ABBAYE DE SAINT-MARTIN DE CANIGÛ
De Castell on arrive à l'abbaye en suivant un clie-
(1) Quindecim, quinze.
(2) L'Abbaye de Saint-Martin où nous allons arriver dans un
moment.
Htin qui serpente au milieu des rochers, aujourd'hui dépouillés de cette parure de plantes et d'arbres qui 'es ombrageait à l'époque où les moines habitaient c es lieux déserts.
A droite coule, au fond d'un précipice affreux, un errent qui, de chute en chute, brise ses eaux sur les basses de granit roulé, et se montre toujours bouillonnant d'écume.
On arrive bientôt à une brèche profonde taillée dans le roc pour faire passer le chemin : on laisse à gauche une chapelle ruinée et la Font dels Monjes; Puis, par une série de lacets, on arrive sur un tournant qui termine la gorge, unit les deux penchants de la montagne et mène à l'abbaye.
La tradition rapporte que Guifred, voulant écraser 'es Maures dans un défilé voisin, avait donné à son Ueveu le commandement des hommes qu'il y avait Postés, avec défense d'attaquer l'ennemi avant le signal convenu. Le jeune homme, emporté par son ardeur guerrière, oublia cette défense du comte et fit manquer l'opération projetée. Guifred, furieux, le tua. En expiation de ce meurtre le pape prescrivit au comte la fondation d'un monastère. De là Saint- Martin de Canigô.
On peut lire cette anecdote à la romaine dans la Cronica universal de Cataluna, de Pujades. Mais la vérité est que Guifred éleva spontanément notre monastère (1007). L'église conventuelle fut consacrée en 1009 par Oliba, évêque d'Elne, et le pape Sergius IV donna, en 1011, à la communauté naissante, 'a bulle d'institution canonique dont nous avons vu l'original à la Bibliothèque de Perpignan.
Ainsi que le dit le cénotaphe du comte, celui-ci
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s'enferma dans le monastère où, prenant l'habit religieux, il attendit sa fin qui arriva en 1049.
Il avait creusé de ses mains, dans la roche vive, la demeure destinée à sa dépouille mortelle. Ce singulier tombeau , creusé suivant la forme du corps . étroit aux pieds et large aux épaules, et terminé par un écrasement circulaire destiné à recevoir la tête, est aujourd'hui recouvert de ronces. On le trouvera dans un terre-plein qui s'étend entre le clocher et le mur occidental de l'église.
Cette église avait été construite dans toute la simplicité du style roman primordial. Elle est à trois nefs séparées par de lourds piliers de granit, et porte sur une crypte dont les galeries sont assez bien conservées. L'église supérieure est à peu près complètement ruinée Q). Les sureaux et les clématites s'en disputent le sol et les murailles.
Tout le monastère n'est plus qu'un amas de décombres perdu dans un site admirable, mélancoliquement pittoresque sous un climat âpre et souvent terrible, selon les expressions de Taylor.
Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de parler de Saint-Galderic dont les reliques étaient conservées par les Bénédictins de Saint-Martin de Canigd. C'est ici le moment de dire, ou plutôt de faire dire à la légende, d'où provenaient ces restes tant vénérés en Roussillon.
Guifred, désireux d'avoir des reliques pour son église de Saint-Martin, envoya des émissaires à Toulouse , chargés d'enlever celles de Saint-Galderic
(1) Saint-Martin de Canigo est classé parmi les monuments historiques de France.
''ans l'église Saint-Sévérin. Après avoir trouvé le tombeau du saint, les émissaires, ou plutôt les voleurs, essayèrent , mais en vain, de lever la pierre tumulaire. Ils firent alors un vœu au saint, celui de le placer dans un lieu très-honoré. Le tombeau s'ouvrit comme de lui-même, et les voleurs reprirent le chemin du Confient emportantes ossements du saint. On peut lire cette légende dans le Père Domenech.
Quelques-uns prétendent que Saint-Galderic était un laboureur qui fit longtemps la fortune du maître qu'il servait à Pontella, en Roussillon. 11 préservait, dit-on, les récoltes de la grêle et des orages ; il faisait tomber des pluies douces et bienfaisantes pendant les longues sécheresses d'été et, d'un mot, rendait guéables les torrents débordés. La jalousie l'ayant fait exiler du Roussillon, il alla mourir à Cannes, en Bretagne, d'où ses restes revinrent, on ne sait comment, à Saint-Martin de Canigo.
Pendant les époques de sécheresse obstinée, les consuls de Perpignan envoyaient à l'abbé du monastère une députation pour demander les reliques du saint. Ces envoyés constataient, dans un procèsverbal, qu'elles leur avaient été remises, et, accompagnés de deux religieux du couvent, ils se dirigeaient vers Perpignan.
Le séjour qu'on leur faisait faire dans cette ville était plus ou moins long, mais dans ce laps de temps il se faisait toujours trois processions de- tout le clergé. Dans ces processions on portait ordinairement la châsse sur les bords de la Tet où un autel était dressé. S'il n'y avait pas d'eau dans cette rivière, on allait sur le bord de la mer, près de Sainte- Marie.
