CHAPITRE VI
hii PBADES A VILLEFRANCHE , A VERNET ET AU SOMMET DU CANIGO.
Ia - — Guiffro d'Arria. — Les Vallées de Conat, d'Urbanya et do Nohèdes. — Situation de Villefranelie. — Fondation de celle v 'llo eu 1095.— L 'égMse.— Les deux portails.— Les Inscriptions. — Le Sculpteur Dolicr. — La Cova Baslera. — La Conspiration de 1674. — Reprise de Villefranehe par le commandant Giily c " 1793. — Les prisonnières du Château. — La vallée du Riu- -Vo/or. — Cornella-de- Contient. — Description du portail de 1 église. —Le retable du maître autel. — Vernet. — Le village.— Les Bains primitifs. — Les Thermes Mercader. — Les Thermes l] es Commandants. — Casteil. — Son église et le tombeau do Guifred.— Saint-Martin de Canigo.— Fondation de ce monastère. ~-Les ruines. — Saint-Galderic. — Le Canigo.— La forêt des Moines. — Le Coll de las Banyas. — La Jassa d'En Véniel. — La ''ont de la Conca. — La Jassa de Cadi. — Les Clols ou Estanyols 'te Cadi. — Le Pic du Canigo, — Le Pia Guillem. — Descente à Casteil. — La vallée de Fulla. — Sahorra. — Py. — Fulla.
Nous prenons la route nationale 116. A 2 kilomètres de Prades nous trouvons Ria (881 hab.), l'antenne Arria qu'on prétend, mais à tort, avoir donné Naissance à un guerrier qui s'illustra en combattant es Sarrasins. On ne sait trop d'où était ce Guiff're " Arria dont les descendants montèrent sur le trône ^'Aragon.
Le nom de Ria est, croyons-nous, d'origine romaine ; du moins des médailles qu'on a trouvé dans Se s environs sembleraient l'attester.
Ce village est bâti en amphithéâtre, sur la ri* e gauche de la Tet, à l'embouchure du torrent de Nohedes. Il se divise en deux parties : la Llissa et I e Pont, réunies par le pont dit de Na-Bernada. Sur u» rocher qui domine le village, se voient les ruines du château d'irrà qui est déjà mentionné en 1194 dafis nos vieux actes. Quant au village, qui fut une dépe» dance de l'abbaye de Cuxa, nous le trouvons cité o.® l'an 855.
Au pied de Ria s'ouvre la vallée ciel Catllan où s ° trouve le village de Conat (283 hab.), qui possède un gracieux monument d'architecture romane. * e " glise, construite en pierres de taille d'un granit ei ' trêmement dur. L'édifice tout entier est d'une solide remarquable.
Sur le linteau monolithe de la porte, est gravé 6 l'inscription suivante, en grands et beaux caractères-
HANC PETRVS A PETHA DICTVS QVE SCAND1T AD ETHA AVXAM FVNDAVIT ILLVM DEVS VNDE BEA VIT.
Conat était siège d'une baronnic qui appartenait' la famille d'Ortafa. Le Château, aujourd'hui en i' 111 ' nés, était situé au-dessus du village.
A Conat, la vallée se bifurque : à droite s'ouvre le vallon d'Urbanya 0), à gauche celui de Nohedes ( /' La montagne qui les sépare s'élève insensibleine' 1 de 765 à 1441 mètres d'altitude, puis à 1800. Elle V» rejoindre, en tournant à gauche, le massif des Éta»8
(1) Urbariia ne compte guère plus de 338 habitants. Au Moy*°" Age il faisait partie de (a baronnie de Conat.
(2) Nohedes est un peu plus petit qtfUrbanya. L'annaliste |1 ' AI ' ,[ gon Feliu de la Pcna dit que Honedes fut fondé par Noé ! I I' c * probable que le nom de ce village dérive de No et Noh ou l llllU ' Noe et Noue, mot celtique qui signifie terre liumide.
de Nohedes et la montagne de Madrés, d'où on aperçoit le Capcir.
