EXCURSIONS DANS LES ENVIRONS D'AMELIE
1<^ Le Roc de France. — D'Amélie on ira au Roc de France en 3 h. 1/2, en remontant la vallée du Mondoni. On prend, derrière l'Etablissement militaire, le chemin de mulet qui conduit au Coll del Faig (Col du Hêtre) et on ga^ne le Serrât de las Furcas (Coteau des Fourches). Après avoir traversé un petit bois, on quitte le chemin du col pour incliner à gauche et suivre la crête de la montagne, laissant à droite la gorge sauvage du Montdoni et le village de Montalba. De la cime aiguè du Roc de France (1432 m. d'alt.) la vue est immense : au Nord -Est, toute la plaine du Roussillon et le golfe de Lyon ; au Nord, le Canigou ; au Sud, la Catalogne, Barcelone et la mer (|ui baigne ses murs. Aux pieds de la montagne s'étale le bourg espagnol de Massanet de Cabrenys, où l'on irait en une heure environ par de rapides pentes gazon nées. On peut descendre du Roc de France
à Amélie par le même chemin ou bien par la ferme de Sant Felis, ou bien encore par Montalba et le Serrai d'en Merle (2 h. 1/2) En passant il faut visiter l'éj^lise du village qui possède quelques tableaux curieux.
2» Le Col del Faig. — L'excursion la plus pittoresque est celle du Coll del Faig, situé sur la frontière de la France et de l'Espagne. Le chemin, au-delà du Serrai de las Furcas^ se développe au Sud dans une gorge d'ailleui'S assez resserrée, au fond de laquelle coule le Montdoni. (1) A 5 kil. d'Amélie, on atteint Montalba, situé au milieu d'un cercle de montagnes, sur une sorte de promontoire qui domine des ravins d'un aspect passablement sauvage. A partir de Montalba, il faut suivre le vallon qui donne passage au Terme, un affluent du Montdoni, qui vient de la Nentilla(1022 m. d'alt.), à l'Ouest du Coll del Faig. On remonte la gorge et l'on passe à Pujol de dalt^ métairie située dans le bois de Griffes et de Castell ; on fait le tour de la Camilla pour entrer dans une goi^e très accidentée. Au sortir de là, on atteint le Pla et le Bac del Mené, sur des sommités très raboteuses (909 m. d'alt.) et, une demi-heure après, on arrive au Coll del Faig, d'où l'on peut descendre en Espagne.
S"" D'Amélie à Saint'Laurent-de-Cerdans. —
Excursion longue, mais peu fatigante, pleine d'agrément et de spectacles imprévus. On va passer à la chapelle de Santa Engracia, bâtie là haut, sur le flanc du Serrât d'En Merle. On revoit d'ici le village de Montalba et la gorge du Montdoni. On continue à monter vers la métairie de Paracols. De là on atteint les flancs du pilon de Belmatx et de la Serra de Montner, déboisés, raides. La vallée du Tech apparaît. — On oblique à gauche et, à travers un pays quelque peu sec et aride, avec des coins d'une pittoresque sauvagerie, on descend au Bach, superbe
(i) II y avait dès le XI« siècle dans cette petite vallée un château ou castelluni appelé de Monte Domino ; en i238 il se montre avec le nom de Mont Doin ; plus tard est venue la forme Montdoni.
domaine de la famille Jules de Lamer, où le touriste pourra se reposer un instant avant de descendre à Saint- Laurent.
4» Fort'leS'Bains. — Fort-les-Bains, qui domine Amélie à l'Ouest, est construit sur une colline couverte de vignobles et qui est adossée au Serrât d'en Merle. Il a remplacé une simple tour démolie en 1668. C'est un petit fort carré, bastionné, de 70 à 80 mètres de côté à l'extérieur. Il avait été fait pour inquiéter un ennemi qui, ayant forcé les passages de Saint-La urent-de-Gerdans et de Prats-de-Mollo, aurait pénétré dans la vallée du Tech. Au Sud-Est un plateau, enveloppé d'un chemin couvert, permet de défendre les approches. Vauban, qui appelait un peu dédaigneusement cette position une gentilhommerie, n'y prescrivit que de légères améliorations aux ouvrages faits par Saint-Hilaire, le même ingénieur que nous avons vu fortifier Bellegarde. En suivant la côte de la roche d'En Merle, on monte à la chapelle ^anta Engracia et à la batterie récemment construite par le génie.
