EXCURSIONS AUX ENVIHONS DE PORT-VENDRES
1^ Tour de Nadaloch. — La Tour de Madaloch est à l'altitude de 655 mètres. On peut y monter de Consolation par le Col de Mollo et le Pic de Taillefer, ou bien par le Vallon de Cosperons ; l'ascension des deux côtés est fort rude. Il est préférable de suivre le cliemin stratégique construit par le Génie militaire ; il est long, interminable, mais fort commode. La montagne s'ouvre au Sud, entre le pic de Sallfore et le col de Ranyuls, et permet à la vue de se porter sur Figuères.
Comme Ruschto, Jlliberis, Cocolibcris et bien d'autres, le nom de Madaloch a souvent exercé l'érudition et, disons-le aussi, la fantaisie des étymologistes. On a eu encore recours aux langues sémitiques pour l'expliquer ; c'est peut-être un mot purement roman. Le pic est cité dans un acte de 981, qui l'appelle Pogiuni Madalaveo, qui est très probablement une mauvaise lecture pour Madalauco. Dès 1293, l'ortbograpbe Madaloch apparaît pour ne plus de se j^rdre ; quant à la turris ou tour, il en est fait mention dès l'an 1340.
A 800 mètres environ Nord-Est de la Tour de Madaloch, entre le Pic de Taillefer et le Col de Mollo, qui sépare les territoires de Collioure et de Cosperons, sur un étroit [)lateau que les gens du [)ays appellent Lo Sernentcv'i (le Cimetière) on trouve une pierre (jui porte des sigles sur lescpiels on a beaucoup discuté sans jamais arriver à découvrir ce qu'ils veulent dire. Dans les idées des rares habitants de ces coteaux solitaires la Pierre écrite^ comme ils appellent cette dalle, couvrait ou indiquait le gîte d'un trésor caché ; aussi ce terrain a-t-il été plusieui*s fois liévreusement remué par des gens que poussait, non le goût de l'archéologie, mais la soif de l'or, auri sacra famés !
2"" Paulilles et la Vallée de Cosperons. — Au
sortir de Port-Vendres la voie ferrée entre dans un petit
souterrajn, suit une longue tranchée, puis ^a^rm Tanse de Paulilles par un lonjr tunnel. Gomme il n'v a pas de station à Paulilles, nous irons lui faire une visile par la route qui grimpe au Col ds la» Portas. U chemin est très chaud, très sec, mais d'un jçrand charme lorsciu'on le parcourt de bon matin ou le soir, au coucherdu soI«»il. L'anse de Paulilles est un lieu charmant où Ton a établi une fabrique de dynamite. Les vi^ne^i et les olivier-s qui couvrent les coteaux de la plajçe, les aloès qui entourent lesjardin;5 et les champs, les lauriens-rose qui poussent jusque sur le bord de l'eau, une force de vétrétation particulière enfin, donnent à ce petit vallon un aspect tropical que la température ordinaire ne dément pas d'ailleurs. Au XIVc siècle l'anse était connue sous le nom de Port de Valenti, plus tard dv Valentin, et le ravm qui descend de la pointe de Biarra porte encore aujourd'hui le nom âeValentinolL Au XV« siècle on v signale une chapelle de Sainte-Catherine, qui était probablement bâtie sur le versant de la montagne, car elle • s'appelait Santa Caierina de Biarra. Par ce que nous venons de dire, il est permis de supposer qu'il y a eu ICI, dans les temps reculés, un port assez considérable comble depuis par les terres qu'entraînent les deux ravins de Cosperons. En 1794, Durrommier put y débarquer sa grosse artillerie qui devait servira faire le siè«re de Port-Vendres et de Gollioure, tombés l'année précédente entre les mains des Espa^^nols.
Dans l'anse de Paulilles se jette le ravin qui descx^nd dii territoire de Perdiguer, qui a été au moyen à^e une petite seigneurie appartenant à la famille Puiq d'OviUa famille à laquelle se rattache une des célébrités scientifiques de la France moderne, le savant chimiste Ortila ne à Mahon (île de Minorque) en 1787. C'est en 1300 que Guillaume Puig d'Orphila, possesseur de l>erdii;uer, recevait une concession immense de terrain dans l'île de Majorque et quittait le Houssillon.
