‹ Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-OrientalesChapitre 86 sur 95 · CASAS-DB-PENA · texte numérisé non relu

CASAS-DB-PENA

9 Ml. de Rivesaltss, 15 de Perpignan.

A partir d'Espira la route se rapproche de l'Agli qu'elle atteint à Casas-de-Pena (Maisons de Rocher) . C'est Lien à tort que certains géographes écrivent Cases de Peine, ce qui donne une signification bien différente. La manie de franciser les noms propres du Roussillon fait souvent commettre de ces contresens.

Casas-de-Pena n'était qu'un misérable hameau, il y a trente ou quarante ans. Depuis que la plantation de la vigne a pris une si grande extension, le village a augmenté tous les ans. Sa population atteint aujourd'hui 600 habitants. Il se divise en deux parties : celle qu'on pourrait appeler le Puig, le village primitif, et le Faubourg qui s'étale neuf et propret sur la rive droite de la rivière. C'est au faubourg que se trouve l'hôtel Taffine-Catala où le touriste pourra séjourner.

La Tour de Tautavel domine en cet endroit la vallée de l'Agli du haut de sa montagne, à 511 mètres d'altitude. La porte unique est située au sud-est, tandis que celle de la Massana est située au nord.

On descend à Tautavelou plutôt TaUahuU(Taltevolo, en latin du moyen-âge) par une pente très-rapide. Sur le chemin se dressent les ruines d'un vieux château féodal qui comptait encore comme place de guerre en 1040.

Tautavel (880 hab. ), fait partie du canton de La Tour et est situé dans un vallon charmant, sur la rive gauche du Verdouble (Vemodubrum) , affluent

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de l'Agli. Le sol produit du vin de bonne qualité, de l'huile, du miel renommé, du blé, des haricots, des pommes de terre. — Sur la route de Tuchan, et à une faible distance de Tautavel, se trouve une source saline appelée La Foradada (La Trouée).

Un chemin dit de grande communication n° 9, venant de Vingrâu, passe à Tautavel pour aller à Estagell. — Mais revenons à Pena.

L'Ermitage de Casas-de-Pena est à trois quarts d'heure de l'Hôtel Taffine (1,000 mètres en ligne directe). Ce n'est qu'après une montée pénible qu'on atteintle rocher où est bâtie la chapelle (197 m d'alt.). Plus haut s'élève un pignon de rochers qu'on appelle Lo Sait de la donzella où l'on n'arrive qu'en s'aidant des genoux et des mains et en profitant, très attentivement, de la saillie des pierres, pointues comme des épingles.

Suivant la tradition, une jeune fille, pour échapper à la poursuite des Maures, se précipita de cette hauteur sans se blesser, grâce à l'intercession de la Vierge-Marie qu'elle avait invoquée avant d'exécuter son funeste projet. D'aucuns racontent que la donzelle, contrariée dans ses amours, résolut de se tuer en se précipitant du haut de ce rocher et qu'elle n'y réussit que trop bien.

Quant à l'origine de l'ermitage du Rocher ou de Nostra-Semjora-de-Pena , elle se rapporte, comme celle de beaucoup d'autres dévotes duRoussillon (*), à une image de la Vierge qu'un berger, à la recherche de son troupeau, découvrit dans une grotte du vallon.

(1) Notamment Le Coral et Font-Roméu.

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Avant la Révolution toutes les communes voisines de cet ermitage s'y rendaient processionnellemcnt tous les dimanches, depuis le lundi de Pâques jusqu'à la Pentecôte.

Pendant l'octave delà nativité, un chanoine et un hénificier de l'église de la Real allaient tous les ans y résider, pour recevoir la confession des fidèles.

Une inscription en catalan nous apprend que la citerne de l'ermitage fut construite en 1414.

Du haut du Rocher de la Donzelle, on jouit d'un coup d'œil magnifique. D'un côté se déroule la vallée de l'Agli, sinueuse, accidentée, couverte de riches vignobles ; de l'autre, la plaine de la Salanca et la Méditerranée, à l'horizon ; en face, est la montagne de Tautavel couronnée par la tour du même nom.

