‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 3 sur 71 · ENVIRONS DE SALSES · texte numérisé non relu

ENVIRONS DE SALSES

4" Opoul. — La frontière roussillonnaise du Nord était très bien gardée, car, outre la barrière naturelle des Gorbières et les fortifications de Salses, deux autres forteresses défendaient les défilés qui s'ouvrent dans la partie orientale de ces montagnes : nous voulons parler du Château d'Opoul et de Castell-Vell.

Le chemin qui conduit de Salses à Opoul est un sentier fort pénible en certains endroits, partout sec et brûlé ; c'est à peine si la roche calcaire laisse pousser quelques maigres romarins. Au bout d'une heure, on atteint un large plateau d'où se détache, avec une majesté sauvage et à l'altitude de 400 mètres, la masse rocheuse qui porte les ruines du Château d'Opoul. Le village est accroupi au pied, dans un bas-fond qui forme une plaine assez fertile complantée de vignes et disposée en cuvette ; celleci deviendrait un véritable lac à la suite des grandes pluies, si les eaux ne s'engouffraient pas dans des barrenchs (évents naturels), où existent de véritables cours d'eau dont partie va former, très probablement, « les

fontaines » de Salses, la Font Esiramer et la Font Dama.

Il ne semble pas que les Romains aient construit des forteresses dans les Corbières ; cependant le Château d'Opoul, longtemps appelé Oppid et Opped^ semble tirer son nom du mot latin oppidum^ qui sii^^nifie « place forte ». Ce sont peut-être les Wisigotbs qui rélevèrent en même temps que Castell-Vell^ situé dans les environs. Quoi qu'il en soit, notre oppidum n'est mentionné qu'en l'an 1100 sous le nom de (7rts//fir de Oped. Son importance se manifeste après 1172, éporpie de la réunion du Roussillon à l' Aragon ; alors les châteaux des Corbières prennent une attitude guerrière. Le loi Jacques I*^'' attire par des privilèges tout ime [>opulation sur le plateau qui porte le Castlar de Oped et fonde ainsi le village de Salvaterra.

Le Château d'Opoul et Salvaterra furent assiégés et capitulèrent en 1598, et une autre fois, plus tard, en 1639. L'officier espagnol qui, à cette dernière date, les rendit aux Français, s'appelait Nu nez Geraldo, Il eut la vie sauve, mais ce ne fut pas pour longtemps, car, s'étant rendu à Perpignan, il fut arrêté à la Porte Notre-Dame, désarmé, emprisonné, puis « garroté » trois jours après au coin du Consulat de Mer (la Loge). On ne lui pardonnait pas d'avoir livré le Château d'Opoul qui, selon les expressions d'un document du temps, était ima fortalesa molt forta 7ii's pot hatre ah artileria per esiar fondada sohra pedra viva (une forteresse très forte, que l'artillerie ne peut point battre parce qu'elle est bâtie sur la pierre vive).

Le château et le village de Salvaterra (ensemble déïj.ignés par le nom de Château d'Opoul) étaient, en effet, assis su^r un bloc colossal de calcaire, isolé, en forme de cône tronqué, ayant pour soubassement un lit de marnes grises et rougeâtres. Le château et le village étaient entourés d'une muraille presque circulaire, défendue par une série de tours dont une seule subsiste, du côté de l'Ouest et tout près des ruines de trois vastes citernes contiguës. Du village de Salvaterra il ne reste rien debout; du château, des pans de murailles qui dominent l'abîme et peuvent donner une idée de la

fierté et de la vaillance de cette antique protectrice de la lerre roussillonnaise. Un morne silence règne sur ces lieux d*où la vie s'est définitivement éloignée, et, seuls, le berger et ses chèvres viennent de temps à autre en éveiller les échos. Les parois de ce massif rocheux sont des blocs coupés à pic, formidables, d'où pendent, sur Tabîme, des romarins et des lierres de luxuriante poussée. Au Sud, la roche prend une couleur de sang ; elle ouvre comme une large gueule qui porte le nom de Cova roja (Grotte rouge). C'est au-dessous de cet endroit que les habitants d'Opoul ont capté deux ou trois minces filets d'eau qui dégouttent de la marne. C'est bien peu pour une population de 885 habitants.

La vue, du haut des ruines du château, s'étend sur la Méditerranée et sur le Roussillon tout entier, un peu vague, il est vrai, mais très gaie et très impressionnante. Toutefois, si vous promenez vos yeux plus près, autour de vous, c'est un sentiment de tritesse qui vous envahit: Tout ce pays montagneux et aride, sec, sillonné de profonds ravins, est partout dénudé, victime d'un dél)oisement à outrance qui date déjà de loin ; partout le roc, les marnes rouges néocomiennes succédant aux calcaires compactes.

2o Périllos. — Le touriste qui veut bien connaître cette partie des Corbières doit aller visiter le village de Périllos, situé à 5 kil. au Nord d'Opoul, sur l'extrême limite des départements de l'Aude et des Pyrénées- Orientales. Ici on parle déjà le languedocien ou gavatx. Périllos ne compte guère plus de 56 habitants et n'en a jamais eu davantage, très probablement ; ce qui n'empêche pas qu'il a été le siège d'une vicomte, et son château, qui subsiste encore sous le nom de Casiell dal SegnoUy a été le berceau d'une des familles les plus illustres du Roussillon, la famille de Périllos. C'est Jean I'-''', roi d'Aragon, qui, en ir{91, érigea en vicomte le domaine de Périllos en faveur de Raymond. Lorsque ce prince mourut, en 1396, le vicomte Raymond, plein d'afï'ection et de reconnaissance pour lui, voulut s'informer de la vie qu'il menait dans l'autre monde et entreprit, à cet effet, le voyage au puits ou Purgatoire de Saint-

Patrice. On appelait ainsi une caverne de TUionie (en Irlande) où, disait-on, les peines de TKn fer étaient représentées et où Ton pouvait s'informer de la situation des personnes défuntes.

Les environs de Péri 11 os n'ont rien de bien a(i^réal)le : ce sont les Corbières dans ce qu'elles ont de plus montagneux et de plus aride. On y récolte cependant quelque peu de vin, de l'orj^e, de l'avoine Le miel est de première qualité ; c'est à lui que revient en grande partie la réputation attachée au (( miel de Narlionne b. Ce pays est féluré, crevassé de failles qui constituent des cavernes ou cauneSy comme on dit ici.

3« Castell-VelL — En revenant de Périllos, on peut faire une halte à Opoul, où se trouvent deux ou trois cafés et une auberge bien tenus. En sortant du village, on prend la route de Rivesaltes pendant 3 kilomètres. On la laisse pour s'engager, à gauche, par les vignes et les garrigues, dans une gorge profonde et sauvage. Bientôt apparaissent les ruines de Castell-Vell, qui offrent un coup d'(ril vraiment pittoresque. Le château était de forme triangulaire, avec une tour à chîique angle ; il n'en reste guère plus que le squelette qui, vu la nuit, au clair de hme, prend des aspects fantasmagoriques. Son nom seul indique une origine reculée, surtout si l'on veut bien remarquer que, dès l'an 1235, il passe pour être " ancien ", vêtus (en catalan vellj. On peut raisonnablement conjecturer qu'il date du viii*^ siècle ou du ix® et qu'il a existé avant le premier fort de Salses.

De Gastell-Vell à Salses, on suit un lar^e chemin en plaine qui serpente à travers des vignes bordées d'amandiers et vient rejoindre, à l'entrée même du village, le sentier qui nous a conduits à Opoul.

4» Garrius. — En quittant les sommets dénudés des Corbières on reprend quelque joie à revoir celte belle plaine qui s'étend en avant de Salses, vers la mer : c'est la Salanque, riche pays où nous irons un peu plus tard. Pour le moment, contentons-nous d'aller visiter les restes d'un village passé à l'état de simple métairie, GarriuSy situé à deux pas de l'étang. Son nom semble dérivé du

celtique gari, '^ lande ", qui a probablement donné naissance au mot roman garriga. Dans une charte de donation faite à l'hospice de Perpignan en 1102, le nom apparaît avec la forme Garrilz ; aujourd'hui, les documents officiels rappellent Garrieux, on ne sait trop pourquoi. C'était au moyen âge un village d'une certaine importance puisqu'il possédait un hôpital. En 1845 le hameau était en instances pour être autorisé à reprendre le titre de *' commune ", qu'il portait avant la Révolution; mais ce fut en vain.

Jusques dans ces derniers temps, les populations de la Salanque se rendaient en procession, le 8 mai, à Garrius pour remercier son patron, l'archange Saint Michel, qui leur avait accordé sa protection pendant la peste de 1348. En 1831, on découvrit dans ce hameau un tombeau romain dans lequel se trouvait un ossuaire et des fioles qui portaient bien un cachet d'antiquité ; en 1845, on y trouva plusieurs amphores.

RIVESALTES. — 2^ Station

56 kil. de Narbonne, 8 kil. de Perpignan.