Le nom de Pauliles (la seule forme que donnent les documents depuis l'époque où il se montre pour la première fois en 1383) s'appliquait au a territoire » ou vallon parcouru par les ravins qui descendent du coU de las Portas, tandis que l'anse, ainsi que nous l'avons dit.
était appelée Port Valenti, Plus haut, était Gosperons, qui existe encore. Le village avait donné le nom à la petite vallée qui est comprise entre les caps Ullasirell et Biarra, la ceinture de rochei'S escarpés que surmonte la Tour de Madaloch et qui la séparent de la vallée du Ravaner et la ligne montagneuse qui, au Nord, la sépare de la vallée du Doui ou de Consolation et de la Vall de Pintes ou de Port-Vendres. Là s'ouvrent des cols ou passages nombreux (cols de las Portas y de Perdiguer, de Romani, de MollOy connus dès le XII« siècle) auxquels a la Vallée de Gosperons » doit sans doute son nom, car celle-ci s'appelle, dans les vieux actes, Vallis de collis profondis (Vallée des cols profonds), dénomination qui est devenue dans la langue romane vulgaire Colis perhons, Colis presons, Colis pregons et, enfin, Cosperons, A la fin du Xlle siècle la vallée faisait partie de la paroisse de Saint-Jean de Banyuls ; son église ne fut donc bâtie qu'après Tannée 1200. La communauté de Gosperons, toute petite, se divisait en manses ou masos groupés aux environs de l'église ou dispersés dans le territoire.
G'est dans une de ces métairies que furent découverts en 1619, deux pauvres fermiers, un homme et une femme, qui furent déclarés sorciers et poursuivis comme tels. (( Dès le mois de décembre 1618, dit Alart, il s'était produit une grande agitation en Roussillon à propos de sorcellerie, et un 'misérable nommé Laurent Garmell, exploitant les préjugés et l'ignorance des populations, put envoyer au gibet de nombreuses victimes qu'il désignait lui-même ou qu'il reconnaissait de la façon la plus sommaire. Peu de communes échappèrent aux accusations de ce prétendu devin dont les autorités judiciaires acceptaient les dénonciations avec la plus grande confiance, et, ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ce personnage, qui se dit originaire de France, ne signe aucune de ses dépositions '^ pour ne savoir écrire ", per no saher de scriure, comme il le dit lui-même. » Un grand nombre de femmes furent reconnues bruxas ou sorcières par cet imposteur. Ges pauvres hystériques, qu'on aurait dû envoyer à l'hôpital, moururent de la corde, victimes d'une justice insensée, qui croyait aux sortilèges.
BANYULS-SUR-MER. — 1» Station.
37 kil. de Perpignan, 4^ kil. de (^cret.
II n'y a pas encore bien longtemps, la population de Banyuls était entièrement groupée au Puig del Mas, au hameau de la Rivera, dit aujourd'hui de la Rectorias, ou dispersée à Vall Auger et à Vall Auria, vei-s le haut de la vallée. Aujourd'hui elle se trouve concentrée sur le bord de la mer, où l'on comptait à peine quelques maisons à l'époque de la Révolution. Le dernier recensement porte à 3,609 le nombre des habitants de Banyuls ; c'est la commune la plus importante du canton d'Argelès. On attribue faussement aux Arabes la construction des tours qu'on voit encore dans un assez bon état et aussi celle du Château, transformé aujourd'hui en maison d'habitation.
Tous les ans, à la belle saison, Banyuls est fréquenté par un grand nombre de baigneurs Son nom catalan est Banyuls-de-la-Marenda (de Mer). L'ensemble constitue une petite ville maritime d'aspect gai, riant, lumineux.
