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ENVIRONS DE BOURG-MADAME

il IX

Nous venons de voir qu'Hix (») perdit son titre de commune en 1815. A cette époque il n'était qu'une petite bourgade et était déjà bien déchu, car, pendant quelques siècles du Moyen-Age, il avait été la véritable capitale de la Cerdagne. Au xi e siècle,

(1) Voyez dans les Notices historiques sur les communes du Roussitlon, l'étude si intéressante que M. Alart consacre à Hix et aux Guinguettes. Voyez aussi Privilèges et Titres, première partie, p. 62.

(2) Le nom de ce village est écrit Hix en 830, Exi en 974, 982 et 990, Ixi en 1011, Yxiea en 1034, Exium en 1095, Yx ou Ix pendant tout le ni» siô*le et Hix à partir du siècle suivant.

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le grand marché du pays se tenait à Hix, et toa* porte à croire qu'il y avait été établi dès les temps les plus reculés, et même lorsque Llhïa était la capitale du pays.

Alphonse I er . roi d'Aragon (H72-119G), venait régulièrement passer une partie de l'été à Hix. 11 existe plusieurs chartes d'Alphonse datées de la Villa de 1>. de 1172 à 1177. « Cette villa, dit M. Alart, située dans une plaine basse et presque entièrement unie, n'aurait jamais pu devenir une forte place militaire, et le roi dut porter son attention sur un vaste plateau situé à l'ouest d'Hix, dominant toute la plaine de Cerdagne, et qui était admirablement disposé pour l'assiette d'une grande ville. Ce quartier, alors inculte, car le ruisseau d'arrosage qui le fertilise ne fut créé que vers l'an 1310, était connu sous le nom de Mont Cerda, et, dès la fin du xi e siècle, on y voyait une espèce de fortification ou castel, probablement une simple tour semblable à celles qui constituaient, à cette époque, presque tous les châteaux de la Cerdagne et du Confient. C'est là que le roi Alphonse résolut de « transférer la Villh d'Hix, », et cette résolution dut être prise pendant son séjour en Cerdagne, en juin 1177. Il ne parait pas qu'il y ait eu de charte spéciale à ce sujet, du moins ne s'est-elle pas conservée, et le roi n'eut sans doute à exprimer que sa volonté. Il n'avait pas d'autre but que de « transférer » la capitale de la Cerdagne dans un lieu facile à défendre et d'y créer une « nouvelle ville d'Hix, » tout en conservant aux habitants delà ville primitive qui viendraient s'établir au Mont-Cerda, les droits et privilèges dont ils avaient pu jouir antérieurement. Ce fut Hix en effet qui dut fournir le plus fort contingent à la nouvelle poblacio. Cependant

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l'ancienne villa continua d'exister, mais avec une population extrêmement réduite, de sorte que les revenus de l'évêque d'Urgell, qui était possesseur de cette antique paroisse, s'en trouvèrent considérablement diminués ('). »

L'église d'Hix est une des plus anciennes de la Cerdagne. Elle appartient à cette architecture romane antérieure au xi e siècle, si monumentale, si parfumée d'antiquité, si riche, si gracieuse et si solide. La voûte est ogivale et ne date que du xiv" siècle.

Cette église possédait, dit-on, une image vénérée de la Vierge, donnée jadis par le comte Guifïred. Un jour, des habitants de Puigcerda s'en emparèrent et la portèrent dans leur église, qui dépendait de celle d'Hix.

PUIGCERDA.

Nous franchissons le pont de pierre jeté sur le Regur et nous montons à Puigcerda en moins de vingt minutes. Nous sommes en Espagne.

Puigcerda ne diffère guère des villages français qui l'environnent. On voit bien, par ci par là, quelques balcons tendus de toiles plus ou moins blanches ou vertes qui font penser de loin aux aventures amoureuses des romans espagnols , mais l'illusion est bientôt détruite, car en parcourant la ville, on s'aperçoit bien vite qu'elle n'a pas de physionomie originale.

Elle se compose de quelques rues étroites aboutissant à une place assez vaste, mais sans caractère, où se tient un marché tous les dimanches. Sous les

(1) Alart, Privilèges et Titres, etc. première partie, page 62.

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portiques s'ouvrent des magasins et des cales; à l'un des coins s'étale la façade proprette de la Funda d« Europa.

L'église est basse, lourde, à trois nefs avec piliers cyclopéens nus et sombres. Ces voûtes surbaissées, soutenues par de larges arceaux qui se courbent dans une demi ombre, vous écrasent et font plier instinctivement les genoux. Le premier mouvement qu'on ressent en entrant dans ce vaste tombeau est un sentiment de frayeur qui donne le frisson. Cela sent l'Inquisition d'une lieue ou plutôt cela sent l'Inquisition de trop près. Avec quelle joie ne revienton pas à la lumière bienfaisante !

h' Hôpital est près de l'église. On lit ces mots sur la façade : Hôpital de celle ville héroïque, en catalan. Puigcerda mérite bien ce titre pour ne parler que de la dernière guerre carliste. Quoique on ait exagéré les forces de Saballs, il n'en est pas moins vrai que Puigcerda se défendit avec une énergie et un courage remarquables et dignes des plus grands éloges. L'alcalde répondit tout simplement, aux sommations menaçantes et emphathiques de Tristany, que fa ville n'épargnerait rien pour défendre la cause quelle avait embrassée et l'alcalde de la ville tinrent parole (•).