Cette montagne, comme celle qui porte l'ermitage de Pena et celles que nous verrons jusqu'à Caudiès, est dépouillée des grands arbres qui la couronnaient jadis. Toute la chaîne des Corbicres était, dans le principe, fort boisée ; on n'y rencontre plus maintenant que de rares taillis, tels que ceux deCuchus, de Caladroër et de Saint-Antoine de Galamus. Ce déboisement a commencé sans doute il y a bien des siècles, mais nous connaissons encore des vieillards qui se rappellent très bien avoir vu ombragées les montagnes dîtes de Mauri et du Plu de Sont-Pau. Il n'y reste plus que des arbrisseaux, cytises et arbousiers. De temps en temps on voit quelques lambeaux d'un tapis d'herbes odoriférantes que broutent les longs troupeaux des cortals ou masos de la vallée.

Certaines parties des Corbières sont cependant d'excellentes stations botaniques : Pena d'abord, Saint-Antoine-de-Galamus ensuite. Le touriste

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pourra faire à Pena une ample moisson de VAnthittis Cytisoï'des (Anthillide faux cytise), rare légumineuse dont on connaît une autre station dans les Pyrénées-Orientales, Le Vold, et que Ton ne retrouve dans le Midi de la France qu'aux environs de Toulon. Les rochers qui forment Lo Sait de la Donzella portent YErodium pctroeum (Géranium des rochers), l'une des raretés de la flore de nos Pyrénées orientales (').

Le naturaliste doit d'ailleurs explorer attentivement tout le territoire de Casas-de-Pena où il trouvera une grande quantité de mollusque.

De Notre-Dame-de-Pena à Estagell, la route suit le pied de la montagne et longe la rive droite de l'Agli. On passe kïEstret de Cavanaeh (gorge étroite de Cavanach) qui a été pendant fort longtemps un passage redouté des voyageurs. Plus d'une fois ils s y sont rencontrés avec des voleurs et des assassins. La Métairie de Jâu, qu'on aperçoit sur la rive gauche de la rivière, à un quart de lieue de Cavanach, était une des manses de l'abbaye de Jàu ou de Clariana dont il a été déjà question.

Entre Jâu et Estagell, nous n'avons rien à signaler au touriste, si ce n'est le confluent du Verdouble et de l'Agli (15 minutes avant d'arriver à Estagell). C'est l'ancien Vemodubrum, quoique Pline semble attribuer ce nom à l'Agli.

(1) Pour la nore de Casas-de-Pena, voyez l'excellent travail que M. 0. Debeaux, pharmacien-major de première classe, a publié dans le vingt-deuxième volume de la Soetfié agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales, sous le titre de : Herborisation faite a Casas-de-Pena (Pyr.-Or.) le 12 juin 1874. M. Debeaux est un botaniste distingué qui a enrichi notre dore pyrénéenne d'un grand nombre de plantes.

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24 Ul. de Perpignan.

La ville (2,460 hab.) estadossée aux rochers calcaires qui forment l'extrémité occidentale de la montagne de Pena, en face du confluent de l'Agli et de la rivière de Mauri.

C'est une ancienne dépendance de l'abbaye de La Grasse. Elle était fortifiée au Moyen-Age, et nous voyons encore un portail de son enceinte, celui qui soutient la tour de l'Horloge, sur la Place publique. Un buste en bronze de François Arago, par David, décore aujourd'hui cet antique portail. En face s'élève la statue de l'illustre enfant d'Estagell.

L'inauguration de cette statue, œuvre de notre compatriote Oliva, eut lieu le 31 août 1865. Ce jourlà est devenu pour la brave population d'Estagell un anniversaire qu'elle fête avec enthousiasme sous le nom de La Festa de V Arago.

Cette fête s'ouvre toujours de grand matin par un discours prononcé devant la statue. Tous les ans, un orateur rappelle à ses concitoyens les vertus civiques d' Arago et les services que celui-ci a rendus à la science et à la démocratie. On pense bien que les Juglars et les danses les plus réjouissantes ne manquent pas. Un grand nombre de forasters (étrangers à la localité) est venue se joindre aux Stagellayres pour célébrer la fête.

Avant la paix des Pyrénées (1659) qui réunit définitivement le Roussillon à la France, Estagell était

(1) Locus de Stagello dans les vieux, actes écrits en latin, Stagell dans les documents écrits en catalan.

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la dernière ville de la ligne frontière de notre province. La Tour-de-France, aujourd'hui chef-lieu de canton, situé à 4 lui. 0. dEstagell, était le premier château de la ligne du Languedoc. C'est assez dire qaa Estagell on parle catalan, tandis qu'à La Tour on parie gavach ou languedocien.

