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ENVIRONS DU VERNET

i.^ Castell. — Le fond de la vallée du Vernet est clôturé par le village de Castell ou Casteill (2 kil. du Vernet) qui compte 160 habitants environ, et par la masse imposante du Canigou.

Le nom de Castell indique suffisamment qu'il doit son origine à un ancien castrum ; ce fut cependant toujours un pauvre village, compris dans les possessions de l*abbaye de Saint-Martin-de-Canigou. Les paysans de Castell ont dépouillé T.abbaye pour construire ou pour orner leurs maisons; c'est ce qui explique la présence chez eux d'un certain nombre de chapiteaux romans.

L'église possède, depuis 1786, le tombeau du comte Guifred, fondateur de la célèbre abbaye. Ce tombeau est en marbre de Villefranche et du genre de ceux qu'on nomme arqués. Il a été reconstruit ici pièce par pièce, mais on y a introduit deux fragments qui n'en faisaient pas d'abord partie : l'un est le cénotaphe de Guillaume Servoles ou Cervoles, avec un cerf passant pour armes parlantes ; l'autre, qui est dans le tympan même du tombeau, ne porte pas d'inscription ; comme dans le premier, on y voit plusieurs personnages qui se tiennent derrière le défunt couché dans son tombeau.

De Castell on va en quelques minutes à la fraîche et pittoresque Fontaine des EsqueyreSy au fond d'une gorge où écume la rivière de Cadi.

2'> Abbaye de Saint-Martin'de'Canigou. —

Après avoir traversé Castell on prend un chemin qui serpente au milieu des rochers, aujourd'hui dépouillés de cette parure de plantes et d'arbres qui les ombrageait à l'époque où les moines habitaient ces lieux déserts. A droite coule, au fond d'un précipice affreux, la rivière de Cadi qui, de chute en chute, brise ses eaux sur les masses de granit roulé et se montre toujours bouillonnante d'écume.

On arrive bientôt à une brèche profonde, qu'on a taillée dans le roc pour faire passer le chemin ; on laisse à gauche une chapelle ruinée et la Font dels Monjos, puis, par

une série de lacets, on arrive sur un tournant qui termine la gorge, unit les deux penchants de la montagne et mène à Tabbaye (1055 mètres au-dessus du niveau de la mer).

La tradition rapporte que le comte Guifred, voulant écraser les Maures dans un défilé voisin, avait donné à son neveu le commandement des hommes qu'il y avait postés, avec défense d'attaquer l'ennemi avant le signal convenu. Le jeune homme, emporté par son ardeur guerrière, oublia les ordres donnés par son oncle et fit manquer l'opération projetée. Guifred, furieux, le iua. En expiation de ce meurtre le pape exigea du comte la fondation d'un monastère : de là Torigine de Saint- Martin-de-Canigou. On peut lire cette anecdote à la romaine dans la Crônica universal del principado de Catalunay de Pujades; mais la vérilé est que Guifred éleva spontanément notre monastère en l'an 1001 . L'église abbatiale fut consacrée en 1009 par Oliba, évêque d'Elne, et le pape Sergius IV donna, en 1011, à la communauté naissante, la bulle d'institution canonique dont on peut voir l'original sur papyrus à la Bibliothèque de Perpignan.

Cette église avait été construite dans toute la simplicité du style roman primordial ; elle est à trois nefs séparées par de lourds piliers de granit, et porte sur une crypte dont les galeries sont assez bien conservées. L'église supérieure est à peu près complètement ruinée ; les sureaux et les clématites s'en disputent le sol et les murailles.

Ainsi que ledit le cénotaphe du comte,celui-ci s'enferma dans le monastère, y prit l'habit religieux et y attendit sa fin, qui arriva en 1049. Il avait creusé de ses mains, dans la roche vive, la demeure destinée à sa dépouille mortelle. Ce singulier tombeau, dessiné suivant la forme du corps, étroit aux pieds et large aux épaules, terminé par un écrasement circulaire destiné à recevoir la tête, est aujourd'hui recouvert de ronces ; on le trouvera dans un terre-plein, à quelques pas du clocher, qui est toujours debout.

Tout ce monastère, qui est classé parmi les monuments historiques de la France, n'est plus, en somme, qu'un amas de ruines perdu dans un site admirable, mélancoliquement pittoresque.