De Salses à Rivesaltes, la voie ferrée ne traverse que des vignes, parsemées d'oliviers ou de figuiers et bordées d'amandiers ou d'agaves. Avant l'invasion du phylloxéra, le vin coulait ici à larges flots, et du meilleur cru. Salses, Espira, Peyrestortes, Baixas et Rivesaltes lui durent une augmentation considérable de leur population et un bienêtre qui souvent atteignit à l'opulence. Les pièces de vingt francs couraient les rues de Rivesaltes ; aussi, dépensait-on sans compter. Mais tout a une fin dans ce monde, même les vignes ; le terrible puceron nous le fit bien voir. Toutefois, les vignobles ont été reconstitués au prix de sacrifices douloureux qui ont épuisé toutes les bourses, sans parler des millions volés par des notaires et des banquiers infidèles. C'est à peine si le département se relève à l'heure actuelle ; il est même douteux que la prospérité passée et les bons crus nous

reviennent jamais (1) ; cet admirable Muscat de Rivesalies, Tun des meilleurs vins de liqueur qu'il y eût en France, est peut-être perdu pour toujours. 0"oi qu'il en soit, l'odieuse petite bête qui a tué nos vijjnes n'a pu encore avoir raison de la vieille içaîté roussillonnaise, et, le 30 novembre de chaque année, Rivesaltes célèbre joyeusement « la Saint-André, » qui est une festa major (fête principale) très animée, très brillante et largement hospitalière.

La vigne est du reste fort ancienne dans le territoire de Rivesaltes, puisqu'on l'y trouve signalée dès le x** siècle, mais elle était loin d'y avoir l'importance que nous lui voyons aujourd'hui. I^s Rivesaltais avaient leur pla, qu'ils arrosaient au moyen d'un canal dévié de l'Ajili à Gases-de-Pène. . Ce canal fut très probablement creusé en 1312 ; il mettait et il met encore en mouvement les moulins d'Espira et de Rivesaltes.

Rivesaltes est le chef-lieu d'un grand et riche canton qui comprend 14 communes et dont la superficie est de 38,025 hectares. La plus grande partie est aujourd'hui complantée de vignes, quoique le terrain soit éminemment propre à la culture des céréales ; mais les sécheresses si fréquentes et si longues dans ce pays réduisent ..à bien peu de chose le rendement de cette dernière culture. Les territoires de Salses, d'Opoul et de Périllos, que nous connaissons déjà, font partie de ce canton et en constituent la partie montag:neuse. La population totale est de 24.860 habitants ; celle de Rivesaltes est de 6.000.

La ville neuve est bien bâtie, avec de larges boulevards. Depuis quelque temps, elle est approvisionnée d'eau potable. Aux abords de la gare s'ouvre une large et belle promenade bordée de grandes bâtisses, qui sont tout ensemble des châteaux, des chais et des ateliers de tonnellerie. C'est que Rivesaltes ne se contente pas de produire du vin ; elle en fait le commerce sur une

(i) Les cépa|°^es les plus généralement cultivés étaient le ffr\^nache, le mataro et la Carinyanay qui fournissaient les vins les plus recherchés par le commerce ; la picapolla noire, la picapolla grise et la blanqueta, qui fournissaient des vins moins colorés.

grande échelle, et plusieurs de ses « maisons )) peuvent rivaliser, non pas avec les principales de Perpignan, qu'elles ont depuis longtemps dépassées, mais avec- les meilleures de Bordeaux et de Paris.

La ville vieille est, comme dans tous nos villages fortifiés du moyen âge, petite, sombre, mal percée. Jusqu'au XVIII® siècle, la seigneurie du lieu appartint aux camériers de l'abbaye de La Grasse, en Languedoc. Arnaud de Levis, qui régissait les biens de ce couvent en 1173, demanda au roi Alphonse II d'Aragon, alors maître du Roussillon depuis peu de temps, l'autorisation de construire une enceinte fortifiée à Rivesaltes, et l'obtint la même année. La villa Ripas allas avait déjà au moins à cette époque trois siècles d'existence.

Ses murailles eurent à soutenir quel(fues rudes assauts, notamment le 12 août 1639, alors que la ville était au pouvoir des Français. Quinze cents Catalans tentèrent l'escalade ; les échelles se trouvèrent un peu courtes, mais, après une vigoureuse attaque, les défenseurs durent déposer les armes et rendre la place. Dans les premiers jours de septembre 1793, les Espagnols, qui venaient de s'établir sur les hauteurs de Peyrestortes, occupèrent Rivesaltes qui, agrandie en dehors des remparts, était en quelque sorte une ville ouverte. Ils y entrèrent par quatre points différents: la Rue de PerpignaUy le Ponlarro, le Llohèra, et le Chemin du Cimetière^ après avoir obligé une division française à se replier sur Salses. C'était la division Goguet qui, quelques jours après, devait concourir si puissamment à la fameuse bataille de Peyrestortes (17 septembre 1793).

Dès le xvc siècle, Rivesaltes eut des institutions municipales, mais la charte principale n'est que du xvi^. Le mode d'élections consulaires de cette ville est trop intéressant pour que nous ne le rapportions pas ici. Le jour de Pâques, tandis que le peuple était réuni dans l'église, à la lin des vêpres, un appariteur se dirigeîiit vers la porte pour empêcher les hommes de sortir. On faisait ensuite l'appel des chefs de maison et, s'il en manquait quelqu'un, on l'envoyait quérir. Après quoi, tous ensemble, ils s'occupaient de l'élection préparatoire des

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consuls pour Tannée suivante (1). A cet effet, les anciens conseillers choisissaient dix ou douze prud hommes cpii se retiraient avec eux vers les fonts baptismaux. IJi, ils traitaient de la dési<çnation du consul à élire au nom de la ville. S'étant mis d'accord sur le choix d'un sujet, ils le nommaient devant le peuple et, si le peuple l'admettait, il était définitivement proclamé. Dans le cas contraire, le peuple, à la majorité des voix, en élisait un autre qui prétait serment entre les mains du batlle ou bayle, A son tour, le bayle nommait le second consul, et, si tout le peuple ou la majorité du peuple a^çréait ce choix, ce deuxième consul prêtait également le serment requis. Ces deux élus réunis aux consuls et aux conseillers sortants élisaient, à leur tour, les conseillers nouveaux, au nombre de quatre.

Nous n'avons guère à visiter que l'église paroissiale, qui est particulièrement intéressante, non pas précisément par elle-même, mais par les souvenirs qu'elle évoque de deux églises qui l'ont précédée ; elle ne date, en eflét, que de la première moitié du xvii*^ siècle.

Il y eut de très bonne heure deux églises à Uivesaltes : celle de Saint- And ré et celle de Sainte-Marie.

L'église de Saint-André existait déjà au x* siècle puisque, par un acte de l'an 923, un certain Landricus, « craignant les peines de l'Enfer », donne pour le repos de son âme, au couvent de La Grasse, la moitié de l'alleu de Rivesaltes ainsi que l'église qui y est construite en l'honneur de saint André. Le monument actuel connu sous le nom d' (( Elglise du Cimetière » n'est certainement pas l'église signalée par l'acte 923, mais c'est du moins un édifice fort ancien. Vers le commencement du xvii® siècle, il fut jugé insuffisant et l'on transporta le siège de la paroisse dans une église nouvelle.

En l'an 1102, il est fait mention pour la première fois d'une seconde église, celle-ci dédiée à sainte Marie. A cette date, Bernard, comte de Besalu, donne à l'abbaye

(i) Pendant longtemps, en Roussillon comme en Catalog'ne, on fit commencer Tannée au 35 mars.

de La Grasse les églises de Saint- André et de Sainte-Marie avec les dîmes, prémices, cimetière, etc. Apparemment, réglise de Sainte-Marie n'était pas ancienne à cette époque puisque la donation de 923 n'en parle point. On remarquera que, en ce qui concerne l'église de Saint- André, l'acte de 1102 ne peut être qu'une confirmation.

L'église de Sainte-Marie fut démolie au commencement du xviie siècle, et l'on éleva à la même place l'église paroissiale actuelle de Saint-André. Elle était en construction en 1629, car, le 30 septembre de cette année les consuls de Rivesaltes demandèrent à l'évêque l'autorisation d'enlever les arceaux en pierre de taille de l'église de Sain t-Martin-de-Tura, alors à peu près ruinée. L'évêque accéda à cette demande, à condition que les consuls feraient construire une petite chapelle sous Tinvocation de Saint-Martin à l'endroit même où avait existé le château du dit lieu. L'église de Saint- André fut terminée en 1685> Dès 1675, on avait commandé à Jacques Melair, sculpteur de Garcassonne, le retable de la chapelle de Notre-Dame-du -Rosaire ; trois ans plus tard, on lui commandait celui de Valtar major.

