SAINT-GENIS-DES-FONTAINES
g kil. d*Argelès, 20 kil. de Perpig'nan, 18 kil. de Céret,
Nous descendons à Saint-Grenis par un chemin large et facile (4 kil.). En passant, jetons un coup d'œil sur l'ermitage de Notre-Dame de Tanya, plein de fraîcheur et de solitude.
Nous apercevons bientôt un massif de pins parasols du plus bel aspect et des touffes de lièges, puis les premières maisons de Saint-Genis-des-Fontaines (Sanctus Ge7iesius de Fontanis). Ce village est un des points les plus agréables de cette magnifique contrée. 11 doit son nom aux sources nombreuses qui jaillissent dans ses environs et jusqu'au pied de ses premières maisons.
Une abbaye de Bénédictins existait du temps des Carolingiens à Saint-Genis-des-Fontaines. On raconte qu'elle fut détruite par les Normands et reconstruite en 981, sous le gouvernement et avec l'aide de Gausfred, premier comte de Roussillon. En l'an 1000, il s'y tint un synode ou concile provincial présidé par Aymeric, archevêque de Narbonne.En 1507, le pape Jules II, ordonna que l'abbaye de Saint-Genis serait unie à celle de Montserrat, en Catalogne.
L'église de l'ancien monastère existe encore, convertie en église paroissiale. C'est un des beaux spécimens de notre architecture romane. Le linteau de la porte surtout est remarquable. La ressemblance avec celui de Saint-André est frappante, mais c'est celui-ci qui a évidemment servi de modèle. C'est un monolithe de 2™ 20 de longueur sur 0™70 de largeur moyenne. La différence de hauteur entre les deux extrémités de la pierre est très sensible à l'œil ; la pierre a donc la forme d'un quadrilatère irrégulier, a Au centre, Dieu le Fils assis, barbu,
pieds nus, couronné du nimbe crucifère, bénissant de la main droite, et la main gauche appuyée sur un livre fermé que soutient le genou. L'auréole perlée qui l'environne est formée par deux cercles inégaux qui se coupent et sont raccordés aux points d'intersection par une toufte de feuillage ; deux anges agenouillés la soutiennent. » De chaque côté sont trois arcades en plein-cintre logeant des personnages tête nue et drapés dans des robes aux larges plis. Une guirlande de feuillages courants encadre tout le sujet. Immédiatement au-dessus de la bordure supérieure se développe, sur deux lignes, une inscription qui est interrompue au milieu par le grand cercle de l'auréole qui touche à cette bordure. L'inscription est gravée en creux tandis que tout le reste est en relief plat de l'époque. La voici :
AnNO VIDESIMO (sic) QVARTO, RENNANTE [sic) ROBEBTO REGE, WILIELMVS GRATIA DEI ABA (sic) ISTA OPERA FIERI JVSSIT IN ONORE SANCTI GENESII QVE {sic) VOCANT FON-
TANAS, c'est-à-dire, « Van 24 du règne du roi Robert, Guillaume par la grâce de Dieu abbé, a fait faire cet ouvrage en Vhonneur de Saini-Genis qu'on appelle les Fontaines ». — C'est donc à l'année 1019 ou 1020 que remonte la construction de la porte actuelle de l'église de Saint-Genis. (1)
A droite et à gauche de cette même porte, dans le revêtement du mur, sont encastrées plusieurs pierres tumulaires.
L'église a la forme d'une croix ; sa nef unique est terminée par une abside à chevet hémisphérique flanquée dans chaque transept d'une abside secondaire. A droite, en entrant, on voit le bénitier qui, à l'instar de celui de Saint-André, se compose d'un fût de colonne fiché en terre et d'un joli chapiteau roman sur lequel repose la cuvette. On remarquera, appendu au mur de gauche, un tableau aux couleurs sombres représentant Notre-Dame de Montserrat avec cette légende latine : In monte Serrato sedet.
Le cloître de la vieille abbaye bénédictine existe encore
(i) Voyez Epi ff raphie roussillonnaise, par Bonnefoy, pp. 174-176.
mais il est bien défiguré. Il date très prabablement du Xlle siècle. Les arcades des galeries Sud, Est et Nord ont été murées ; de celle de TOuest il ne reste que trois arcades dont une donne accès dans le préau. Dans lu galerie du Sud, qui sert aujourd'hui de cave à huile, s€» trouve répitaphe de l'abbé Gausbert mort en 12îM, laquelle ne comprend pas moins de dix-neuf vers hexamètres. On remarquera dans la même galerie une tomije qui, dit-on, n'a jamais été ouverte; c'est le sarcophage d'un autre abbé.
