‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 20 sur 71 · POT-TT-C'ÔS · texte numérisé non relu

POT-TT-C'ÔS

DECVMANI narbonens-

en 238 et proclamé a Auguste » par les î^réloriens aprôs la mort de Batbin et de Puppien. Le premier janvier 239 il renouvela sa puissance tribu ni tienne et prit, en même temps les faisceaux (1). La date est donc 239; Tattribution est un autel votif à Gordien III. Quant à la signification des mots Decurnani nnrbonctiaes, on ne sait pas encore au juste à qui on doit la rapf)orter. Les uns disent que les vétérans de la Dixièmo légion, citoyens de Ncirhonne^ élevèrent cet autel ; les autres soutiennent que ce sont les fermiers des Dîmes résidant à Narbonne. Une autre inscription romaine, trouvée il y a quelques années dans l'absidiole Nord de Téglise, ferait croire qu'il y avait à Saint- André une curio, un municipe, puisqu'elle parle de décurions. Voici cette inscription :

mercurio

aug|usto)

q[vintvs] valerius

hermistio

l[ogo] d[ato] 1)|ecreto| dIecukionum). (2^

Une tradition vulgaire nous enseigne que Tatzo et Saint-André avaient, anciennement, une population assez grande pour fournir dix-huit cents jeunes filles à la procession du jeudi saint. Ce qui paraît certain, c'est que vers la fin de l'Empire, une nombreuse population s'étendait d'Argelès à la Pave et d'Argelès à Sorède et à Saint-Genis-des-Fontaines. Saint-André, dont le nom primitif nous écbappe, placé dans cette région, à Fentiée presque de la vallée de Montbram (jui conduit au col de la Garbassère, dut avoir une réelle importance.

A Saint- André, le touriste quittera le grand chemin pour se diriger, à gauche, dans la direction de l'A ibère.

(i) Imperaiori Caesnri Marco Antonio Gordiano pin, felici, invicto, auffusto, pontijici maœimo, tribanicia poteatate iteruin consuli, patri patries, Decamani IVnrhonenses,

A l'Empereur César Marcus Antonius Gordiamis, pieux, heureux, invincible, auguste, souverain pontife, revêtu pour la seconde fois de la puissance tribunitienne, consul, père de la patrie, Les Dccumans de Narboone

(a) A Mercure Auffusle, (^uintus Valerius Hermétion, remplacement ayant été donne par les Décurions.

Il gagnera Sorède par un étroit sentier, tortueux, rocailleux, mais égayé d*arbres touffus, restes des vieilles forêts qui tapissaient ici les flancs de la montagne.

SORÈDE

8 kil. d*Argelès, 20 kil. de Perpignan, 22 kil. de Géret.

Le village (1,391 hab.) est tout-à-fait au pied de TAlbère, dans un site délicieux, rempli de fraîcheur, audessus d'un vallon très accidenté et très pittoresque au fond duquel coule a la Rivière de Sorède. » (1) L'église, de style roman, mérite d'être visitée. Elle est située sur l'un des côtés de l'ancien Château, qui est assez bien conser\'é, et dont la façade principale donne sur la place publique, très vaste et pleine de mouvement le dimanche.

En entrant dans le village, nous voyons des orangers vigoureux, signe d'une température assez douce ; à côté est un champ ou plutôt une petite forêt de micocouliers. Cet arbre, dont on fait principalement des manches de fouet résistants et flexibles appelés perpignanSy est cultivé sur une grande échelle dans cette commune. Le liège apparaît sur les escarpements de la montagne avec ses bras tortueux et son feuillage dru et serré. Dans ces parages nichent le catharte ali moche et le milan royal.

La vallée de Sorède est parallèle à celle de La Vall ou de La Massane et n'est pas moins sauvage. A la gorge de la Forge, près du Mas del Ca (métairie du chien), nous voyons encore des monuments réputés druidiques. La Rivière de Sorède roule ses eaux limpides avec calme au travers de mille cailloux blancs ; mais lorsque les nuages s'amoncellent et que les pluies tombent sur les montagnes, elle devient un torrent redoutable, qui ronge ses rives avec une avidité terrible et traîne des blocs énormes. Quoique le pays ait été déboisé, il y a encore dans le territoiie de Sorède une belle forêt dont l'essence principale est le chêne- vert.

(i) En catalan on dit Suréda et Siuréda, " lieu planté de chênesliège " (du mot suru ou siura qui signifie liège).

A un quart de lieue au Sud, et dans le lit même de la rivière, surgissent plusieurs ramiûcations d'une eau minérale que le sédiment ocracé (d'un rouge paie et mat; qu'elle dépose et le dégagement buUeux dont elle s'accompagne présentent, au premier aspect, comme étant de nature acidulée-ferrugineuse carbonatée. Son nom de Font-Agra (Fontaine Aigrelette) représente avec justesse son caractère le plus saillant. On ne jieut guère user des eaux de la Font-Agra qu'en été : en hiver, le torrent en recouvre les bouillons.

En face, nous voyons la Cova de la Mena (Grotte de la Mine) où, dit-on, les animaux ne peuvent pas vivre. Gela n'aurait rien d'étonnant, et ce méphitisme s'expliquerait très bien par la présence de l'acide carbonique qui s'échappe en grande quantité de ses alentours et s'entasse dans cette ancienne a galerie de mine. »

La température de notre eau est de 20» 87*^, l'eau de la rivière marquant 17o 50.

Le château d'Ultrère et Notre-Dame « du Château ». — Les ruines du Château se distinguent d'en bas, campées sur un roc qui est bien une « aire de vautours », car le mot Ultrèra est la corruption du latin Vulturaria. Au-dessous apparaît un point blanc au milieu d'une tache de verdure : c'est la chapelle de Nosira Senyora del Castell d' Ultrèra, « Notre-Dame du Château d'Ultrère » On y monte par un chemin tracé en partie dans le roc de la montagne et qui grimpe par de rapides lacets. Mais le pays est si agréable qu'on oublie la fatigue. Sur les bords du sentier croissent le thym, le serpolet, la violette, qui répandent de suaves odeurs, cachés souvent parmi l'ajonc et les bruyères. Bientôt apparaissent les platanes et les houx qui ombragent l'ermitage assis sur une terrasse. De cet endroit le coup d'œil est admirable sur la mer, la plaine, les Corbières, la côte méditerranéenne^ qui descend en ligne droite et monotone depuis Leucate jusqu'à la plage d'Argelès. — Ce qu'il y a peut-être de plus remarquable ici c'est la porte de l'église faite de fragments qui ont appartenu à un monument roman, probablement l'église primitive du Château, dont les ruines pantelantes se profilent là-haut.

De l'ermitage on monte facilement à un col d'où s'aperçoit la vallée de Montbram, mais ensuite il faut aborder la roche abrupte et glissante, et ce n'est qu'en jouant des mains et des genoux qu'on atteint les premières ruines; on arrive plus facilement ensuite à la partie la plus élevée, à travers des décombres, des raur-s, des créneaux abattus ou écroulés. Des euphorbes et des dianthes, petits, timides, croissent dans cet amas de ruines. Il est question de ce castrum pour la première fois en 672, mais il est probable qu'il avait été bâti par des Romains pour défendre le passage de la Pave, qu'il domine, et protéger leurs établissements de Saint-André et de ses environs.

Page 1