‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 25 sur 71 · traces traces traces traces · texte numérisé non relu

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D*autres analyses, celles du chimiste Wilm, de l'ingénieur Carnot, sont venues confirmer a le travail si soigné et si consciencieux de M. Béchamp. » Ce qui a permis au docteur Joseph Massot de dire avec juste raison : ce II n'est pas possible d'hésiter sur la dénomination à donner aux eaux du Boulou. C'est bien, dans toutes les analyses, le bicarbonate de soude qui les caractérise, et en telle quantité qu'il oblige à les qualifier de fortes. Elles doivent donc être rangées, dans la classification chimique, à côté de celles de Vichy et de Vais, et former avec elles seules, en France et presque au monde, l'espèce des bicarbonatées sodiques fortes, »

Saint-Martin-de-Fenouillard. — L'église de Saint-Martin-de-Fenouillard, qu'on trouve à une faible distance de l'établissement du Boulou, est vulgairement

appelée église de la Mahut (prononcez Maout) ; on ne sait trop à qui ou à quoi rapporter cette dénomination.

Elle possédait des peintures murales du xii« siècle d'un excellent caractère et d'une bonne composition ; ce qui en reste le fait du moins comprendre; on voit aussi sur les murs des traces d'inscriptions latin&s. Au-dessus de la porte d'entrée on distingue la Sainte Vierge assise dans une auréole en losanjj^e, les mains élevées et la tète couverte d'une coiffure cylindrique. Au-dessous étaient d'autres figures qui ont disparu lorsqu'on a ouvert la porte actuelle, car la porte primitive était au milieu de la nef. La représentation de Dieu le Père avec son cortège ordinaire occupe un grand tiers de la voûte. Ces peintures murales procèdent du même genre que celles de l'égli.se de Saint-Savin (Vienne), dont la description a été publiée en 1850 par le Gouvernement avec un texte rédigé par Prosper Mérimée.

Nous avons vu plus haut qu'un document de 869 mentionne un petit sanctuaire à Saint-Martin-de- Fenouillard. La partie orientale de la chapelle actuelle date probablement de cette époque ; M. Brutails croit qu'elle est « peut-être le plus ancien spécimen de l'architecture religieuse resté debout sur le sol du Roussillon. » (1 ) Nous sommes donc ici dans une de nos localités les plus intéressantes au point d^ vue archéologique.

L'Ecluse (11 kil. E. de Céret, 28 kil. S. de Perpignan). — Nous reprenons la route nationale n» 9, qui remonte la vallée de Rom. Nous laissons à droite le Chemin de grande communication n» 2 bis qui conduit à Céret par Maureillas et, après trois quarts d'heure de marche depuis Saint-Martin, nous atteignons la Clusa d'Avall^ qui, avec la Clusa d'Amont et la Clusa del Mitjj forme la commune de la Clusa. L'orthographe adoptée aujourd'hui, VEcluse, n'a qu'un lointain rapport avec le nom primitif du village : c'est évidemment le pluriel Las ClusaSy prononcé " les Cluses ", qui a donné naissance à cette appellation vicieuse.

(i) Dans ses Notes sur l'art religieux du Roussillon^ où nous avons souvent puisé d'excellentes indications.

11 est fait mention pour la première fois des Cluses en Tan 672, à propos de la révolte de Paul, duc ou commandant de la province de Septimanie, contre Wamba, roi des Wisigoths d*E]spagne. On peut encore reconnaître facilement, à La Clusa d'Amont, Tenceinte ou le plan de trois châteaux dont un seul, celui de la rive droite, au Nord, peut être attribué en toute certitude à Tépoque romaine ; celui du Sud, sur la même rive, appartient à la période féodale ; quant à celui de la rive gauche, désigné aujourd'hui sous le nom de Castell dels Moros (Château des Maures), il suffit d'en voir les ruines actuelles pour reconnaître que, soit par le plan, soit par la construction, elles remontent à une époque différente. Cependant, certaines parties de la face Est, assises sur les rochers au-dessous desquels passait le chemin, ont toutes les apparences d'une construction plus ancienne que le reste, et nul doute qu'il n'y ait eu là, dès les temps les plus reculés, une tour ou une défense quelconque dont l'action se reliait à celle du château bâti sur les escarpements qui se dressent de l'autre côté de la rivière. C est, croyons-nous avec Alart, cet ensemble de fortifications qui, sous les Romains et sous les Wisigoths, était désigné sous le nom de Clausuras et Clusas (les Clôtures), quoique, en fait, il n'y eût qu'un seul château.