L'église d'Estagell possède des tapisseries fort belles qui servaient, il y a peu de temps encore, à sa décoration. On peut en voir une tout près du seuil ; elle représente l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem et porte cette légende; Obra deslagel, 1715. La chapelle du Rosaire possède un retable de style espagnol d'une très-bonne exécution : il est tout en bois couvert de dorures et de sculptures. Les principaux sujets représentent V Adoration des Mages et la Fuite eu Egypte. Deux toiles d'Alfred Arago décorent cette chapelle. Sur la tribune se trouvent quelques tableaux anciens qui ont de la râleur et qu on a le tort de laisser dépérir.

La chapelle de Saint- Vincent, restaurée depuis quelques années, domine Estageil à l'est. La colline qui la porte présente, sur la route même, une grotte large et profonde qui a été pendant longtemps une des stations ordinaires des Gitanos nomades.

Le territoire d'Estagell renferme plusieurs carrières de marbre susceptible d'un beau poli Peu de contrées d'ailleurs en France sont aussi bien pourvues que la nôtre en variétés de marbre : Vingrau, Tau tavel , Baixas , Villefranche-de-Conflent , Py, Serdmya Céret en possèdent qui peuvent rivaliser avec les plus beaux des Pyrénées.

Les vins rouges d'Estagell sont très-recherchés pour la consommation ordinaire : son maeabéu et

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son malvoisie sont d'excellents vins de dessert. La Partie du territoire qui est à l'arrosage, vers La Tour, est dune fertilité étonnante : tous les fruits et tous les légumes y viennent vite et avec abondance.

Mais l'antique culture de l'olivier a disparu. C'est Pitié de voir depuis trente ans avec quelle rage la hache du bûcheron s'acharne sur ces vieux nourriciers d'Estagel) , dont quelques-uns ont vu peut-être les sombres temps du Moyen-Age. De Casas-de-Pena à la Grotte des Gitanos, toute la vallée de l'Agli était auparavant une véritable forêt dont le vert feuillage égayait la route poussiéreuse : la vigne s'étend aujourd'hui en longues files serrées sur ce campo santo de l'arbre de Minerve.

imAIVOOIS ATtAGO.

Cet homme illustre naquit à Estagell, le 26 février 1786. Son père, licencié en droit, avait de petites propriétés en terres arables, en vignes et en oliviers dont le revenu faisait vivre sa nombreuse famille.

« Mes parents m'envoyèrent à l'école primaire d'Estagel, dit-il lui-même dans son Histoire de ma jeunesse, où j'appris de bonne heure à lire et à écrire. Je recevais en outre, dans la maison paternelle, des leçons particulières de musique vocale. Je n'étais, du reste, ni plus ni moins avancé que les autres enfants de mon âge. Je n'entre dans ces détails que pour montrer à quel point se sont trompés ceux qui ont imprimé que, à l'âge de quatorze à quinze ans, je n'avais pas encore appris à lire. »

Le père d' Arago étant allé résider à Perpignan d'abord comme membre de l'Administration départementale, puis comme trésorier delà Monnaie, toute la famille

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quitta Estagell pour l'y suivre. Le jeune François fut alors placé comme externe au Collège communal de la Tille où il s'occupa presque exclusivement d'études littéraires. A l'Ecole centrale de Perpignan, Corneille, Racine, La Fontaine, Molière furent encore l'objet de ses lectures de prédilection. On ne s'en étonne pas lorsqu'on lit les ouvrages d'Arago qui sont écrits d'un style net, pur et sévère.

Son esprit se porta vers l'étude des mathématiques par une circonstance singulière ( 1 ). 11 se promenait un jour sur le rempart de Perpignan où un officier du génie faisait exécuter des réparations. « Cet officier, M. de Cressac , était très-jeune; j'eus la hardiesse de m'en approcher et de lui demander comment il était arrivé si promptement à porter l'épaulette. « Je sors de l'Ecole polytechnique, réponditil. » — Qu'est-ce que cette école? — C'est une école ou Ion entre par examen. - Exige-t-on beauconp des candidats ? - Vous le verrez dans le programme que le gouvernement envoie tous les ans à l'administration départementale; vous le trouverez d'ailleurs dans les numéros du journal de l'Ecole qui existe à la Bibliothèque de l'Ecole centrale (»). » Deux ans après Arago entrait à l'Ecole polytechnique avec le numéro 1 (1803), à l'âge de 17 ans.

