ENVIRONS D'ELNE
Les environs d'Elne constituent une des parties les plus fertiles de la plaine du Tech.
Un bon chemin nous conduit à La Tour-Ras-Elne (329 habit., 2 kil. 1/2) et à Saint-Gyprien (745 hab., 3 kil. 1/2).
Saint'CYprien. — Ce dernier village n'est qu'à 2 kil. de la mer, et son territoire, un peu sablonneux mais fertile, est contigu à la plage. Ses marécages, VAygal surtout, produisent beaucoup de sangsues. Dans ce marais se jettent le Ruisseau de Saint-Cyprien et VAguUa Capdaly canaux de dessèchement qui ont beaucoup contribué à chasser les mauvaises exhalaisons de ces parages, comme V Agulla-de-la-Mar, dont il a déjà été question à propos de Gorneilla-del-Vercol.
Tout près du village sont les ruines d'un ermitage appelé Chapelle de Vilarasa, village disparu depuis bien longtemps.
Saint-Gyprion portait encore au X« siècle le nom romain de Villa Salix, « Ville Saulx » ou « de la Saussaie ».
Dès Tan 914 le nom chrétien est attribué an village. On y a trouvé de nombreuses médailles romaines et quelques restes de bâtisses remontant à Tantiquité. Gela fait supposer que le village doit son origine à une villa romaine suburbaine à*Helena.
La tour fut construite pour surveiller les corsaires qui, à plusieurs reprises, visitèrent la côte.
Entre Saint-Cyprien et la Tour-Bas-Elne, s'élève une colline aux pentes douces ; du sommet on jouit d'un coup d'œil ravissant ; la côte rappelle le golfe de Naples : c'est absolument charmant.
Bellrich. — II y avait ici anciennement un village qui était défendu par un château fort ; il est déjà question de l'un et de l'autre dans un acte du XII« siècle. Tn chemin très connu au moyen âge et qui partait de Perpignan s'appelait lo Cami de Bages ; il passait ici, et le document en question le signale; il y avait un Portai de Bages à Perpignan, à côté du Château des rois do Majorque. — Bellrich peut nous donner une idée do l'insouciance avec laquelle le peuple a transformé et déflguré certains noms de lieu : de Avalrinus on lit d'abord Avalriy puis Valri^ puis Balrich et, enfin Bellrich ! — C'est aujourd'hui un grand et beau doruaine, admirablement situé au milieu de cette riche plaine que domine la pittoresque silhouette de Villeneuve-de-la- Raho.
Montescot. — Le chemin de grande communication n» 4 bis, qui va à Thuir, nous conduit à Montescot (2 kil. 1/2 à l'Ouest d'Elne). C'est un village de 202 habitants, entouré d'un territoire très fertile en céréales, fourrages et vin. Son vieux château a disparu depuis longtemps.
Bages. — Bages, qui est un peu plus loin, sur le même chemin, est beaucoup plus important que Montescot: il compte près de 1,100 habitants.
Le canal de dessèchement dit V AgnUa-de-la-Mar a rendu un service immense à cette petite ville en drainant ses terres marécageuses et en lui portant la richesse et, ce qui vaut mieux, la salubrité, la santé.
Tout porte à croire que Bages a pris naissance à une
époque très reculée et que ses premières maisons ont été des baraques de pêcheurs établies sur les bords de l'ancien étang, lequel était d'ailleurs très poissonneux. Le village s'appelait Baies et Baioles, Le même nom apparaît entre Perpignan et Gastell-Rossello, où autrefois ont existé des étangs. Ces lagunes formaient tout le long du vieux littoral comme une ceinture de petites mers intérieures sur lesquelles la navigation était possible. L'étang de Bages fut desséché par les Templiers au XII^^ siècle.
Toutes les communes que nous avons visitées depuis notre départ de Perpignan, appartiennent au canton Est du chef-lieu : Bages fait partie du canton de Thuir, (12 kil. N.-O.).
PALAIJ-I)EL-V11)RE. — 3^ Station.
i6 kil. de Perpie^nan.