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Le crédit de Saint-Galdéric ayant Laissé un peu, a la suite de plusieurs processions infructueuses, le s consuls de Perpignan décidèrent (1612) de faire venir, d'Arles-sur-Tech, les reliques des SS. Abdon et Sennen, qui furent en effet portées à Perpignan et conduites en grande pompe sur les bords de la Tet où on les plongea dans l'eau. Mais, dit utf contemporain auquel nous empruntons ces renseignements, nos dona una poca d'aygua, pero no foncli res.
LE CANIGO
Au sortir des ruines du monastère ( 1 ), on prend la gauche de la gorge et Ton s'achemine vers la forêt dite des Moines qui se prolonge fort loin sur la montagne. On traverse cette forêt et l'on marche droit vers le coll de las Banyas. Ce col franchi, on descend dans un joli vallon au fond duquel est un bois de sapins appelé Vacants de la Jassa d'En Vemet. C'est la première station des bestiaux qui, au printemps, montent au Canigô. Le touriste trouvera un abri dans une des jassas.
(l) On peut atteindre le sommet du Canigo par cinq points différente :
i» Par le chemin que nous suivons qui est le plus fréquenté ;
2° Par Fincstret, la vallée de La Nentilla qu'on remonte tout entière en passant à Vallostavia, Vallmanya et les Jassas situées sur le versant oriental du Canigo ;
30 Par Arles, Cortsavi, la Tour Bâtera et les Clols ou lacs de Cadi ;
i" Par Prats-de-Mollo, le Pla dels Angels, la Fajola, le Pla de la Molina, le Pla Guillem et les Jassas de Cadi ;
S» Par les Bains de la Preste, le Pla Guillem, le Cap de la Roquette, la Llapudera et les Jassas de Cadi.
De la Jassa d'En Véniel on gravit un plateau supérieur et on se dirige, parla gorge du ravin, vers les bois qui entourent la Font de la Conca, ombragée de pins majestueux. Nous sommes ici dans une localité curieuse par la beauté du panorama qui se déroule devant nous et par les espèces rares que nous récoltons en plantes ainsi qu'en insectes.
Sur la crête de la montagne qui domine la Font de la Conca on remarquera une dépression des rochers qu'on nomme Coll de la Jassa d'En Vernet. C'est après avoir franchi ce col qu'on descend dans le Vallon de la Jassa de Cadl , rendez-vous de nombreux troupeaux qui viennent paître dans ces régions alpestres. Là, sur une vaste surface gazonnée, se répandent les bestiaux qui, la nuit venue, regagnent isolément la .lassa. Nous couchons dans cet abri où les bergers nous donnent l'hospitalité.
Nous reprenons le Vallon de Cadi que nous remontons toujours et nous arrivons au bord de plusieurs petits lacs, Estanyols ou Clois de Cadi, situés entre le Pic de la Comalada et le Pic des Treize- Vents, à 2000 mètres environ d'altitude. Là est la source de la rivière que nous avons vue à Vernet et à Castell.
Nous voici en présence d'un vaste éboulement de fragments granitiques où il n'y a pas trace de végétation. De ce point nous atteignons assez vite la Cheminée, qui est un couloir étroit à pente trèsrapide et qui s'élève entre les couches redressées de la montagne. Le Pic-da-Canigo est au sommet de ce couloir, c'est-à-dire à 80 mètres environ au-dessus de notre tête. Le Pic n'a guère que 8 mètres de long sur o de large. Le centre de ce petit plateau est
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occupé par une pierre de 2 mètres d'élévation qui a servi à des expériences géodésiques. Nous sommes ici à 2785 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Le touriste alors, s'il regarde immédiatement sous ses pieds, aperçoit de noirs abîmes, de redoutables précipices, les éternels glaciers de la montagne, des lacs aux eaux glacées et limpides. S'il porte les yeux autour de lui, il voit se dérouler un horizon immense où figurent, dans un admirable panorama dont la Méditerranée forme le second plan, les plaines de l'Ampurda, les champs de la Catalogne, une longue suite de monts pyrénéens , les vastes plaines du Roussillon , les nombreux vallons des Aspres qui sortent de flancs orientaux du Titan dont nous avons gravi les épaules, et ondulent vers le Tech, la Méditerranée et le Tech. Là-bas, vers le nord-est, dans le lointain, sur un rayon de cinquante lieues, s'aperçoivent les points les plus découverts de nos départements méridionaux.
Les pics de Baiera, des Treize-Vents et de la Cornet lada forment, avec le Pic du Canigo, comme un immense cratère et enferment un lac qui a pris le nom de l'un d'eux, La Comalada, dont les eaux se précipitent comme une avalanche et vont rejoindre le Tech.
