-être là qu'on élevait les cerfs et les paons dont il est quelquefois question dans les anciens documents. L'herbe dos fossés était exclusivement réservée à la dépaissance des chèvres dont on nourrissait les lions qu'on entretenait au château pour l'amusement et la joie des hôtes royaux.
La place d'Armes et la Citadelle est un carré qui peut contenir plus de 2,000 hommes en bataille. La longueur de gauche est occupée par un beau corps de casernes construit sous Louis XIV.
L'une des curiosités de cette forteresse est le Puits de Sainte-Florentine qui a 8 mètres environ de circonférence et près de 40 mètres de profondeur. On y descend au moyen d'un escalier et de galeries souterraines. Il est alimenté par une source très abondante.
On a détruit, il y a cinquante ans environ, sur le parapet de l'un des bastions do la citadelle (côté de l'est) un bras sculpté en pierre tenant une épée auquel se rattache une légende assez singulière. Charles-Quint, dit-on, se promenant une nuit sur les remparts, trouva le l'actionnaire endormi. Il le
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poignarda, le jeta dans le fossé et resta en faction à sa place; jusqu'à ce qu'on vint le remplacer. C'est en souvenir de ce fait qu'on aurait placé là ce lier symbole de l'Empire mutilé en 1793, puis en 1823. Il fut, peu de temps après cette dernière date, définitivement enlevé.
La porte de l'Enceinte fortifiée n'a pas été plus respectée. Les quatre statues d'un travail grossier qu'on y voit aujourd'hui ne sont pas celles que le duc d'Albe avait fait sculpter. Au-dessus de l'entablement se distinguent encore les traces de l'inscription suivante, sur une seule ligne :
Philippus II Hispmiarum (11)17) Siciliœ rex defensor Ëcclesiœ.
On a prétendu que les cariatides dont nous venons de parler étaient dans l'attitude de prêter serment, les Catalans ayant l'habitude de jurer par leur cuisse et par leur barbe. Mais nous croyons que la pose assez singulière, il est vrai, de ces statues n'est que le résultat d'un caprice de l'artiste.
L'Église Sainte-Marie de la Real est ainsi appelée parce quelle était la paroisse du château royal (real, en catalan). Elle était déjà consacrée eu 1321, époque où y fut transféré le chapitre de collégiale qui était à Espira-de-1'Agli.
La Real fut assez maltraitée pendant la Révolution. C'est au zèle du curé Vialar et au talent du sculpteur Boher, de Villefranche, qu'on doit sa restau ration. Boher décora l'abside à laquelle il appropria un autel provenant de l'antique abbaye de La Grasse et il exécuta les statues de Y Assomption, de Saint- Julien et de Sainle-Basilice.
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On remarquera la cuve des fonts baptismaux qui appartiennent au xrv" siècle. Elle présente sur douze facettes chacun des douze apôtres, au milieu d'une arcade trilobée. Le baptême dans le Jourdain occupe une treizième facette.
La Real possède quelques tableaux de valeur notamment un Saint-Gerôme de l'école romaine, un crucifiement de Rigaud et un Ecce Iwmo. Ces deux derniers ornent la chapelle de N. D. de la Soledad, en face des fonts baptismaux. La tête de la vierge délaissée au pied de la croix — c'est ce qu'exprime le mot Soledad — est un des beaux morceaux de sculpture de Boher.
Comme celui de la plupart des églises do Roussillon, le Christ de la Real porte une sorte de jupon brodé d'or qui descend de la ceinture aux genoux avec un gros nœud en forme de rosace. Cet ajustement produit un effet singulier, surtout aux yeux des étrangers qui sont habitués à voir une draperie enroulée et volante autour du corps de Jésus-Christ.