Le clocher abbatial couronne le centre de l'église, à la rencontre de la nef, de Tabside et des transepts. L'une des cloches porte la date de 4451.
Le territoire de Saint-Genis est très fertile. Il peut, sans tenir compte des nombreuses sources qui jaillisscmt de tous côtés, puiser encore au Canal des Aliières, au Canal de Palau et à la Rivière de La Roque. Le blé, le seigle, tous les légumes du pays y viennent avec facilité. La vigne y donne un vin excellent et les oliviers une huile de premier choix.
Villelongue dels Nonts et Montesquieu. —
Au sortir de Saint-Genis nous reprenons le j»rand chemin (jue nous avons quitté à Saint-André et nous nous dirigeons vers le Boulou en infléchissant vers le pied de i' A Ibère.
Nous voyons à notre gauche (2 kil.) Villolongue-dels- Monts et, plus loin (2 kil. de la route), Montescjuieu avec les ruines de son Château.
A l'entrée de Montesquieu, à droite, la Fo)it Vclla oITre un site absolument charmant, sous un lar^e figuieiau feuillage vert et lustré. Micocoulieis, ronciers, clématites, sureaux, pariétaires s'accrochent aux parois ruisselantes de perles d'eau. La rivière qui [)asse au-dessous est peuplée d'un monde de peupliers, de saules, de liguiers; elle descend des flancs verdoyants du Saint- Christoplie à travers de gros hlocs tout blancs qui lui font faire des cascades du plus bel etlet. — Le poitail de l'église de Montesquieu est simple, mais très ancien et très curieux.
Dans les derniers jours de l'année 1793 se livrèrent ici
d'héroïques combats où fit ses premières armes un jeuoe otïicier destiné à devenir maréchal d'Empire, le capitaine Lan nés.
Non loin de Villelongue est un endroit qu'on appelle le Vilar, qui fut habité par des chanoines réguliers de Saint-Augustin. L'église de Notre-Dame, qui date de l'époque romane, est très intéressante avec ses trois absides.
Le Pic Saint-Christophe s'élève au-dessus de Montesquieu : son altitude e^t de 1001 mètres. De ce point la vue s'étend sur tout l'Âmpurdan et embrasse tout le Roussillon avec ses villages, ses chemins de fer, ses routes, ses rivières Iwrdées d'arbres et de prairies, ses jardins, ses vignes semées sur les câleaux et sur la plaine. Le Pic Saint-Christophe est dominé par le Pic âel Orri (1030 m. d'alt.) et par le Pic Néuloa (nébu- . leux), qui est à 1357 m. d'altitude et constitue le point culminant de l'Albère. Quant au Pic des Trois-Termes, situé au sommet du Coll del Ollat (frontière d'Espagne), il offre un (les sites les plus imposants des Pyrénées orientales.
On voit, en effet, de là, les trois chaînons de l'Albère, séparés par des vallées remplies d'arbres, rayonner vers trois points de l'horizon. Au Nord le Bois noir cache l'ori- (çine ilu vallon de La Hoque ; à l'Ouest le Ravin de Rom se dirige du côté du Perthus et des Cluses ; au Sud le Llobrégat descend vers la Jonquéra. Plus loin apparaissent les campagnes de la Gatal»^'ne ; à l'Est s'arrondis-
sent les rivages de la mer en deux arcs immenses: à gauche, le golfe du Lyon, à droite, celui de Rosas.
Il y avait une forteresse au Pic Saint-Christophe ; elle est citée dans un acte de 1095 sous le nom latin ne CnMtnim Sancti Christophori ; en catalan on disait Sant Chrhtaii ou Castell (VAlhéra, Plus bas était la paroisse de Saint- Martin et Saint-Jean à'Albéra, Ce nom désigne la partie montagneuse dont le Pic Saint-Christophe est le point culminant. Plus tard, le Mons Alharia ou Mont Albéray désigna la chaîne depuis le Perthus jusqu'à la mer. Quant au pluriel a les Albères », nous avons déjà dit qu'il a été forgé par les géographes français depuis peu de temps.
La route passe à la métairie de la Trompette-Basse, bâtie sur un terrain d'origine glaciaire, et rejoint la route d'Espagne à quelques minutes en amont du pont du Boulou.