La route a été déviée dans ces derniers temps. Elle passe aujourd'hui au fond du vallon ; l'ancienne semblait construite en défi des précipices affreux de la goi^e. La montagne est couverte de lièges dont les branches tourmentées projettent, jusque dans les plus profonds recoins, une ombre épaisse et bienfaisante. Le tronc, quand il n'est pas dépouillé de son écorce, est rugueux comme un rocher ; autrement, il prend une teinte rougeâtre, et on dirait que le sang coule des blessures qu'on lui a faites.

A mesure qu'on monte la pente de l'ancienne route, l'œil découvre de plus en plus le Fort de Bellegarde, bâti au sommet d'une colline en pain de sucre dont le pied forme deux passages par lesquels on pénètre en Espagne : le col du Perthus, que suit la route nationale, et le col de Panissars ou del Priorat, pratiqué par les piétons, mais

que, pour des motifs de défense de frontière, le Génie militaire s'est étudié à rendre infranchissable.

Ces deux passades ont été fréquentés dès la plus haute antiquité ; dans les environs s'élevaient probablement les Trophées de Pompée, élevés sur la voie romaine, tout près de la station de Summo Pyrenœo (Sommet des Pyrénées). Ce n'est qu'après avoir franchi le défilé des Cluses, comme on le voit, qu'on pouvait atteindre les deux cols.

Quand on a dépassé «c le Château des Romains i» on continue à monter la côte, puis on traverse la rivière de Rom sur un pont de construction récente.

Le Perthus et le Fort de Bellegarde (14 kil. E. de Céret, 31 kil. S. de Perpignan). — Les habitants du Roussillon et de la Cerdagne ont toujours désigné, sous le nom de ports (portus, en latin), les passages élevés des montagnes. De là le nom du village du Portus. Ce mot s'est transformé en Purtos au moyen âge, et les Catalans l'ont prononcé et le prononcent encore Pourtous, malgré la dénomination de Pertus ou Perthus qui a prévalu.

Le Perthus est un petit village de 560 habitants environ, assez commerçant et assez animé. On y fabrique des bouchons de liège et des manches de fouet en micocoulier dits perpignans, La suppression du service international des diligences entre Perpignan et Gérona lui a porté autant de préjudice qu'au Boulou. Il avait été érigé en commune en 1848 ; avant cette époque, son territoire faisait partie des communes d'Albère et de l'Ecluse.

Le Fort de Bellegarde domine les cols ou ports du Perthus et de Panissars, et bat un long développement de route vers la plaine de l'Ampurdan. A 3.000 mètres vers l'Ouest, le col del Portell ouvre à l'ennemi la vallée de Maureillas dont la direction dispense de passer sous le Fort de Bellegarde pour entrer en France ; mais il est surveillé par des chemins stratégiques récemment ou verts.

Au moyen âge ce Fort n'était qu'une grosse tour ayant des murs del"™50c d'épaisseur, de 20'" de haut et 35™ de côté. Une autre tour enfermée dans celle-ci, servait de donjon; entourée d'un chemin de ronde, un petit ouvrage en

couvrait l'entrée. L'occupation de ce petit poste fut toujours considérée comme très importante, car, pendant la croisade de 1285 dirigée par Philippe le Hardi contre Pierre III, on s'aperçut qu'il ne suffisait pas d'être maître du passage des Cluses pour entrer de France en Espagne ou d'Espagne en France. Il faut probablement attribuer la première pensée du Fort de Bellegarde à Jacques l^'^, roi de Majorque ; cependant ce n'est que plusieurs années après lui qu'on le trouve mentionné.

Louis XIV, devenu maître du Roussillon, fit fortifier Bellegarde. L'enceinte commencée en 1677 n'était pas terminée lorsque Vauban y vint en 1679 ; il corrigea, autant qu'il put, le pentagone irrégulier en exécution d'après les plans de l'ingénieur Saint-Hilaire, fit raser le donjon et former une enceinte intérieure.