Dans la chapelle de Saint-Bonaventure est accroché un tableau représentant Saint-Jean-de-la-Croix, qu'on attribue à Antoine Guerra, le père, peintre perpignanais de grand talent, mort en 1705. Les tableaux qui représentent les miracles de Saint-Gaudérique sont l'œuvre de Maurin (Pierre), né à Narbonne et mort à Perpignan en 1816. 11 y a dans la chapelle du Saint-Sacrement quelques peintures sur bois très bien conservées qui doivent provenir de quelque vieux retable.

Rivesaltes a donné le jour à deux hommes distingués : Jalabert et Ville.

Jalabeit (Melchior), né le 23 août 1709, fut un ecclésiastique de grandes vertus et de grand mérite. Il a laissé plusieurs ouvrages très estimés, dont l'un, écrit en catalan, porte le titre de Régla de Vida. Il mourut à Rivesaltes en 1757.

Ludovic Ville, né le 26 février 1819, est mort à Argelès (Hautes-Pyrénées) le 11 mai 1877. Sorti de l'Ecole polytechnique en 1839 pour entrer dans le corps des Mines, il débuta dans l'arrondissement minéralogique de Carcas-

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sonne. En 1847, il fut attaché au service de PAIjîérie, auquel il a consacré toute sa carrière. On a dit avec juste raison sur sa tombe quHl était un des plus digues et des plus laborieux vétérans de la colonie. Ses principaux ouvrages ont pour titre : Voyage d'exploration dans les bassins du Hodna et du Sahara ; Exploration géologique du Beni-Mzaby du Sahara et de la région des steppes de la province d'Alger,

Ville est mort inspecteur jçénéral des Mines et officier de la Légion d'Honneur. L'une des rues de Rivasaltes porte son nom.

ENVIRONS DE RIVESALTES

lo Tura. — Nous avons parlé plus haut du village de Tura, qui était situé sur la rive gauche de FAgli, en face de Rivesaltes. On a vu qu'il avait un « château > ainsi qu'une église dédiée à Saint Martin, déjà ruinée au commencement du xvii^ siècle. Il était désert depuis cent ans environ ; apparemment, les malheurs de la guerre et les inondations l'avaient dépeuplé (1). En l(i51, les religieux de Fontfroide, qui en avaient la seigneurie depuis l'an 1211, vendirent ce qui restait de Tura à la communauté séculière de Rivesaltes.

On a cru reconnaître à Tura une station de la voie Domilienne ou via Domitia ; ce serait la station dite ad Combusta des anciens « Itinéraires ». Il semble (jue, dès l'époque romaine, il y a eu un pont dans ces pai-ages pour franchir l'Agi i. En tout cas, on ignore l'époque de la construction du pont actuel, cité en 1282. Emporté en partie au mois de novembre 1716, il fut réparé; mais en novembre 1719 il subit de gros dégâts ; depuis, il a été reparé ou relevé à diverees reprises. Avant le 9 octobre 1753, époque où l'on posa la première pierre du pont de la Garigue, à 2 kil. au Sud, il était le seul existant entre Rivesaltes et la r er. Il ne serait donc pas étonnant que la voie romaine ait passé ici.

(i) En i4o2 Tura avait encore des habitants.

2^ Le Mas de la (Sarigue. — Le territoire du Mas de la Garriga, donné au monastère de La Grasse par un comte du Roussillon, fut transporté beaucoup plus tard par bulle pontificale aux relij^ieux de l'abbaye de Saint- Martin -de-Ganigou dont la détresse était extrême (1593).

Ici passe la route nationale n^ 9, qui vient de Narbonne. De Salses au Vernet, elle court en ligne droite, poussiéreuse et presque sans ombre, à travers d'interminables plantations de vignes. La plaine qui s'étend vers l'Est, jusqu'au littoral, constitue la Salanque.

3® Peyrestortes. — Ge petit village (635 hab.) est situé au pied des hauteurs qui masquent la plaine de Perpignan et forment le commencement d'un chaînon des Gorbières (3 kil. de Rivesaltes).

G'est sur les hauteurs de Peyrestortes qu'était établi en 4793 le Camp des Espagnols. Les Français décidèrent de l'emporter. La bataille commença de bon matin . le 17 septembre et ne se termina qu'à 9 heures du soir. Le général d'Aoust commandait par intérim V Armée des Pyrénées- Orientales, mais le héros de la journée fut le représentant en mission Gassanyes, de Ganet. Maîtres des collines qu'ils avaient fortifiées, les Espagnols résistaient aux charges réitérées des soldats de d'Aoust venus de Perpignan. La journée finissait. Tout à coup Gassanyes, à la tête de la division Goguet qu'il était allé chercher à Salses, se précipite sur les derrières et les flancs de l'ennemi et le fait plier. L'armée espagnole fut chassée de ses positions et rejetée sur la Tet, qu'elle franchit en désordre pour aller se refaire au camp de Trouillas.

Le 6 mars 1898 on a inauguré un monument commémorât if de ce beau fait d'armes. Gonstruit en pierre grise de La Nouvelle, l'obélisque est très élégant et très sévère à la fois. Il est l'œuvre de notre ami Joseph Garbasse, architecte départemental, auquel on doit aussi les beaux monuments que nous verrons à Ganet et à Banyuls.

4® Baixas. — Un large chemin, chaud et poussiéreux conduit de Peyrestortes à Baixas (3 kil.). G'est un gros bourg de 25()0 habitants, situé au milieu d'un terrain agreste, au pied des escarpements calcaires qui soudent la montagne de Pêne à la masse schisteuse de Força

Real ; pays desséché, où l'on ne trouve pas une «goutte d'eau, où" seule la vigne pousse avec vigueur. L'asfiect général du bourg manque de gai té, dans ce paysage dénudé.

11 était autrefois entouré de murailles : la Porte Narl)onnaise, la Porte des Jardins existent encore. La seigneurie du lieu appartenait au Chapitre d'Elne. En 1376, le viguier de Roussillon s'étant permis de faire détruire le carcan et les fourches patibulaires {costelliim et furchas), le chapitre protesta, prétendant qu'il avait seul le droit de haute justice à Baixas et, par conséquent le |)ouvoir d'ériger et détruire les instruments de supplice. Cinquante ans après, le conflit se renouvela. En 14!^, les Baixanenchs, armes au poing, se soulevèrent contre le bayle et les consuls qu'ils menaçaient de mettre à mort. Le crime ne fut point perpétré, mais la justice informa ; le lieutenant du gouverneur de Roussillon fut saisi de l'affaire; tout de suite le procureur du chapitre d'Elne la réclama en vertu de ses droits de haute justice. — Le chapitre avait à Baixas palau e casa (palais et maison).

L'église est très eu rieuse au point de vuearchitectonique parcequ'elle montre la façon dont on s'y prenait pour agrandir ou transformer les vieilles église?» au X V^ siècle. Celle de Baixas était petite et lourde, comme on peut le voir par ce qui en reste sur le côté gauche de la nef actuelle. On en attribue, bien à tort, la possession aux Templiers. — Le ÎJO avril 1454 le conseil général de la commune se réunit dans « l'église neuve ». Plus d'un siècle après on construisit un porche devant la porte d'entrée, qui avait été conservée, on grava sur le tambour la date de 1592 et l'on inscrivit le nom des consuls sur la clé. Le tambour fut démoli en 1888; les pierres que l'on en retira se trouvent actuellement sur la petite porte cintrée située derrière la nouvelle cliaj)elle du Saint-Sépulcre. On a encastré sur le imir une pierre qui provient de l'ancien hôpital ; l'inscription porte la date de 11537. Elle dit que l'hôpital de Baixas a été rebâti cette année-là par Ermengau, « pareur » de Perpignan, dont le père était natif du bourg. Cette inscription est rédigée en catalan comme le fragment qui se trouve au-dessous.

Celui-ci ne porte pas autre chose que le nom des consuls en 1583. (1)

Le retable du maître autel est très {^rand, très beau. Lorsqu'on veut exprimer en catalan qu'une chose a une grande valeur on dit a qu'elle a coûté autant d'argent que le retable de Baixas ». Sa construction en fut décidée le 7 novembre 1671 par les habitants réunis en assemblée jîénérale. Le 12 décembre suivant, Honorât Comas et Pierre Thomas, leurs syndics, traitèrent avec Louis Générés, sculpteur de Perpignan. Le prix fut fixé à 290 doubles d'or. L'un des articles du traité portait que le retable devait occuper toute « la façade » intérieure de l'abside, ce qui fut exécuté; un autre article donnait trois ans à l'artiste pour terminer son œuvre. Générés ne fut pas moins exact sur ce point, car le retable était livré et mis en place à la fin de l'année 1674. Les peintures qui se voient à l'intérieur du tabernacle sont très curieuses: elles représentent la Cène, la Flagellation, Jésus-Christ enchaîné.