Le seul grand événement qui se rattache à l'église de la Real est le Concile qui tint i'anti-pape Benoit xm (Pierre de Luua) en 1408. Cent vingt prélats, tant espagnols que français et savoyards ainsi que le roi de Navarre, assistèrent à cette assemblée dort l'objet était de chercher les moyens de rendre la paix à l'église. Benoit xm refusant de prêter la main à tout arrangement qui aurait pour effet de le priver de la tiare, l'assemblée se retira sans avoir rien arrêté. En 1415 l'empereur Sigismond vint trouver Pierre de Luna qui logeait au Château Royal et l'invita à se désister de la papauté, en présence du roi d'Aragon. L'auti-pape refusa, mais il fut si effrayé des menaces
do l'empereur, qu'il courut s'embarquer à Collmre pour aller se réfugier à Peniscola, non loin de Valence (Espagne) où il mourut en 1424.
Derrière l'église de la Real et au pied des glacis de la Citadelle s'étend I'Esplanade vaste place comprise anciennement dans le Couvent des Grands Carmes.
Une grande partie de ce couvent existe encore, convertie en Arsenal et en parc d'artillerie. L'église aussi est debout, dépouillée de tout ornement du culte, mais offrant toujours aux regards sa belle corniche sculptée, ses colonnes aux chapiteaux historiés, son ogive élancée, son portail élevé.
Le Cloître des Grands Carmes qui était construit en marbre de diverses couleurs, a été transporté dans le parc du château de Villemartin (près de Limoux, Aude) par les soins de M. Alexandre Guiraud, l'illustre poète des Machabées et du Petit Savoyard qui l'acheta en 1840 au prix des moellons, au mètre cube ! Ce beau cloître avait été élevé en 1333.
De l'Esplanade on descend dans la rue des Carmes d'où ou gagne la Fontaine Neuve ou Font Nom qui est la plus ancienne de la paroisse Saint-Jacques. L'inscription qui se trouve à l'un des angles porte la date de 1406.
Près de cette fontaine et dans la rue Saint-Sauveur est la Loge des Amis de la Parfaite-Union qui occupe une grande partie de l'ancien Couvent des Dames de Saint-Sauveur. Elles suivaient la règle de Saint- Augustin comme le chapitre de collégiale que nous avons vu transféré à l'église de la Real.
En l'an 1339, Raymonde de Serrallonga étant prieuresse, le couvent refusa d'admettre une jeune
femme de famille noble. L'affaire fit du bruit et plainte fut portée au Pape qui excommunia les dames de Saint-Sauveur. Celles-ci invoquaient la détresse du couvent qui pouvait à peine suffire à l'entretien des 14 religieuses qui s'y trouvaient en ce moment. C'est ce que constata Jean de Naples, chanoine napolitain, qui avait été chargé par le pape de vérifier les causes du refus dont Constance de Cruiîies avait été victime et de relever les religieuses de l'excommunication qu'elles avaient encourue.
Revenons à la Font Nova et entrons dans l'Université dont les bâtiments s'élèvent à côté.
La ville de Perpignan fut dotée de bonne heure d'une Université. L'acte d'institution de cet établissement qui est daté du 13 des kalendes d'avril 1349 l'érigé en Université littéraire « pour y être enseigné le droit civil et canonique et les autres arts et sciences aux mêmes honneurs et prérogatives accordés à l'Université de Lérida, en Catalogne. »
Pierre IV qui fondait l'Université de Perpignan venait de supprimer, à son profit, le royaume de Majorque au maintien duquel Perpignan avait tout à gagner. La création de l'Université était faite pour calmer les récriminations des habitants, et cela d'autant mieux, que le roi faisaitun éloge flatteur du Roussillon et des Perpignanais dans l'acte de fondation.
Cependant ce prince n'eut pas le temps de faire bâtir le local nécessaire aux exercices de l'Université. C'est Jean I", son iils, qui accorda (1381) aux consuls de Perpignan, la permission de choisir le terrain le plus convenable et en telle quantité que
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besoin serait pour y construire un bâtiment affecté aux classes de l'Université. On choisit un endroit au pif d du château royal, non loin de l'église Saint- Matthieu.
L'Université fut sous la dépendance des Consuls qui avaient le droit d'en nommer les professeurs et qui, par délibération prise au Consistoire du vice-roi de Catalogne le 3 août 1489, reçurent celui de destituer les recteurs régents. Au moment où le Roussillon passa sous la domination française, ce droit de nomination aux chaires de l'Université fut l'un des articles dont les consuls de Perpignan sollicitèrent le maintien par l'organe de députés qu'ils envoyèrent au roi à Montpellier.
