‹ Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-OrientalesChapitre 59 sur 95 · MM · texte numérisé non relu

MM

Après le cloître d'Elne et l'église de Costujes, c'est le monument le plus précieux de notre pays- Mais il est très-peu connu : cela tient sans doute à sa position dans un lieu écarté et sauvage.

Il n'existe en effet, de Bule Ternère à Serrabona, qu'un petit sentier fort peu commode, serpentant sur les flancs de hautes collines schisteuses.

L'église est à trois nefs. Celle du milieu est séparée des deux autres qui forment, l'une un corridor communiquant avec le pronaos et le chœur de l'église, l'autre une petite sacristie d'abord et une écurie ensuite. Cette dernière nef est à droite, au midi, élevée sur un précipice. Elle était ouverte par des colonnes portant des arcatures à plein-cintre- Les colonnes, les arcatures et les chapitaux sont en marbre blanc. Les colonnes sont doublées en marbre rouge; les chapitaux historiés représentent des animaux fantastiques. La couleur de cette partie du monument est admirable. Le soleil a, pour ainsi dire, cuit le marbre, qui est d'un jaune orange mêlé de paillettes d'or.

Le mur qui supporte cette galerie est construit de galets ou gros cailloux de montagne roulés dans I e torrent et disposés en pente inverse d'après le syS' tème réticulaire. La pluie et le vent ont décharné ce mur et les galets montrent partout leurs flancs argileux qui s'en vont en poussière. C'est avec le plus profond regret qu'on voit dépérir petit à petit ce monument qui ferait le plus bel ornement d'un grand musée archéologique. Le Département devrait bien l'acheter aux propriétaires espagnols qui ne demandent pas mieux que de s'en défaire.

Dans la grande nef de l'église on verra une tribune

qui rappelle une distribution architecturale qu'on rencontre souvent en Espagne et en Portugal. C'était e lieu où les moines se rendaient pour chanter en chœur les prières.

Entre la porte du cimetière et celle de la nef centrale se trouve le pronaos, qui communiquait avec *e dehors par un vaste portail couvert de sculptures «ont 1 exécution et la variété indiquent une belle e Poque romane. Malheureusement on l'a fermé et Masqué par des constructions rustiques, sans forme et sans goût.

Le pronaos est orné de colonnes supportant des Joutes et des voussoirs richement sculptés. Le tout «e 1 époque romane et en marbre blanc.

VI3VÇA., 6« Station.

10 m. E. de Prades, 33 de Perpignan.

A partir de Boule-Ternère les flancs de la montagne tendant i jse rapprocher et on voit bientôt s'ouvrir le col Ternere. Ici, nous sortons du floussillon pro- Piemen dit, pour entrer dans le Confient qui comprenait la partie supérieure du bassin de la Tet avec ses affluents, jusqu'au passage de Rodés où nous sommes arrivés en ce moment.

Le Confient était borné au nord par une chaîne des Urbieres qui le séparait du pays de Eenouillèdes à 1 est par les défilés de TerrJerl qui le sépa ' ku Roussillon ; au sud, par le Canigô et les Pvrén e qui le séparaient du Vallespir et de la Vall de ZLTl ou est, par la Cerdagne et par la montagne de Madrés "ui le séparait du Capcir.

«Les limites du Confient, dit M. B. Alart, étaient "acees par la nature et s'étendaient sans doute an-

WÊ

ciennement jusqu'au port de la Perche, comme semble l'indiquer un document de Tan 819 (Marca n° 1> qui mentionne nominativement toutes les dépendances du diocèse d'Urgel, sans y comprendre aucune paroisse du canton de la Tet. Les comtes de Cerdagne, Guillem Raymond, en 1095, et Guillem Jorda, deux ans après, indiquent aussi, sans toutefois nommer le Confient, les délimitations qui correspondent àpeu-près aux bornes naturelles de ce pays, telles que nous les avons données. Mais tous les autres documents, à partir de Tan 897, au lieu d'étendre le Confient jusqu'au port de la Perche, bornent ce pays. ainsi que le diocèse d'Elne, au cours de la Tet et au port de Jardo, situé entre Planés et la rivière de Balaguer et laissent, par conséquent, à la Cerdagne et au diocèse d'Urgel, les paroisses de Planes, dels Forçats et de la Cabanasse bien qu'elles soient situées dans le bassin de la Tet. ( J ) »