De Baixas, le grand chemin monte sur un large plateau, puis descend dans la vallée de la Tet, vers Pézilla et Gorneilla-de-la-Rivière. Par un autre chemin on peut aller à Gaice, village petit, sec et brûlé, assis sur le calcaire, derrière la montagne de Pêne. La route « royale y> passait anciennement tout près de Baixas. Il en reste encore les traces que l'on peut suivre pour atteindre Cases-de-Pène si l'on ne veut pas emprunter le sentier difficile et fatigant qui longe les fours à chaux et les carrières de marbre (4 kil. environ).

5» Espira-de-rAgli. — Nous visiterons Cases-de- Pène quand nous remonterons la vallée de l'Agli ; mais nous pouvons facilement gagner tout de suite Espira, qui nous rapprochera de Rivesaltes. Après avoir franchi un large rideau de collines rougeàtres, nous apercevons le village assis dans un des coins les plus fertiles et les plus

(i) (les deux inscriptions sont fautives et incomplètes dans VEpigraphie roussillonnaise de L. de Bonnefby (p. 128). L'auteur les avait prises dans un ancien recueil et « les avait vainement réclamées sur les lieux pour collationner et compléter la leçon. »

riants de celte contrée. En dehors de son vignoble» Espira possède des hortes ou graûds jardins qui produisent beaucoup de primeurs.

L'église est un des plus remarquables spécimens de l'architecture roussi llonnai se. Elle date des dernières années du Xll*^ siècle ; elle était à peine terminée vers Tan 1211. Elle est à une seule nef voûtée d'un bei*ceau lisse et brisé. L'archéologue ne manquera pas de remarquer ici les piliers accolés aux mui-s latéraux ; ils reçoivent la retombée d'arcades longitudinales destinées à renforcer la partie supérieure de ces murs, qui supportent la voûte. Des autels se trouvent entre les piliei*s. Le portail est un chef-d'œuvre d'architecture et de sculpture romanes. La façade est admirable de couleur : sous l'action du soleil, la pierre et le marbre ont pris des tons roux d'une chaleur extraordinaire et qui vont jusqu'au safran et jusqu'à l'orange. — Le chapitre de cette église était assujetti à la règle de Saint Augustin. Il fut transféré à l'église de la lléal de Perpignan en 138L Espira eut aussi, dit-on, un couvent de chanoinesses qui fut transféré au couvent de Saint-Sauveur de cette même ville. — En 1852, on v a établi un couvent de trappistines.

On travei-se l'Agli sur un pont métallique pour aller dans les vignobles de la rive gauche. Au lieu dit Las Cavas, terrain k creusé et profond », l'on verra la Forât de las Cavas, espèce de tunnel qui servit à vider le lieu, anciennement rempli d'eau. On l'appelle quelquefois lo Forât de las Encantadas ; c'était là un rendez- vous des sorcières ou bruxas du pays. Certains n'en approchent encore qu'avec crainte.

On rentre à Rivesaltes par un chemin qui court à travers les vignes sur la rive droite de l'Agli (2 kil.).

Si du haut des collines qui dominent Rivesaltes on jette les yeux vers le Nord, on aperçoit toute la vallée inférieure de l'Agli, bornée par la barrière lumineuse des Gorbières ; à l'Est, ce ne sont que monotones et interminables allées de vignes, que blanches maisons, tantôt disséminées, tantôt groupées en villages: Pia, Bonpas, Villelongue, Sainte-Marie. Au Sud, le paysage change d'aspect : 1 œil embrasse la majeure partie de la plaine du Roussillon et le large amphithéâtre de montagnes qui la domine et

l'entoure. D'un côté, la majestueuse- pyramide du Ganîgou ; de l'autre, l'horizon libre sur la mer bleue ; plus près, la tour isolée de Gastell Rossello, tandis qu'en face se dresse la masse énorme de la Citadelle de Perpi|3^nan, et que, plus loin, les crêtes vertébrées des Albères ondoient harmonieusement et ferment le ciel français ; de l'autre côté, c'est l'Espagne.

PERPI6II4M

. 1® Vue d'ensemble. — Perpignan {Prrp'nnjà en catalan) est le chef-lieu du département. Il est situé à 914 kilomètres au Sud de Paris, sur le chemin de fer du Midi. Sa lourde et vaste Citadelle, ses lonjçs et solides remparts de forme ovale, sa position lopoji^raphique au pied de la chaîne des Pyrénées, en faisaient jadis une place de guerre de premier ordre. Aujourd'hui, avec le nouveau système de défense et d'attaque des places fortes, cette Citadelle et cette enceinte ont singulièrement perdu de leur valeur et de leur utilité ; elles sont, de plus, parfaitement incommodantes et nuisihles à la prospérité de Perpignan, qui restera dans l'histoire comme une des victimes les plus lamentahles des règlements surannés, étroits et tracassiers dti Génie militaire.

Perpignan qui en 1850 n'avait guère plus de 22,00() habitants, en compte aujourd'hui Î35,000 grâce à la formation des faubourgs de Saint-Martin, de Saint- Gaudérique, du Vernet et de la Gare, où l'on bâtit encore. Si les règlements du Génie avaient eu le bon sens de se mettre en harmonie avec les temps nouveaux, si l'Administration supérieure avait loyalement secondé les eflbrts incessants des municipalités qui se sont succédé depuis trente ans à la Mairie de Perpignan, la ville com[)teralt 400,000 habitants et serait une des plus belles du Midi de la France. Il est probable que, sous peu de temps, nous serons enfin débarrassés de cette rouge ceinture de briques qui nous .étouffe ; a l'avenir de Perpignan est dans la démolition de. ses remparts ».

Lei fauboan^Ti, Ijàti^ un peu à la diable^ ne présentent que fle^i agglomérations de maisons fort ordinaires. Il faut toutefois en excepter « la Gare ». ici s'est formée une lielle avenue où Ton remarque quelques lielles constructions. Tout le quartier est plein de vie et de mouvement. Il y en a peut-être encore plus au vieux fauboui^ Notre-Dame, dont la principale rue vient d'être élargie. C'est ici le centre des foireâ et <Les 'marchés, pays de maquignons, de voituriers, derouliers, de jardiniers, de portefaix et de gitano», ..

l^ petite rivière de la Basse divise Perpignan en deux parties infîgales : la ville neuve, qui est l'ancien faubourg des « Blanqueries» ou Tanneries englobé dans la ville par Vauban, cl la ville proprement dite, bàlie sur la rive droite de la rivière, partie dans la plaine, partie sur les deux collines de Saint-Jacques et de la Real, où les rues èlroiles, enchevêtrées, sans trêve grimpent et dévalent.

Perpignan a conservé, en effet, la plupart de ses rues étroites et tortueuses des siècles passés. Les maisons manquent, en généi'al, de caractère, mais certaines parties, comme la Loge et la Barre, ont des aspects imprévus qui frappent l'étranger. Il faut arriver jusqu'en 18^ pour constater quelques améliorations qui modifient l'aspect des rues : alors commença la guerre contre les auvents ou encorbellements, que la rue des Marchands garde encore. Kn 1859, la vieille muraille qui longeait la Basse tombe ; on crée alors la Place Arago, on construit le Palais de justice, la façade de la Préfecture, le pont de guerre du Gaslillet, et on commence les deux quais. La ville, sur ce [)oint, change tout à fait de physionomie.

Le touriste qui séjourne à Perpignan doit, avant tout, tacher de se faire délivrer une permission pour escalader le belvédère qui. surmonte la chapelle du Château de§ rois de Majorque, à la Citadelle. A défaut, il montera sur le clocher de Saint-Jacques. Grâce à la merveilleuse transparence de l'air, si fréquente dans le pays, on jouit, (le ces hauteurs, d'un coup d'œil ravissant. On fait, en (juelque sorte, le voyage du département à vol d'oiseau. Perpignan est à vos pieds, avec ses toits de tuiles rouges et ses clochers ; celui de Saint-Jean jette élégamment dans les aii^ sa cage de fer, et le vieux coq qui la surmonte

-assemble faire d'iin{)ui;:$santâ efforts pour s'élever aJU-dcssu.s du donjon de la Citadelle.

La plaine du Roussillon s'épanouit tout entière sous un ciel splendide qu'on prendrait pour un immense ûais de saphir. Rien n'est beau comme ce vaste champ de verdure sillonné et zébré d'innombrables canaux alimentés par les trois fleuves le Tech, la Tet et l'Agli dont les lonj-fs méandres se dessinent sur cette carte naturelle du département. Au dernier plan apparaît le Cani$>ou que les neiges blanchissent les trois quarts de l'année et qu'on prendrait, au premier aspect, pour une gi^antes(]ue pyramide transportée là des bords du Nil. « Ainsi (\i\e l'Etna, dit Elisée Reclus, le Ganigou est un de ces monts qui se dressent dans leur force comme las dominateurs de l'espace immense ; d'en bas, sa pyramide jçrisàtre, rayée de ravins, d'éboulis et d'arêtes en saillie aux teintes diverses, n'est pas moins puissante d'aspect que celle du volcan de la Sicile. » A droite du Ganijfou VœW passe successivement de la montagne de Força Real à la Tour de Tautavel, un des points les plus élevés de nos Ck)rbières, et à la plaine de la Salanque, qui ressemble à un immense jardin peuplé de châteaux et de jardins. Derrière est la Méditerranée dont les nappes d'eau qui voient tous les joui*s surgir le soleil en reflètent les clartés sur les derniers sommets de la croupe pyrénéenne.