A cette époque l'Université était en pleine décadence : les longues guerres que venait de traverser le Roussilion et les malheurs sans nombre qu'elles avaient engendrés avaient fait disparaître le goût des sciences et des lettres. Bientôt l'existence même de cet utile établissement fut mise en péril. En 1710, le gouvernement ayant besoin d'un local pour y établir l'hôtel de la Monnaie prit l'Université qu'on transféra dans une maison obscure et humide où la place manquait. Les consuls fournirent dans l'ilôtelde-Ville une salle pour la classe de droit et l'on supprima la classe de médecine, soit parce qu'on ne trouvait pas de local convenable, soit aussi parce (pion ne pouvait point payer d'honoraires aux professeurs.
A. diverses reprises le recteur s'adressa au ministre pour lui exposer ce fâcheux état de choses. Mais la guerre dévorait les ressources financières de la France. Il fallut attendre jusqu'en 1759 pour voir
se relever FUniversité de Perpignan. M. de Mailly, alors gouverneur du Roussillon, fit jeter les fondations de la nouvelle Université qui est le bâtiment que nous visitons en ce moment.
Les constructions commencèrent en 1760, et la première pierre fut bénie le 27 mai par l'évêque d'Elne, Charles de Gouy, et posée par M. de Saint- Afrique, lieutenant du roi de la police, en l'absence du comte de Mailly.
Des classes furent établies dans cette université pour les quatre facultés de théologie, jurisprudence, médecine et lettres et une bibliothèque y fat fondée. On créa eu outre un cours de physique expérimentale et un cours de botanique. En 1770 un cabinet d'histoire naturelle fut joint à la Bibliothèque et, en 1786, l'étude de la chimie fut introduite dans renseignement.
Pendant la Révolution, l'Université fut convertie en École Centrale. Cette École ayant été bientôt supprimée, le chanoine Jaubert fonda sur un autre point, le Pensionnai qui, transformé en Collège, était considéré dès 1817 comme le meilleur de l'Académie, après celui de Montpellier.
L'ancienne Université agrandie depuis 1759 contient aujourd'hui : la Bibliothèque communale, le Muséum d'histoire naturelle et le Musée de sculpture et de peinture.
La Bibliothèque de Perpignan fut fondée en 1759 par déclaration royale, sous les auspices du maréchal de Mailly qui y déposa un certain nombre de bons ouvrages. Elle s'augmenta bientôt de ceux qu'on acquit sor les fonds de la province et de ceux qu'on imprimait au Louvre dont M. de Mailly avait obtenu
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un exemplaire pour la Bibliothèque de l'Université. Ces derniers ouvrages sont timbrés aux armes de France sur la couverture; les autres le sont aux armes de M. de Mailly.
En 1765 il vint un nouveau contingent : la Bibliothèque du collège des Jésuites que le ministre Ghoiseul chassait à cette époque de France.
La Catalogue delà Bibliothèque publique de l'Université imprimé en 1771, porte à 2,490 le nombre des volumes. Ils occupaient la salle actuelle du milieu. C'est dans cette salle et dans celle des Exercices, au rez-de-chaussée, qu'on entassa pendant la Révolution les ouvrages qui provenaient des maisons religii ou de celles des Emigrés. Le bibliothécaire, en lit un choix judicieux et le catalogue accusa en 1823, 12,88(5 volumes. Une vente considérable de doubles avait été faite en 1814 et, des fonds qu'on en relira, on acquit un certain nombre d'ouvrages de chimie et de physique moderne qui manquaient totalement.
La même année arrivaient les réclamations des Emigrés ou de leurs héritiers. Le ministre Neuville ordonna de rendre les livres qui étaient dans les dépôts aux personnes (pie des actes en forme feraient reconnaître comme propriétaires ; toutefois les livres inscrits sur des catalogues, inventaires ou registres et qui avaient déjà été communiqués au public, ne devaient pas être rendus.