Quelque temps avant son examen Arago avait vu chez son père le savant Méchain, membre de l'Académie des Sciences, qui allait en Espagne continuer

(1) M. Merciè a tiré de cette circonslance le sujet d'un des basreJiefs qui ornent le piédestal de la belle statue d'Arago.

m Ces numéros sont conservés à la Bibliothèque communale de Perpignan.

la mesure de la méridienne jusqu'aux îles Baléares. Celui-ci ne parut pas avoir bonne opinion du candidat. 11 se trompait. Non-seulement Arago fut reçu à l'Ecole, mais, un an et demi après, il remplissait, à l'Observatoire, la place de secrétaire devenue vacante par la démission du fils de M. Méchain luimême et, un an et demi après, il remplaçait en Es- Pagne, avec M. Biot, le célèbre académicien qui y «tait mort victime de ses fatigues (1806).

Arago et Biot opérèrent sur les côtes de Catalogne et dans les îles Baléares (1806-1807;. Il faut lire, dans YHistoire de ma jeunesse, toutes les misères qu' Arago eut à supporter pendant cette campagne scientifique. La guerre ayant en eflet éclaté en Es- Pagne, le jeune astronome n'échappa qu'avec peine aux Majorquains qui le prenaient pour un espion. Après avoir passé plusieurs semaines dans la citadelle de Bellver, il parvint à se rendre à Alger. Il revenait en France lorsqu'il fut pris par un corsaire ' espagnol et jeté sur les pontons de Palamos. Réclamé pur le dey d'Alger qui menaçait l'Espagne de la guerre, il fut remis en liberté le 28 novembre 1808.

Le bâtiment qui le portait mit à la voile, ce jourlà, le cap sur Marseille. Il apercevait déjà les maisons qui couronnent les collines voisines de cette ville, lorsqu'un coup de mistral d'une violence extrême le jeta sur la côte de Bougie. Arago fut mal reçu par le nouveau dey; il n'obtint sa liberté qu'à force d'instances et il rentra en France le 2 juillet 1809.

Après avoir terminé sa quarantaine il se rendit à Perpignan où il revit ses parents qui le croyaient mort. Il arrivait quelques jours après à Paris et déposait au Bureau des Longitudes et à l'Académie

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des Sciences, ses observations qu'il était parvenu à conserver, au milieu des périls et des tribulations de sa longue campagne.

Peu de jours après son arrivée, le 18 septembre 1809, Arago était nommé académicien en remplacement de Lalande, Il avait alors vingt-trois ans.

Il devint ensuite professeur à l'Ecole polvtechnique où il enseigna vingt ans.

Directeur de l'Observatoire, il rendit célèbres et populaires les cours d'astronomie qu'il y professait avec autant d'élégante clarté que de véritable science (1812-1845).

Dès 1811, Arago avait présenté à l'Académie, sur la polarisation colorée, un mémoire qui contient des expériences non moins précieuses pour la théorie qu elles sont singulières et brillantes. Ce mémoire lut le point de départ de ces nombreuses et belles découvertes qu'admira l'Europe savante.

De concert avec Biot, il détermina le poids de l'air a celui du mercure, et il mesura la déviation que les différents gaz font subir à un rayon de lumière. Ses travaux sur la vitessedelalumière, et sur l'Optique ont une importance capitale. Ce sont ceux, d'ailleurs, auxquels il se livra avec le plus de suite : ses découvertes en électricité et en magnétisme, si importantes qu'elles soient par elles-mêmes, ne l'ont occupé, P ,°" r .f ulsi dire > <ï ue Passagèrement ('). Il serait bien difficile de dresser ici un tableau des immenses travaux d Arago. Ses oeuvres complètes ont été publiées par M. Barrai, 1854-1859, en 16 volumes in-8°.

(t) Alexandre de Huraboldt, Introduction aux Œuvres complètes d Arago, 1833.

En 1830 Arago devint, après Fourier, secrétaire Perpétuel de l'Académie pour les sciences mathématiques et ses Notices biographiques modèles de style et de narration, ajoutèrent encore à sa réputation qui était plus qu'européenne : il était déjà de toutes les académies. Honoré de tous les ordres, il ne retira vanité d'aucun.

