‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 14 sur 71 · EXCURSIONS AUX ENVIRONS DE COLLIOURE · texte numérisé non relu

EXCURSIONS AUX ENVIRONS DE COLLIOURE

lo Consolation. — D'où sort tout ce monde ? dira quelqu'un. De tous les points du Roussillon. Les uns sont venus là pour rire, les autres pour prier. Les dévots sont allés, en effet, pendant la journée, faire leur petit pèlerinage à Notre- Dame-de-Consolation. Cet ermitage est situé dans le Vallon de Colliourey à 3 kilomètres de la ville. 11 est modestement assis à l'ombre d'un joli bosquet, à côté d'une belle source et au milieu d'un site délicieux qui contraste avec les crêtes et les pointes nues des montagnes environnantes. C'est une bien jolie fête champêtre que celle de Consolation le 8 septembre ; elle a un cachet tout particulier de pittoresque et de gaîté tranquille.

Madame Amable Tastu a chanté Notre-Dame de Consolation :

Ainsi (lurnnt la nuit quand Télément perfide Gronde au pied des rochers qui bornent ce vallon. Us s'endorment au bruit de ce ruisseau limpide Errant sur le gazon.

Et moi, ne puis-je aussi trouver un lieu propice Où les peines du cœur s'endorment à jamais ? A défaut de bonheur, Vierge consolatrice. Fais-moi trouver la paix !

Permets, Reine des Cieux. qu'après de longs orages. Je puisse enfin goûter quelques jours de rc|)os. Beaux comme tes vallons, doux comme tes ombrages Et purs comme tes eaux !

2o Abbaye de Vallbona. — A une petite heure de cet ermitage se trouvent les ruines de TAbbaye de Vallbona. On se dirige vers le Sud pour passer sur le versant du Puig de Tallaferro ou Pic de Taillefer et on descend dans la vallée du Ravaner, que Ton remonte au Nord-Ouest par la pente opposée : on ne tarde pas à voir les ruines du monastère.

Notre-Dame de Vallbona ou de Valljonne était habitée par des moines de l'Ordre de Cîteaux, qui la fondèrent en juillet 1242. Les moines s'y livrèrent ave<' succès h rélevage des bestiaux; l'un des rois de Majorcpie leur accorda dans ce but de nombreux privilèges (129IVi. L'abbaye fut ruinée pendant le XV« siècle, puis réfiarée, puisqu'on y trouve des habitants en plein XV^I*' siècle. L'église remonte en partie au milieu du X1II«.

1 oute cette haute vallée du Ravaner est très sauva<;e mais très intéressante pour un excursionniste exercé. Après avoir visité la Cova de las Encanladas^ composée de trois salles à stalactites, il faut chercher la (Uïva drl Alarp (Caverne du Monstre) formée de quatre énormes blocs. D'après la tradition, elle aurait été construite par une espèce d'animal n'ayant qu'un œil au milieu du front ; c'était donc un cyclope. Que vient faire ici la mythologie grecque? Serait-ce un souvenir du temps si reculé où Aplirodite protégeait cette contrée ?

En remontant le cours du torrent, on atteint le Himbaut, métairie qui possède une école. La ferme est très pittoresquement bâtie sur le flanc Nord -Ouest de la crèle de Taillefer, au fond de l'étroit vallon qui commence au pied du Sallfore (978 mètres d'ait.). Nous sommes ici sur la f routière d'Espagne, dominant la plaine de l'A m pu rdan .

PORT-VENDRES. — 6* Station.

3o kil. de Perpignan, 36 kil, de Céret.

Gollioure est presque contigu à Port-Vendres dont il n'est séparé que par le Cap Gros et la petite anse de la Mauresque. La route côtoie la mer dont les vagues luisantes viennent déferler sur les talus et les murs de soutènement. C'est ici un des sites les plus beaux du département et qui vaut bien la célèbre Corniche des environs de Nice. A droite, la voie ferrée passe sous un tunnel de 840 mètres percé à travers la montagne qui porte le fort Saint-Elme.

Port- Vend res est l'ancien Portus Veneris (Port de Vénus). Quelquefois, les écrivains de l'Antiquité le désignent par le nom de « Vénus pyrénéenne », ou par celui de ce Temple de Vénus pyrénéenne ».

On a longtemps cherché l'emplacement qu'occupait ce fameux temple sans pouvoir le fixer; les uns le plaçaient au sommet du cap Biar (\), les autres à l'entrée même du port ou dans le port même. On a découveit en 1880, en construisant une cale dans l'anse Gerbal, des ruines qui tranchent définitivement la question. Le temple était sur une éminence, à l'entrée du port, au Nord, et abrité contre les vents du Sud. On trouvera au musée de Perpi* gnan les quelques bribes archéologiques épargnées par la pioche des terrassiers.

Port- Vend res ne figure dans aucun de nos documents antérieurs au testament de Jacques-le-Conquérant, c'està-dire à l'année 1272. A partir de cette époque nous voyons paraître son nom avec celui de Collioure, et ces deux ports, les seuls du Roussillon, ne forment ensemble qu'une même commune (2). Sous Louis XI les habitants et les navigateurs de Gollioure obtenaient pour les deux ports les privilèges et les franchises dont jouissait Aigues- Mortes.