Les richesses de la bibliothèque avaient sin°-ulièmeut augmenté depuis 1730, ainsi qu'on vient "de le voir, et le local était devenu insuffisant. Aussi fut-on obligé de construire une seconde salle; la construction d'une troisième fut ajournée jusqu'en 1841.
Les ministres Guizot, Cousin et Villemain furent les protecteurs des bibliothèques, et celle de Perpignan, qu'aidaient encore les dispositions bienveillantes de François Arago et du comte de Castellane, dut à toutes ces influences d'être une des plus favorisées. En outre, le ministre de la guerre avait envoyé plusieurs ouvrages spécialement destinés à former une Bibliothèque militaire.
La Théologie compte 1,078 ouvrages environ.
Sauf quelques livres de vieux sermonnaires et de controverse lourde et ennuyeuse, cette classe est assez bonne. Les Sciences sont très-défectueuses, sauf peut-être la Médecine qui possède quelques ouvrages récents et complets. On s'occupe d'organiser les sections de Philosophie et de Critique littéraire qui, à proprement parler, n'existaient pas, il y a dix ans. La classe d'Histoire est la plus riche ; il serait bon, toutefois, d'y ajouter, au point de vue du pays, les principaux ouvrages qui ont été publiés à Barcelone et à Madrid.
Aujourd'hui, la Bibliothèque: communale de Perpignan possède près de 30,000 volumes : c'est donc une des plus importantes des départements. Comme en 1823 et en 1841, le local est trop petit. Qu'on avise au plus vite à l'agrandir.
Parmi les livres imprimés, nous en avons plusieurs à citer qui ont une véritable valeur :
1° Sènêque, imprimé en 1475 à Naples (c'est la première édition de Sénèque); 2° un Valère-Maxime de 1488; 3° une Glossa super valerium maximum a fratre Dyonisio de Burgo, etc. sans date, mais portant tous les signes de l'ancienneté ; 4° un Tèrence qui, selon toute apparence, fut imprimé vers 1470 ou
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1474 ; 5° un autre Térence fort remarquable imprimé à Argenlina (Strasbourg) par Jean Gruninger, en 1499 ; 6° Opus de hystoriis etatum mundi, du docteur Hartmann Schedel, imprimé à Nuremberg en 1493 ; c'est un in-folio gothique orné de gravures sur bois; 7° Libre vulgarment appellat de les dones ordenat et compilât p.er lo Révérend mestre francesch eximenis mestre en sacra theologia del orde de fra menors. Ce livre curieux de François Ximénès, évoque d'Elne, a été imprimé àBarcelone, en 1495, par Jean Rosenbach. Cet imprimeur, d'origine allemande, vint plus tard à Perpignan où, le premier, il imprima des livres.
En dehors des incunables que nous venons de citer et qui ne sont pas d'ailleurs les seuls que possède la Bibliothèque, nous devons mentionner encore :
1° Marguerites de la Marguerite des princesses , trèsillustre royne de Navarre, imprimées à Lyon par le célèbre Jean de Tournes, en 1547 ; 2° une collection de pièces publiées de 1559 à 1563, à l'occasion des démêlés des catholiques et des protestants ; 3° un volume composé d'une collection de différentes pièces publiées par ordre du Conseil des Cent de la ville de Barcelone, pendant la Révolution de 1640. Ces pièces se trouvent dans d'autres recueils, mais ce qui est spécial au volume en question, c'est qu'ayant appartenu à Margarit, l'un des principaux moteurs et acteurs de cette célèbre Révolution, ce personnage y avait joint diverses minutes des pièces imprimées dont il se montre ainsi l'auteur.
Au nombre des ouvrages modernes ou réimprimés dans ces derniers temps, nous citerons :
1° Les Fables de La Fontaine en 4 vol. in-folio
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(1785); 2° Le grand dictionnaire grec de Henri Estienne (Didot, 1831) ; 3 U II Mttseo Pio Clementino (Rome 1792), 6 vol. in-plano; 4° Les Galeries historiques de Versailles; 5° Le Musée Napoléon; 6° La Collection d'Orléans; 7° Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France; 8° Ninive et, V Assyrie, de Victor Place : 9° La Description de l'Egypte; 10° l'Histoire générale de Paris, publiée sous les auspices de l'édilité parisienne, etc.