La Révolution de juillet 1830 éclata. Arago avait condamné sévèrement les Ordonnances, cause de cette révolution ; c'était un esprit plein d'ardeur pour la liberté, on le savait depuis longtemps ; il était républicain, ce que beaucoup ignoraient.

Pendant la journée du 28, il vint aux Tuileries avec son fils aîné, encore adolescent, (*) pour parler auducdeRaguseet tâcher d'arrêter l'effusion du sang. Ses instances furent vaines, et, trois jours après, Louis-Philippe succédait à Charles X ( 2 ).

Elu député des Pyrénées-Orientales , Arago retrouva plus d'une fois à la tribune nationale les applaudissements chaleureux qui l'avaient suivi dans les Académies et à l'Observatoire. Assis à l'extrême gauche, il adhéra au compte-rendu de 1832, attaqua vivement le système de forts détachés autour de Paris, et prit souvent la parole dans les questions d'enseignement, de marine, de canaux et de chemins de fer. Il avait prononcé, un des premiers, le mot de réforme. Il fut aussi à la Chambre un des plus ardents défenseurs de l'indépendance électorale et

(1) Encore une circonstance qui a fourni à M. Mereié le sujet d'un bas-relief pour la statue du grand astronome.

(2) Voyez l'Histoire des deux Restaurations par Achille de Vaula- '>eUe, tome X, p. 223 et suiv.

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parlementaire. Membre du Conseil général delà Seine, il le présida jusqu'en 1849.

En 1848, il devint membre du Gouvernement provisoire et ministre de la guerre et de la marine. Il fit partie de la commission executive élue par l'Assemblée constituante et, aux journées de juin, il marcha aux barricades à la tête des troupes.

Quoique doué d'une bonne constitution physique, les temps révolutionnaires de 1848, surtout les événements du Coup d'État avaient abattu ses forces et son âme si fière et si noble.

Après le Coup-d'Etat de 1851, Arago refusa énergiquementde prêter serment à l'Empire.

Le 22 août 1853 il remplit, pour la dernière fois, les fonctions de secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences. Il mourut à Paris le 2 octobre de la même année entouré d'une vive et universelle sympathie. C'était une perte immense pour la France et pour la Science.

Arago avait tous les talents et toutes les qualités d'un grand orateur. Sa mâle physionomie, son air d'autorité, sa tête, admirablement belle et brillante d'intelligence, exprimaient, avec une égale énergie, l'amour du beau et du bien, l'indignation contre le mal et la majesté intérieure d'une irréprochable conscience. Sa voix était vibrante ; son geste, spontané et impérieux , commandait l'attention et accroissait encore la clarté de sa parole, qui simple et élevée tour à tour, restait toujours lumineuse et colorée ( 1 ).

(I) Arago et sa vie scientifique par J. Bertrand, membre de l'Insiitm, page 50.

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Jean Arago, Jacques Arago, littérateur distingué ; |ICT0R Arago, chef-d'escadron d'artillerie, tous trois frères de l'illustre astronome sont nés à Estagell. Un ' autre frère, Etienne, est né à Perpignan.

Jean Arago servit pendant longtemps au Mexique c omme général. Caissier de la Monnaie de Perpignan, Pendant la seconde restauration, il fut sur une dénonciation absurde destitué pour avoir joué un certain r ôle pendant la Révolution : Jea n Arago avait à Peine quatre ans en 1792 !

Arrivé à la nouvelle-Orléans, il embrassa la cause de l'Indépendance mexicaine et ne se distinga pas ^oins par sa bravoure personnelle que par ses ^lents militaires.

Tour à tour compagnon d'armes ou ami des hommes qui ont gouverné le Mexique, le général ^ r ago ne chercha jamais à s'élever par l'intrigue ou ' a faveur.

« Ce qui me rendra toujours fier, écrivait-il à son frère aîné François Arago, c'est que je crois avoir §9gné l'estime générale, et que j'ai sans cesse, en Servant ma patrie adoptive, mis le plus grand soin à c onserver intact l'honneur du nom français et celui ^ Arago que je porte avec orgueuil parce que tu 'illustres. » (')

Jean Arago mourût à Mexico le 9 juillet 1836. Il n e laissait pas la somme nécessaire aux frais de sa sépulture, lui qui avait gouverné des provinces où s °nt situées les mines les plus riches du Mexique.

