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PAR LA ROUTE D'ESPAGNE OU ROUTE NATIONALE N» 9 (22 KIL

On sort de Perpignan par la Porte Saint-Martin et on prend la route de gauche qui est la continuation de la route nationale n» 9. On passe devant le Cimetière, la Fontaine d'Amour, les Haras, la Miséricorde, l'Hôpital des Petites-Sœurs -des- Pauvres, les Arcades, et le Mas (Ici Comte, On longe un instant le ruisseau de Las

Candis ; puis, après une longue descente, on traverse la rivière de la Cantarana qui se jette dans le Réart près de Pollestres (436 hab.), à 7 kil. de Perpignan.

A partir de Pollestres, la route remonte la rive gauche du Réart, torrent presque toujours à sec, mais qui devient très dangereux à la suite des fortes pluies. On voit bientôt se dresser à gauche, sur une hauteur, les ruines du Château du Réart, connu dans le pays sous le nom de Castellas.

On franchit le torrent et on arrive au Mas Sabole (10 kil. de Perpignan.) Ici se trouve le croisement du Chemin de grande communication n<^4bis, dit D'Estagel à Elne avec la route nationale que nous suivons.

En continuant son chemin vers le Boulou, le voyageur apercevra successivement à droite, et de l'autre côté du Réart, le Mas Déu, Villemolaque, Tresserre; à gauche, Saint-Jean-la-Celle et Banyuls-dels-Aspres.

Le Mas Déu. — Le Mas Déu (la Métairie-Dieu, Afansus Dei) était une ancienne possession du monastère de Sira ou Cira, situé dans les environs. Il devint le principal établissement des Templiers en Roussillon. Ils en firent une des forteresses les plus impoilantes du pays (1). Il reste fort peu de chose de ces bâtisses, et le Mas Déu n'est plus aujourd'hui qu'une belle métairie. Les principales sources de revenus de l'Ordre étaient, outre les seigneuries de Paldu, d'Orle, de Saint-Hy)polyte, de Villemolaque, de Nils et de Terrats, les fours et les droits des poids et mesures de la ville de Perpignan. Les Templiers roussillonnais furent arrêtés à la fin de novembre 1307. Ils furent jugés chez eux, dans ce beau et vaste Mas Déu qu'ils avaient créé par un incessant travail.

Au Mas Déu se livra une des premières batailles de l'immortelle campagne de 1793 (20 mai). Les Espagnols commandés par Ricardos chassèrent l'armée française de ses positions et la forcèrent à battre en retraite sur

(i) Uii acte de i5i4 dit que « lo loch del Mas Deu es castell fort murât y entorrat y vallat y munit de grossa muralla y ab moites torres, vall y pont llevadis. . En dit loch e castell del Mas Deu ha una bella y antiyua e^glesin ab son ciminteri, »

Perpignan. Heureusement pour nous, Ricardos ne poursuivit pas les fuyards ; il alla faire le siège de Prats-de- M0II6 et de Fort-les-Bains, laissant ainsi au général de Fiers le temps d'organiser le Camp de V Union sous Perpignan. Le général espagnol avait un talent militaire réel, mais son esprit souvent indécis et timide permit à de Fiers de préparer, et à d'Aoust de remporter, un peu plus tard, la brillante et décisive victoire de Peyi'estortes (17 septembre).

Gelle-ci fut suivie d'une nouvelle défaite des Français aux environs du MasDéu, à Trouillas. Postés dans le Camp de Ponteilla qu'ils avaient créé en opposition de celui de V Union, les Espagnols résistèrent à 1 attaque de nos jeunes soldats. Nous fûmes vaincus ; mais Ricardos opéra sa retraite sur le Roulou. Il alla se fortifier dans le Caw,p du Boulou dont le Puig Singli et le Pla del Rey avec la chapelle de Saint-Luc formaient le front central. Là, se livra, du 14 au 19 octobre, un combat continu, acharné et terrible où périrent, sans aucun profit, des milliers de soldats français et espagnols.

Le « Nonastir del Camp ». — Entre Villemolaque et Passa, qui, comme Trouillas appartiennent au canton de Thuir, se trouve le Monastir del Camp dont nous avons rapporté, à propos de la Vierge de Thuir, l'origine fabuleuse ou miraculeuse. Mais ce monastère a une origine historique, ce qui vaut mieux. C'est, en effet, l'évêque d'Elne Artal II qui fonda, vers la fin du Xle siècle, la communauté del Camp et la mit sous la direction d'un de ses chanoines, avec le titre de prieur. Nous devons dire cependant que l'église existait déjà à cette époque. Le Monastir del Camp fut sécularisé, avec tous les monastères de la règle de Saint Augustin dans le Roussillon et la Gerdagne, par bulle de Clément VIII, en 1592. Il fut supprimé à la Révolution. La porte de l'église est en marbre blanc, et les chapiteaux des colonnes en sont remarquables. L'église est grande, de style roman. Le cloître est aussi en marbre blanc, mais de style ogival ; on y compte vingt-sept arcades portées sur des colonnes simples et maintenues aux quatre angles par des piles carrées ; le dessin de

Tarcade est un trilobé enfermé dans une plus jurande ogive ; tout cela est assez mal combiné et manque d'harmonie. Le cloître del Campy qui date des premières années du XI V® siècle, est classé parmi les monuments historiques. Le plan affecte la forme d'un quadrilatère irrégulier. On verra dans les galeries plusieurs inscriptions.

La route nationale traverse la voie ferrée qui vient d'Elne, puis descend dans la vallée du Tech par une pente insensible jusqu'au Boulou.

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