Le Fortin, petit ouvrage à corne, casemate, dont la tête touche à la frontière, est relié au Fort par de longues branches dont l'une est un reste de travaux exécutés par les Espagnols en 1674. Cette année-là, en effet. Bellegarde s'était honteusement rendu aux troupes du Duc de Sant-Germa, qui avait mission de reprendre le Roussillon à la France. Deux redoutes carrées, à mâchicoulis, éclairent les bas-fonds à l'Est et a l'Ouest ; une troisième, établie au Perthus, bat à petite portée le passage, à l'entrée même du territoire français.

En 1793 le Fort de Bellegarde, commandé parle brave Dubois-Brûlé, se défendit vaillamment contre les Espagnols. Cependant il fut décidé qu'on capitulerait ; mais, sur 21 votants, 7 opinèrent pour qu'on s'ensevelît sous les ruines de la forteresse. Voici les noms de ces hommes héroïques que, plus tard, la Convention voulut connaître et qu'elle couvrit d'applaudissements : le lieutenantcolonel Pradelle et les capitaines Legrand, Chevalier, Enrenaudan, Lallier, Masson, Landelinier, tous volontaires d'un bataillon nantais. En 1794, le commandant espagnol fut obligé de capituler à son tour et de livrer le Fort à Dugommier. Ce brave général y fut inhumé quelque temps après, dans l'angle saillant du côté de l'Espagne. A ce même endroit, il y a quelques années, les autorités militaires du 16^ Corps d'Armée on fait

élever un modeste monument à la mémoire du vainqueur du Boulou et de la Montagne Noire.

Albère* — Du Perthus se détache vers le Nord-Est un chemin vicinal qui conduit dans la commune d'Alhère; un autre court vers l'Ouest et va à Riunojiuès en passant par les flancs orientaux du Puig liodon ; un troisième mène à Las Illas, empruntant un moment la route stratégique qui relie le Fort de Bellegarde au Pic Calmellas (729 mètres d'altitude).

La commune d'AlLère ne forme pas d'agglomération. Elle est composée de métairies éparses, assez éloignées les unes des autres. Elle comprend deux quartiers : Saint-Jean et Saint-Martin, reliés par un chemin qui conduit à Récasens (Espagne) par le Coll Forçat. Le quartier de Saint-Jean couvre les pentes qui dévalent du Pic Saint-Christophe ; celui de Saint-Martin s'appuie à la frontière. Ils forment comme deux petites vallées qui mènent leurs eaux vers le Perthus, où se forme le Rom. La fête commune des deux quartiers se célèhre le deuxième dimanche d'août et porte le nom de Ruser d'Albéra. Quiconque veut avoir une idée des vieilles mœurs catalanes doit venir ici ce jour-là. Les joglars font le llévant de taula à travers les métairies ; les danses, sont très animées ; les étrangers prennent leur repas sous les vieux chênes, assis sur le gazon : ce tableau est fort joli.

L'église de Saint-Martin date du XI^ siècle ; son portail est bien conservé : l'église de Saint-Jean est peut-être aussi ancienne, mais on l'a défigurée.

C'est un pays de cultivateurs et de bergers, très avisés, hospitaliers et polis. — ■ En descendant du Pic Saint- Christophe, on trouvera, sur un mamelon qui est situé entre le Mas Oriol et le Mas Justafré un '^ doluien " appelé la Balma de la Christiana.

Riunoguès (i). — Le village est situé dans un pays de chênes-liège, de pâturages et de seigle, sur un coteau

(i) Un acte de 974 signale déjà la Villa de Rivo Niigario ; un peu plus lard, en 990 la villa est appelée Rivo de Nuf/arios. Son église de Saint-Michel est mentigiinée à ces deux dates.