La Vallée de Nohedes s'élargit en un vallon bien cultivé et forme trois plateaux d'une longueur qui varie entre 3 et 6 kilomètres. C'est au-dessus du tr oisième plateau que se trouvent les Etangs do Nohedes. Les eaux de YEtang bleu et celles de VEtang Moilé se déversent dans la vallée que nous suivons.
Toute cette contrée est couverte de bois et de praires. Elle est très froide, car les neiges s'y accumulent pendant l'hiver.
VILLEFRANCHE-DE-CONFLENT
5 kil. de Prades, 49 kil. de Perpignan.
Villefhanche, ou Vilafrunca (635 hab.) est située au confluent do la Tet et de la rivière de Fillols ou Riu- Major de Vernet, qui vient des flancs du Canigô. Elle est placée sur le travers de la route nationale, s'ap- Puyant de chaque côté sur les montagnes rapprochées de manière à ne laisser qu'un étroit passage. Ses fortifications, refaites par Vauhan, ferment les deux vallées de la Tet et du Ri'u-Major.
Villefranche date de 1095, année où elle fut fondée Par Guillaume-Raymond, comte de Cerdagne.
« Le site de la nouvelle poblacio, dit M. B. Alart, n'est qu'un étroit défilé resserré entre la Tet et la montage de Bedavany. Il a été de tout temps traversé par le chemin du Roussillon à la Cerdagne, et Û est probable qu'il n'était pas entièrement inhabité avant la fondation de Villefranche, car les anciens documents citent un lieu de Campelles qui semble
avoir été remplacé plus tard par ce qui forma le faubourg de Villefranche, sur la rive gauche de là Tet; il y avait aussi sans doute quelque hôtellerie et peut-être un hospice ou une maison de secours s m' un point qu'un acte de l'an 1025 appelle Ulmm infiï" morum et où l'on trouve plus tard une léproserie- La charte de fondation nomme d'ailleurs cinq liai 1 '' tants et en mentionne d'autres qui étaient déjà venus s'établir dans la nouvelle ville « libre, » lorsque l ;l charte leur fut accordée. Sauf l'établissement d'un marché, ce document se borne, en fait de franchise^ à promettre aux habitants, « de quelque condition « qu'ils soient, » qu'ils seront délivrés de toute servitude « par droit de liberté ; » ils seront aussi exempts de tout impôt pendant les « deux ou trois » premières années de leur établissement et ils n'en payeront ensuite « qu'autant qu'ils le voudront 0« « qu'il leur plaira. » Villefranche fut fondée dans le territoire et la paroisse de Cornella-de-Conflent et la charte est muette quant au territoire de la nouvelle Aille; elle n'en eut en effet jamais d'autre que l'en* ceinte même de ses murs, et l'église Saint-Jacques, qui y fut fondée avec l'autorisation d'Artal, évêqu e d'Elne, demeura toujours sous la dépendance du Prieuré de Cornella (*). »
L'Église Saint-Jacques fut construite après la moi' de Guillaume Raymond, c'est-à-dire dans les pi' e ' mières années du xu» siècle. Elle se compose actuellement de deux vaisseaux joints ensemble et d'inégale hauteur, ayant chacun son portail de style roman, l'un beaucoup plus large que l'autre et pl" s
(1) Privilèges et Titres, etc.. première partie, page 35.
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01 'né. Des quatre colonnes qui décorent le portail " e la première, trois ont leur fût uni ; celui de la quatrième est cannelé en spirale. Sur le chapiteau "es deux colonnes extérieures s'appuie un tore qui ac compagne l'archivolte et qu'enlace un ruban laissait, entre ses enroulements, un vide dans lequel es t placé un fleuron. Des groupes d'animaux sont as sis sur l'abaque des chapiteaux des colonnes extérieures.
L'église et quelques maisons de Villefranche sont Passées parmi les monuments historiques : Les fenêtres de ces maisons sont romanes et séparées en 'Jeux parties par une colonne à chapiteau sculpté.