S*» Palalda. — La forme primitive, exacte, de ce nom, est Palauday dérivée des mots PalatiumDani a le Palais de Dan ». Des conteurs de fables ont dit que Palalda avait été fondé par le roi Palatuus, qui avait fait ériger les deux tours qu'on voit encore, laides et tronquées, surgir au-dessus des toits du village. Peut-être le village existaitil avant l'époque romaine sous un autre nom ; en tous cas, on y a trouvé des médailles celtibériennes à plusieurs reprises. Il s'étale en amphithéâtre à la base d'un coteau dont les pieds vont baigner dans les eaux du Tech, bordé de verdure.
Le village est relié à la route nationale, à l'entrée même d'Amélie, par un pont qui paraît fort vieux, et date peut-être de l'époque romaine.
Le territoire renferme des bancs de gypse très estimé qui, avec ceux de Reynès, de Géret et de Saint-Paulde-Fenouillèdes ont suffi pendant longtemps aux besoins du Roussillon.
Palalda est la patrie de Gamboliù, philologue distin-
gué, qui fut professeur à la Faculté des lettres de Montpellier. Né en 1820, il est mort en 1869. Tous les roussillonnais qui, comme nous, ont été les élèves de Camboliù, garderont de son haut enseignement et de son excellent cœur un souvenir ineffaçable.
6» D'Amélie à 111e et dans la vallée de la Tet. — Cette course est longue et pénible et exige quelques précautions de la part du touriste qui n'a pas de guide. Mais c'est une des excursions les plus pittoresques qu'il puisse faire dans nos contrées.
On monte à Palalda, puis à Montbolo d'où on aperçoit, à gauche, la cime majestueuse du Ganigou. De Montbolo on se dirige vers Teulis par un chemin facile à suivre mais qiii affecte des contours et des soubresauts déconcertants. Il est coupé par de nombreux ruisseaux qui descendent dans le gros torrent de Bossac, appelé aussi Ribéra Ampla.
Teulis ou Taulis (174 hab.) est un pays pauvre qui ne produit guère que du seigle et des pommes de terre. Le village est bâti sur le vei"sant septentrional de la montagne qui s'étend, en s'affaissant de plus en plus, de Batère à Palalda. De Taulis nous descendons au moulin d'En Just sur le ruisseau de Calvell, puis nous remontons pour gagner Saint-Marsal. Nous sommes ici en pleins contreforts du Ganigou ; le pays est bossue, montagneux, froid dès les premiers jours de septembre. Dans un diplôme de l'an 869 du roi Gharles-le-Ghauve, le village de Saint-Marsal est cité sous le nom de Villare de Mansald; il était aloi's compris, avec son territoire, dans la paroisse de Saint-Pierre de la Serra^ aujourd'hui La Trinité. Plus tard, lorsqu'on éleva une église au Villare Mansald, on la dédia à Saint Martial^ c'est-àdire ({ au saint dont le nom avait le plus de rapport avec celui du lieu ». G'était là une bien naïve confusion.
