BOURG-MADAME A MONT-LOUIS PAR LA ROUTE NATIONALE N
Nous repassons à Hix, et, après une lieue de marche, nous arrivons à Sainte-Léocadie , petite commune de 102 hab. Après avoir dépassé le torrent de
(i) Pronuba est la femme qui assistait la fiancée. Junon était appelée pronuba, parce qu'elle protégeait les mariages.
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Lluç ou Ifotts qui se jette dans le Sègre ( a ) au-dessous de Caldegas, nous arrivons à la chapelle de Saint- Etienne où nous quittons la grand'rbute pour aller visiter Err, qui se voit à droite.
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2 Ml. de Sallagosa, 49 de Prades, 93 de Perpignan.
C'est un village important ,• il compte près de 700 habitants. Il est bâti sur la rive gauche de la rivière d'Err qui descend des environs du Puigmal (2909 m. d'alt.) et va rejoindre le Sègre dans le territoire de Llivia.
Nous avons à signaler , dans l'église de Notre- Dame, une inscription précieuse. C'est la plus ancienne du Moyen-Age que nous possédions dans ce département, puisqu'elle porte la date de 930. Elle vient immédiatement après nos inscriptions romaines.
DOMINICE INCARNATIONS ANNO DCCCCXXX INDICIONE UII VENI ENS VIR REVERENTISSIMVS DOMNVS RADVLFVS SANCTE VRGILI TANENSIS ECCLESIE PRESVL IN VILLA EZERRE PER INTERVENT VM HAC SE IN (Df) GXO HICTORE PRESBITERO IBIQVE CONSECRAVIT ECCLESIAS SANCTE MARIE SEMPER VIRGINIS ET.OMNIVM
(1) On doit dire le Sègre. C'est à tort que la Carte de l'Êlal-Mnjur français écrit la Sègre. C'est encore par une erreur regrettable que cette carte désigne La Lavanèra, dont il vient d'être question, par le nom de La Vénéra. D'ailleurs, disons-le hautement, on matière d'orthographe ce document officiel n'a aucune espèce d'autorité, surtout en ce qui touche notre département.
SANCTORVM SANCTI PETRI APOSTOLI ET OMNIVM APOSTOLORVM VEL SANCTI MICHAELIS ARCHANGELI IPSO ANNO...
OBHT RADVLFVS (P...) ODDONE (il) KALENDAS MADII...
La dalle est brisée vers le fond et l'inscription se trouve tronquée.
Radulfe, dont il est ici question, était fils de Wifred le Velu. Il mourut, selon Bofarull, entre le 4 mai 943 et le 6 septembre 945. Il y aurait donc une erreur de date sur notre dalle.
SALLAGOSA.
47 Ml . de Prades, 91 de Perpignan.
Sallagosa est chef-lieu d'un canton qui comprend la vallée de Querol et toute la Cerdagne française, à l'exception de trois communes : Bolquera, Planés et Saint-Pierre-dels-Forcats qui font partie du canton de Mont-Louis.
Il est bâti au pied d'une côte dite Lo Rigat, qui sert d'intermédiaire entre le plateau de la Perche et la plaine du Sègre.
Avec ses annexes de Ro et de Vedrinyans, Sallagosa compte environ 600 habitants. — Un chemin de piétons mène de Sallagosa à Estavar, à Llivia, à Angostrina et aux Escaldes.
Le sculpteur Ouva (Alexandre-Joseph) est né à Sallagosa en 1823.
Il est fils d'un habile fabricant de faïence. Il était soldat au 2 e hussards, en garnison à Béziers, lorsqu'il commença à attirer sur lui l'attention en exécutant quelques bustes et en obtenant, en 1844, dans l'A-
riége, une médaille d'argent pour diverses sculptures. Les remarquables dispositions que révélaient ces essais furent signalées au public, et, grâce à d'intelligentes interventions, M. Oliva parvint à se faire remplacer. Peu après, il partait pour Paris et entrait dans l'atelier du peintre J.-B. Delestre, qui lui enseigna, non la sculpture, mais le dessin. Ce fut seul, sans le secours d'aucun maître, qu'il apprit à modeler et à sculpter. Doué d'un véritable tempérament d'artiste, M. Oliva se mit à l'œuvre avec une ardeur qui ne devait point se lasser. N'appartenant à aucune école, ne procédant que de lui-môme, n'exprimant que ce qu'il sentait et que ce qu'il voyait, il ne tarda pas, après quelques tâtonnements, à dégager sa vigoureuse originalité. Ce qu'il s'attaclia surtout à l'aire, c'est à animer le marbre, à lui donner l'expression et la vie, à éviter la banalité froide, à chercher sans cesse à perfectionner son talent par un incessant labeur. « En dehors de la tradition académique, écrivait en 185'S M. Edmond About, le jeune sculpteur qui est arrivé au plus haut point de perfection <-st M. Oliva. Ses bustes, sans avoir le style grandiose de M. David, ont le fini des plus beaux ouvrages de Pradier. M. Oliva est un artiste original ; son Rembrandt., exécuté d'après un tableau, est un des efforts les plus curieux et les plus heureux que la statuaire ait jamais tentés pour imiter la peinture. C'est une sculpture coloriste. » M. Oliva a fondé sa réputation par ses bustes en marbre et en bronze, dont le nombre est considérable. Dans ces œuvres, exécutées avec une rare habileté de praticien, on trouve à la fois la puissance de l'expression, l'intensité de la vie, la délicatesse et la grâce.