En 1599 Port- Vend res était dans un très mauvais

(i) On doit écrire Biar ou Biarra et non pas Béar et Béarn.

(2) l'n document de i43o appelle Port-Vendres lo Pori-Vendres de Copliure.

— ii3 -

état ; les habitants de GoUioure en demand<'»ronl Tamélioration à Philippe III, lui représentant que le port ne pouvait plus recevoir que 3() galères, alors qu'il en recevait 200 anciennement; mais il fallait arriver à la fin du XVIII® siècle pour voir de sérieux travaux s'exécuter à Port- Vend res.

Quand Vauban vint dans ce lieu, lors de son deuxième voyage en Roussi lion, il fut frappé de ses excellentes conditions nautiques. Il conçut aloi-s l'idée d'étal>lir à proxinnité de la frontière d'Espajçne un vaste port militaire. Il s'indigna de ce qu'aucun nerviteur du n>t n'avait encore signalé cette position. Il lit iuimédiatement élever les redoutes du Fanal, de Hiarra et de la Presqu'île, qui protègent le mouillage, et donna l'esquisse d'un vaste projet que la guerre de la succession au trône d'Espagne ne permit pas d'exécuter.

En 1700, on creusa un port pour les galèi-es, mais négligé dès 1709, presque abandonné jus(|u'en 1772 malgré son utilité justifiée par les services qu'il rendit en temps de guerre, on n'y reprit les travaux que sur hîs pressantes sollicitations du maréchal deMailly, zélé prompteur de tout ce qui pouvait contribuer au bien de la province dont il était commandant militaire.

Lorsqu'on eut terminé les travaux entrepris sur les plans du maréchal de Mailly, on éleva, sur une place nouvellement ouverte au fond du port un obélistjue qui, dégradé aujourd'hui, n'a plus que l'air d'un énorme squelette de pierre. Sa hauteur totale est de 25'"9S7, et son sommet s'élève à 32'"483 au-dessus du niveau de la mer. Avant sa mutilation, il était surmonté d'un globe terrestre recouvert de fleurs de lis. Le socle est en marbre rouge de Villefranche et l'aiguille en marbre giis d'F^sfagel ; les bronzes qui le décoraient sont au Musée de Perpignan. Nous en donnons ci-contre le dessin.

En 1835, le Conseil général du département demanda l'agrandissement du port ; une loi fut rendue à cet effet le 19 juillet 1837 qui allouait un crédit de 1,600,000 francs. Quelques années après, on établissait un môle d'abrilenient à l'entrée du port, et l'on creusait un vasle bassin entouré de quais. C'est le grand port actuel.

Port-Vendres est incontestablement un des |)lus sûrs

— il5 —

abris de la Méditerranée ; c'est une véritable anse de repos. Son entrée oftre aux navires les plus grandas facilités et sa position est parfaitement reconnaissable par las tours de Madaloch et de la Massane, el par le phare du cap Biar, aujourd'hui en^lolN' dans un fort. Ce phare est de premier ordre et à feu fixe ; il s'élève à 22ÎI'" au-dessus du niveau de la mer ; sa portée est de 10 lieues latitude 42o, 21', 25", longitude G» 46', :îO" E.

Le phare du cap Biar est fréquemment voilé par la brume, aussi, a-t-on décidé de le reconstruire en un point moins élevé. Un feu blanc clignotant est situé à tribord de l'entrée du port ; un feu rouge est situé à l'extrémité do la jetée à bâbord de cette entrée. Les feux de direction sont tous les deux blancs ; ils déterminent l'alignement à suivre par les navires pour franchir la passe.

Le port a 13 mètres d'eau et le chenal par lequel il communique avec la mer en a 19; il peut ainsi recevoir de très forts navires. Il a la forme d'un bassin rectangulaire long de plus de un kilomètre et large de 300 mètres. II n'est exposé qu'aux vents du N.-E. contre lescjuels il se défend par la jetée longue de 300 mètres construite en 1845. A l'extrémité orientale de ce large bassin s'ouvrent deux autres ports en forme de bassins longs (jui se rejoignent à angle droit. Celui de gauche, qui est le pins petit, date du XVIII*' siècle ; l'autre fut exécuté d'après les projets de 1835 et de 1836.

Port-Vendres compte aujourd'hui 2,800 habitants. La population est donc peu nombreuse pour une station maritime aussi considérable ; d'ailleurs son mouvement commercial ne semble pas augmenter. L'ouverture de la voie ferrée Tarragone- Barcelone et France n'a fait que le diminuer. Cependant il est nécessaire que Port-Vendres existe et qu'on l'entretienne avec soin dans un bon état, qu'on l'agrandisse même. Un navire surpris au large par les gros temps d'Est et de Sud-Est y trouvera toujours un abri sûr, alore que l'entrée des ports de Cette ou d'Agde sera dangereuse et le ralliement de Mareeille impossible. En outre, en cas de guerre il peut rendre des services immenses. C'est le seul port, jusqu'à la côte d'Espagne, qui puisse offrir un sur refuge aux vaisseaux et recevoir des escadres. On projet en ce moment l'élar-

gissement des quais du vieux port et la construction d'une troisième darse.

Page 1