ENVIRONS D'ARLES
1® La Vallée du Riuferrer. — Le Riuferrer, qui prend sa source dans les montagnes que domine la vieille Tour de Batère, se jette dans le Tech à Arles même. A un kilomètre et demi environ du confluent se trouve l'église Saint-Pierre. Selon certaine tradition, qui ne s'appuie sur aucun document, c'est là qu'aurait été bâti le premier monastère d'Arles ; ce qui est vrai c'est que cette église dépendait de l'abbaye. Elle fut consacrée en 1159. Elle est à une nef; la voûte a été refaite.
Nous reprenons le chemin qui nous a conduits à Saint- Pierre ; il serpente en s'élevant rapidement à travers bois sur la crête d'un contrefort qui sépare les deux torrents du Riuferrer et du Bonahosc. Au bout d'une heure et demie
de marche depuis Arles, nous nous trouvons en face d'un entassement de roches «granitiques aflectant les formes les plus bizarres ; Tune de ces grandes pierres s'appelle lo Palet de Rotlan .
Par la crête on va jusqu'à la Tour de Batère, qui est à 1475 mètres d'altitude. Tout à Tentour sont les mines dites las Indies, VAdrogueray la Pinosa, Saint- Pierre, las Canals, etc. Les minerais sont des hématites à 60 "/'„ et des minerais carbonates magnésifères.. Les fens qu'on fabrique avec la matière qu'on extrait de la région de Batère luttent avantageusement avec les bonnes marques de Suède. Toutes les concessions sont aujourd'hui réunies sous la même main.
De la Tour de Batère on peut facilement rejoindre le Chemin de grande communication n» 3, qui vient d'Arles par la vallée et le village de Gortsavi.
2o D* Arles à Gortsavi et dans la vallée de la Tet. - Gortsavi compte 787 habitants. Il est sur un petit plateau adossé au contrefort canigonien de la Soca (1621 m. d'alt.). On pourra voir encore les ruines du Ghàteau des anciens seigneurs et quelques forges à la catalane, où l'on traite le minerai de Batère. Avant d'arriver au village nous nous arrêtons pour examiner la gorge de La Fou. G'est une longue échancrure ouverte dans le calcaire, d'environ une demi-lieue d'étendue et de 160 mètres de profondeur. Les eaux d'un gros torrent roulent dans ce terrible « précipice.» (1) Les parois sont tapissées d'arbres et d'arbustes, suspendus quelquefois à des rochers qui regardent le fond de l'abîme, à pic. Des oiseaux nichent dans les fentes de ces rochers.
Le chemin est long et fatigant. En sortant de Gortsavi il monte, descend, se courbe et se recourbe en mille plis tortueux. Le pays est triste, désert ; à peine aperçoit-on çà et là quelques masos ou eortals à l'aspect pauvre.
G'est ce chemin qu'on suit ordinairement pour aller
(0 Le mot Fou ne vent pas dire autre chose. Plusieurs passâmes étroits et profonds du département portant ce nom. Les plus connus sont la Fou de Porté et la Fou de Saint-Paul-de-Fenouillèdes.
de la Haute- Vallée du Tech dans la Basse- Vallée de la Tel. Il ne faut pas moins d'une journée pour franchir cette masse escarpée, tourmentée, bossuée qui forme la base orientale du Géant de ces contrées, dont Tœil est toujours fixé sur le touriste, quel que soit le chemin que prenne celui-ci quand il parcourt notre pays.
De Batère on va à Velmanya et à Ballestavia, puis Ton descend à Vinça.
Si d'Amélie-les-Bains on veut aller au Pic du Cani^^ou, c est par ici qu'il faut passer. En 8 heures on viendra à Velmanya, où l'on passera la nuit. Le lendemain Ton se dirigera vers le Chalet-Hôtel du Coll dels Corfaleta, où le gardien fournira tous les renseignements pour Tasœnsion du Pic.
3« Montferrer (9 kil. d'Arles). — De Corisavi, on se rend facilement à Montferrer, quoique le chemin (jui fait communiquer les deux villages soit loin d'tHre une grande route. Montferrer (603 habitants) est perché comme un nid d'aigle, à 600 mètres d'altitude, sur un rocher /lo Cingle) d'où la vue s'étend jusqu'aux rivages de la Méditerranée. Pays d'aspect moyenâgeux. Les habitants croient beaucoup aux sorcières, et il y a nécessairement dans les environs une CMûha de las Encuniade». lis ont aussi une grande confiance en les Saludadors, ou Set es (Septièmes) qui, avec leur salive, peuvent guérir toutes les plaies; de leur souffle ils arrêtent et renversent les chiens enragés, éteignent les incendies ; quand ils passent les pieds, les mains ou la langue sur le feu, ils ne se brûlent pas ; ils bénissent du pain et du sel (|ui ont la propriété de rendre inoftensif le virus de la rage !
c( Les remèdes de bonne femme » sont ici en grand honneur. On sait que la flore joue un grand rôle dans la médecine empirique; elle se compose principalement à Montferrer des plantes suivantes : herha de Nostra Dona (pariétaire), llengua de hou (patience), pauta de cavall (tussilage), flou vermella (petite centaurée), bidielles Uioublon), herha rfeZ/6'(/e (anémone hépatique), trescam (mille-pertuis), halatg (genêt purgatif).
Le Château de Montferrer, s'appelait anciennement ik Château de Mollet » (en 1088 par exemple) et apparte-
nait à la famille de Gastellnou ; les seigneurs de Cabrenç ou de Serrallonga en dépendaient directement.
L'église du village est assez curieuse pour Tarchéologué. Elle est construite en granit et par assises régulières. Deux ouvertures à plein cintre éclairent la nef. Du côté du midi s'ouvre la porte d'entrée. Cette porte est ornée de deux colonnes et d'une archivolte encadrée dans un bandeau de modillons cubiques disposés en échiquier. Sous l'escalier du chœur, on verra un sarcophage porté sur quatre colonnettes. Une petite arcature en plein cintre orne la partie antérieure dont le cadre est parsemé de l'écusson parlant des Gastellnou. Le couvercle est prismatique et à bouts rabattus; on y retrouve les mêmes armes.
Ce sarcophage renfermait les restés de trois personnes : Dalmace de Gastellnou, Béatrice, sa femme, et Pierre, leur fils; cependant il n'a que 1™24 de lowgueur et on le regarde, dans la contrée, comme le tombeau d'un enfant. A propos d'un autre sarcophage que nous avons vu dans l'église du Boulou, nous avons déjà dit que souvent, au moyen âge, ces sortes de cercueils ne recevaient que la charpente osseuse du déf\in\, après qu'on avait laissé aux chairs le temps de se consumer dans la terre. — Le sarcophage de Montferrer date du premier quart du XIV® siècle.
Avant de quitter le territoire de cette commune disons qu'il produit une quantité considérable de truffes qm peuvent rivaliser avec celles du Périgord.
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