I. - DE PERPIGNAN A GORNEILLA-DE-LA-RIVIÈRE
A rextrémité du Pont-de-Pierre, nous laissons la route nationale n» 9 et nous prenons, a gauche, le chemin qui remonte la rive «gauche de la Tet (Chemin de grande communication n" 5 bis dit De la digue (TOrry à Notre- Dame de-Remède). Nous traversons une longue file de jardins qui forment une de ces magnifiques hortas dont Perpignan est entouré de trois côtés; celle-ci s'appelait déjà la Horta nova en 1225.
Saint'Estève (5 kil. O. de Perpignan). — Quelques minutes avant d'arriver à ce village, on trouve les restes d'une ancienne église qui est citée au moyen âge sous le nom de Saint-Mamet ; c'élait une dépendance de l'abbaye de La Grasse, au diocèse de Garcassonne.
Saint-Estève s'est d'abord appelé Villa Aguzan (955). Ce nom disparut dans le XI*^ siècle sans doute, et on ne trouve plus, à partir de cette époque, que celui de Saint- Estève-sur-la-Tetou plutôt de ^a\ni-Esiè\ e-del-Monastir^ nom qui s'est perpétué jusqu'à nos jours. C'est en effet sur les ruines de la Villa Aguzan que fut fondé « le monastère de Saint-Etienne. )) ,
Le village se montre avec sa paroisse et son territoire dès l'an 1149, formant une seigneurie particulière dont l'origine et les premiers possesseui^ nous sont inconnus. Cette seigneurie appartint, dans le courant du XII^ siècle, à la famille dite de Montesquieu (en Vallespir), puis à la
couronne d'Aragon dont elle fut aliénée en 1357 pour passer entre les mains de divers personnages qu'il est inutile de nommer ici.
En 1642, pendant le siège de Perpignan, Louis XIII établit son quartier général tout près du village, dans la métairie d'En Johan PauqueSy qu'on appela plus tard Mas del Rey en souvenir de cette circonstance.
A la veille de 1789, la seigneurie de Saint-Ëstève appartenait à la marquise de Blanes.
L'église mérite d'être visitée ; elle est à trois nefs et compte cinq travées. C'est certainement un des plus anciens sanctuaires du Roussillon ; la voûte centrale, qui est en arc brisé, a été refaite.
Saint-Estève compte actuellement 1380 habitants. Le territoire s'arrose au moyen d'un canal bien alinienté, dérivé de. la Tet et dont la concession remonte à l'année 1040. Gomme les autres communes de la rive gauche, Saint-Estève produit des l^umes et des fruits en al)ondance et toutes les espèces de céréales.
Baho (7 kii. 0. de Perpignan). — La route, entre Saint-Estève et Baho est bordée de f)eup)ien!^ blanes, gros, rugueux et floconneux. Baho est très pr(ihal)lemeiit un des villages qui remontent aux première.** populations de nos contrées. Les actes du moyen âge écnvent Basa et Basoii; en catalan on dit « Boou ». Ce village fut vendu en 975 à Oliba, comte <le Bésalu et de Cerdagne. En 1010 on trouve Valleu de Basa panrii le.-* propriélés de l'abbaye de Saint-Michel-de-Cuxa, à laquelle le coîiite en avait sans doute fait présent. Baho était fortifié et on y voit en 1261 un commandant militaire. Ihi porlail en pierre de taille donne accès dans la parlie du village appelée encore lo Castell on la Fort, renfermant la mairie et l'église.
La population de Baho est aujourd'hui de T2\] habitants.
YilIeneuve-de-la-Rivièpe (9 kil. 0. de Perpignan). — C'est un tout petit village (567 hab.) dont le sol, d'une fertilité admirable, produit un vin très recherché pour la table. Les fruits et les légumes y abondent. Vilanova ou Villeneuve ne paraît pas remonter à une
haute antiquité, comme l'indique d'ailleurs son nom. Au XII<^ siècle, on la trouve sous le nom de Vilanova de Reuter ou plutôt del Rauter (du routoir) appartenant au chapitre d'Espira-de-l'Agli. Ainsi qu'on la déjà vu, le chapitre d'Espira fut transféré à l'église de la Real de Perpignan en 1381, mais il garda jusqu'à la Révolution le droit foncier de la seigneurie de Villeneuve avec la basse justice. Le nom de Reuter est aujourd'hui inusité, pour ne pas dire inconnu ; on dit Vilanova de la Rivera^ nom que l'on ne trouve guère avant le XV® siècle.