Si une ville est appelée à un grand avenir sur notre côte roussi llonnaise, c'est Banyuls. Sa situation le lui promet et la fertilité de son territoire ne s'y oppose pas. Ses vins, particulièrement recherchés pour l'exportation, sont les meilleurs du département ; son huile est excellente, son miel est de bonne qualité. Le micocoulier et le châtaignier abondent dans les environs : ce dernier est exploité pour la fabrication des futailles. Mais la principale industrie des Banyulenchs est la pêche. Rien n'est plus pittoresque que de voir aller, venir, décrire des courbes gracieuses siir cette nappe bleue, les canots, les balancelles, les barques « qui ont l'air de cygnes épanouissant leurs ailes au souffle de la brise )).
(( Le port » de Banyuls consiste simplement dans une baie de 400 à 500 mètres de largeur sur 250 mètres de profondeur, encadrée entre deux promontoires dont l'un est couvert de maisons et l'autre porte le Laboratoire Arago. Dans l'intérieur de cette anse viennent mouiller
les barques de pêcbëursét quelques navii'as de'cabota;;e. La plage de Fontaulé est sépai'êe du port par un îlot granitique qui émerge de quelques mètres au-dessus du niveau de la mer. L'île Grosse la borne au Sud-Kst: cette plage de Fontaulé offre un excellent mouillage. (1)
Le a port » s'est formé surtout par les ap[K)rls. de la Vallauria (2>, torrent qui est pi-esfjue toujours à sec quand il ne pleut pas.
« Les Bains de mer » sont très agréablement installés entre l'embouchure de la Vallauria et le Laiioratoire Arago.
La Communauté de Banyuls comprenait, en 1789, la \allée de Banyuls proprement dite, les territoires de Cervera et des Abelles et la Vallée de Cosperons^ qui n'en a été détachée que sous la Restauration pour la formation de la commune de Port-Vendras.
Il paraît que depuis la réunion du Houssillon à la France, jusqu'à la Révolution, les habitants de Ranyuls furent les plus habiles contrebandiers des Pyrénées. Ils faisaient surtout la contiebande du sel et du tabac, l^e mal était devenu si grand à un certain moment que le gouverneur de la province ne trouvait pas d'autre moyen d'y remédier que de raser Banyuls et iVen transporter les habitants à Port- Vend res. Mais l'intendant trouva un moyen plus doux et plus efficace : il établit à Banyuls des officiei*s de police, y plaça un maître d'école pouF instruire les enfants, promit des gratifKîations aux personnes qui planteraient des vij^nes dans les terrains incultes et lit ouvrir une route de voitures entre Port- Vendres et Banyuls (1789). Les bienfaits de cet excellent administrateur ne furent pas perdus et (juatre ans après les patriotes de Banyuls défendaient leurs foyer's avec une indomptable énergie contre l'Espagnol envahisseur.
Le 15 décembre 1793 au matin, la i)atail]e s'engagea sur tous les points. Nos positions, surtout celles du Col
(i) C'est Forn ou Fourn teiilé (tuilerie) qji'il faudrait ('crire. Encore en 1 836 on disait />)«/• Tnulè. La crique s'appelait anciennement lo Port de la Farrera.
(a) Ce nom formé des deux mots vnllis auren f vallée aérée) a été défiguré, lui aussi : on écrit, en effet, aujourd'hui « Baillaury » et fBaillaurie)),
de Banyuls et du Puig de la Galm, faisaient bonne contei^ance ; mais le général espagnol ayant concentré ses troupes vei-s ces deux points, les Français abandonnèrent leurs postes. « Dans cette honteuse déroute, dit Fervel, ce furent des paysans qui sauvèrent l'honneur de nos armes. Le poste important du Puig de la Galm, qui s'était un instant laissé surprendre quelque temps auparavant, avait été confié depuis, et sur leur demande, comme le plus périlleux, aux habitants de Banyuls.... On leur avait adjoint un bataillon de réquisitionnaires. Le torrent des fuyards se précipitait des crêtes dans le fond de la vallée. Seuls, immobiles au milieu de la débâcle qui entraînait jusqu'à leurs auxiliaires, sans autre assistance que celle de leurs femmes et de leurs enfants, qui portaient les cartouches et chargeaient les armes, ces braves gens osent résister à une armée triomphante qui vient de toutes parts s'amonceler autour du rocher qu'ils défendent. On les somme de se rendre. « Les Républicains ne se rendent jamais, ils savent mourir ! » répond leur maire. Enfin ils lâchent prise, mais c'est pour se ruer en désespérés sur les Espagnols qui descendaient dans leur village (1). » Les Espagnols s'emparèrent de Banyuls et se vengèrent de l'héroïsme des enfants sur quelques vieillards qui avaient refusé d'abandonner leurs toits.