Saint-Marsal est encore aujourd'hui un tout petit village de 518 habitants qui cultivent du seigle, du maïs, des pommes de terre et élèvent quelques troupeaux. Il est assis au-dessous de la montagne de Batère, sur un plateau à pente douce, couvert de moissons verdoyantes au mois de juin, et sillonné de ravins dont quelques
bouquets d'arbres indiquent le cours. Ces arbres raniment un peu Faspect de cette nature morne et silencieuse. « Tout annonce les mœurs féodales dans ce coin de terre peu étudié jusqu'ici, dit Alart. Le peu d'importance des villages, la division du territoire et de la plupart des propriétés en manses et masades, et, tout autour, les lieux d'Oms, de Gortsavi, de Gastellnou, de Hellpui^ç et de Tallet, dont les noms seuls rappellent encore aujourd'hui, avec celui de Saint-Marsal, les principales familles seigneuriales du Vallespir: tout indique le règne du lief dans ces parages. En voyant ces petits centres de population si rapprochés les uns des autres, et pourtant si profondément séparés par des ravins ou par des accidents de terrain, on dirait les membres épars d'une même famille, entourés par une ceinture de montagnes dont les sommets se couronnent de châteaux, du haut desquels le seigneur suzerain régit les dépendances de son petit empire et guette les entreprises des barons du voisinage h.
Le sculpteur Gabriel Faraill naquit à Saint-Marsal en 1842. A l'Ecole des Beaux-Arts, il fut l'élève de Farochon qui, de son côté, voulut être son ami. La même Ecole commanda au jeune artiste le buste de son professeur, et l'œuvre figure aujourd'hui dans les galeries des Beaux-Arts du quai Malaquais, à côté des ouvrages signés des plus grands maîtres de la sculpture française. Au Salon de 1873, Faraill obtint une médaille avec sa Jeune fille à V Escargot, modèle de grâce et de finesse. La jeune fille nue est assise et tient un escargot entre ses doigts. Cette œuvre, qui appartient au Musée de Perpignan, est revenue à Paris en 1878 pour figurer au Salon de sculpture française de l'Exposition universelle. Faraill nous a laissé à Perpignan une belle statue du grand peintre Hyacinthe Rigaud. Il est mort à Paris en
De Saint-Marsal à Boule-d' Amont nous continuons à suivre le Chemin d'intérêt commun n» 15. Nous trouvons les ruines du Château de Bellpuig et, à une très petite distance au-dessous, l'ermitage de La Trinité. De là, si l'on porte ses regards dans la direction du Tech, on voit une suite de coteaux que domine la Tour de Batère ; plus loin, à gauche, ce sont des suites indé-
finies de mamelons qui s'élèvent et s'abaissent successivement et forment comme une mer ondoyante, tandis qu'au-delà de Gér.et, l'œil se perd à l'horizon apercevant confusément dans l'air les montagnes de l'Albère. Du même endroit, les villages que nous avons nommés plus haut se montrent disséminés, et surtout Saint-Marsal, qui relève d'une manière singulière la beauté de tout ce pays.
La Bastide est étayée sur le flanc d'un haut coteau schisteux, avec des rues inégales et sales. Y compris les métairies et les vehinats, la population est de 430 habitants: gens laborieux, économes, maigres, mais forts et robustes. L'église est de style roman, et très ancienne.
De Boule d'Amont, on descend la rivière du Boules, qu'on laisse bientôt à gauche pour monter à Gasefabre et, de là, descendre facilement à Ille. Des hauteurs de Gasefabre, on distingue, de l'autre côté de la vallée, les ruines de l'ancien prieuré de Serrabotia, que nows irons visiter plus tard.
ARLES-SUR-TEGH
.35 kil. d'Elne, ii kil. de Céret, 42 kil. de Perpignan.
D'Amélie à Arles, la voie ferrée remonte la rive gauche du Tech. Arles est chef-lieu de canton et le centre commercial de la vallée (1). Elle est l'entrepôt des grains et des farines pour le haut pays, qui lui envoie à son tour ses fers et ses minerais qu'elle traite par des martinets et des forges à la catalane, ses cercles et ses douelles qu'elle expédie ensuite dans l'intérieur de la France. Elle fabrique des articles de coutellerie, de taillanderie à l'usage du pays, la grosse quincaillerie, des manches de fouet, des cuirs, du chocolat. Placée au centre d'un
(i) Divers documents du IX« siècle citent la ville et le monastère d'Arles, en Vallespir. D'abord en 81 7 : « Monasterium Val le Asperii » : puis, en 820 : « Monasterium Sanctœ Mariœ... in Valle que dicitur Asperia... in Arulas » ; enfin, en 832 et 844 on trouve l'orthographe Arolas. Dans les trois siècles suivants, on ne voit çuère que la forme Arulas , mais Vu disparaît bientôt, et la ville porte le nom de Arias et Arles. Ce nom est évidemment au pluriel, mais nous n'en connaissons pas la signification.