Le touriste curieux des choses du Roussillon,
consultera :
1° Voyage pittoresque de la France, 1787 (attribué à Garrère) ; 2° La partie qui concerne le Roussillon dans les Voyages pittoresques et. rotnantiques dans l'ancienne France; 3° l'Histoire de Roussillon, par Henry, en 2 volumes ; 4" l'Histoire de Roussillon, par Jean de Gazanyola, en un volume; 5° Mémoire pour l'ordre des avocats, par Fossa ; 6° Notices historiques sur les communes du Roussillon, 2 vol. par M. B. Alart; 7° Privilèges et titres relatifs aux franchises, institutions et propriétés communales de Roussillon et de Cerdagne, etc. parle môme; 8° Notes d'un voyage, dans le Midi de la, France, par Prosper Mérimée, un vol. 1835 ; 9° Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales par le docteur Louis Companyo, 3 vol.; 10° Le, PuUiccU.enr des Pyrénées-Orientales, journal commercial et littéraire où MM. Puiggari, de Saint-Malo et autres savants roussillonnais ont publié un grand nombre d'études remarquables sur l'archéologie et l'histoire du Roussillon. Nous devons signaler aussi la collection des Bulletins de la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyré nées-Orientales (23 vol.. 1833-1878) qui est une véritable encyclopédie roussillonnaise.
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La Bibliothèque n'est pas bien riche en manuscrits : elle n'en possède qu'une centaine dont quelques uns cependant sont fort remarquables.
1° Partie des œuvres d'Ovide, contenant : De Arte mnandi, De Remedio amorti. Amorum (désigné ainsi : Ds sine lilulo), De Ponlo, manuscrit qui a appartenu à un poète milanais du xv e siècle, Angclo Décembre ; 2° Traité d'Hippiatrique, en castillan du xiV' siècle. 11 se divise en deux parties dont la première traite de la bonne conduite et de la maladie des chevaux ; quant à la seconde, c'est une longue ordonnance de Chariemagne sur le fait des chevaux et des cavalcades, document qui. croyons-nous, n'a jamais été publié ; 3° Traduction catalane des Œuvres de Valére-Ma.rime, d'une belle écriture et d'une bonne conservation ; 4° Texlum Evangelium dont plusieurs folios portent des dessins remarquables ; 5° Siahiia Uuircrsilatis studii pille Perpiniani ; 6° Livre des Ordonnances, Statuts et Serments pour l'église d'Elue dont le premier document porte la date de 1287. On trouvera aux feuillets 10 et 11, deux magnifiques miniatures dont Tune représente Sainte-Julie et Sainte-Eulalie ; 7° LeMs.se/ de l'Abbaye d'Arles en Vallespir, sur parchemin comme tous les manuscrits que nous venons de citer. Celui-ci parait dater du x e siècle et peut-être même du ix e . L'écriture en est claire et nette et, sur quelques folios, se voient des essais d'enluminure.
Nous citerons à part le Missel de la Confrérie des Peintres et Merciers qui est un chef-d'œuvre. Il a été écrit et rédigé par Jean Oliva, ecclésiastique de l'église Saint-Jean, pour l'association des merciers et des peintres de Perpignan. Il se compose de
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514 feuillets en parchemin, de formatin-8 , illustrés la plupart de vignettes et de riches miniatures. Le carmin et loutre-mer y abondent. Les vignettes les plus remarquables sont à la Messe de l'Assomption. L'une d'elles représente un renard, affublé d'une robe de moine, prêchant en chaire devant un auditoire de poules. Nous signalerons les feuillets 33 (verso) , 185 (recto), 293 (rcclo), 339 (verso). Dans ces deux dernières pages le grotesque du Moyen-Age se montre dans toute sa verve à côté de peintures d'une pureté admirable et du stylo le plus élevé.