Parmi les bustes qu'il a exposés nous citerons :
M. Parisis, évoque de Langres (1849) ; La révérende mère Javohey (1852); Rembrandt, en bronze, au Musée du Luxembourg (1853) ; Y abbé Deguerry, « un morceau irréprochable » , dit M. Edmond About ; M. Gerbet, au Musée do Perpignan ; le P. Ventura de Raulica, au Musée du Luxembourg. Ces deux bustes, faits en 1857, sont deux des œuvres les plus complètes du grand artiste. Oliva a fait pour le Musée de Versailles : François Arûgo, buste d'un grand caractère et d'une expression saisissante; le généra! Bizol, Richard Cobden.
En dehors des expositions notre compatriote a donné : Boni Brial (Musée de Perpignan) ; Collin d'Harleville (galerie du Théâtre-Français) ; PéUsson (au Musée de Béziers) ; quatre bustes gigantesques du Pavillon Denon (au Louvre), savoir : Philibert Dëlorme, Nicolas Poussin, Jean, Goujon et Gérant Audran (1807).
Outre ces bustes, M. Oliva a exécuté un assez grand nombre de statues, où Ton trouve les mêmes qualités et qui attestent dans sa manière un progrès constant. Citons : Saint Charles Borromée, à Porto (Portugal) et J.-B. de La Salle, fondateur de l'institution des frères des Ecoles chétiennes, deux statues gigantesques en marbre ; le Message, en marbre, dans la cour carrée du Louvre (1861) : la statue en bronze de François Arago (1865), àEstagell; la Vierge (1868); Y Abbé Deguerry, statue en marbre, d'un effet austère et puissant, à l'église de la Madeleine, à Paris (1873), l'œuvre capitale de M. Oliva: l'élégante statue du Prince des Asluries (1874). Indépendamment de six médailles de diverses classes, obtenues à la suite d'expositions, de 1852 à 1863, cet artiste,
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qui compte parmi les plus remarquables les plus originaux de ce temps, a été décoré de la Légion d'honneur en 1867 ( a ).
Oliva est un des rares sculpteurs de notre époque qui aient fait école. C'est en 1852 et 1853, années où il exposa son Rembrandt et sa Religieuse que son influence commença à se faire sentir. Depuis lors elle n'a fait que s'étendre, et l'on s'est empressé d'imiter celui qui ne relevait de personne. Car il est vrai de dire, avec Edmond About, qu'Oliva est un artiste original. 11 ne signerait pas ses œuvres qu'on les reconnaîtrait du premier coup-d'œil entre toutes. Dans la foule des bustes on démêle aussitôt les siens, et les expositions de la sculpture sont devenues, grâce à lui, comme une assemblée avec des visages frappants.
VALLÉE r>B I,L,0 ou r>u SEGRB,
Nous remontons le cours du Sègre. A droite nous voyons le hameau de Vedrinyans derrière lequel s'élève Y Oratoire de Lions. En face, sur la rive droite de la rivière, le village de Llo est adossé à un monticule surmonté d'un vieux château. La plus grande partie du territoire de Llo se compose de prairies qui produisent d'exellents pâturages. C'est là que naguère encore quelques propriétaires élevaient de vrais troupeaux de chevaux cerdans qui se faisaient remarquer par leur beauté, leur finesse et leur bonté. Cette éducation a été abandonnée et le mulet
(1) Grand Dict. univ. du xix» siècle de P. Larousse.
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a pris la place du coursier. La vallée de Llo est trèsaccidentée, fertile, riche en plantes et en insectes précieux. Avec la vallée d'Eyna, elle forme la station botanique la plus importante des Pyrénées- Orientales.
La contrée de Llo est divisée en deux parties inégales : la plus petite se dirige vers la montagne d'Err; un ravin la partage ; les deux versants sont couverts de bois et de pelouses riches de végétation; les plantes rares y abondent. La montagne de Salangoy sépare cette vallée de la vallée majeure qui est traversée par la vallée du Sègre.
Celle-ci ne peut pas être explorée en côtoyant la rivière. Dans divers parages, les roches sont si rapprochées, qu'il est impossible de passer : c'est surtout vers l'entrée que ces obstacles se rencontrent souvent.