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gracieux bassin formé par les alluvions du Tech et du Riuferrer, à 277 mètres d'altitude, Arles est environnée de montagnes qui offrent des sites délicieux, boisés, d'où les sources jaillissent avec abondance. Elle compte actuellement 2.275 habitants.
Cette agréable petite ville semble devoir son origine à une abbaye de Bénédictins dont la majeure partie existe encore. L'abbé d'Arles, comme tous les autres abbés du même ordre en Roussillon, avait une juridiction quasi épiscopale sur un certain nombre de paroisses dont il était aussi seigneur temporel. Cependant, dès le XVI» siècle, le monastère se trouva très pauvre et on unit Saint-André-de-Sorèdeà Notre-Dame d'Arles. Cette union fut faite à la prière de Philippe II, roi d'Espagne, par le pape Clément VIII ; les bulles qui s'y rapportent sont de 1592. Depuis lors, l'abbaye de Saint-André-de-Sorède De renferma plus de religieux, et huit moines seulement résidèrent à Notre-Dame d'Arles.
L'église Sainte-Marie n'était pas achevée en 1046, année où elle fut consacrée ; une nouvelle consécration eut lieu en 1157. Elle est à trois nefs et à six travées. La longueur totale de l'édificedans œuvre est de 44™ 60 ; la hauteur de la nef, de 17™. Le chevet, contrairement à l'habitude des architectes roussillonnais du moyen âge, est tourné vers l'Ouest. La façade seule appartient au XI^ siècle ; l'intérieur a été réparé et même remanié à différentes époques: par exemple, les chapelles gothiques des bas-côtés ont été bâties après coup. (( Dans l'origine, dit Caumont, l'église n'était pas voûtée, et quand les voûtes ont été faites, on a plaqué, d'un côté de la nef, un second pilier pour aller recevoir la voûte, de sorte qu'une moitié des piliers actuels est moins ancienne que l'autre. Le fait se manifeste à la première inspection. » Le savant archéologue avait vu juste On a mis dernièrement à nu ces piliers et la trace d'une reprise est apparue, indéniable. Le linteau de la porte, qui est carrée, est formé par un seul morceau de granit, taillé en forme de fronton triangulaire sur lequel sont gravées ces lettres :
L'alpha et V oméga, ainsi que la petite croix, sont enfermés dans une fij>ure carrée dans le haut, arrondie dans le bas, comme Técu d'un blason espagnol. On ignore la signification des deux A placés à droite et à gauche de l'écu. a L'archivolte, cintrée, décorée d'une moulure à palmettes, s'appuie sur deux fragments de corniche qui devaient faire partie autrefois d'une ornementation plus considérable. A la base de l'archivolte sont deux lions dévorant des hommes; une croix grecque occupe le tympan ; le Père éternel est au milieu et les extrémités (le la croix sont terminées par les attributs symboliques des évangélistes. Tous ces ornements sont en marbre blanc ». Sur une colonne des plus hautes fenêtres de la façade, à droite, on lit le nom des moines Ameliiis Maurellus et Clodeaindus, qui construisirent le monument ou peut-être les fenêtres seulement.
La faça<le oITre deux pierres tumulaires du xiv*' siècle. Dans l'intérieur de l'église on en trouvera plusieurs ; certaines sont mutilées. Dans le collatéral Sud, devant la chapelle des saints Abdon et Sennen, nous en remarquons une de 1588 qui est singulièrement disposée.
