‹ Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-OrientalesChapitre 64 sur 95 · HT · texte numérisé non relu

HT

Au-dessus du village, le vallon de la Gastellar remonte à l'ouest. On en suit les contours sur le versant septentrional, entre les montagnes nues du Roc deTEscala qui la dominent du côté du nord, et la grande forêt de Salvanera (Silva nigra, forêt noire) cjui la domine du côté du sud. Cette belle forêt recouvre les pentes du pic d'Urbania. Après avoir traversé plusieurs torrents, on passe sous une butte qui porte la tour ruinée de Mascarada. On arrive bientôt au Monastir, éloigné de Mosset de 3 kilomètres.

CeMoNASTia n'est autre que l'ancienne abbaye cistercienne de Sainte Marie de Jau ou de Clariana qui existait déjà en 1162. Elle était ruinée en 1713, mais elle conserva des abbés en titre jusqu'à l'époque de la Révolution. Elle avait plusieurs granges, entre antres celle d'Ille, située en face et à l'ouest de la Rodona, celle de Saint-Martin de la Riba, entre Nefiach et Millas, et celle de Jau, anciennement connue sous le nom de Manse de Cavanach, au territoire de Galce, sur la rive gauche de l'Agli, entre Estagell et Casas-de-Pena.

La tradition, encore conservée à Mosset, fait remonter la ruine de l'abbaye de Jau aux premières années du xiv e siècle. Elle raconte que le monastère était habité par les Templiers à qui l'opinion vulgaire rattache tous les souvenirs religieux de notre Pays, comme elle unit tous les faits chevaleresques de notre histoire aux noms d'Annibal, de Roland et de Gharlemagne. Mais, nous le répétons, ce ne sont là que des traditions purement légendaires.

M. B. Alart, qui a publié une excellente étude sur

JàMJ

mm.

Fabbaye de Clariana ('), décrit, comme il suit, la haute vallée de la Castelïar : « La vallée que l'on parcourt depuis Mosset jusqu'aux sommités de tendit-il, offre partout, pendant près de dix kilomètres, de riches domaines dont la plantureuse végétation, les vertes prairies et les innombrables cortalades parsemées le long de la rivière de la Castelïar présentent, à chaque pas, de magnifiques paysages an sein d'une séduisante nature qu'anime une industrieuse et énergique population.

« L'aspect de la vallée se modifie un peu en approchant de la côte qui mène au col de Jau, et le chemin, qui mène aujourd'hui sur des pentes dénudées, traversait autrefois une riche forêt que les anciens de Mosset ont vu tomber dans ces derniers temps, et dont on peut encore se faire une idée pa 1 ' la forêt dite de la Moline, qui couvre toute la rive droite de la rivière, en face des ruines du monastère et du col de Jau. Toutes les hauteurs, à partir de ce point, sont le domaine d'innombrables troupeaux dans les mois de la belle saison, le partage des neiges pendant le reste de l'année ; et l'on se prend aisément à se figurer que le désir de porter secours aux voyageurs qui traversent alors ce redoutable passage entra pour une bonne part dans la ferveur religieuse qui poussa les cénobites de Citeaux dans ces lieux reculés. Le monastère de Jau serait donc le Saint-Bernard de ces parages ; ce serait, comme le s hôpitaux du col d'Ares et de la Perche, une de ces sentinelles de l'humanité que la religion de nos pères posait sur nos montagnes dans les passages dan-

(1) n« Bulletin de la Société des Pyréiiées-Orienlales.

gereux qui introduisent l'étranger dans le diocèse d'Elne. »

Au col de Jau est l'extrême frontière septentrionale de la langue catalane ; sur le versant opposé de ces montagnes on parle le languedocien ou legavach.

Du haut de ce col, limite des deux départements des Pyrénées-Orientales et de l'Aude, on voit, à l'est, la gorge de la Castellar, couronnée par intervalles de saillies de granit, descendre vers Mosset dont les maisons se distinguent encore. A l'ouest s'ouvre le ballon de Laparut où abondent les sapins, l'ombre, le gazon et les eaux. Un peu plus loin on voit le Pla lie la Gallina d'où le touriste jouira d'une vue magnifique sur les plaines du Roussillon.

lUtt'

cm

Page 1