Ce beau missel qui semble, vu sa forte épaisseur, avoir exigé toute la vie d'un homme, fut commencé en 1490 et terminé en 1492, ainsi que le marque l'avant-dernier feuillet où l'on peut lire ceci : Lo présent missall fou, principiat de scriure lany de la nalivilat del Salvador uoslre senyor dm Jesu Christ MCCCGLXXXX de voluntat e consentiment de loi lo conseil del offlei de merces et pintos de la présent vila
de Perpinya Loqual missall foh acabat de scriure
a XXII del mes dejuny, any MCCGCLXXXXIl.
Quelques manuscrits se rapportent directement à l'histoire du Roussillon ; tels sont : le Journal du notaire Pasqual (1597-1642), le Livre des coutumes, le Livre des Mémoires de l'église Saint- Jacques.
Le manuscrit 53 porte sur la couverture cette note assez singulière :
« Un juif a dit que ceci était un traité de géographie ;
« Un autre que c'était un livre de comptes de marchand ;
« Un autre que c'étaient les prophètes ;
« Un autre que c'était un livre de comptes des réparations de la rivière de la ïet. »
11 parait que ce dernier a dit vrai. Le manuscrit est en caractères rabbiniques et en patois du temps, au témoignage d'un rabbin de Marseille.
Près de l'armoire où sont les manuscrits, dans la salle de Théologie, on verra, protégé d'un cadre et suspendu à une vitrine, un des manuscrits les plus curieux qui se puissent trouver. C'est la bulle d'institution du monastère do Saint-Martin deCanigé, du pape Sergius iv. Elle est sur papyrus et date de l'an 1011. Elle fait partie de la collection des chartes sur papyrus, lithographiées et publiées pour l'enseignement de l'École des Chartes.
Le Muséum d'histoire naturelle a été fondé par le docteur Louis Companyo, l'auteur de VHisloire naturelle du département des Pyrénées-Orientales, il occupe la partie supérieure des deux ailes latérales de la cour de l'Université. Il est distribué en 6 salles. 3 à droite et 3 à gauche.
Les quadrupèdes sont dans la première salle de l'aile gauche. Toutes les familles y sont représentées. notamment celles qui vivent en Roussillou. On remarquera la Genette de Perpignan, la Marte du Capcir, le Lynx, les Loirs et les Lérots, le Desman des Pyrénées, auquel Geoffroy-Saint-Hilaire a donné le nom de Migale pyrœnaica ; la Loutre, assez répandue dans le Roussillon.
La vitrine qui est au centre de la salle contient
une belle collection d'ossements fossiles de divers
as, des minerais, de splendides spécimens de
végétaux fossiles caractéristiques du terrain houiller.
Tout est marqué et souvent expliqué, ce qui rend la
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visite agréable et facile ; il en est de même d'ailleurs pour les autres salles. Dans la même vitrine il faut examiner avec attention une belle collection de silex et le Pentacrinus capul Medusce de Miller, que Linnée avait nommé Isis asterias. Ce curieux animal a été péché à la Guadeloupe, à 180 brasses de .profondeur. A côté, nous voyons des objets de l'époque romaine, trouvés dans une galerie des mines de Fillols.
Les vitrines murales de la seconde salle sont totalement occupées par les oiseaux, cygnes, canards, albatros, pétrels, frégates, ibis, flammants , courlis, mouettes, hérons, grues, autruches et bien d'autres individus de la même classe.
La vitrine qui occupe le milieu de la salle est d'une haute valeur : la collection égyptienne donnée par M. Companyo fils, qui a été attaché à la Compagnie de Suez, est de toute beauté. On a là, sous les yeux, des objets qui remontent peut-être à cinq mille ans avant Jésus-Christ. La même salle renferme une belle collection de papillons, donnée par François Arago ; en face, un énorme crocodile du Nil fait pendant à ces petits êtres de la création.
A l'entrée de la troisième salle, deux petites vitrines suspendues à la muraille offrent une jolie collection d'oeufs de toutes les espèces. Puis vient la foule des grands et des petits oiseaux , les vautours , les gypaètes, les faucons, les hiboux, les aigles, les paons, deux argus, mâle et femelle, les milans, les buses, les chouettes, le pélican rosé, les oiseauxmouches et les colibris.
