LE VER NET
II kil. de Prades, Tn kil. do Perpignan.
Bâti en amphithéâtre sur la croupe d'un chaînon détaché du Canijjou,à l'altitude de 620 mètres, Le Vernet domine uu cirque admirable où s'étalent comme à l'envi toutes les richesses d'un merveilleux paysa«»e et dont il couronne la pei^pective d'une manière fort pittorcsjjue. Le village est mentionné |)our la première fois en 874; la même jyinée apparaît son éj^lise de Saint-Saturnin ; son Château se montre dès l'an 876.
La première église de Saint-Saturnin, située au bas du village, sur le bord de la rivièie, fut emportée par les eaux dans les premières années du XVlil'' siècle. L'église actuelle, également dédiée â Saint-Saturnin, servait de chapelle à l'ancien Château. On trouvera dans cette église une inscription qu'il faut rappoiter au XIV'" siècle (1).
De très honne heure Vernet fut une dé[)endance de l'abbaye de Saint-Martin-de-Canigou ; c'est, en ellét, eu 1009 que le comte de Cerdagne Guifred ou Wified et sa femme Guisla le donnèrent à l'abbé de Saint-Martin.
Les rois d'Aragon se montrèrent toujours pleins de
(i) En voici la Iraduclioii « () homme ! poiirtjiioi rru' re$^ardes-tii ? j'ai été ce que tu es ; je suis ce (jue tu seras. Fais pénitence et tu auras la vie éternelle. Dis un pater pour mon âme. »
bienveillance pour ce monastère auquel ils accordèrent de nombreux privilèges ; de leur côté, les abbés accordèrent de nombreuses franchises aux habitants du Vernet. Le village actuel se compose de deux parties bien distinctes et d'aspect très différent. La partie haute, qu'on peut appeler a Le Vieux Vernet » est un fouillis de couloirs et de ruelles qui montent et qui descendent, avec des maisons noires et basses, des balcons de bois, des portes et des fenêtres fendillées et branlantes, un pèle-nièle de toits rouges et gris d'où émergent l'église et la tour du vieux Château. c< Le Nouveau Vernet » est bâti sur la route, en bas, et s'étend jusqu'au bord de la rivière de Cadi. On longe la Place publique et une file de maisons de physionomie honnêtement bourgeoise, régulièrement bâties, parées d'enseignes et d'affiches et bordées d'un trottoir ; l'ensemble présente l'aspect désagréable et décent des hôtels garnis. Le contraste avec l'autre Vernet est frappant. Ici se trouvent les Thernnos Mercader, dont les sources ne furent découvertes qu'en 1832 ; les anciennes, celles qui ont fait la réputation du Vernet, sont situées sur la rive gauche de la rivière. Là est le véritable « Vernet-les-Bains ».
Les Bains. — Dans les documents que nous possédons, la première mention qui soit faite des eaux thermales du Vernet remonte à l'année 1186. En 1309, on construisit un nouveau bâtiment, à côté ou au-dessus de l'ancien, qui devait être d'une pauvreté extrême. Nous savons, en effet, par un document de 1202 que les Bains du Vernet (Balnea de Verneto) consistaient simplement en une piscine voûtée où tous les malades venaient se plonger. A l'extinction du royaume de Majorque, le propiiétaire de l'établissement thermal, nommé Jacques Pascal, s'avisa de prendre parti pour l'Infant dé Majorque dans l'expédition malheurouse que ce prince fit en Confient (1474) ; il fut pris par les troupes aragonaises et puni de mort ; ses biens furent confisqués ; a entre lesquels biens, dit l'acte d'inféodation qui en fut fait en faveur de Raymond Costa, étaient les Bains de Vernet avec toutes leurs maisons et édifices)). La confiscation ne portait que sur les droits emphytéotiques de
Pascal, car la propriété elFective des Bains appartenait au monastère de Saint-Martin-de-Canigou.
Dans son Traité des eaux minérales du Roussillony imprimé en 1756, Carrère s'exprime ainsi au sujet de cet établissement thermal : « Auprès de Vernet en Confient, il y a une eau thermale qui, depuis plus de quatre siècles au moins, sert à l'usage des bains qu'on prend dans un bassin qui est séparé en deux par un mur mitoyen et qui a trente-deux pieds de long sur quinze de large et deux pieds deux pouces de profondeur. Le vaisseau est assez bien voûté. Le logeynent quon y avait bâti il ny a pas bien long-tems seroit assès commode si on n'en avoit laissé crouler la plus grande partie. On pourroit le relever à peu de frais. »
Lorsque le docteur Pierre Barrera acheta l'établissement à l'abbé de Saint-Martin, en 1788, les bâtiments existants étaient sur le point de s'écrouler et il n'était plus possible de s'y abriter, « de sorte que ces bains ne furent fréquentés ensuite que par la classe indigente obligée de s'abriter sous un petit couvert au rez-dechaussée et sur la dure avec un peu de paille, ou de s'en aller, à travers les eaux et les pierres, coucher aux villages voisins. »
Le docteur Barrera répara le chemin qui conduisait à la piscine, fit construire une vaste maison, creuser des bassins, installer des baignoires et des douches et relira ainsi les Bains de l'état de délabrement dans lequel ils se trouvaient depuis si longtemps. En 18îM, deux anciens commandants de Villefranche, Gouderc et de Lac vivier, en firent l'acquisition et élevèrent de nouveaux bâtiments vastes et élégants, tandis que Mercader construisait son établissement ; ils firent ainsi du Vernet une des belles stations thermales des Pyrénées.
