‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 21 sur 71 · LA ROQUE · texte numérisé non relu

LA ROQUE

9 kil. d'Ariï^elès, ^3 kil. de Perpig^nan, 19 kil. de Céret.

Un chemin large, bien entretenu, relie Sorède à La Roque, gros village de 1168 habitants' (1).

Il ne reste plus que des ruines informes du vieux Château féodal qui appartint à Pons Hug, comte d'Empories, petit-fils et héritier d'Alamanda de la Roca et de Ramon de Vila de Muls (1253). La tour, qui depuis tant d'années dominait la contrée, s'est écroulée en 1890. A l'origine, cette seigneurie ne comprenait guère que des manses dispersés et un certain nombre de petits hameaux ; mais une population importante s'était ensuite groupée sous les murs du Château seigneurial et était parvenue à se mettre à l'abri derrière les murs d'une cellera qui embrassait tout le village. Ici, comme ailleurs, l'entretien des fortifications communales était à la charge des babitants, écrasés déjà par d'autres contributions. C'est dans ce Château que se réfugia le premier

(i) M« Carrère a écrit un joli petit livre sur ce village : Monographie de Laroque-des- A Ibèrea et de Sorède. Céret, Lamiot, 1894. — En catalan, le viUaffe s'appelle La Roca de l'Albéra ou La Roca d'Albèra^ mais jamais de las Altéras. Ce pluriel est inconnu dans le I pays ; il a été forgé par des géographes français qui n'étaient probaolement jamais venus ici.

roi de Majorque quand Pierre III, son frère, vint avec une poignée de chevaliers le surprendre dans Perpignan pour l'empêcher de se liguer contre lui avec Philippele-Hardi (1285).

L'église du village, qui doit son origine à une cellule de Saint-Félix, avait été fortifiée au moyen âge et était reliée aux murailles du Château. Le retable du maîtreautel, tout en bois doré et sculpté, est fort beau. Les cloches ont été fondues au XV^ siècle.

Sur la montagne, à un quart de lieu du Roc du Midi (879 m. d'altitude), on trouve un beau « dolmen r> connu dans le pays sous le nom de Balma del Moro (Dalle du Maure). Une source jaillit tout près de ce monument mégalithique, où l'on arrive par une pente douce, recouverte d'un beau pavé en grandes dalles que la mousse et le gazon cachent toute l'année. Dans les environs, le pâtre montrera au touriste deux ou trois grottes qui ont été longtemps, dit-il, habitées par les fées. De l'endroit où s'élève la Bahna del Moro la vue se repose agréablement sur la plaine du Roussillon.

Toute cette partie de l'Albère est encore assez bien boisée et le botaniste pourra herboriser à son aise dans une belle forêt de hêtres et de chênes-verts.

A un quart d'heure au Sud du village jaillit une source appelée Font del Aram (Fontaine du Fer). L'eau est de la même famille que celle de la Font Agra de Sorède. Sa température est de 15"62. Elle surgit des flancs de la rive gauche de la rivière. Elle est moins abondante que celle de Sorède ; seulement on voit, çà et là, plusieurs écoulements qui, réunis, donneraient encore une quantité d'eau assez considérable. Le site est délicieux et on y vient de tous côtés pendant la belle saison. D'ailleui's, tout le vallon est couvert d'arbousiers, de châtaigniers, de peupliers, de vignes sauvages, qui s'entrelacent avec les clématites et les lierres pour tapisser les escarpements, pour ainsi dire suspendus au-dessus du torrent. Tout pousse ici un peu au hasard et dans un désordre pittoresque.

De la fontaine on monte en quelques minutes sur un plateau qui porte les ruines de l'église de Roca-Vella ou '' Roche- Vieille ", village depuis longtemps disparu.

Il ne faut pas manquer d'aller faire une petite excursion à Galicij qui fut une sorte d'ermitage : il ne reste que (les lambeaux de sa lourde église. I^ lieu est retiré, solitaire, frais, charmant, offrant une belle échappée sur la plaine du Roussillon.

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