La vitrine du centre de la salle offre une collection de minéralogie recueillie en grande partie en Egypte par M. Companyo. On y voit aussi des ossements
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antédiluviens provenant de la tranchée creusée à Chalouf-el-Théraba.
Dans un coin de la salle on aperçoit : 1° des étoffes ou manteaux et des ornements à l'usage des peuplades sauvages des îles Marquises : 2° un magnifique crachoir de mandarin chinois incrusté d'or, d'argent et de pierreries ; 3° un éventail du grand chef des Taïpi; 4° une véritable relique, le thermomètre qui, dit-on, a appartenu à Galilée.
La première salle de l'aile droite renferme une momie avec son double cercueil en bois de sycomore, donnée par Ibrahim-Pacha, lors de son passage à Perpignan. Au-dessus de la momie sont exposés trois crânes dont l'un est une magnifique tète éburnée d'une dimension énorme.
La collection des Crustacés est très belle, ainsi que celle des fruits exotiques, et des divers ustensiles servant aux habitants des iles Océaniennes.
On examinera avec intérêt la collection de céramique ou de vases anciens et le squelette d'une baleine (Balœna rostrala, de Linné) suspendu au plafond. Cet énorme cétacé vint échouer sur les côtes de Collïure en 1840.
La vitrine centrale de la seconde salle contient la suite de la collection des coquilles terrestres et fluviales qui est dans la salle que nous venons de quitter et une nouvelle collection de minéralogie, composée de tous les échantillons classés des roches qui constituent le massif des Alpes.
Les armoires murales renferment des collections de serpents, parmi lesquels le Boa constrictor, le Corail, le Serpent à sonnettes, les diverses espèces de vipères d'Europe et le Céraste, vipère à cornes
rapportée d'Egypte par M. Companyo ; la collection d'iethyologie (poissons) où l'on distingue une série provenant du haut Nil, des Madrépores et des Zoophytes de tous les pays et de toutes les latitudes, des. Coquilles fossiles avec des échantillons du Yolô, de Millas, de Neiiach, de ïrullas et de Costujes.
Au plafond est suspendu un squelette de dauphin (globiceps, de Cuvier) , bien conservé et très habilement monté par M. Companyo, père, en 1864. Ce dauphin fut pris sur la côte, aux environs du Barcarès .
La troisième et dernière salle renferme le complément des Coquilles marines univalves et des Coquilles bivalves dont la première partie se trouve dans la salle précédente ; la collection des Coléoptères, puisée dans tous les pays ; les insectes du Roussillon y sont à peu près tous représentés.
Le Muséum date de 1832. Toutefois il ne commence à compter que de 1837, époque où le capitaine de frégate Boluix fit don à la ville d'une importante collection recueillie dans les pays les plus éloignés,
Lu Musée de Peinture et de Sculpture date aussi de 1832. Nous en sommes redevables à la persévérante sollicitude de notre compatriote Capdebos, peintre d'histoire estimé qui, à force de dons et d'emprunts, finit par le fonder.
Jamais, depuis la mort de Capdebos, le Musée n'a eu de protecteur. Aussi, quoiqu'il compte aujourd'hui près de cinquante ans d'existence, il ne possède pas vingt tableaux de plus qu'à l'époque de sa fondation. Dans ces derniers temps seulement un ami des Arts, l'avocat Stéphane Bedos, a cédé au Musée une très belle collection de dessins, fusains,
aquarelles, pastels, etc., qui, pour la plupart, appartiennent à des maîtres. Nous sommes heureux de témoigner ici toute notre reconnaissance à M. Bedos. Puisse son généreux exemple être suivi !
Le Musée de peinture et de sculpture est distribué actuellement en cinq salles.
Le morceau capital de la première salle est aussi le- plus important du Musée. C'est une toile magnifique représentant le Cardinal de Bouillon le marteau d'or à la main et prêt à ouvrir la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre pour le Jubilé séculaire, à la place d'Innocent XII retenu dans son lit par la maladie. C'est une des belles compositions de Rigaud ( 2 ).