Si de Villeneuve on porte le regard vers la Tet, on aperçoit une énorme falaise rougeàtre, couronnée par des maisons avec un pan de tour ; le tout est d'un effet fort pittoresque, Ces maisons sont suspendues à deux pas de l'abîme et, de loin, on se demande comment elles peuvent se tenir debout. C'est le Soler primitif.
Il reste aussi à Villeneuve quelques vieilles maisons de « la bastide » primitive; le reste est neuf, vulgaire, pétri avec du mortier rugueux piqué d'éclats de tuile rouge. Il y a deux ou trois rues larges, très larges, mais borgnes.
Pézilla-de-la-Rivière (12 kil. 0. de Perpignan, 7 kil. E. de Millas). — Les communes que nous venons de visiter font partie du Canton-Ouest de Perpignan. Celle-ci appartient au canton de Millas, petite ville située sur la rive droite de la Tet.
Pézilla {Villa Pcdiliani, Villa Pecilianum) est assis au milieu d'une plaine fertile, arrosée par un canal qui est dérivé de la Tet et que des sources nombreuses alimentent en été. Ce canal existait déjà au xii^^ siècle, mais il ne fut définitivement concédé qu'en 1411.
Au moyen âge, Pézilla était une dépendance de l'abbaye de La Grasse, mais on ignore à quelle époque il faut placer l'origine de cette possession. — Son château fortifié a été converti en maison particulière. — Dans le village était l'é^^lise paroissiale de Saint-Félix, aujourd'hui refaite à neuf ; hors les murs se trouvait l'église de Saint-Saturnin (Sant Serni). Ces deux églises, qui avaient chacune un cimetière, existaient déjà au IX« siècle. On trouvera, scellée dans la muraille de Saint- Saturnin, une pierre qui porte une sorte de ro$ace avec
arabesques; c^est un monument chrétien sur un monument païen, car, à bien examiner la pierre on y verra les restes d'une inscription romaine, curieux exemple de palimpseste lapidaire.
On B trouvé, en outre, dans le territoire un (çrand nombre de médailles impériales et consulaii^es et un autel antique ; sur ce dernier sont sculptés quelques attributs de Diane et d'Apollon.
Au Nord, dans la montagne, existait au moyen â<^e un tout petit village qui ne forme aujourd'hui qu'une simple métairie : Les Fonts. La population vivait de l'industrie pastorale et agricole, en y joignant l'exploitation des carrières de pierre à bâtir et à chaux que la partie inférieure du vallon contient en abondance. C'est ici que vinrent s'approvisionner les maîtres- maçons de Perpignan qui construisirent la cathédrale de Saint-Jean et la Loge-de-Mer.
Corneilla-de'la''Rivière(15 kil. 0. de Perpignan, 4 kil. E. de Millas). — Si Pézilla est une ancienne villa romaine, on peut en dire autant, croyons-nous, de Corneilla. n Les prétendus établissements de la maison Corneilla de Rome dans le Roussillon, dit Fessa, ne sont que des allégations fabuleuses. Rien ne prouve que les villages qui portent le nom de Cornelia existaient sous la domination romaine )». Mais rien aussi ne prouve qu'ils n'existaient pas, et on peut bien croire que les trois villages du département qui portent ce nom étaient des domaines appartenant à des membres de la gejis Cornelia. On sait que les grands propriétaires gaulois, rapidement romanisés, abandonnèrent leur nom national pour prendre des noms romains ; ils choisirent en général celui des grandes familles prétoriennes qui les avaient admis dans leur ''clientèle", ou celui des empereurs qui leur avaient octroyé le droit de cité.
Notre Corneilla des bords de la Tet subit sans doute les mêmes destinées que Pézilla, et devint, comme ce dernier, une possession de la célèbre abbaye de La Grasse. Une bulle de l'an 951 signale déjà comme appartenant à ce monastère la Villa Comelianum avec son église.
Le sol de Corneilla est très productif; le vin qu'il
- bo -
donne est, par sa liqueur et son bouquet, un des meilleurs du département.
On se rend à Mi lias, le chef-lieu du canton, en une heure. On rejoint au Pont de Mi lias le Chemin de grande communication n» 4 bis, dit D'Estagell à Elne.