2. — Histoire. ~ II n'est pas dit un mot de Per[)i- ^nan dans les historiens et les géographes qui ont écrit avant l'ère chrétienne; ceux qui ont écrit après, jusqu'au XJ** siècle, n'en parlent pas. davantage. La critique historique a, depuis longtemps, réduit à néant la fable créée de toutes pièces par des écrivains catalans qui font remonter l'origine de Perpignan à l'an 800 av. J.-C, celle de Marca qui tire cette ville des ruines du mnnicipe romain Flavius Ehusns, et celle d'autres compilateurs qui la font sortir de l'hôtellerie de a la Pomme de Pin » tenue par un certain Perpigne. On a dit encore que Ruscino était la mère de Perpignan ; mais cette assertion ne peut s'appuyer sur aucune preuve. Bien plus intéressante est la légende qui nous représente un montagnard du haut Gonflent arrivant dans la

plaine avec ses bœufs, sa femme et ses enfants, et fondant Perpignan à la mode romulienne. Ce brave homme, qui s'appelait Père Pinya, traça un sillon circulaire sur les terrains viei'ges de la rive droite de la Tet et construisit les premières maisons de Perpignan.

Quoi qu'en disent la légende et les chroniqueurs, Per pignan n'est pas une ville ancienne. Les premiers monuments écrits qui en fassent mention datent du X** siècle, et ils rappellent Villa Perpiniani^ Villa de Perpiniano et Perpinianum. Gomment s'était formé ce « doimaine »? — car le mot villa a ce sens — d'où étaient venus ses premiers habitants? On l'ignore (1). Ce qui est certain, c'est qu'en l'an 1025 ils consacrèrent une église sous le vocable de Saint-Jean-Baptisle (2). La ville devait avoir acquis en ce moment une certaine importance. .^^^^ Dès le commencement du Xi® siècle, nous trouvons ^^"^^otre villa entre les ^mains des Comtes héréditaires de mussillon, qui en ont fait leur résidence habituelle et qui, à ce titre, la comblent de faveurs. Elle s'agrandit aloi^ dans la paroisse primitive de Saint-Jean et se met à l'abri derrière une enceinte fortifiée. Le comte Gui nard confirma les Usages ou Coutumes de Perpignan, sorte de jurisprudence qui, née insensiblement dans le sein de la ville, devint la loi générale de tout le comté. N'ayant pas d'enfants, Guinard laissa ses domaines au roi d'Aragon Alphonse 11 (1172).

Alphonse s'occupa beaucoup de Perpignan. Comme la ville se trouvait entourée de basses terres, marécageuses et malsaines, et, de plus, qu'elle était difficile à défendre en temps de guerre, Alphonse voulut la transporter sur une colline au pied de laquelle se trouvait la léproserie et qui, pour cette raison, «'appelait le Puig des Lépreux. Les Perpignanais n'étaient pas de l'avis du roi, qui finit j)ar renoncer à son projet moyennant une forte somme qu'ils lui offrirent. Mais le Puig se peupla tout de même d'artisans, si bien qu'on le réunit à la ville un peu plus

(1) Pour plus de détails, voir notre Histoire de la ville de Perpi- (jnari depuis les oriyines jusqu'au Traité des Pyrénées, Pariî>, Welter, 1897.

(?) Connue aujourd'hui sous le nom de « Saint-Jean-le-Vieux »,

tard. Sous le règne de Pierre II, nous voyons déjà des habitations et des ateliers en dehors des murailles, notamment dans les terrains occupés aujourd'hui par la Fusterie, la rue Saint-Sauveur, la rue Petite de la Monnaie. Le quartier Saint-Mathieu com^neniée à recevoir des habitants et, en .1240, les Templiers, possesseurs de grands espaces de terrain en dehors de la Porte de Malloles, y laissent bâtir. Alors, il y eut la Ville, comprise dans Tenceinte fortifiée et formant Tunique paroisse de Saint- Jean, et la Ville neuve ^ hors les murs, formée par les nouvelles constructions que nous venons de sij^naler.

Nous avons dit que depuis longtemps Perpignan avait des Coutumes d'après lesquelles il était régi, et que Guinard et Alphonse II les avaient confirmées. Mais le droit d'être régi par des usages particuliers et suivant certaines coutumes ne renfermait pas le droit d'élire des magistrats pour les faire observer ; il imposait seulement au juge royal ou seigneurial l'obligation de s'y conformer dans l'administration de la justice, et ce droit seul ne constituait pas la commune, a Les caractères et les seuls caractères réunis auxquels on reconnaît l'existence de la commune sont l'association jurée et autorisée par titre authentique, la rédaction ou la confirmation des usages et coutumes, l'attribution de droits et privilèges du nombre devsquels est une juridiction plus ou moins étendue confiée à des magistrats de la commune élus par elle, et le droit de défense )). Ces concessions se trouvent dans la charte que le roi Pierre II accorda aux habitants de Perpignan le 23 février 1197. Cinq consuls nommés par tous 1rs habitants résidant à Perpiquan étaient chargés de l'administration de la ville, et les Perpignanais étaient nantis du droit de vindicte, c'est-à-dire du droit de venger par eux-mêmes les injures qu'ils avaient reçues : c'est ce qu'on appela la Ma armada. Les consuls étaient hommes pour un an. Ils choisissaient les officiers de justice et (le police, les agents inférieurs qui devaient les aider dans l'administration delà cité. Diverses chartes, divers règlements modifièrent dans la suite le système d'élection, mais ces règlements mêmes attestent que le principe de la liberté communale fut toujours respecté par nos anciens souverains.

Les habitants seuls de Perpijînan avaient le droit de concourir aux élections et de remplir les charj^es municipales. Etait « citoyen de Perpignan » tout homme né dans la ville de parents y domiciliés, y exerçant une profession ou un métier quelconque . L'étranger qui voulait acquérir le droit de citoyen ou le titre d'habitant devait prêter serment de se conformer aux lois d'usages de la cité et se présenter au bayle qui ne pouvait l'admettre qu'avec le consentement des consuls. Plus tard, il devait faire constater qu'il avait dans la ville- une maison d'habitation ou une boutique à litre de propriété ou de loyer; et, quand il se présentait aux consuls pour prêter serment entre leurs mains, il consignait chez le trésorier une somme qu'il perdait s'il voulait quitter la ville. 11 jouissait de toutes les libertés, franchises et privilèges de l'habitant dès l'instant qu'il avait fait sa déclaration de domicile; mais ce n'était qu'après cinq ans qu'il pouvait prendre part au gouvernement municipal.

Au XII® siècle, les nofeies et les clercs habitant la ville y étaient considérés comme étrangei>5, n'ayant aucune part au gouvernement de la cité et ne supportant d'autre charge que celle de contribuer, selon leurs propriétés dans la ville ou sur son territoire, à la construction des remparts. Le reste des habitants, à l'origine divisé sans doute en grand et petit peuple {tant parvum quam magnum, dit la charte du 23 février), fut plus tard divisé en trois mains ou classes: il y eut la Main majeure^ composée des bourgeois vivant de leurs revenus et des négociants appelés Mercaders ; la Main moyenne, où étaient les notaires, les marchands et les écrivains; la Main mineurCy qui comprenait les jardiniers et les artisans.

Si nous pou-vionsjîijer ici les chartes qui contiennent nos franchises communales anciennes, les législateurs du XÏX<^ siècle paraîtraient bien timides à côté. Ainsi, nul habitant, dans les causes pécuniaires, ne pouvait être détenu ni soumis à des entraves de fer ou de bois ; — nul ne pouvait être torturé ou mis à mort sans avoir été défendu ; — tout homme arrêté pour des faits personnels devait être jugé dans les dix jours; après ce laps de temps, s'il n'était .pas jugé, il devait être relâché ; il ne pouvait être jugé que su^ivant les Coutumes de

Perpignan par le bayle, le viguier ou les tribunaux d'appel connus sous le nom de « corps de juges de premières et de secondes appellations ^ ; tout citoyen de la ville était soldat ; il faisait partie de Vhostf sorte de garde nationale que Jean II (1474) divisa en compagnies ayant chacune des officiers, le corps entier étant commandé par le premier consul.

Mais reprenons l'histoire de la ville.

Après 1300 celle-ci s'était singulièrement agrandie. Il fallut englober « toute la ville hors les murs d dans une nouvelle enceinte qui, commencée vers Tannée 1270, ne sera terminée que vers Tan 1320 ; des restes en subsistent entre le Bastion Saint-Jacques et le Castillet. Alors fut construit le Palais des rois de Majorque transformé plus tard en Citadelle.