Pour faire cette course avec fruit, en sortant de Llo, on doit se diriger vers les eaux thermales de M. Girvès. On prend la butte de droite appelée Montée de Salangoy, qu'on gravit. A mi-côte et à gauche, on trouve un chemin qui conduit à une autre butte surmontée d'un rocher, qu'on appelle Roc del Cabrer (Rocher du Chevrier). On laisse ce chemin et on continue de gravir la montagne qui est un peu escarpée ; dans une heure et demie, on est arrivé au point culminant appelé Coll de Créu. De cet endroit on voit toute la plaine de la Cerdagne, ainsi que les montagnes de la vallée de Querol et de Carlit. On prend le chemin à gauche, sur le versant méridional, à travers les bois de sapins qui fournissent quantité de plantes alpines intéressantes. Les arbres y sont
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elair-semés et laissent, dans leurs intervalles, de belles pelouses. Les lépidoptères des régions alpines y- sont abondants. On s'achemine vers la Plela ou .lassa den Palandrau. Cette vaste vallée est entourée de prairies naturelles que plusieurs ravins arrosent : elle est très-productive. Les plantes y sont nombreuses et les insectes précieux y abondent.
On monte une côte très-douce, qui est au nord, et on dirige ses pas vers la fontaine de Pla Carbassers. Ici, la vallée est très-étendue, ouverte, boisée sur les penchants des collines ; des prairies immenses fournissent une nourriture saine et abondan te aux bestiaux de Llo qui y sont envoyés durant la belle saison. Aussi les brebis, les vaches, les juments font la plus grande richesse de cette contrée qui a un air de vie qu'on ne voit pas généralement sur des montagnes aussi élevées; les insectes y sont abondants; les plantes très-nombreuses et variées.
Arrivé à ce point, on a déjà trois heures de marche. On peut prendre en cet endroit du repos et déjeuner à la fontaine. L'eau en est fraîche et limpide. Après avoir exploré cette vallée, on monte la colline à droite et on va vers la Fontaine de Sêgre. On a une lieue de chemin à parcourir. La dernière colline à monter est assez ardue, et, dès qu'on en a atteint le sommet, on voit se dérouler devant soi la grande et vaste vallée du Sègre ( a ).
La Fontaine de Sègre donne naissance à la rivière du même nom. De l'endroit où jaillit cette source on va en moins d'une heure au Coll de Llo (2558 m.
(l) Histoire naturelle, clc.
d'altitude) dominé par le Pic de Feneslrelles (2826 m. d'altitude). On découvre une grande partie de la Catalogne. Nuria n'est qu'à demi-heure de distance.
Revenu à Llo, le touriste ira faire une visite à V Abellanosa (Bois des Noisetiers). On monte par Sallangoy. Après avoir traversé la rivière près des sources de M. Girvès, on gravit cette montée en se dirigeant vers le Roc du Chômer dont nous avons parlé. Ce Roc est situé sur une butte et laisse au milieu une excavation où le gardien se perche pour mieux observer son troupeau. Le naturaliste suivra un chemin qui conduit à la Fontaine du Chevrier. 11 explorera toute cette vallée, en se dirigeant, par une pente légère, vers le bois de sapins qui est baigné par la rivière de Sègre. Après l'avoir traversée on montera à droite, vers le midi, pour aller visiter la fontaine merveilleuse de Cayella. Cette fontaine est située au milieu d'une prairie, à mi-pente du penchant de la montagne de Llo. Les écoulements périodiques de cette fontaine font dire, dans la contrée, qu'on y observe tous les jours le flux et le reflux de la mer. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que cette fontaine est intermittente et que les intervalles des périodes ne sont pas réglés. Lorsque le phénomène a lieu, l'écoulement de l'eau est précédé d'un bruit souterrain assez prononcé.
On revient à Llo par la partie qu'on appelle La Solana. Le Carabus rutilans est assez commun dans ce lieu. Avant d'arriver à La Solana, et au bord de la rivière, on remarque un roc isolé d'une très-grande élévation, qu'il est impossible de gravir et qu'on appelle Roc del Vidre (Rocher du Verre). Ce roc, taillé à pic, est très-luisant; lorsque le soleil y darde des-
sus on ne peut le fixer : c'est une agglomération d'ardoise micacée curieuse à voir.
De Sallagosa nous montons le Col de Rigat d'où
nous disons un tendre adieu à cette belle Cerdagne.
Tout, dans ses frais vallons sort à nous enchanter, La verdure, les eaux, les bois, les fleurs nouvelles ! Heureux qui sur ses bords put longtemps s'arrêter, Heureux qui les revoit, s'il a pu les quitter (1).
(1) Guiraud, Le Petit Savoyard.