Vinc.a (Villa de Vinciano) était un des lieux les plus importants du Confient. Il passa de bonne heure du domaine des comtes de Cerdagne à celui des rois d'Aragon. En 1218, Nunyo Sanche lui concéda tous les privilèges de Villefranche, en y ajoutant la franchise d'inlestia dont cette dernière ville ne jouissait pas encore à cette époque. En vertu de ce privilège, concédé par Nunyo, etde ceux qu'ils obtinrent des successeurs de ce prince, les habitants de Vinça jouirent, non-seulement des franchises et privilèges que Villefranche possédait en 1218, mais encorede tous ceux, qui lui furent particulièrement accordés jusqu'à la fin du royaume de Majorque. «Plus tard, ajouteM. B. Alart a

(i) Géographie historique du Confient,

. . :■ i : jsm : M '

'lui nous empruntons ces renseignements, ph, s tard Martin, roi d'Aragon, les autorisa à faire de leur *dle une « rue » ou carrer de Villefranche ou de Perpignan, à leur choix, c'est-à-dire à se considérer comme partie intégrante de l'une de ces deux villes «Ont tous les privilèges leur étaient accordés. »

En 1245, Jacques I", roi d'Aragon, affranchit à Perpétuité les habitants de la ville de Vinca de tous droits iïexorquia, de eugueia et d'inteslia « à la condition qu'ils construiront et feront à leurs frais toute 1 enceinte fortifiée de cette ville, de telle sorte que celle-ci soit entièrement entourée de murs »

Les actes du xi» siècle parlent déjà d'un ,mli'um ou château de Vinça, dont on ne trouve aucune trace sur les lieux, ni aucune mention «ans les actes des siècles suivants. L'enceinte fortinee primitive existe encore en grande partie et forme Un carré à peu près régulier, sauf pour la face de ouest, avec quatre portes : deux sur la face nord, une à l'ouest et une au midi. Mais cette ville vieille torme à peine le tiers de la ville actuelle, qui n'a guère augmenté à partir du xiv« siècle. Les faubourgs extérieurs furent fortifiés à leur tour par un second «iur d'enceinte d'assez faible consistance et au moyen d'un fossé profond dans lequel on fit passer les eaux du Real, détournées de leur cours naturel ( 1 ).

Vinça compte aujourd'hui 2111 habitants. Il est chef-lieu d'un canton qui comprend 11 communes

i) Indications communiquées par M. Ij. Alart. Si on les cempare « note que notre historien a insérée dans ses Privilèges et * 8 ' ctc - Première partie, page 177, on s'apercevra facilement

4u H a modifié son opinion au sujet des fortifications de Vinca

Ue Puis l'impression de son bel ouvrage.

ayant ensemble une population de 11,565 habitants et une superficie de 24,436 hectares. C'est l'un des plus riches de l'arrondissement de Prades.

Le chef-lieu est dans une position agréable que nos pères choisissaient habituellement comme séjour, pondant les chaleurs de l'été. La Vallée de Vinça est un véritable jardin où s'étalent les cultures les plus riches et les plus variées et où règne cette température fraîche et saine qu'on recommande toujours aux personnes qui doivent changer d'air. La plaine, abondamment couverte de légumes et de fruits, est arrosée par la ïet, par la LeutiUa ou Nentilla, formée de la rivière de Fineslrel et de celle de Lkch ou de Ceners, et par la rivière de Molsanes ou de Rigarda qui reçoit celle de Croses ou de Domtmova.

L'église de Vinça possède quelques vêtements sacerdotaux très anciens et un beau tableau représentant Saint-Sébastien.

ENVIRONS DE VINÇA

A 2 kil. N.-O. de Vinça, sur la rive gauche de la Tet sont les Bains de Nossa, du nom de cette partie du territoire où jaillissent des sources sulfureuses et alcalines tièdes (25° c). Anciennement on les appelait Fonts del Sofre (Sources du Soufre).

Dès 1754, le célèbre professeur Carrera révélait leurs qualités au public, et, en 1756, dans son Traité des eaux minérales du Roussillon, il les classait parmi les meilleures.

Plus tard Anglada écrivait : « Comparables aux Eaux-Bonnes, ces eaux semblent se mieux prêter que d'autres plus actives, à la curation des affection*

"Jfcow^rrs^-v t.

de poitrine et, cela, grâce à leur faible température, a leur richesse en ingrédients alcalins et au moindre développement des éléments sulfureux. » — c'est aussi l'opinion des médecins du Roussillon et de quelques professeurs de la Faculté de Montpellier qui envoient fréquemment des malades à Nossa.

Cet établissement est aussi fréquenté par les personnes atteintes de maladies de la vessie et de maladies de la peau.