Vers cette même époque furent établies les paroisses de Saint-Jacques et de Saint-Mathieu; celle de Sainte-Marie de la Real suivit bientôt.

Lors de la création du royaume de Majorque en 1276, Perpignan en devint la capitale effective ; les rois résidèrent au Château royal et y entretinrent une cour fastueuse. C'est la belle époque de l'histoire de Perpignan. La ville a pris une physionomie personnelle qu'elle gardera pendant plusieurs siècles, avec ses rues étroites et tortueuses dont le plus grand nombre existe encore, comme nous l'avons déjà fait remarquer. La ville est pleine de vie ; le marché, établi aux environs de l'Hôtel de Ville, que l'on vient de biktir, est actif, bruyant. Les étrangers y affluent. Les beaux-arts et les lettres y sont cultivés ; il y a des écoles privées ; une Université est créée en 1349, puis un Consulat de Mer (la Loge) en 1387. Le commerce et l'industrie s'étendent, prospèrent. Les copistes, les relieurs, les libraires, les orfèvres, les sculpteurs, les peintres, les architectes abondent à côté des tisserands, des teinturiers, des fabricants de drap et des parayres. Lorsque Louis XI viendra occuper le Roussillon (1462) et s'emparer de la capitale (1475), toute cette prospérité s'arrêtera, et pour toujours ; elle avait duré deux siècles environ.

A partir de 1479 la province fut tranquille et Perpignan put réparer ses remparts et ses maisons, dont un grand nombre avaient été démolies par les malheurs de

la guerre. On reprit les travaux de la cathédrale Saintr Jean, commencés en 1324 ; on restaura le ruisseau de Las Cfimals qui mène encore de Teau à Perpignan ; mais, en 1493, Charles VIII rendit à TAragoa cette belle province de Roussillon que son père avait conquise à force d*argent, de patience et d'astuce.

Aussitôt Ferdinand et Isabelle vinrent à Perpijçnan ; ils renouvelèrent les privilèges des habitants, mais ils promulguèrent en même temps l'ordonnance qui expulsait les juifs de leurs états (21 septembrs 1494); Les juifs étaient installés au Puig, dans un quartier fermé appelé lo Call. Nous n'en finirions pas si nous voulions rapporter ici tous les outrages que ces malheureux eurent à subir à Perpignan. Ils étaient usuriers, cela n'est pas douteux, mais ils aimaient le travail et avaient le goût du commerce ; de là, leur fortune ; de là, aussi, la jalousie des chrétiens. Les juifs chassés, les Rois catholiques nous envoyèrent les Inquisiteurs, qui réorganisèrent le Saint- Office sur de fortes bases. D'ailleurs, depuis sa fondation, l'Inquisition n'avait point cessé de fonctionner en Roussillon sous la direction des Dominicains, qui avaient des couvents à Perpignan et à Gollioure.

Perpignan et le Roussillon ne s'étaient pas encore relevés des malheurs qui les avaient accablés pendant tout le XVe siècle, lorsque, en 1542, François I^"^ tenta de reprendre le pays à l'Espagne. Ce furent de nouvelles dévastations dans les environs de la ville. Celle-ci résista,^ mais le siège avait montré qu'il était indispensable d'ajouter quelques nouveaux ouvrages aux fortifications déjà vieilles des XIII^ et XI V^ siècles. Pierre IV avait fait le Gastillet • Louis XI y avait ajouté la Porte Notre- Dame; Charles-Quint y joignit le bastion qui le couvre au Nord. En 1552 on commença à transformer le Château royal en une Citadelle. Louis XI en avait compris l'utilité et avait construit un ouvrage à redans sur le flanc Sud.; Charles-Quint fit jeter une enceinte bastionnée autour du Château. Un peu plus tard, Philippe II fera construire une nouvelle enceinte, celle-ci formidable, et qui englobera tout à la fois la muraille de Charles-Quint et le Château royal ; lorsque les Français s'empareront de Perpignan ils le trouveront fortifié à souhait ; Vauban ne

fera qu'ajouter un on deux baetion^ et i^uetqiie» demilunes. Par leTi-ailpdes Pyr'énées (1659 Perpignan devint Bne ville françai.fe : c'est la fin de sa vie individuelle.

3. ~ Promenade dans. Perpignan. (1) — Allons d'abord sur la Place de la Lo"e, Klle est bordée d'un

côté par des cafés qui ont remplacé lus anciennes piiraijr>es (fabriques où on apprêtait on h })ai'ai( » les (iriips) et de l'autre par* la Mairie, l'Ancien Palais de Justice et la

Loge de Mer. Celle-ci, qui a donné son nom à la Place, a été construite en deux fois : la partie la plus ancienne, (qui fait l'angle de la Place de la Loge et de la Rue des Marchands) fut commencée à la fin du XIV« siècle ; la seconde date du milieu du XVI«. A cette dernière époque on « retravailla » la partie ancienne. Au rez-dechaussée était la Bourse (aujourd'hui Café de France) ; à l'étage unique siégeait le tribunal de mer (le commerce roussillonnais se faisant surtout par mer) ; c'est actuellement la Salle Arago.

La ville ayant été dotée d'une charte de commune (1197), un Hôtel-de-ville fut bâti dans la seconde moitié du X1II« siècle; c'est le péristyle de la Mairie actuelle, remarquable par son entrée formée par deux larges baies en plein cintre. La cour et les bâtiment^ qui l'entourent de trois côtés sont des XYI^ et XVII*' siècles Dans « la Salle consulaire d on verra un plafond à caissons qui est un chef-d'œuvre de goût. « L'Ancien Palais de Justice » était, avant l'annexion (1659), le Palais de la Députation locale ; il fut édifié vers le milieu du XV® siècle. La façade présente trois belles fenêtres à meneaux d'un très beau style ; la porte, avec son plein cintre formé d'énormes voussoirs admirablement appareillés, offre im aspect de force surprenant.

La Place de la Loge a toujours été, depuis le XI 11^ siècle, le véritable forum delà capitale du Roussillon, le centre d'activité, le rendez-vous préféré des habitants dans toutes circonstances de la vie publique : c'est encore aujourd'hui l'endroit où bat le cœur de Perpignan. Parallèlement à la Place de la Loge s'allonge la Barre, ancienne place de la Gallineria^ où se tenait le marché quotidien avant l'ouverture de la Place de la République. Avec ses auvents soutenus par une longue rangée de colonnes de différents styles, la Barre est certainement après la Loge le lieu le plus pittoresque et le plus fréquenté de Perpignan. Par la rue Mirabeau on

tout ensemble un abréj^é et une continuation de notre Histoire de la ville de Perpignan depuis les origines jusqu'au Traité des Pyrénées. Le dernier chapitre, Perpignan à la fin du XIX' siècle, contient une longue description de la ville actuelle.

débouche sur la Place de ]a République dont le ccnlré est occupé par une belle fontaine construite en 18îi2 aux frais du baron Després, maire de Perpignan. Le tbéàtre municipal dont la vulgaire façade occu^)e l'un des c<>tés de la Place, a été aménagé dans l'ancien Collège des Jésuites.

De la Loge, par la petite rue Saint-Jean, on délxiuche sur la Place Gambetta (ancienne Place d'Armes), et Ton va à la Gathédiale Saint-Jean, commencée en 1324 et terminée seulement dans les premières années du XV1« siècle. Cette église en remplaça une autre (jui datait en partie, comme nous l'avons déjà vu, des premières années du XI^ siècle. Dans ces dernières années, deux nefs ont été aliénées, en même tenjps que l'ancien Hôpital Saint-Jean, qui datait de l'an lltO; l'hôpital a été rasé et sur son emplacement s'élève a la Cité Hartissol » ; quant aux deux nefs, elles ont été converties en usine d'électricité. La troisième, la plus ancienne, est restée la propriété de la fabrique de la Cathédrale, qui en a fait un magasin de débarras. C'est pourtant ici que se trouve le berceau de la vieille cité perpignanaise, ici que l'on peut voir le plus ancien et le plus curieux des monuments de Perpignan ; nous voulons parler de la porte en grès rouge qui précède ce qu'on appelait Nostra Simyora dels Correchs. Cette porte a, très probablement, fait partie d'une église antérieure à celle de 1025. La façade est en partie masquée par un ajoutage du XII I« siècle ; nous la reproduisons plus haut.

L'intérieur de la Cathédrale Saint-Jéan se compose d'une gigantesque nef unique. Le maître-autel, tout en marbre blanc, date des premières années du XYIl^ siècle. Parmi les chapelles, il faut visiter celle de la Conception, très remarquable par ses peintures et son retable si riche, si fouillé, et celle des saintes Eulalie et Julie (transept de gauche) qui contient le tombeau en marbre noir et blanc de l'évêque Louis de Montmort (-|- 1695).

