‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 9 sur 71 · HAUTES-ASPRES · texte numérisé non relu

HAUTES-ASPRES

On suit {( la Route de Thuir » jusqu'au premier moulin d'Orle. A cet endroit, on prend, à gauche, le Chemin d'intérêt commun n» 3, très chaud, mais égayé par de grands arbres, de beaux vignobles, de riches métairies et quelques villages très pittoresques.

Ganohès (7 kil. 0. de Perpignan). — Le premier que l'on rencontre est Ganohès (Canous en catalan), d'aspect tranquille, mais très remuant en politique. L'église a été refaite il y a quelques années, sauf l'abside qui conserve quelques traces de sa forme primitive.

Canhoes paraît être' la forme pluriel de Canhoa ou Canou, qui désignait anciennement un petit hameau de la banlieue de Prades, dont l'église dédiée à Saint-Martin se voit encore sur un mamelon qui domine la rive droite de la Tet. La villa de Canohcs ou Canouhes du Roussillon et son église étaient une propriété de la famille comtale d'Empories-Roussillon (X^ siècle). L'orthographe officielle de Ganohès (avec accent sur Vè) ne peut pas se justifier. — On a prétendu que la distance de Ganohès à Perpignan était l'étalon de la lieue roussillonnaise et môme de la lieue de Perpignan (environ 6000 mètres) ; cette assertion n'est basée sur aucun document et ne

saurait être admise. Ce qui est vrai c'est que « envoyer quelqu'un à Canohès », c'est l'envoyer au bout du monde.

Ponteilla (11 kil. 0. de Perpignan). — Le chemin monte et atteint un lai^e plateau où s'étendent les vastes et riches vignobles du Mas Saint-Nicolas, dépendant de la commune de Ponteilla ; d'ici, la silhouette du village se détache sur une éminence qui domine les Basses- Aspres. La villa de Saint-Nicolas de Aquaviva ou Ayguaviva est déjà citée en l'an 1180. C'était une celle ou cella, avec un prieur. A l'Est du Mas se trouve un lieu dit a la Tour des Vents, » où on découvrit en 1835 des débris de poteries rouges avec estampilles de potiers romains. La villa de Pontiliano, aujourd'hui Ponteilla, fut peut-être fondée par quelque agriculteur gallo-romain. On l'entoura de murailles dont on voit encore quelques traces, mais on ne saurait affirmer que c'est là un souvenir de l'antiquité. — En 1793 (( le camp de Ponteilla », établi par Ricardos, avait de solides retranchements suivant l'enceinte demi-circulaire de collines qui, du hameau de Nils (au Sud de Canohès) va envelopper Ponteilla et se replie à Trouillas sur le Réart; ce torrent ferme l'hémicycle. L'église de Ponteilla, à une nef, possède quelques peintures pleines de caractère et dignes d'examen. — 760 habitants.

Nous reprenons le chemin. Nous passons devant le cimetière ombragé de gros et mornes cyprès, enclos funèbre, calme et silencieux, où reposent les oubliés du village. On y voit quelques tombes de style niais, comme la {^upart de celles qui ont la prétention d'orner les nouveaux cimetières de nos campagnes.

Trouillas (14 kil. 0. de Perpignan). — Le chemin se soude bientôt à celui qui vient de Thuir, puis s'en détache pour entrer dans Trouillas, bâti sur les bords de la Gantarana, ce torrent court et fantasque qui dévaste souvent le pays des Aspres. Et toujours de la vigne ; quelques oliviers se montrent encore avec leui^ troncs écorchés et ébranchés en manière de statues mutilées. Population de travailleurs solides et honnêtes, mais de caractère ardent; leurs fêtes sont très gaies.