Sur l'un des piliers de la grande nef on verra l'éeusson de Raymond de Saint-Sauveur, intendant de ftoussillon (1784). C'est le premier essai de l'enfance <*u sculpteur Boher.
François Boher naquit à Villefranche en 1771. il ' a ut citer, parmi ses œuvres, un Saint-Jacques appartenant à M. Bedos, le Martyre des SS. Abdon et Senl ttn (peinture) appartenant à l'église d'Arles-sur- Tech, la Vierge de la Real (sculpture) et la statue de ^"int-Mathieu de l'église du même nom , à Perpignan.
Un éci'ivain plein de finesse, dans les rares loisirs ( JUe le notariat lui permet, M. Léon Fabre de Llaro, a fait une biographie spirituelle de celui qu'il appelle *JP véritable misanthrope ('). Il paraît, en effet, que "oher n'était pas d'un commerce facile. Il fut cependant l'ami de Girodet-Trioson, de Canova et de Da- VJ d. Il mourut en 1825.
H) V oyez le Bulletin de la Société des Pyrénées-Orientales, 1878.
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Sur le mur extérieur, côté de la Place, sont trois pierres tumulaires : celle de Jacques de Fromigaera (1306) ; celle de Jacques Aruleu (1308) et celle dé Raymond de Castelione (1328).
Il faut maintenant aller visiter la Cova Bastera, grotte profonde dont l'entrée se trouve dans les fortifications mômes de la place. Elle avait une seconde ouverture sur la vallée de Cornella ; cette ouverture a été fermée par un mur percé de meurtrières qui montrent la gueule d'un canon.
Nous montons un long et sombre escalier et nous arrivons dans une vaste salle de forme à peu près circulaire. Nous franchissons un étroit passage et nous entrons dans une salle bien plus vaste que la première. Ici, on voit un peu clair grâce aux meurtrières dont- nous parlions ci-dessus. Nous reprenons les flambeaux que nous avons déposés sur la base des stalactites mutilées et nous nous engageons dans une galerie qui n'a pas moins de 150 mètres de longueur, il faut marcher avec précaution : le sol est j onché de débris tombés de la voûte et ces débris atteignent souvent un volume considérable. Le fond de cette immense galerie est une espèce de niche où l'on n'arrive qu'avec une grande difficulté. On prétend que la Grotte de Villefranche communiquait anciennement avec celle de Fulla.
Le Canal de Bohère (du nom d'un terrain inculte des environs de Prades) passe sur la Cova Bastertt '< aussi l'on voit l'eau dégoutter de la voûte en plusieurs endroits.
Dans la conspiration de 1674, ourdie par quelques partisans de l'Espagne pour livrer le Roussillon, l a Cova Bastera servit à cacher les miquelets qui de-
vaient s'emparer de la garnison française. Le complot échoua, grâce à l'indiscrétion d'Inès de Llar, fille d'un des principaux conspirateurs. Charles de Llar fut mis à mort avec la plupart de ses amis et de s es parents qui avaient pris part à la conspiration. Quanta la malheureuse Inès, après avoir passé quelque temps à la maison des Dames Enseignantes de Perpignan, elle alla s'ensevelir dans un cloître, déchirée par la douleur d'avoir causé la perte des siens.
Le 4 août 1793, le général espagnol Crespo s'empara de Villefranche. Déplus, une division espagnole 8 e portait sur Oleta pour gagner les Llansades. Da^ gobert, qui venait de battre les P^spagnols au Col de la Perche, apprit cette fâcheuse nouvelle au moment où il poursuivait l'ennemi sur les montagnes de Vall-Ça-Bollera. Aussitôt il court à Mont-Louis et vole sur Les Llansades, et, en descendant à mi-côte, trouve l'ennemi au bivouac. Il lui tombe dessus à l'improviste et le met en déroute. Alors Gilly , commandant du deuxième bataillon des grenadiers du Gard, marche sur Villefranche avec 450 hommes.