Puis vinrent en 1879 de nouveaux propriétaires qui changèrent absolument la face des choses en créant une station thermale qui rivalise incontestablement, et sous tous les rapports, avec les plus belles, les plus agréables et les plus célèbres de l'Europe, telles que Bagnères, Cauterets, Vichy et Baden.
Les a Bains Mercader » sont aujourd'hui délaissés on plutôt déclassés. Tout « Vernet-les-Bains » est sur la
rivepaiichede la rivière, dans un maftniliqtie jsaiv, avei^ ses thermes, ses hôtels iniiépendanls les uns des auti-er-, ses villas meulilées, son Casino et son café-concert champêtre. L'ensemble forme une monumentale iielile ville dont las places, les squares et les avenues regurgeiit (le vei-dure.
Les Tlmrmes ont une façade de style fiiiic composite avec un fronton central suppocté pai' quati'e colonnes l c'&st niédiocra, mais l'intérieiir vautmieii\, cai'tuut y t^sl aménagé d'api^ès les méthodes modeiues de therniolliérapie et d'hytlrothéraiiie. L'JiiHel Ihraliim-f'ai.lnt s« tient avec les Themies ; il doit son nom au s<'-jour i|n'y fit pendant deux hivers successifs le vice-roi d'i^ïypli! bien connu. L'Hôtel de la Préfecture est dans une position ravissante, à deux pas de la rivière. Sur un antre point, près de la moiita}:;ne, s'élève VHiitel dm Comiiumdanls, qui faisait partie de l'ancien établis:
Srand et Iwl Hôtel du Porluijnl est de construction tout à fait récente ; il est (iirandiosement installé; au rez déchaussée l'èsne une }>:alerie à arcades occupée par des petites boutiques et un café. Il est séparé du Casino par ie Quinconce, petite esplanade plantée de marronniers,
avec une fontaine monumentale au milieu. De cet endroit partent plusieurs sentiers qui gravissent la montagne de La Péna. Nous donnons une vue qui montre le Casino et V Hôtel du Portugal.
« Le jardin d'hiver » est situé sur la rive droite de la rivière de Gadi, que Ton franchit en face du square des Thermes ; puis, on passe dans un tunnel creusé sous le chemin de Castell. On prend ensuite un sentier qui serpente et monte en corniche, traversant des terrepleins peuplés d'arbres, d'arbustes et de plantes les plus variés. Le sentier s'arrête sur une large terrasse. De là on voit sous ses pieds Le Vernet tout entier, dont les toits se détachent dans l'air limpide, ici avec la teinte fauve des tuiles, là avec les miroitements aveuglants des ardoises. Une ligne tortueuse de verdure dessine le cours de la rivière ; en face, à droite, à gauche, des collines, des montagnes montent et s'arrondissent jusqu'à l'horizon. Ce jardin d'hiver du Vernet est une merveille.
Les établissements thermaux de Barèges, St-Sauveur, Cauterets, Bagnères de Luchon et même Bagnères de Bigorre ne peuvent être fréquentés que pendant un temps de l'année, appelé saison des eaux, et qui comprend seulement les mois de juin, juillet, août et rarement septembre, car. dès le 15 de ce mois, il faut songer à s'éloigner des montagnes des Pyrénées occidentales. Au Vernet, au contraire, dès la (in d'avril, quelquefois même dès les premiers jours d'avril, arrivent les baigneurs que le mois de novembre y retrouve encore. Bien plus, les personnes qui ont besoin de prolonger pendant l'hiver l'usage des bains peuvent le faire ici avec avantage et sécurité ; le froid se fait en eft'et très peu sentir dans cette contrée favorisée. Aussi a-t-on construit un Sanatorium pour la cure à air libre, durant le jour. Il est superbement installé sur un contrefort du Ganigou, au-dessus du jardin d'hiver.
Les eaux de Vernet-les-Bains sont thermales, sulfureuses, sodiques ; elles agissent comme les eaux sulfureuses en général, plus ou moins excitantes selon les sources. Gi-contre nous donnons le résultat des essais sulphydrométriques faits en 1878 par les docteurs Gompanyo et Garrigou sur l'eau des différentes sources.
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