L'église et le village primitif étaient enfermés dans une cellera dont il reste encore une porte, à moitié ruinée. Cette église a été refaite en partie; la porte date de 1776. Au maître autel, bas-reliefs de Sainte-Victoire et de Saint-Assiscle. — On peut demander à visiter la maison de Llucia, où Ricardos avait établi son quartier général en 1793. Le propriétaire était en ce moment procureurgénéral syndic du département et prêchait la guerre à outrance contre l'Espagnol envahisseur. — Trouillas est devenu un gros bourg: il compte près de 1200 habitants.

Fourques (18 kil. 0. de Perpignan). — De Trouillas à Fourques, le chemin passe dans un terrain qui a été longtemps occupé par de petits étangs. Il va rejoindre celui qui vient de Thuir par Llupia et Terrats, à 200 mètres du village. Fourques, dont la population est de 630 habitants, est une ancienne possession des abbés d'Arles (en Vallespir) ; ce sont eux qui firent construire (1188) une cellera ou enceinte fortifiée de forme rectangulaire, qui existe encore sous le nom de castell. L'église paroissiale, située bien en dehors de cette espèce de château fort, est sous l'invocation de Saint-Martin. Le retable, grossièrement fait, date du XVIl^* siècle. Dans la façade est encastrée la pierre tumuiaire d'un certain Guillaume Gérard ; le défunt est revêtu d'ornements sacerdotaux, la tête nue, les mains jointes; l'inscription est de 1342. -— A quelques centaines de mètres à TKst du village on verra la chapelle de Saint-Sébastien. — Le territoire de Fourques est couvert de vignes et d'oliviers. Il est sillonné de profonds ravins qui, en temps de pluie, deviennent de dangereux torrents ; quelques-uns sont bordés de sorbiei's et de chênes énormes dont les glands doux auraient fait les délices de Sancho Pança. Ces ravins forment le Biu Major, qui passe à Fourques et qui, grossi, un peu plus bas, de la rivière de Passa, prend le nom de Réart.

Hautes-Aspres. — A rOue.st des territoires de Fourques, Montauriol, Tordères et Llauro coule la rivière de Saint-Amans qui constitue la haute vallée de la Cantarana et qui lecueMIe toutes les eaux descendues du Mont Hélène (774 m. d'alt.) et des territoires d'Oms et

de Caixas. C'est là un pays bossue de collines, n»cnlé, très moyenâgeux, avec des arbres et des garrigues où se cachent des lapins de petite taille mais d'un goût exquis. (( Caixas ï> est peut-être un vieux mot celtique ; en tout cas, je trouve dans le voisinage, un ravin de CaraLc ou Queraig, dénomination qui appartient certainement à la famille des mots formés avec quer^ qui veut dire « rocher m dans une langue fort ancienne et antérieure à TarriviV des Romains dans nos pays. Caixas est divisé en quatœ sections: Caixas, Fontcou verte, Candell, Sainte-Colombede-las-Illas ; en tout, 300 habitants, superstitieux et de mœurs douces. Ici on se guérit de la surdité au moyen de quelques gouttes d'huile achetées à l'église de Saint- Pons, patron de Candell ; la migraine disparaît à la seule vue du patron de Caixas, Saint Cucufat. I^ croyance aux sorciers est générale, profondément enracinée dans ce coin de pays. Pour enrayer leur pouvoir dialK)lique, les ménagères ne manquent pas, le matin de la Saint-Jean, d'aller, dès raul)e, cueillir divei^ses fleui-s jK)ur en faiie une croix qu'elles fîxent au-dessus de la |K)rte de Icîur maison. Cette pratique n'est point particulière à ces populations: on la retrouve dans bien d'autres endroits. De Fourques on monte à Llauro (liiK) hab.), laissant à droite le petit village de Tordères (100 hab.) caché dans les chênes-liège. — De Llauro on jouit d'un |)oiiit (le vue ravissant sur les Basses- Aspres et sur la plaine du Roussillon. La route va.jusqu'à Céret, en passant par l'hermitage de Saint-Ferréol.

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