Arrivé en vue des remparts, il laisse dans la gorge de la Tet, en avant de Serdinya, le gros de son monde disposé de manière à simuler la troupe la plus nombreuse possible, et, prenant avec lui 60 grenadiers seulement, il s'avance en parlementaire aux avantpostes. Là, il mande le commandant espagnol et lui conseille vivement de rendre la place, lui disant : « Voici, sur ces hauteurs, Favant-gardedeDagobert; je viens te sommer en son nom. Rends-lui la place et tu es libre; autrement, point de quartier. » Une heure, après Gilly et sa petite armée entraient dans Villefranche.
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Nous avons combattu, en parlant du château de Salses , la légende des grandes dames prisonnières qui, de Salses, auraient été transportées au Chàleau de Villefranche. On trouve en effet, dans ce château, deux femmes condamnées pour poison, mais qui sont loin d'être des grandes dames. L'une est la Chopelain, l'autre Marguerite Charpentier, veuve d'un sieur de Refuge, et en dernier lieu femme de chambre de la comtesse de Soissons. Toutes deux moururent au château de Villefranche : la Charpentier, en 1717, après 36 ans de captivité; la Chopelain, en 1724, après 42 ans de captivité.
Le Château de Villefranche est sur la montagne de Belllloch d'où il domine la ville. C'est Vauban qui le fit construire. Récemment, on a établi, entre le fort et la ville, une redoute casematée par laquelle passe un escalier souterrain de 900 marches environ qui assure les communications.
CORNELLA-DE-CONFLENT
9 Ml. S.-0. de Prades, S3 de Perpignan.
Les abords de la vallée de Cornella ou de Vernet s'annoncent d'une manière remarquable, en sortant des fortifications avancées de Villefranche. La route départementale n° 3 que nous suivons traverse, pendant quelques instants, une gorge des plus resserrées que bordent, de droite et de gauche, des montagnes élevées, coupées à pic. Rientôt elles s'écartent et s'abaissent peu à peu. Parvenues au point de leur plus grand écartement, elles s'infléchissent de nouveau, convergeant à mesure qu'elles se relèvent et vont s'implanter dans les flancs mêmes du Canigô.
Dès qu'on a pénétré dans ce vallon, le terrain se relève peu à peu jusqu'au village de Cornella où la route conduit sur les pentes les plus douces. 11 se déploie ensuite à peu près sur un même plan jusqu'à Vernet, en offrant sur le trajet l'agrément d'une riche perspective que décorent, de tous côtés, de riantes prairies, des cultures variées, de nombreux vergers, des bouquets d'arbres disséminés çà et là. Des eaux limpides qui courent dans mille canaux vont distribuer de toutes parts la fraîcheur et la fertilité.
Le village de Cornella est au milieu de ce délicieux vallon du Rm-Major, bâti sur l'emplacement d'une villa romaine , la Vill a corneliana.
Les comtes de Gerdagne affectionnèrent particulièrement cet endroit, où se trouvait un palatium dont on a bien gratuitement attribué la fondation à Wifred.
Nous trouvons en 1019 un plaid tenu dans l'église de Sainte-Marie de Cornella et un autre en 1049 tenu dans le Palais de Cornella, in palatio Corneliani. Ce palais fut donné plus tard au prieuré de chanoines de Saint-Augustin fondé dans le village.
L'église est classée parmi les monuments historiques, et c'est un honneur qui lui était bien dû, car son portail en marbre blanc est peut-être le plus remarquable du Roussillon. « La porte de Notre-Dame de Cornella, dit M. de Bonnefoy ('), est la digne sœur de celle de Notre-Dame d'Espira de l'Agli, l'une et l'autre du douzième siècle, et deux des plus élégants modèles que nous ait laissés l'architecture régionnaire. »
(1) Ëpigrophie ronssillonnaise, pag
En demi-cercle, dans le tympan, on lit cette inscription :
HEREDES VITE DOMINAI! LAVDARE VENITE
PER QVAM VITTDATVR; MVNDVS 1>ER EAM REPARAT VR.