La ctiapelle des deux Saints possède un très beau retable en bois doré du XVII*^ siècle et deux bustes en argent reposant tous deux sur un plateau du même métal : l'un représente saint Abdon, l'autre saint Sennen ; ce sont des reliquaires. S'il faut en croire une tradition, ils furent donnés par un loi d'Aragon ; les insciiptions qu'on litsvir les plateaux disent pourtant cpi'ils ont été payés des deniei-s (le la confrérie des Saints et (ju'ils sortent de l'atelier de Michel Alérigues, orfèvre de Perpignan. Le saint Abdon est de 14'25 ; le saint Sennen de 1440. Ces bustes sont des picîces d'orfèvrerie de la plus haute valeur. (1)
(i) Un inventaire de l'argenterie posséciée par Notre-Dame d"Arles, dressé le ii janvier 1760, signale ces deux bustes, plus : une cuillère d'argent qui sert pour baptisai' les enfants ; une croix en vermeil ; une châsse de bois couverte d'une feuille d'argent par dessus laquelle il va quantit('; de reliques de différents saints; Jeux bras : l'un de saint Tiburce, l'autre de saint Just, martyrs, « relicjue insigne » de ces deux saints; un reliquaire où est la cote de saint Cosme et la clavicule de saint Damien, martyrs ; autre relit^uaire, où il y a une oreille de saint Barnabe, apcjtre, une dent de saint Laurent, pluî» un encensoir d'argent, deux bourdons, « un bassin cntonoir et baguette
Le clocher est carré; il est placé à droite du clicpur. Les fenêtres cintrées sont ornées de colonnes enjçajçées. — On entre dans le Cloître par le collatéral gauche de réjçlise. Il est beau, très lieau même. Les arcades sont ogivales ; elles retombent sur des colonnettes de marbre accouplées, sveltes, surmontées d'élé<<çants chapiteaux à crochet et se prolongeant jusqu'aux piliers des quatre angles, sans piliers intermédiaires. Les j^aleries n'étaient pas voûtées; comme au Monastir dcl Camp, il n'y avait qu'un simple plancher. Dans ces derniers temps le monument a été réparé. Il fut construit l)eaucoup plus tard que l'église ; commencé vers 1261 il ne (hit être terminé que dans les premièies années du XIV^ siècle. Il est classe» parmi les Monuments historiques.
Dans un angle de l'étroite enceinte qui précède l'église, on remarquera un sarcophage en marbre, attribué au V« siècle. Il mesure, à la base, 1 m. 88 de longueur, et monte en s'évâsant jusqu'à l'ouverture, où il atteint 1 m. 925; le couvercle est prismatique et à bouts rabattus, a Aux yeux des habitants d'Arles et du Haut- Vallespir, dit Bonnefoy, ce monument a un tout autre prix que sa valeur archéologique. Y eiU-il vingt sarcophages à l'entour, aussi anciens et plus beaux, celui-là seul serait la tombe, la tombe sainte. Kl le contient une eau limpide à laquelle on croit devoir [)lusieurs guérisons miraculeuses. La science a cherché à ex[)li(juer par des causes naturelles la présence de cette eau, qui semble se renouveler à mesure que l'on en distribue aux | personnes qui le désirent, mais elle n'a pas résolu toutes les difficultés ; d'autre part, l'autorité ecclésiastique, seul Juge compétent des manifestations surnaturelles, garde une prudente réserve ».