Le nom de Palau vient évidemment d'un ancien palais (paluciufnl dont l'origine est inconnue et qui n'était déjà plus, au W^ siècle, qu'une masse de ruines dont les terrains furent inféodés à divers particulière. Ce palais, ou plutôt ce château, ancienne propriété des comtes de Houssillon, fut légué à l'Ordre du Temple par le comte Guinard en 1172. Il devint ensuite, comme les autres possessions des Templiers, domaine des Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. — On dit PsAnu-del-Vidre on (( du Verre, » à cause des verreries qui existaient dans le village pendant le moyen âge. En 1334, on voit un certain Réranger Xatart qui se qualifie de c( maître de four à verre de Palau » {rïiacfhterfurni vltrî dePahicio). C'est dans le siècle suivant (en 1442) que le village commence à être désigné sous le nom qu'il a gardé. Il y a eu ici des verreries jusqu'au XVIc siècle, et cette industrie, aujourd'hui totalement disparue du RoussilKm, y était répandue dès le XIII»^ ; on l'exerçait à Palau, à Vallbona, à Saint-André de Sorède, à Sorède, à La Roqne de l'Albère.
L'église de Palau-del-Vidre possède deux beaux \\An-
neaux qui ont fait partie de retables en liois seul pie et peint du XVl*' siècle et une chape très curieuse ; elle date de 1555 ou 1556 et sort des ateliers de Afariin Otxoar, brodeur de Barcelone. « La Vierjïe ouvrante » est très curieuse ; elle est debout, portant TKnfant Jésus sur le bras gauche; elle mesure 0 m. 76 de hauteur. La Vierj^e s'ouvre à la façon d'une armoire et laisse voir à l'intérieur Jésus-Christ assis.
Gomme tout le pays que nous allons voir jusipTà Cerbère, Palau fait partie du canton d'Ar*>:elès et du deuxième arrondissement, dont le chef-lieu est (V»rvt. Il compte près de 1000 habitants et possède lOiîJ hectan»s d'excellentes terres qui donnent en aljondance du blé, du seigle, du maïs, des haricots, des pommes de terre et surtout des fourrages et du vin.
Au S.-P]. de Palau se dressent les restes de l'ancii^n château de Tatzo d'Avall, dont il est quelquefois question dans nos guerres du XVl^* siècle. On a construit une belle ferme à côté des ruines lamentables de ce vieux et robuste témoin des temps passés dont les mui"s sont désossés. Les alentours sont frais, couverts d'ime végétation luxuriante: le contraste est frappant.
Non loin de Palau se trouvent Ortafta et Brouilla, dont nous parlerons quand nous suivrons la voie ferrée qui va d'Elne à Arles-su r-Tech. — De Palau-del-Vidre sortent deux chemins qui mènent : l'un à Saint-Andréde-Sorède (2 kil.), l'autre à Saint-Genis-des-Fontaines (4 kiL). Ce dernier passe par le Mas de Vilaclara, qui est un ancien prieuré de religieuses de Saint-Sauveur.
ARGELÈS-SUB-MEB. — 4'^ Station.
23 kil. de Perpignan, 26 kil. de Céret.
Il Argelès-sur-Mer [Argilers et locus de Argilleriis au •moyen âge) est chef-lieu de canton et compte 2,833 I habitants. Argelès signifie, dit-on, terre grasse^ terre \^ fertile en vieux gaélique. Nous ne savons pas bien si, It. grammaticalement parlant, Tétymologie est juste ; mais ze que nous pouvons affirmer c'est que la plaine qui
- ôg-
entoure Ai^elès réunit à peu près toutes les productions de l'agriculture. Quant à la dénomination d'Argelès-swr- Mer, c'est un nom tout-à-fait moderne, imposé par l'administration des Postes pour le distinguer de son homonyme des Hautes-Pyrénées.
La rivière de la Massane a prolongé ses deux rives vers le large, et a, par ses terrains de transport, formé cette plaine encore indécise, instable que les alluvions finiront par colmater au profit de la population laborieuse de la ville.
Argelès est, sans contredit, un des plus agréables séjours de nos contrées. Placée entre la mer et la montagne encore boisée de TAlbère, à une faible distance de Tune et de l'autre, elle jouit de la brise rafraîchissante du soir et de l'air pur du matin. Assise sur une éminence, elle domine la plaine fertile qui l'entoure et plonge son regard jusqu'aux profondeurs lointaines de la vallée du Tech ou jusqu'aux rivages de Gollioure.
L'église d'Argelès mérite d'être visitée. Elle est à une seule nef et date du moyen âge ; mais les transformations nombreuses qu'on lui a fait subir dans les temps modernes ont singulièrement altéré son caractère primitif.