Héritiers de la vie, venez louer celle par qui la vie est donnée ; le monde est guéri par elle.
L'intérieur de l'église se compose de trois nefs. Le retable du maître-autel, en marbre blanc, est un bel ouvrage de sculpture. Il reproduit diverses scènes de la vie de Jésus-Christ. C'est l'œuvre d'un artiste de Berga nommé Cascall qui l'exécuta en 1345.
Ce qu'on appelle le cloître, et où se lisent quelques inscriptions funéraires, faisait partie du prieuré de moines Augustins situé à côté de l'ancien palais des comtes de Cerdagne.
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11 kil. de Prades, 53 de Perpignan.
Le village de Vernet (920 hab.) est adossé contre la montagne, à l'extrémité supérieure du vallon. Bâti lui-même en partie sur un monticule, il domine ce cirque admirable où s'étalent, comme à l'envi, toutes les richesses d'un riant paysage et dont il couronne la perspective d'une manière pittoresque.
L'église de Saint-Saturnin s'élève à côté de la toiu' de l'ancien château.
Pujades et Feliu de la Peiïa nous apprennent que Vernet fut fondé par une colonie de Toscans venus en Espagne à la suite d'Hercule , de sorte que
(1) La dénomination de Le Vernet est mauvaise et ne doit pas être employée.
Vernet ne compterait pas moins de quatre ou cinq mille ans d'existence ! Nous n'avons pas besoin de dire que nous ne sommes pas de l'avis des annalistes espagnols.
Dans la partie basse du village, située sur un sol uni et très agréablement disposé, se trouve la place publique où se tiennent, les jours de fête, autour de l'orme antique, les danses catalanes. Un peu plus haut se trouvent les deux établissements thermaux qui ont rendu célèbre le nom de Vernet.
Le premier que l'on rencontre, les Thermes Mercader, date de 1832, époque où M. Mercader découvrit trois sources sulfureuses. Cet établissement en utilise six aujourd'hui dont la température varie de 33° à 40° c.
Il se compose de plusieurs maisons, autrefois isolées et indépendantes les unes des autres, mais le formant plus aujourd'hui qu'un tout.
De l'autre côté du Torrent de Caslell ou de Cadi, s'élèvent les Thermes des Commandants, sur l'emplacement des Bains primitifs.
A l'extinction du royaume de Majorque, le propriétaire de l'établissement thermal, nommé Jacques Pascal, ayant pris parti pour l'infant de Majorque dans l'expédition malheureuse que ce prince fit en Confient (1474), il fut pris parles troupes aragonaises, puni de mort, et ses biens furent confisqués. Entre lesquels biens, dit l'acte d'inféodation qui en fut fait en faveur de Raymond Costa, étaient les Bains de Vernet avec toutes leurs maisons et édifices. La confiscation ne portait que sur les droits emphytéotiques de Pascal , et la propriété effective
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des bains de Vernet appartenait au monastère de Saint-Martin de Canigo.
Dans les documents que nous possédons, la première mention qu'on fasse des eaux thermales de Vernet remonte à Tannée 1186. En 1309, on conS' truisit de nouveaux bâtiments à côté ou au-dessus des anciens. En 1787, le docteur Barrera, de Perpignan , les acheta de l'abbé de Saint-Martin, et, en 1834, deux anciens commandants de Villefranche, MM. Couderc et Lacvivier en firent l'acquisition.
Aujourd'hui l'Etablissement des Commandants se compose de La Préfecture, du Café, du Petit-Saint' Sauveur et de Y Etablissement de la Source-Mère, consacré aux malades pauvres. C'est au premier étage du Petit-Saint-Sauveur que vint habiter Ibrahii»' Pacha en 1846. Les eaux de Vernet redonnèrent à ce prince quelques années de vie.
Ces eaux sont sulfureuses. Elles sont limpides • incolores, d'une odeur et saveur sulfureuses, onctueuses au toucher, déposant plus ou moins de glairine.
