‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 23 sur 71 · PAR LA VOIE FERRÉE · texte numérisé non relu

PAR LA VOIE FERRÉE

ORTAFFA. — l'-e Station

6 kil. d*Elne, 17 kilr de Thuir, i5 kil. de Perpignan.

Ortaffa, ou plus régulièrement Ortafa, est bâti en amphithéâtre sur le versant méridional d'une colline au sommet de laquelle se trouve l'ancien Château. 11 forme un village de 400 habitants, adonnés à la culture de la vigne et des plantes maraîchères. Pays très arrosé, très frais et très productif.

D'Ortaffa on va à Brouilla (3 kil. S.) par le chemin d'intérêt commun n" 10 qui se continue jusqu'au Boulou.

BROUILLA. — 2« Station

7 kil. d'Elne, 17 kil. de Thuir, 17 kil. de ^^erpignan.

L'église de Brouilla a un aspect misérable, mais son poilail est très gracieux avec ses colonnes et son tore couvert d'entrelacs. Ses marbres, ses scul[)tures et t^a couleui- ra|)pellent admirablement les portails de Villefranche et d'Espira-de-l'Agli. On est vraiment étonné de trouver ce beau travail du XlIIe siècle sur les murs de ce pauvre monument. Brouilla est d'ailleurs tout petit et ne compte guèie plus de 430 habitants, mais il est égayé par de riches cultures et par des masses de verdure qui s'étendent jusqu'au Tech. 11 communique avec Saint- Genis par un beau pont récemment construit.

BANYULS-DELS-ASPRES. — 3« Station

lo kil. d'Elne, i4 kil. de Cérel, i6 kil. de Perpie^nan.

Le villaj^e (756 hab.) est situé sur un monticule, à 115 mètres d'altitude, d'où il domine tout le cours inférieur du Tech, depuis A rjçel es jusqu'à C<''rel.

Au moyen âge, Banyuls-dels-Aspres était entouré de murailles qui existent en «çrande partie. En 179*î, |)endant que notre armée de la plaine s'épuisait en vains et sanjjflants eftbrts contre les retranchements du Houlou, Banyuls servit de quartier général.

Le village primitif était situé au Nord, près de Saint- Jean-la-Celle, dans un lieu connu dès le XV« siècle sous le nom de Vila Vella. F]n 1873 on en a découvert le cimetière. Le village était donc situé dans une partie basse où se trouvaient des sources et des mares d'eau dont la présence est signalée par les noms de Salitar et de Font Clara portés par des quartiers de terrain. On s'explique facilement ainsi que le village primitif se soit appelé Balneatn, comme on peut le voir par un diplôme de 981. 11 faut visiter l'église Saiute-Anne, qui est. très ancienne.

Phis nous approchons du Boulou, plus lé cours du Tech s'élargit et s'allonge : les villages qui tapissent les tlancs de l'Albère depuis Ai-gelès jusqu'à Montesquieu, montrent leurs maisons groupées autour de leurs vieux clochers.

LE BOULOU.— 4« Station

i6 kil. d'Elue, 8 kil. de Géref, fîs kil. de Perpit^nan.

Le Boulou est une petite ville de 1,800 habilarils, située sur la rive gauche du Tech et à cheval sur les roules nationales nos 9 et 115. Elle perdit beaucoup à l'époque où fut établi le chemin de fer de Perpignan en Espagne par Cerbère; c'était un important relai pour les diligences qui allaient à Barcelone par la route nationale n" 9, et la plupart des marchandises exportées du Languedoc et du Rx)ussillon en Espagne passaient par ici. L'industrie

principale actuelletflent est celle des bouchons et des semelles de liège.

Quelques archéologues mettent au Boulou une station de la Via Domitia désignée par les anciens '' Itinéraires " sous le nom de Stahulum qui, en latin, signifie élahle {estahle en catalan). Que étahle et estable viennent de stabuluni, cela ne fait aucun doute, mais que notre Boulou ait la même origine grammaticale, c'est ce qu'on ne saurait admettre. Tous les actes antérieurs à la réunion du Roussillon à la France ne donnent à ce village que sa véritable dénomination de lo Volo. Quant à celle de Le Boulou y ce n'est que la représentation de la prononciation catalane, qui met un & à la place du v et donne à Vo le son de ou. Mais que signifie donc volo et d'où vient le mot? Nous l'ignorons, mais il semble avoir chez nous le sens de « côte rapide », ce qu'on appelle une riha dans les langues romanes.

Le Boulou était fortifié et il existe encore des restes de ses anciennes murailles qui étaient flanquées de tours, On voit, par un acte de 1307 qu'il y avait un barri ou faubourg et à la tête du pont par lequel on entrait dans la cellera de la ville ». Cette enceinte fortifiée portait aussi le nom de Castell, comme à Thuir et à Fourques. Dans certaines parties on peut remarquer cette manière de bâtir des Arabes qui consiste à élever des murs en cailloux noyés dans une grande quantité de mortier, ou à construire deux murs d'épaisseur moyenne à une petite distance en style réticulaire, et à remplir ce vide de terre battue, de pierres brisées ou de cailloux. Plusieure villes d'Espagne ont des constructions semblables qui résistent à l'action du temps depuis plusieurs siècles et dont la force est extraordinaire. L'une des portes appelée lo Portalet a été démolie en 1848 par les soins de l'administration des ponts-et-chaussées aux fins d'y faire passer la nouvelle route nationale n® 9 se dirigeant vers le Perthus.

Le Boulou, ancienne dépendance des barons de Montesquieu, acquise par le domaine royal au commencement du XlVc siècle, dut à son importance militaire et à sa situation sur le passage de la route d'Espagne, des privilèges fort étendus. Il devint une véritable ville de

pohlacio sous le règne de Jean !«'' d'Aragon. Ses privîièges furent maintenus par Ferdinand et par Philip|)e II (1585). Ce dernier avait chargé son héritier présomptif de veiller au plein effet des fors municipaux du Houlou.

L'église date du XI^ siècle. Son portail est en marbre blanc et d'une grande élégance : c'est du l)eau style roman. Le cavet de la corniche est orné de divers bas-reliefs qui représentent l'histoire de la naissance de Jésus-Christ, avec les costumes du XI« siècle. A noter principaleçient « le bain de l'Enfant Jésus. » Sur le côté droit de la porte, on verra la pierre tuniulaire d'un certain Pierre de Casells (1220). L'inscription est ornée d'un cadre soigneusement sculpté.

Dans l'intérieur de l'église, on examinera quelques peintures sur bois dont la composition est bonne. Une autre curiosité est un de ces petits sarcophages dans lesquels on recueillait les ossements des défunts, bien longtemps après leur mort. Nous en avons déjà signalé un à Elne et un à Saint-Genis. Il y en a deux à Serralongue, un à Montferrer, un à 0ms et un à Fui lia. Celui du Boulou porte la date de 1347.

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