On nous avait souvent parlé des remparts de Puigcerda et nous avions cru à des murs construits avec des moellons et de la chaux. Quel ne fut pas notre étonnement quand nous ne trouvâmes que de minces barrages en papier mâché ou en argile qui ne résistaient pas aux coups de poings. Puigcerda fut bien heureuse de se trouver sur une élévation et d'avoir

(1) C'est le lirave coJonel Velasco qui ét'ait chargé de la défense do Puigcerda.

'es Français pour voisins, sans quoi Saballs n'aurait fait qu'une bouchée de ses remparts.

Derrière l'Hôtel de YAyuntamiento se trouve une petite place d'où l'on jouit d'un spectacle ravissant. On domine la riche et vaste plaine de la Cerdagne espagnole, parsemée de villages dont les façades, blanchies au lait de chaux, se détachent au milieu de la verdure des jardins et des prairies. Cette plaine est sillonnée par les replis tortueux du Sègre qui se perd dans l'horizon avec les derniers contreforts des montagnes qu'il faut franchir pour aller à la Séu de Urgell et à Barcelone.

Sur le mur de l'Ayuntamiento, une plaque commémorative rappelle le souvenir du siège de 1874.

Le vieux couvent des Dominicains sert de caserne à la garnison de Puigcerda. Ou visitera l'église, qui devait être fort belle. Nous y trouvâmes quelques pièces de canon sur affût, et, ce qui est assez drôle, de petits porcs qui se promenaient à travers les roues et nos jambes. Le soldat qui nous accompagnait était des environs de Puigcerda et n'avait pas dix-huit ans. 11 avait une tenue irréprochable comme tous ses camarades, d'ailleurs. Nous n'avons que des compliments à faire aux Intendants de S. M. C. Alphonse XII pour l'uniforme du troupier ; on n'a jamais rien vu de plus propre et de mieux ficelé. On dit qu'il n'en est pas de même dans toutes les garnisons : nous parlons de ce que nous avons vu.

Mais descendons à Bourg-Madame avant la nuit, car on nous enfermerait dans la place.

LLIV1A.

Les commissaires des deux nations pour le traité

de 1660 décidèrent que le territoire d'Hix, complu liant alors les Guinguettes, ne serait pas cédé entièrement à la France, et ils donnèrent, pour limites à cette cession, la rivière du Regur, dont les eaux lurent partagées. Alors fat créée cette ridicule endure de Lima que nous avons déjà vue de près, sur notre parcours depuis Angostrina jusqu'à Ur.

Nous avons entendu donner des raisons plus ou moins historiques de l'existence de cette enclave. La vérité est que l'Espagne devait céder à la France 33 villages de la Gerdagne. Mais Llivia, qui était au milieu de tous ces villages, était une ville. On la laissa donc avec sa banlieue et on déclara neutre le chemin qui la soudait à l'Espagne.

« On comptait dans l'ancienne Gerdagne deux pagi, ou divisions administratives, dont l'origine remonte sans doute à l'époque romaine. Celui de l'ouest, connu sous le nom de Pur/us Bankmemi* (Pays de Baridâ), formait, au Moyen-Age. la sousviguene de Gerdagne, et doit son nom au village de Bar, réduit presque à rien aujourd'hui et rempli; comme chef-lieu de la sous-viguerie, par la ville de Bellver, fondée en 1225 par Nunyo-Sanche, seigneur souverain de Roussillon et de Cerdagne. Le second, le Pagus Liviemis, comprenait toute la Cerdagne oneûtale et devait son nom à la ville de Julia Livia, bâtie dans une plaine basse et fertile, sur la rive droite du Sègre, au pied d'un monticule qui forme l'extrémité méridionale d'un chaînon descendu du plateau de Carlit et dont il a été peut-être détaché par la main de l'homme, il existe en effet, entre ce monticule autrefois couvert de fortifications, et le reste du chaînon, une brèche ou rupture qui avait

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Pu déjà être marquée par la nature, mais qui a été visiblement élargie et approfondie, peut-être par la simple extraction de pierres à bâtir, mais dans le but évident de fortifier la position du château et de la ville ('). »

Julia Liriu était la ville des Cercles ou Geriiani qui habitèrent tout le pays connu sous le nom de Cerdagne. Mais on ne sait à peu près rien de ce peuple d'origine ibérienne, et la Ville de Julia Livia ou Julia Libyca mentionnée par Ptolmée, ne reparait qu'à l'époquede la domination des Wisigothsoù elle est encore la capitale de la Cerdagne ( 2 ). En G72 le Castrum Libyœ fut défendu contre les troupes du roi Wamba par un évêque du nom de Jàcintlms et par Araugisclc, deux des champions du duc Paul.

Sous les Arabes et les rois francks carolingiens, le Castrum Libyœ conserve son titre de capitale de la Cerdagne, mais, à partir du ix e siècle, il prend le nom de Liria qu'il porte encore de nos jours sous la forme catalane de Llicia .

11 est probable que cette ville conserva toute son ancienne importance pendant la période comtale : c'était toujours le plus grand centre de population qui existât eu Cerdagne, et son château fut la principale forteresse du pays jusqu'à l'époque du roi Louis XI (fin du xv e siècle) qui en ordonna la démolition.

Lijvta est assez sale, mal bâti et n'offre rien de remarquable : tout y est foncièrement espagnol.

(1) B. Alart, Hix et les Guinguettes.

(2) Cnstrum Libyœ, ijuod al CeniUmiœ Capul..., dit Julien de ToliVie, BUt. du roi Wamba.

lÊÊm.

Tout près tie la ville espagnole se trouve le village français cFEstavar qui possède une mine de lignite formée par l'affaissement d'une forêt de bois résineux.

Le lignite d'Estavar doit être classé parmi les lignites piciformes communs ( 1 ).

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