Jacques Arago était né à Estagell le 10 mai 1790.

(1) Biographie Michaud.

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Il mourut au Brésil eu 1855. Il est surtout connu par son Voyage autour du monde, Souvenirs d' un Aveugle-

Emmanuel Aeago est le fils aîné de François Arago. Il est né à Paris le 6 juin 1812. Inscrit au barreau de Paris en 1837, Emmanuel Arago se mitau service du parti de l'opposition démocratique et, en 1839, il fut un des défenseurs de Martin Bernard et de Barbes. Après avoir pris une part active à la Révolution de Février 1848, il alla à Lyon avec le titre de Commissaire général de la République.

Il fut élu à l'Assemblée nationale par le département des Pyrénées-Orientales. Quelque temps après, le gouvernement de la République l'envoya à Berlin, comme ministre plénipotentiaire. A l'Assemblée législative, il vota presque toujours avec les républi' cains de l'extrême gauche. Après le coup d'Etat du 2 décembre , il quitta la politique pour rentrer au barreau.

Depuis. M. Emmanuel Arago a été élu à l'Assemblée nationale (1871) par le département des Pyrénées-Orientales dont il est aujourd'hui sénateur.

Une route carrossable mène d'Estagell à Millas pa>' Montner (Mons niger, montagne noire — 346 hab)

Le parcours est de 14 kilomètres. En moins d'une heure nous allons, par un autre chemin (d'intérêt commun n° 17), à

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27 kil. de Perpignan.

C'est le chef-lieu d'un canton qui comprend onze communes. Celles d'Estagell, de Montner et de Tautavel faisaient partie de la province de Roussillon ;

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e s autres ont été distraites en 1790 du Pays de Fe- *>UiUèdes pour aider à la formation du département des Pyrénées-Orientales.

La ville est bâtie en amphithéâtre sur un mamelon lui domine le cours de l'Agli. Son ancien château fi st encore, debout, mais il n'a plus son attitude mi- Utaire du Moyen-Age. Il a changé d'aspect comme e Pays qui l'environne.

Au-dessous delà ville passe un tunnel creusé dans k roc pour conduire les eaux nécessaires à l'arrosage.

La Tour est propre; mais certaines rues ne peuvent être escaladées qu'avec peine, et les charrettes n en Usent guère la chaussée.

Quoique les relations soient continuelles entre les habitants de La Tour et ceux d'Estagell, on sent, en avenant dans cette dernière localité, qu'on a pour ainsi dire changé de pays. Nous ne parlons pas de 'a langue qui diffère absolument, mais on croit reconnaître encore une différence sensible dans le type 'les habitants.

Nous sortons d'Estagell par le pont neuf, laissant à droite le pont de bois qui se repose aujourdhm •les rudes fatigues imposées par un long service. Nous quittons pour le moment les rives delAgli 'lue nous retrouverons plus loin.

Nous voici dans la vallée de Mauri dont la rivière est presque toujours à sec, tandis que de l'autre cote l'Agli distribue ses eaux avec abondance.

De l'endroit où nous sommes jusqu'à La Fo, près de Saint-Paul, la chaîne qui nous sépare du cours de l'Agli éprouve quelques ressauts, atteignant successivement 330 mètres, 502 m., 480 m. au-dessus de

La Squerde. Au Pont de la Fo, elle n'ouvre au passage de la rivière qu'une gorge étroite coupée dans le roc vertical. Au-delà, jusqu'aux gorges de Fenouillet» la chaîne constitue un mur parfaitement aligné estouest, de 628 à 649 mètres de hauteur absolue, et appelé Montagne de Peyralade. La chaîne parallèle par 1 des environs de Paziols, au nord de Tautavel. Cette chaîne forme une muraille légèrement penchée a« sud et dirigée droit à l'ouest. De ce côté elle atteint 982 m. d'alt. au plateau dit Pla de Sant-Pau ; elle passe à l'ermitage de Saint-Antoine (390 m. d'alt.) placé immédiatement au-dessus de la gorge que traverse l'Agli, et se continue, avec des altitudes de 900 à 844 m. jusqu'au Col Saint-Louis où elle se déprime un instant pour se relever et constituer les grands escarpements de la Forêt des Fanges (1044 m. d'alt.)-

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