La Convention nationale, informée de cet acte de dévouement des Banyulenchs, qui. nous transporte aux plus beaux jours des temps antiques, décréta qu'i/s avaient bien mérité de la patrie et qu'une pyram^ide serait érigée sur la place publique du village avec cette inscription :
(( Ici sept maille Espagnols déposèrent les armes devant les Républicains et rendirent à la valeur ce qu'ils terraient de la trahison »,
Dugommier, en effet, avait décidé, par l'article 7 de la capitulation de Gollioure, que les 7000 Espagnols qu'il tenait à merci dans cette ville déposeraient les armes sur la place de Banyuls.
(i) Fervel, Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées-Orientales, tome I""",
Oa a enfin élevé en 1894 la pyramide coinmémorative dont Ja Convention avait décrété l'érection !
Le a Sanatorium » de Banyuls est construit dans Tanse de las Elmas. C'est une de ces résidences curatives par elles-mêmes, qui ne sont ni hôpital, ni hospice, ni maison de santé, car ici le traitement médical joue un n>le très secondaire : c'est l'air qui est le principal remède. 11 a été construit sur les plans de Joseph Carbasse, architecte du« département, et inauguré en septembre 1888. Il a été cédé à la Société nationale des hôpitaux marins. La ville de Banyuls a donné 30,000 fr. pour sa construction. 11 est entretenu par des subventions de l'Assistance publique, des départeraenls et des communes et par des bienfaiteurs, parmi lesquels nous devons citer MM. Bardou-Job et Viollet frères. Le sanatorium se compose de dix-huit pavillons. Il y a 200 lits. C'est une excellente institution pour prévenir le dépérissement chez les enfants.
Le Laboratoire de zoologie maritime, dit « Laboratoire Arago )) est d'une architecture simple, sévère, comme il convient à un domaine de la science. C'est un grand bâtiment à deux étages, long de 30 mètres, lai'ge de 10, flanqué de deux ailes de moindres dimensions. Au rezde-chaussée, VAquariurriy dont les fenêtres donnent sur la belle plage de Banyuls; sur deux côtés, derrière des glaces épaisses de cristal formant de véritables petits lacs, éclairés par dehors, montent et descendent des poissons de toutes les espèces et de toutes les couleurs. Au centre de la salle un grand bassin ovale, avec jet d'eau, contient aussi des poissons. La décoration consiste en bustes de grands naturalistes, d'une Vénus de Milo et du buste de François Arago.
Dans une grande pièce attenante à l'aquarium, on a installé une machine à vapeur, un dynamo Edison et une batterie d'accumulateurs. Une pompe d'alimentation. amène l'eau de mer dans un réservoir de 140 m. cubes, eau nécessaire à l'élevage des poissons. C'est là aussi que se produit la lumière électrique destinée à éclairer tout l'établissement. Le premier et le second étages sont occupés par les cabinets de travail, les instruments, la Bibliothèque, une collection d'animaux marins trouvés daqs la mer aux environs de Banyuls. — Toute cette
magnifique installation est due à la libéralité de la commune de Banyuls, du conseil général et à la persévérance de M. le professeur Lacaze-Duthiers.
Banyuls a une église moderne très richement décorée, mais trop sombre, dont Tornement principal est une Vierge de marbre blanc, par Alexandre Oliva. L'église de la Rectoria est un vieux monument roman ; elle est à une seule nef, voûtée d'un berceau lisse et brisé. On remarquera sur les côtés des piliers qui rappellent ceux que nous avons déjà signalés dans la Collégiale d'Espirade-l'Agli et que nous retrouvons dans l'égU^e de Saint- Genis.