Les familles trouveront à Nossa les commodités de la vie domestique appropriées à toutes les postions de fortune, et les malades y éprouveront les bienfaisants effets d'une situation topographique des plus favorisées, sous un climat exceptionnellement doux et égal.

A une faible distance de l'établissement thermal sur un coteau aride, existait autrefois le prieuré dé bainte-Marie-de-Marcevol, fondé vers l'an 1147 et se culansé par bulle apostolique du 16 des calendes daout 1484. C était un couvent de chanoines réguliers de l'ordre du Saint-Sépulcre.

L'église de Mabcevol est classée parmi les Monuments historiques. On remarquera surtout le portail qui est fort remarquable.

C'est dans cette église que, le 28 mai 1400 le comte d'Empories Pierre, fils de l'Infante Jeanne Wle de Pierre IV, roi d'Aragon, fit son testament olographe, conservé aux Archives départementales. te testament, tout écrit de la main du prince, consent quatorze pages d'une écriture à grandes lettres avec beaucoup de corrections et d'additions interliueaires.

En tête de cette pièce, une main différente a écrit • Aclum fuit inlus ecclesiam monasterii béate Marie Mar-

4MC*tW

TfrnM mumtm

tirolo situatam in terra vicarie Cmflumtis, die vicesima ociara mensis madii annonaliv. domini mcccc. C'est la date que nous avons donnée plus haut.

Une tradition religieuse, qui ne s'appuie sur aucun document historique, fait mourir à Marcevol la mère du pape Lin, coadjuteur et successeur de Saint- Pierre, en 6(5.

L'Ermitage de Notre-Dame de Domanova (*) est situé sur un point tout à l'ait opposé à Marcevol, sur la rive droite de la Tet. Cette chapelle, dont on admire les riches ornements, fut, dit-on, sauvée miraculeusement, en 1580, de l'incendie qu'y avait allumé une bande de Huguenots ( s ).

Domanova (Domus nova) fut d'abord une simple maison fortifiée dépendante du château comtal de Modes, village dont les maisons s'étalent en face de nous, sur la rive gauche de la Tet. C'était un de ces fiefs militaires très-nombreux en Roussillon à l'époque du Moyen-Age.

Dès le xiii 6 siècle, après l'extinction de la famille seigneuriale, une église remplaça le Château. Cette église devint le siège de la paroisse de Rodés au xiv 8 siècle.

Si l'on remonte la petite rivière de Croses dont le cours serpente au pied du mamelon qui porte Bornanova, on ne tarde pas à atteindre le petit vallon de Vernadal où jaillissent deux sources ferrugineuses, connues dans le pays sous le nom de Font-RobiUosa ■ Tout près, est le village de Glomanes (195 hab.).

(1) La fêle se célèbre le S septembre.

(2) Voyez le Jardin de Marie du P. Camos.

iftfâfc,': ■

Dans la Vallée de la Lentilla, passe la route qui mène à Arles, en Vallespir, et que nous avons déjà signalée. Sur cette route, ou à une faible distance, on trouve Joch, Rigarda et Fmestret d'abord, puis' Plus haut, Vallestavia et Vallmanya qui possède une très-importante forge où l'on fond le minerai des mines environnantes.

Le Village de Joch (Joc et Juch) est séparé par un ravin profond de l'ancien château dont les ruines pittoresques se voient encore au pied de la montagne. Il occupait le point culminant d'un vaste plateau et dominait la plaine qui était anciennement traversée par la voie romaine dite Strata Confluentana Q-) qui, partant d'Elue, reliait le Roussillon à la Cerdagne. îi est donc probable que le château de Joch date de l'époque romaine. Sous les comtes de Cerdagne, il fut le siège d'une vicomte et la résidence des vicomtes 'lu Gonflent; à partir du milieu du xiv° siècle, il ne fut plus occupé que par de simples barons et ce ne fut que dans les dernières années du xvi e siècle que ces seigneurs reprirent le titre de vicomtes de Joch. Mais c'est le souvenir des barons de Joch qui s'est seul conservé dans le voisinage où l'on désigne encore, sous le nom de Baroniao les villages dépendants de l'ancienne vicomte, tels que Joch, Finestret et Saorla.

(i! On l'appelle Strata francisa aux ri« et xe siècles, Strata Conuentana au xi«, Strata et via regia ou lier regium (cami real) dans es siècles suivants, (M. II. Alart, La Baronnie de Joch dans le Rous- Wonnais de 1878, et Géographie historique du Gonflent, dans

ï" Bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des n/renées- Orientales).

Page 1