Les principales sources sont : S. n° 2 du Vapord' rium, S. de la Comtesse, S. Elisa, dans l'Etablissement des Commandants ; S. Castell, S. du Torn'i' 1 ' S. Ursule, dans l'Etablissement Mercader.
CASTELL 13 kil. de Prades, 57 de Perpignan.
Le fond de la Vallée de Vernet est clôturé par le village de Castell (151 hab., — 2 kil. de Vernet) et par la masse imposante du Canigô. Cette partie de la
vallée est très intéressante pour le géologue et le Minéralogiste. Le calcaire primitif, sous des formes Criées, les stéatites, les roches serpentineuses ou. Magnésiennes très diversifiées , le beau fekl-spath bleu du Canigô abondent dans le voisinage de Castell et de Vernet. C'est à côté même des Commandants lu 'on rencontrera d'énormes blocs d'une baryte sulfatée à laquelle sa texture menue imprime un as pect peu commun dans cette espèce minérale.
Le nom de Castell indique suffisamment que le village doit son origine à un ancien Caslrum. Ce fut toujours un pauvre village, compris dans les posses- SI ons de l'abbaye de Saint-Martin. Les paysans de Castell ont fait un peu ce qui s'est pratiqué ailleurs 8 ui' une grande échelle : ils ont dépouillé l'abbaye Pour construire ou pour orner leurs maisons. C'est Ce qui explique la présence chez eux d'un certain Nombre de chapiteaux romans ; l'église possède, depuis 1786, le tombeau du comte Guifred, fondateur de Saint-Martin de Canigô.
Ce tombeau est en marbre de Villefranche et du genre de ceux qu'on nomme arqués. 11 a été reconstruit ici pièce par pièce, mais on y a introduit deux fragments qui n'en faisaient pas d'abord partie. L'un es t le cénotaphe de Guillaume Servoles ou Cer voles, av ec un cerf passant pour armes parlantes ; l'autre, lui est dans le tympan même du tombeau, ne porte Pas d'inscription. Comme dans le premier, on y voit Plusieurs personnages qui se. tiennent derrière le uéfunt couché dans son tombeau. M. de Bonnefoy ne serait pas éloigné de croire que c'est là le lit funèbre de Bérenger Colomer, qui, en 1332, tira les r estes du comte Guifred du sarcophage que nous.
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verrons à Saint-Martin et le plaça dans l'église supérieure de l'abbaye.
Voici l'épitaphe du comte retrouvée par M. de Bonnefoy loin de Castell et réintégrée ensuite.
ANNO MXXXXVffll INCARNATIONS DOMINI PRIME KALENDAS AVGSVTI OBIIT DOMPNVS CVIEREDVS QVONDAM COMES NOIUXI" 43MVS (SIC) QVI SVR TITVLO REATI MARTINI PRESVLIS HVNC LOCVM JVSSIT HEDIFICARI VNDE ET MONACHVS FVIT ANNIS XV ( l ) IN NOMINE DOMINI NOSTRI 1HSV XRISTI CVJVS DICTI DU- MINI COMITIS ET EJVS VXORIS IIEUSARET COMITISSE CORP0RA TRANSLATAR1E FECIT IN HOC MONVMENTO DOMPNVS REREN' GABIVS DE COLVMRARIO ABBAS ISTIVS LOCI ANNO DOMES? MCCCXXXII.
L'an de l'incarnation du Seigneur 1049 et la veilU des calendes d'août est mort Guifred, autrefois comte très noble, qui a fait construire ce lieu (*) sous le titre et la protection de Saint-Martin et qui y fut moinependant quinze ans. Bérenger Colomer, abbé de ce lieu a fait, en 1332, transporter le corps du comte et celui de sa femme la comtesse Elisabeth dans ce monument-
Le touriste remarquera que la population de Castell se livre surtout à la fabrication des paniers d'osier. Le Cerbère qui garde la Font de l'Esquerda, où les baigneurs de Vernet vont quelquefois déjeuner, est un de ces artisans, et l'osier ne lui fait pas oublier les profits de l'entrée.