Sur la cuve des fonts baptismaux, qui est à pans coupés, est gravée l'inscription suivante :
Magister Guillelmus Marchi de Volono me fecit. (1)
Cette inscription remonte sans doute au XIII« siècle ; les caractères en sont d'une élégance l'emarquable. Le réservoir hémisphérique est creusé dans une dalle polygonale qui engendre, par dessous, une pyramide renversée d'un même nombre de côtés.
On remarquera, appendus aux mui's des chapelles, quelques tableaux d'une valeur artistique incontestable; inalheureusement, la nef est obscure, et ce n'est qu'avec la plus grande difficulté qu'on ?irrive à saisir les sujets et le mérite de ces compositions. Le plus remarquable de ces tableaux est dans la seconde chapelle à droite, en entrant dans la nef ; il est peint sur bois et représente
(i) (jc C'est maître Guillaume March du Boulou qui m'a faite. »
différentes scènes, notamment une dispute entre le biabte et Saint Michel au sujet d'une âme pesée dans une balance. Les panneaux sont du XIV« siècle ; l'exécution en est parfaite et le coloris délicieux. Nous soupçonnons fort la fabrique de les avoir restaurés et de leur avoir ainsi enlevé un peu de ce vernis qui fait en grande partie la beauté et le prix des peintures du moyen àj»e. Quand donc s'habituera-t-on à comprendre et àrespe<*ter les chefs-d'œuvre de cette époque ? — L'(( Autel privilégié )) compte jusqu'à neuf tableaux sur bois et un sur toile. — On peut demander à voir un ciboire en cuivre fort curieux qui doit dater du XI V*» siècle.
Gomme celle de la plupart des petites villes du Boussillon, l'histoire d'Argelès se réduit à quelques faits que l'écrivain relève de loin en loin, en parcourant les annales non encore bien classées de la province. Nous ne savons rien de l'origine et des prem^ei*s temps d'Argelès. Elle est citée pour la première fois en 981, dans un diplôme accordé par Lothaire à l'abbaye Saint-Genisdes-Fontaines. Argelès y est désigné comme limite des possessions de ce couvent. Pendant le moyen âge, elle devint une des principales places du Roussi lion ; on peut s'en convaincre par le siège qu'elle soutint en 1343. On voit encore les restes de ses bonnes et solides murailles garnies de tours et reliées au ce Château Amoros. » C'est dans ce château que s'abouchèrent en 1298 les rois de Majorque et d'Aragon pour renouveler un liaité qu'ils avaient conclu en 1279. — A 200 mètres environ, du côté de la mer, se trouvait « la Tour de Pujol » qui était une véritable forteresse. En 1343, après avoir vainement essayé de s'en emparer, les Aragonais donnèrent l'assaut la nuit suivante à Argelès ; mais ils furent repoussés par la résistance opiniâtre d'une troupe génoise au service de Jacques de Majorque et commandée par GeoftVoi de l'Etendart, vaillant officier français. Les habitants, ellVayés de la violence de l'attaque et craignant de ne pouvoir résister à un nouvel assaut, oflrirent de se rendre s'ils n'étaient secourus dans trois jours. Ils se rendirent en effet le 6 juin. L'Etendart n'ayant pas voulu intervenir dans cette capitulation, resta prisonnier de guerre et on établit Guillaume de Guimera commandant à Argelès.
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En 1474 notre ville fut occupée par Tarmée de Louis XI et par celle de Juan II. En 1641 elle se rendit, sans opposition, au maréchal de la Meilleraye ; mais les Espagnols la reprirent le 7 janvier 1642 après trois jours de combat. L'armée française y rentra de nouveau en 1646.
Le 23 mai 1793, les Espagnols occupèrent Argelès, s'y retranchèrent et en firent le réduit et le magasin d'un camp de 4,000 hommes et de 500 chevaux, qui fut établi sur la pîage, entre la ville et la mer, vers le Mas Leclerc. Le lendemain ils s'emparèrent d'EIne puis de Gorneilla, où ils surprirent des approvisionnements considérables destinés au ravitaillement de Bellegarde.
Argelès était ville royale et votait aux Etats de Catalogne. Ses premiers privilèges sont peu connus ; mais elle est richement dotée sous ce rapport à partir du xiv« siècle, comme le témoignent un grand nombre de chartes qui sont conservées à la mairie. .
La plage est à une distance de 2,000 mètres de la ville. On y arrive par une très belle route tracée à travers une plaine fertile, bien cultivée et soigneusement arrosée. La route est semée de coquettes villas, où vient séjourner, pendant la saison des bains, une petite population composée principalement de Perpignanais.