En sortant par la porte latérale de la Cathédrale on va déboucher dans la rue Saint-Dominique ou de la Révolution française où s'amorce la rue de la Main-de-Fer. Dans cette dernière se trouve une des plus belles maisons de Perpignan. Elle fut construite dans les premières années

ûu XVie siècle pour le compte d*un marchand de draps nommé Xanxo. Nous sommes encore ici (comme à la Loge) en présence du style gothique, mais du dernier.

L'ancienne Université (supprimée en 1794) n'est pas loin de ce quartier. Ses bâtiments contiennent actuellement le Musée et la Bibliothèque municipale.

La Bibliothèque publique y fut créée en 1759. Le catalogue imprimé en 1771 accusait la présence de 2,490 volumes ; en 1823, le catalogue manuscrit en compte 12,536 ; aujourd'hui la Bibliothèque possède 25,000 volumes. Le fonds ancien est excellent : il comprend des incunables très rares et des manuscrits précieux, notamment le Missel de V Abbaye d'Arles (en Vallespir), qui remonte au XIl*^ siècle, et le Missel de la Confrérie des peintres, illustré de superbes miniatures, qui est de 1492. A consulter la « Collection locale », qui comprend tous les ouvrages concernant le Roussillon et le département des Pyrénées-Orientales.

Le Musée de peinture et de sculpture a été créé en 1832-. Dans la grande salle nous signalerons le Portrait du Cardinal de Bouillon par Hyacinthe Rigaud, Rigaud peint par lui-même à Vâge où il reçut le cordon noir, le Portrait du Maréchal de Mailly par Monet, le Buste de Monseigneur Gerbet par Oliva, la petite Fille à V escargot par Faraill.

Le Muséum ou Cabinet d'histoire naturelle fut organisé en 1840. Il a été remanié dans ces derniers temps d'une façon très intelligente. La partie qu'on désigne sous le nom de « Musée régional )> contient des pièces fort remarquables de paléontologie recueillies et savamment étudiées par les docteurs Albert Donnezan et Charles Dépéret.

« Le Musée » est situé au pied de la colline ou puig de Saint- Jacques, qui doit son nom à l'église paroissiale du même nom. Cîelle-ci possède un retable du xv® siècle et un tableau dit de la Sainte-Trinité, qui a été peint en 1489. L'église, qui a été remaniée à plusieurs' reprises, fut commencée vers le milieti du xiiP siècle.

Dans les environs se trouvaient les couvents de Saint- Joseph (détruit), de la Victoire (la Manutention) et de Saint-Dominique (bureaux du Génie). Ce dernier, fondé

vers le milieu du Xïl" siècle, avait une église monumentale qui subsiste encore. Elle sert de ma^'asin à Tourra^ïc ! Le cloitre est détruit, maison peut demander à vUlter les chapelles de Saint-Geoi^es et du Tiers-Ordre ; celle-ci renferme des peintures modernes de grand mérite.

L'Arsenal, créé en 1840, occupe l'ancien couvent des Grands-Carmes, dont la'fondation leniontall au Xlll" siècle. L'église est encore debout, avec son portail couvert de sculptures; lecloiti'e, qui datait des premières années du XIV« siècle, a été transporté dans l'Aude, aui environs de Limoux.

Devant l'Arsenal s'étend l'Esplanade, dominée par la Citadelle qui s'élève sur un (iros mamelon. Nous savons qu'elle se composait primitivement de l'ancien Palais des rois de Majorque, probablement constmit entre les années 1276 et'l285. Louis XI, Charles-Quinl, Pliilipjie Il et Vauban édilièi'bnt successivement des travaux de défense autour de la première forteresse. — La porte de la chapelle est une des plus jolies œuvres du Roussillon; le monument est à deux étages ; il date de la fin du XI1I*= siècle ou des premières années du XIV^.

A côté de l'Esplanade s'élève l'église paroissiale de la Real, construite dans le cours du XIV" siècle ; elle est surtout célèbre par le concile qu'y présida l'anti-pape „ Pierre de Lun'a en 1408.

Par la rue Petîte-de-la- I Real, nous descendons à I la Place Rigaud, où se

I dresse la statue du peintre

II de ce nom par Faraill.

,| Suivons la rue de la Fusil terie qui nous conduira à

I la Place Neuve ou de la

II Poissonnerie et à la rue I Augustin». Au bout

l| nous trouverons le carreil fourdu Pont d'en-Vetitit.

lù s'ouvre la grande et telle rue Saint-Martin.

L'élise paroissiale de J Saint- Mathieu se trouve

tout près. Elle flate ries dernières annéesdii XVlI'sii'cle. On n'y verra rien de bien reniarf|iml)le, sauf la slntne de TEvangéliste par le sculpteur runst^illonniiis Hoher. Les rues de œ quartier sont tms bien alit^nées, mais t<TS maisons y sont de pauvre apparence, exiepté dans la rue Saint-Martin, uii se tmuvent la caserne du mt^uie nom l'Hàpital militaire ; ce dei'nier est installé dans l'ancien couvent de Saint- François ou des Goi-deliers.

Du Pont d'en-Vestiton va sur la Place Arago en passant devant le OtWi^^e, qui remonte aux dernières ann'tw du XVIII" siècle ; à coté s'élève la façade du TritHinal, iKUvre d'architecture niédio<;re, qui date de l'année 18511.

En face du Tribunal .se dresse la statue de François Araj;», par Mercié, inauifurée en i87!t. Suivons le quai Sadi'Carnot qui lon^e la rive droite de la Hasse. Nous passons devant la Préfei'ture |)our arriver au Ca.itillct, tout en briques rouues, entouré de mâchicoulis allongés et du plus bel effet. Il fut construit en im» sur l'emplacement de la porle du Vernet, p^n 1478, Louis XI, qui était maître du Houssillon en ce moment, lit réfiarer la fortere.sse, et, en 1481, il construisit la |)orle Noire-Dame actuelle, qui est un petit Gastillet ajouté au premier. Nous avons déjà vu que le pittoresque bastion qui le couvre du côté du Nord fut constniit par oiilre de Ciiarles-Quint en 154'i.

En sortant de ta ville ))ar la ■ porte Notre-Dame, on se rend à la promenade des Platanes et au i( Faubouqî », tout petit, mais très peuplé et fort animé, ainsi que nous l'avons déjà niai-qué.

Parmi les [{ens affairés qui se pres.sent et se bousculent dans les rues et les places de ce petit ^^^^ NoTae-DAMi! Perpignan, nous distinguons

tout de suite des individus dont les traits et la couleur de la peau rappellent le type oriental : ce sont des Gita- -no», des Bohémiens, comme on les appelle h en France ».

D'un àne galeux, éreinté, au poil blanc de vieillesse, les

Gitanos ou Calés (c'est ce dernier nom qu'ils se donnent entr'eux) font une bêle vendable. En aflaires, ils parlent une langue spéciale, le calou, et cette lanp^ue semble bâtardée d'arabe, de castillan et de catalan, peut-être d'autres langues encore. Ils ont, en général, gardé le type et la couleur des Orientaux de l'Asie, couleur de bronze pâle. Les nomades, ceux qui, en passant à Perpignan, élisent domicile sous le Pont-Rouge ou sous le Portt-de-Pierre, oiit conservé les vieilles mœurs de la race ; on voit encore a cbez eux » ces marmites pleines de nourritures bizarres et suspectes auxquelles ne toucherait pas le plus misérable de nos paysans. Les Gitanos sont beaucoup moins nombreux aujourd'hui qu'il y a cinquante ans. Plusieurs d'entr'eux sont décidément entrés dans une voie civilisatrice et ont renoncé à la vie nomade, qui est leur état de nature. L'histoire de. cette race, qui est bien loin de s'éteindre, est un des problèmes les plus piquants de l'ethnographie et de la philologie. Ce ne sont pas les recherches et les discussions qui ont manqué, mais l'origine des Gitanos ou Calés est encore un problème non résolu. La première fois qu'il en est question en Roussillon, c'est sous le règne de Ferdinand. En 1512, en. effet, une ordonnance les bannit de la principauté de Catalogne, les condamnant à être fustigés s'ils y rentraient. L'ordonnance les désigne sous le nom de Grecs et d'Egyptiens. Il ne paraît pas qu'elle ait produit plus d'effet que les règlements de police d'aujourd'hui, car on en trouve dans la suite un peu partout, tant en Roussillon qu'en Catalogne. Pour des raisons qu'il serait trop long d'énumérer et de développer ici, nous pensons que les Gitanos ou Calés sont d'origine indienne.

Du Faubourg, on se rend à la Pépinière, beau et vaste jardin public, où récemment on a dressé le buste de Lazare Escarguel, qui fut maire de Perpignan, puis député et sénateur des Pyrénées-Orientales. — Il nous faut revenir sur nos pas pour aller aux Platanes, promenade formée de trois allées, les plus monumentales peut-être qui se puissent voir au monde. Ces magnifiques arbres, dont quelques-uns atteignent des dimensions colossales, ont été plantés en 1809. Le jardin public, orné de la statue des Temps futurs, par le maître sculpteur Belloc, est

de créatioQ récente. Une promenade d'hiver, très abntée et très fréquentée, a été depuis peu établie dans les anciens fossés des fortifications.