Pour gagner le Pla Guillem , il faut redescendre aux étangs ou Clols de Cadi. Là, on franchit le Pas de Cadi et on descend dans le vallon du Collet Vert- Ce vallon conduit à la Llapudera, vallée très-étroite et très-resserrée qui bientôt s'élargit pour former une vaste pelouse où paissent de nombreux troupeaux. Cette partie de la montagne est très-froide.
On gravit le sommet qui domine la vallée à gauche
en marchant sur des tas de roches granitiques couvertes de ronces, et on parvient au Col de la Roquette. Ce col franchi, on est au Pla Guillem, assez semblable a un immense tapis de billard de 900 mètres de longueur sur autant de largeur. On ne peut rien imaginer de plus frais, de plus varié et de plus riant que cette vaste pelouse verte, dominée au nord par les Pics du Canigd et dominant elle-même, au midi, les vallées inférieures et une longue suite de montagnes. Ces montagnes, dans leur ensemble, forment la tête de ligne de partage des eaux entre les deux grandes vallées du Roussillon et rattachent le Canigé a la crête générale des Pyrénées dont Coslabona est le point culminant, dans cette direction. Du Pla «uillem, on aperçoit Rosas, Castello et toute la plaine de l'Ampurda.
Auprès d'une jassa abandonnée, on trouvera une fontaine, La Font freda, appelée aussi Font de la Perdiu (de la perdrix).
Nous prenons le versant nord du Pla Guillem et nous commençons à descendre. Nous entrons dans les gorges du Randé où s'étalent de belles prairies qui sont ombragées, çà et là, de quelques arbres épais et couvertes d'ombellifères.
En quittant cette riante vallée, on descend toujours vers les gorges de Castell et l'on se dirige sur la Collada de Palanes. On arrive, deux heures après, à Castell que depuis longtemps déjà on voyait à ses Pieds.
16 Ml. d'Oleta, 13 de Prades, 57 de Perpignan.
De Vernet on se dirige vers l'ouest et on gravit
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une côte rapide. Puis, on tourne à gauche et on descend insensiblement dans la vallée deFulla laissant, du même côté, la tour de Goa.
Cette vallée est presque aussi belle et aussi longue que celle de Vernet qui lui est parallèle. Les pentes en sont en général raides et nues ; mais le fond est d'une fraîcheur et d'une richesse admirables.
On trouvera à Sahohra (712 hab.) une fontaine dont l'eau est excellente, et un orme magnifique! presque célèbre, dont le tronc n'a pas moins de 6 mè' très de circonférence.
A l'ouest de Sahorra, sur la montagne, se trouve Torrent , hameau qui possède des mines de t'ef comme Aytua , qui est a une faible distance. Tou 1 près, sont encore les mines d'EscARO (Locus de Scaro)- Py ou Pi (Villa de Pinu), qui est à quelques kilomètres de Sahorra, mais dans la vallée même, posséda' 1 des forges dont la création remonte à l'année 1127- Par une charte datée de Prades (oct. 1183) le roi M' phonse donna et concéda au monastère de Saint' Pierre de Campredon les manlicas ou forges que I e domaine royal possédait à Py avec leur droit dV"*' priu, c'est-à-dire de boisage, sur une grande parti* 3 de terrain.
La rivière de Sahorra, appelée aussi rivière de PU' est un des gros affluents de la Tet en raison du point éloigné où elle naît. Son premier flot est un produn de la fonte des neiges qui couvrent les pics et l eS ravins de cette contrée élevée et froide.
FULLA 10 ML de Prades, 54 de Perpignan.
Sahorra et Pi font partie du canton d'Oleta ; Fu» a
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a Ppartient au canton de Prades. Il se compose de tr ois pâtés de maisons : lo Beynal d'Amont , lo Beynal del Uilg et lo Beynal d'Avall, ainsi nommés u après leur position respective.
H est question de Fulla, Villar Faulianum ou Potianum — plus tard appelé Faulianum et Folianum ~~-dans un document de 879. Il ressort de ce document que, pendant l'occupation arabe, les limites de ' a Narbonnaise comprenaient tout le bassin de la let. Il est dit, en effet, que Fulla avait été vendu a <ix moines de l'abbaye d'Exalada vers 841 par des P er sonnes qui en avaient hérité d'un de leurs pare nts, fils de Mascaran qui le possédait sous le règne d'Aumar lorsque Ibin-Aumar régissait Narbonne , c est-à-dire, vers 754.
Le domaine de Fulla passa (fin du ix« siècle) au Monastère de Sant-Juan-de-las-Abadessas, en Cata- '°gne et, plus tard (x e siècle), à l'abbaye de Cuxa.
L'église de Saint-Eulalie est située dans le JBeynat "Avall. Elle contient la dalle funéraire d'un certain Bernard de Fulla (1318). L'église Saint-Jean est dans ' e Beynal d'Amont. Elle possède un petit sarcophage a ssez semblable à celui que nous avons vu à Mont- *errer. C'était le tombeau de Jaubert de Fulla mort e n 1335.
On trouvera la Grotte de Fulla dont il a déjà été luestion, vers le fond de la vallée, à côté de la route.