entouré de montagnes, dont il est séparé par un vallon couvert de prairies et de jardinets. Le vent d'Espagne, humide et chaud, en rend le séjour quelque peu désagréable. Les habitants aiment beaucoup la chasse, mais ils négligent très facilement de prendre le " permis", en hommes libres qu'ils sont. Toutefois, s'ils aiment le gibier, ils se nourrissent plutôt de haricots et de pommes de terre : Vollada est un de leurs plats favoris ; ils ont aussi le farroUy espèce de gaude ou bouillie faite avec une variété particulière de maïs blanc, grossièrement écrasé. La fête locale se célèbre le jour de Saint-Michel. Quelque temps avant, l'une des familles du village est chaînée de recueillir du seigle : chacun donne selon ses moyens. La veille de la fête, ce seigle, qui a été converti en jolie farine, est converti, à son tour, en petits pains de un quart de kilo chacun. Le lendemain, à la sortie de la messe, on donne un de ces petits pains à chacun des étrangers qui sont venus assister à la fêté. On raconte qu'un jour, sur la proposition du maire de la commune, les habitants décidèrent de renoncer à cette coutume, pourtant si louable. Mal leur en prit : la Saint-Michel arrivée, une grêle épouvantable ravagea les récoltes, si bien que, depuis, on ne trouverait pas à Riunoguès un homme capable de demander la suppression de la hréna qui est distribuée aux étrangers le jour de la fête.

Las nias. — Situé presque à la source de la rivière de Maureillas ; pays reculé (13 kil. de Géret), caché, célèbre dans l'histoire locale par les tristes exploits des Trahucayres, gens de sac et de corde, bandits dangereux, qui répandirent la terreur dans le pays. " La bande de Las nias ", succédant à d'autres bandes qui avaient été dispersées de 1836 à 1839, s'était formée en 1845. Elle eut son quartier général ici, et les habitants se firent souvent les complices de ces odieux malfaiteurs, dont quelques-uns, les chefs du moins, paraissent avoir agi pour le compte d'un parti politique d'Espagne. '^ La bande de Las Illas " fut cernée au Mas del Àloy^ près de Gortsavi ; les uns furent guillotinés, les autres envoyés au bagne (1846).

Le col de Panissars, qui s'ouvre sur l'Espagne à une

courte distance du village de Riunoguès, devait avoir une certaine importance au IX® siècle lorsque les religieux d'Arles jugèrent à propos de l'occuper et d'y fonder une église sous l'invocation de Sainte Marie. Ils s'en dessaisirent au profit du monastère de Ripoll vers la fin du Xle siècle. A partir de cette époque, nous y voyons un prieuré ; de là le nom catalan de Coll del Priorat.

Excursion au Pic Néulos. — C'est ordinairement du Perthus que l'on part pour faire l'excursion du Puig NéuloSy que l'on prononce Néotilous, 11 faut quitter le village de très bon matin, avant le lever du soleil. En une heure on arrive à Saint-Martin d'Albère. On atteint vite le Coll del Ollat (938 m. d'alt.), où l'on trouve la Reyna de las fonts (la Reine des fontaines). Après un instant de repos, on grimpe vers le Pic Néulos (1267 m. d'alt.), où l'on arrive vers 9 heures. La côte méditerranéenne, depuis la blanche pointe de Leucate jusqu'aux noirs rochers de Gollioure dessine sa courbe sablonneuse; au Sud, le golfe de Roses étend son grand arc ; on distingue très bien la plaine de l'Ampurdan et la Montagne Noire, qui la domine. On descend à la Font de la Tanyaréda et, de là, en suivant la crête qui sépare la France de l'Espagne, on va à la Font del Orri et au Coll del Orri ( 1000 m . d'alt.) Le site, à l'endroit où coule la Fontaine, est charmant, avec des hêtres majestueux qui bravent depuis longtemps la neige et les tempêtes. On s'y arrête pour déjeuner. Par une pente gazonnée, on arrive au Coll d*Estaca (1068 m. d'alt.), au pied du Puigr dels Pradets, qui est un gros amoncellement de rocs informes. La vue s'étend encore ici, à droite et à gauche, sur l'Ampurdan et leRoussillon. H faut entrer dans la forêt de Sorède, laissant la crête à droite, puis incliner à gauche et rejoindre le col des Trois Hêtres, à cheval sur le partage des eaux qui vont : d'un côté, dans la vallée de La Vall ou de Montbram, et, de l'autre, dans la vallée de Sorède. En descendant toujours, nous passons sous le Roch de lasMédas et, peu de temps après, nous arrivons à Nostra Senyora del Casiell (Notre-Dame du Château). Nous séjournons très peu de temps ici parce que nous voulons atteindre Sorède avant la nuit.

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