Le monument élevé à la mémoire des Roussillonnais morts à Tennemi pendant la guerre de 1870-1871, est Tceûvre de Joseph Carbasse et de Belloc. Il a été inauguré le 12 août 1896. Nous le reproduisons ci-contre.

A très juste titre, les Perpignanais sont fiers de leurs Platanes. Le dimanche et les jours de fête, la promenade présente un magnifique spectacle. C'est ici que se jouent les scènes principales de cette étourdissante comédie en plusieurs journées qu'on appelle « le Carnaval de Perpignan }^. Les corsi, la nuit, y produisent un effet fantastique des plus singuliers, et la <k Bataille des fleurs d rivalise avec tout ce qu'on peut faire en ce genre dans les villes classiques du Carnaval. Dans ces allées grandioses, inondées de soleil, les confetti et les fleurs aux mille couleurs tournoient dans V^ir, puis tombent comme la pluie sur toute une population travestie, bariolée, criant haut la joie de vivre.

Le Perpignanais aime avec la même passion le travail et les amusements, le jeu, la danse, la musique, le luxe. Les cérémonies religieuses sont peu suivies à Perpignan, mais les concerts et les bals se renouvellent presque tous les jours, et cela pendant tout le cours de Tannée, qu'il fasse chaud ou froid. A répo<|ue du Carnaval, dont nous venons de dire un mot, la foule est continuelle dans les rues et places a du tour de ville !> : la Loge, la Place Laborie, la rue Mailly, le Pont-d'En-Vestit, la rue des Augustins, la Place Neuve, la rue de la Fusterie, la Place Rigaud, les rues de l'Argenterie, des Trois Journées et (les Marchands. Le mercredi des Cendres, pour terminer cette longue comédie, c'est une bataille haletante, acharnée, effrénée, qui se livre par les rues, dans une cohue dont on peut à peine se faire une idée. La nuit venue, on court à l'entrée des Platanes brûler le Carnaval qui, cette fois est bien mort, et il ne reste sur le. pavé des rues que la couche blanche des projectiles lancés pendant la journée. Le Perpignanais a toujours été d'un tempérament vif, mais franc. Des défauts, des travers, des vices nouveaux sont venus se greffer sur les anciens,

mais ils n'ont pu altérer Tessence même de la race. Ces Catalans ont conservé, en effet, leur vivacité et leur franchise, avec cet esprit d'indépendance et de Gerté ({ui se remarque dans tout le cours de leur histoire.

La situation économique de Perpignan n'est pas précisément des plus brillantes. Les agriculteurs, qui y sont très nombreux, ont dû reconstituer leui's vignes détruites par le phylloxéra, ce qui a absorbé les économies des beaux jours. Le désastre ayant atteint toute la partie viticole du département, les campagnes n'ont guère plus porté d'argent à Perpignan : de là le malaise de nas |)etits et grands magasins de mercerie, de draj>erie, etc. Ce qui a prospéré dans de bonnes proportions, c'est la culture et l'industrie maraîchères. Les nombreus<»s hortas de Perpignan et des environs produisent des légumes et des fruits de premier choix, si bien que notre marché aux herbes, grandiosement installé sur la rive droite de la Tet, à côté du marché aux fourrages et du marché aux bestiaux, expédie des milliers de corbeilles de haricots, d'artichauts, de poireaux, d'asperges, de ptVhes, crabricols, etc., sur les places de Narbonne, Béziers, Bordeaux, Paris et même de Londres. Les hortolans (jardiniers) sont actifs^ laborieux, âpres au gain, trimant et suant à remuer cette terre roussi 11 on nai se qui produit de Tor.

Hommes remarquables nés à Perpignan. —

Perpignan est la patrie de plusieurs hommes remarquables, dont quelques-uns peuvent être qualifiés de célèbres; tels sont Guide Terrena, Thomas et Joseph Carrère, André Bosch, Xaupy, Fossa, Doni Brial, Hyacinthe Rigaud, Etienne Arago.

Gui de Terrena, appelé communément Gui de Perpignan, naquit vers le milieu du XI 11^' siècle. Il fut «général des Grands Carmes en 1318, évèque de Majonpie en 1321, évêque d'Elne en 1330, et, enfin, patriarche de Jérusalem. Il a laissé des constitutions très remaiijuables et de bons livres de philosophie et de morale. On l'avait surnommé «c le Marteau des hérétiques d {Maliens hœreticoi*^um). Il mourut à Avignon en 1353.

Bosch (André), né vers la fin du XVI^ siècle, était un jurisconsulte doublé d'un historien. En 1628, il publia

un livre qui manque de critique, mais qui n'en constitue pas moins un des ouvrages les plus importants de notre littérature locale, car il est rédigé en catalan : il s'appelle Titols de honor de Catalunya, Rossello y Cerdanya» Il embrasse l'histoire de toutes les charges, offices, droits royaux et féodaux, prérogatives des cités et des corporations des comtés de Barcelone, Roussillon etCerdagrie. — Bosch mourut en 1631 .

Garrère (Thomas) né en 1714. mort en 1764, fut un médecin distingué. Il est le premier qui ait fait connaître les eaux minérales de son pays, par le Traité des eaux minérales du Roussillon, publié à Perpignan en 1756.

Garrère (Joseph-Barthélemi), fils du précédent et médecin distingué lui-même, naquit en 1740. Il a laissé plusieurs ouvrages de médecine très estimés et une bonne description de la province de Roussillon, qui parut dans le Voyage pittoresque de la France (Paris, 1787, in-fol., figures). — Garrère mourut en 1802.

Xaupi (l'abbé) naquit en 1688. Il mourut doyen de la faculté de théologie de Paris en 1778. Il a laissé un ouvrage d'histoire locale intitulé JRec/ierc/ies historiques sur la noblesse des citoyens honorés de Perpignan et de Barcelone connus sous le nom de citoyens nobles, qui ne manque pas de valeur, quoique Fossa Tait fortement critiqué.

Fossa, né en 1715, fut un jurisconsulte et un érudit de premier ordre. Il a consigné le fruit de ses recherches sur l'histoire locale dans deux excellents ouvrages : Mémoire pour V Ordre des avocats de Perpignan et Observations historiques et critiques sur le droit public de la principauté de Catalogne et du Comté de Roussillon. Il mourut le 6 août 1789.

Dom Brial a été un des hommes les plus savants de France. Né en 1743, il entra de bonne heure dans la célèbre congrégation des Bénédictins de Saipt-Maur. Il collabora au fameux Recueil des historiens des Gaules et de la France et à V Histoire littéraire de la France. Il mourut à Paris en 1828. Peu de temps avant sa morf, il avait fondé des écoles gratuites en faveur des pauvres des communes de Pia et de Baixas, lieux d'habitation d'une partie de sa famille.

Hyacinthe Rigaud naquit le 19 ou le 20 juillet 1659 et mourut à Paris le 29 décembre 1743. 11 a été un de nos plus célèbres peintres de portraits. On verra au Louvre ceux de Louis XIV, de Pierre Mignard, de Rigaud à son chevalet, de Bossiiet et de Maria Serre, mère de l'artiste. Les autres tableaux du peintre sont dispersés dans un grand nombre de muséea de France et d'Europe. Perpignan en possède quelques-uns, dont le principal est le Portrait du Cardinal de Bouillon, Etienne Arago naquit en 1802 à Perpignan ; ses illustres frères François et Jacques étaient nés à E^tagel. Littérateur et homme politique, il a été une des figures les plus originales de son temps. Il est mort à Paris en 1892, conservateur du Musée du Luxembourg.

L'activité intellectuelle avait été grande à Perpignan pendant tout le X Ville siècle; la Révolution l'arrêta, mais ce ne fut point pour longtemps, car elle reprit dès les premières années du XIX®, et toute une phalange

d'artistes, d'avocats, de savants, de littérateurs distingués concourut à conserver à Perpignan sa vieille réputation de ville a universitaire ». (1)

Parmi ces derniers, l'un des plus distingués fut Albert Saisset qui, sous le pseudonyme de Oun Tal (Un Tel), a publié plusieurs recueils de poésies catalanes, pleines d'observation et de finesse. Il est l'auteur de Vllourtoulana, chanson populaire que tout le monde sait par cœur. — Né en 1842, Saisset Albert saisskt (onn Tal) est mort à Perpignan en 1894.

(i) Voir pour plus de détails notre Notice sur la vie et les travaux de Julien Bernard Alart, ojl nous avons tracé un large tableau des études historiques locales ; voir aussi notre Perpignan depuis les origines jusqu* à nos jours y XXI, 47.

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