Voici maintenant la légende des saints Abdon et Sen-
d'ançcnt qui sert pour tirer l'eaji miraculeuse des saints Abdoii et Sennen, patrons de cette abbaye »..«. Nous trouvons parmi notre art^enferie, disent les moines rédacteurs de l'inventaire, une couronne très ancienne qu'on nomme Couronne de Churleimnjne^ composée de fer, d'argent, avec un parfild'or à l'entour. que nous rcj^ardons comme étrangère au service divin et qu'en conséquiMice nous offrons très volontiers de remettre à la Monnaie à la première réquisition qui nous en sera faite. »
nen (1). La ville d'Arles étant désolée par la peste et par les hétes sauvages, Tabbé Arnulfe, réputé par sa science, sa piété et ses vertus, entreprit le voyage de Rome pour y visiter le tombeau des Saints Apôtres et demander des reliques au pape. Pendant une nuit, Arnulfe vit en songe, dans le cimetière de l'église Saint- Laurent, deux tombeaux d'où jaillissaient deux sources de sang. Une voix mystérieuse lui dit : « Sous ces tombeaux sont les reliques des Saints Abdon et Sennèn que Dieu accorde à tes prières pour mettre un terme aux calamités de ton pays ». Le Pape, instruit du songe, fit venir Arnulfe ot, en présence de tout le clergé romain, lui fit don des bienheureuses reliques. Arnulfe, voulant mettre son trésor à l'abri des insultes et du pillage des corsaires, l'enveloppa de toile bitumeuse et le déposa au centre d'un baril dont les deux 'extrémités contenaient Peau nécessaire pour une longue traversée. Arrivé au port d'Ostie, il guérit une femme démoniaque en lui faisant avaler quelques gouttes de cette eau. La traversée fut assez bonne, et notre abbé débarqua à Cadaquei^s (près de Rosas, en Catalogne). De Gadaquers à Arles, il n'en fut pas de même, car le muletier qui accompagnait Arnulfe ayant poussé un gros juron, mulet et reliques disparurent dans un affreux précipice. Arnulfe se mit en prière ; bientôt il entendit les cloches de l'abbaye qui l'avertissaient que le mulet portant le précieux fardeau, était arrivé dans la ville. Le peuple accourut, les moines s'empressèrent autour de leur supérieur, et les reliques furent déposées sur l'autel de Notre-Dame. L'eau du baril fut versée dans un sarcophage placé devant la porte de l'église. On. donna cette eau aux pauvres infir-
(i) Sur Arles, son éelise et ses deux patrons, voyez : Notes d'un voyage dans le Midi de la France, par Prosper Mérimée, ouvrage déjà cité ; Vida y novena dels invincibles y gloriosos martirs los S. S. Abdon y Sennen^ patrons de la vila y vall de Arles en Vallespiry Perpignan, Âmadis, 1869 ; Histoire du martyre des S. S. Abdon et Sennen^ de leurs reliques^ de leurs miracles et de leur culte par l'abbé Tolra de Bordas, Perpignan, Gh. Latrobe, i86g ; Notes sur l'art religieux du Roussillony par M. A. Brutails, dans le Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, année 1892, no 4, et année 1898, n» a.
mes pour les soulager ; elle opéra des miracles et, pendant des siècles, les moines en distribuèrent aux fidèles sans pouvoir Tépuiser. Il paraît, comme on Ta vu cidessus, qu'il y en a encore.
En arrière du sarcophage on a encastré dans la muraille le tombeau du chevalier Guillaume Gaucelme de Taillet qui fut, dit-on, guéri d'une terrible maladie par la vertu de Teau miraculeuse.
Indépendamment de l'église abbatiale, il y avait à Arles deux églises paroissiales : Saint- Sauveur, qui desservait la ville et les deux faubourgs, et Saint-Etienne y qui était à l'usage des habitants de la campagne. L'une des cloches de Saint-Sauveur a été fondue en 1479 par Nicolas Colin, le même qui fondit une cloche de Saint- Mathieu de Perpignan portant la date de 1480.
Ici, on a toujours aimé les courses de taureau ; mais ce n'étaient anciennement qu'un jeu d'enfants. La fête d'Arles attire beaucoup de gens des environs, le 30 juillet. La ville et les faubourgs présentent alors une grande animation ; la Place publique, où se tiennent les danses, regorge de monde, fouillis étincelant et polychrome où la rouge barretina donne la note caractéristique ; elle est là pour nous prévenir que nous sommes en plein pays catalan. Le tableau est fort joli et original.