PAR LA ROUTE NATIONALE N
Etablissement du Boulou. — Au sortir du Boulou, la route d'Espagne descend au bord du Tech qu'elle franchit sur un beau pont suspendu dont la travée, reposant sur des culées de marbre, a 120 mètres d'ouverture.
Après avoir gravi une petite côte, on laisse à gauche la route d'Argelès-sur-Mer et, bientôt après (2 kil. du Boulou), on arrive à l'établissement connu sous le non) de Le Boulou^ qui lui vient d'une source appelée Font del Volo « Fontaine du Boulou », et située à l'entrée du Correçh de Sant-Marti a Ravin de Saint-Martin ». Ce ravin a divisé les territoires des deux communes du Boulou et de Saint-Martin-de-Fenou illard jusqu'en 1823,
époque où celte dernière, devenue un simple hameau, fut réunie à Maureillas. (1 )
Non loin de (c la Fontaine du Houlou », située dans ce territoire même, jaillissait la « Fontaine de Saint-Maiiin » ou Font (le Sant Marti, située dans le territoire de ce village, comme son nom l'indique. Très probablement ces deux sources furent utilisées de bonne lieure par les malades, quoiqu'elles ne fussent point connues scientifiquement. Il y avait à Saint-Martin de Fenouillard une cellule dé[>en(lante de l'abbaye Ininédicline d'Arles, et tout porte à croire que les moines venaient refaire leur santé à cette source dont les vertus curatives étaient connues et fort appréciées. En eftet, dans un diplôme de 809 confirmant les possessions de l'abbaye (( la Fontaine de Saint-Martin «est formellement désijçnée : «... et sur la Rivière de Fenouillard, la cellule de Saint-Martin avec la Fontaine », et super fluviuni Fullonicns cella Sancti Martini cuni ipsofontanile. La source de Saint-Martin, quoique sensiblement plus éloij;née de la route que celle du Bonlou, et quoique située au fond d'une gorge étroite et sinueuse, était presque exclusivement fréquentée par les malades du pays. Aujourd'bui ces deux merveilleuses sources î?ont captées et depuis soixante-dix ans exploitées industriellement. Un bel établissement s'élève à l'entrée du Correch de Satit Marti, dominé par le Pic de VEstella, colline de 317 mètres d'altitude, dont les flancs sont couverts de beaux vignobles.
Les sources jaillissent le long du ravin aujourd'hui transformé en un délicieux vallon. La main de l'homme a creusé dans ces lieux, autrefois sauvages et déserts, des canaux ombragés par des touffes d'arbustes et tracé des promenades cpii serpentent sous les arbres toufTus. Les orangers poussent en pleine terre au fond de cette gorge, à coté <les sources et au milieu d'une végétation presque africaine C'est cjue la région où nous sommes jouit d'un climat plus doux que le reste de la chaîne des Pyrénées. Les hivers n'y sont point rigoureux et, quoique L'î Bon-
(i) En catalan on écrivait Sont Marti de Fenollir et Fonollar ; la première de ces deux formes se montre dès le milieu du XII*" siècle.
lou ne soit pas bien loin du Canigou, dont les flancs et la cime sont couverts de neige une partie de Tannée, jamais on n'y voit descendre le thermomètre plus bas que dans les Pyrénées occidentales. Nous ne savons pas même si Le Boulou n'est pas plus abrité qu'Amélie, la seule station thermale permanente de l'Europe.
Les eaux du Boulou sont acidulés alcalino-ferrugineuses et froides. Elles sont très gazeuses, d'un goût agréable, piquant, provoquant l'appétit et facilitant la digestion. Elles ont, depuis longtemps, attiré l'attention des chimistes et des médecins. Carrère signala un des premiers (1756) la vertu de ces eaux ; Anglada (1833) n'hésita pas à les comparer à celles de Spa, si célèbres par les services qu'elles ont rendus aux malades des deux mondes ; Bérard, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier, les analysa en 1840 ; en 1863, ce fut le professeur Béchamp qui conclut, non seulement à l'analogie, mais encore à l'identité à peu près absolue de ces eaux et de celles de Vichy. En outre, le savant chimiste n'hésita pas à affirmer leur supériorité, d'abord à cause de leur composition chimique, ensuite à cause de ce fait capital, qu'il a pu constater lui-même bien des fois, à savoir que les malades supportent plus facilement les eaux du Boulou que celles de Vichy.
Le Boulou possède aujourd'hui quatre sources principales: du Boulou y de Saint-Martin-de-Fenouillardy Clémentine et du Milieu, Les trois premières sont exclusivement employées en boisson ; la dernière est presqu'exclusivement réservée aux bains, aux douches et aux afFusions.
Il y a un peu plus d'un demi siècle, quelques personnes s'associèrent pour exploiter ces eaux ; elles se bornèrent à capter et à utiliser la Fontaine du Boulou en raison de sa proximité de la route, méconnaissant ainsi la supériorité incontestable de la source de Saint-Martin , On a, depuis, capté cette dernière et, ce qui n'est pas moins heureux, découvert la source Clémentine.
M. Béchamp donne aux Bains du Boulou le nom typique de Vichy-du-Midi, qui est suffisamment autorisé par la ressemblance que nous avons indiquée entre les eaux de ces deux stations balnéaires.
Analyse de M le Prof' Béchamp
Composition pour un litre
Acide carbonique libre . .
de soude hydraté . .
de potasse . . . .
de strontiane . . .
de baryte. . . . .
de lithine
de chaux
de mag^nésie ....
de manganèse . . .
de protoxyde de fer .
Sulfate de soude anhydre .
Phosphate de soude . . .
Arséniate de soude . . .
Chlorure de sodium . . .
Alumine
Glucine
Acide nitrique
— borique
— silicique
Oxyde de cobalt, de nickel.
— de cuivre . . . .
Acides organiques volatils .
Matière organique fixe . .