Désireux d'avoir des reliques pour son église de Saint- Martin, Guifred envoya des émissaires à Toulouse dans le but d'enlever celles de Saint-Gaudérique (iSant- Galdéric, selon l'orthographe et la prononciation catalanes), conservées dans l'église de Saint-Sé vérin. Après avoir trouvé le tombeau du baint, les émissaires essayèrent, mais en vain, de lever la pierre tumulaire ; ils firent alors un vœu, celui de placei* les reliques dans un lieu très honoré : le tombeau s'ouvrit comme de luimême, et les émissaires reprirent le chemin du Confient, emportant avec eux le pieux larcin.

Pendant les époques de sécheresse obstinée, les consuls de Perpignan envoyaient à l'abbé du monastère une députation pour demander ces reliques. Le séjour qu'on leur faisait faire dans cette ville était plus ou moins long, mais, dans ce laps de temps, il se faisait toujours trois processions de tout le clei-gé. Dans ces processions on portait ordinairement la châsse sur les bords de la Tet où un autel était dressé ; s'il n'y avait pas d'eau dans cette rivière, on allait sur le bord de la mer, près de Sainte-Marie. Nous avons déjà signalé ce fait quand nous avons visité cette commune.

3*» La Tour de Goa. — On se rend d'abord à Gastell. Du village on descend sur le bord de la rivière de Gadi, que l'on franchit sur un pont des plus rudimentaires. Le sentier, pierreux, montant, serpente sur la rive droite du torrent de Jou. Il atteint le col du même nom, sorte de dépression sur le chaînon escarpé (|ui sépare la vallée de Gastell ou du Vernet de celle de Pi et qui se termine brusquement au-dessus des Bains par le Puig de las Falgosas et l'escarpement de La Péna. La vue se porte tout de suite sur le Pic de Las TresEstelas, dont la tête et les flancs sont dénudés. — Ici, il faut laisser à gauche le sentier qui conduit au Col du Cheval Mort. Nous devons dévier à droite pour atteindre la Tour de Goa, plantée sur une crête à 1268 mètres d'altitude. Ce vieux témoin des âges passés est à moitié ruiné (1).

(i) « La montagne )» et la tour de Gua sont citées dans plusieurs actes anciens.

A notre droite, le coup d'œil sur la région du Canigou est très impressionnant; à notre gauche, en bas, s'ouvre le profond sillon où coule la rivière de Pi. On peut descendre au Vernet par la Péna, mais le chemin à parcourir n'est pas précisément très commode, du moins jusqu'à l'endroit où l'on rejoint le sentier tracé en zigzag qui aboutit derrière le Casino.

40 Du Vernet à Nantet par Sahorre et Pi. —

On se rend à Sahorre par un chemin qui se détache de Vernet à la Place publique, franchit la rivière de Cadi, puis monte sur une colline en pente douce, semée de mines de fer. Du haut du a Col de Sahorre d la vue embrasse les deux vallées de Vernet et de Fui lia ; on descend en quelques minutes au village qui a donné le nom à ce col. Les pentes de la vallée sont en général raides et nues, mais le fond, où s'éparpillent les maisons de Fuilla et où s'étale, plus serré et plus compacte, le village de Sahorre, est plein de verdure animée et vive; en y arrivant on est frappé d'une agréable sensation de fraîcheur ; tout est souriant : les maisons sont peintes en blanc et en jaune ocre. (1)

Le village semble avoir beaucoup gagné au point de vue intellectuel, depuis qu'il est fréquenté par les nombreux baigneurs ou visiteurs qui viennent au Vernet ; du moins les habitants renient les anciennes pratiques superstitieuses. On avait ici l'habitude de porter à l'église un tourteau qu'on faisait bénir ; lorsqu'il était bien sec, on le réduisait en poudre et on le donnait, aux brebis mélangé avec du sel : c'était un préservatif contre la maladie. A Torren, annexe de Sahorre, les ménagères font encore bénir une branche d'olivier, le jour des Rameaux et le donnent à manger au bétail dans le but d'écarter les malédictions des hrnxas ou sorcières, A Sahorre, le jour de Saint-Pierre, on faisait bénir un

(i) L'h ne commence à apparaître dans ce nom qu'en 1180, dans un orieinal sur parchemin de Corneilla-de-Gonflent. Ce document donne la forme Sahorra pour le village et Sahorrig pour la rivière. Vh disparaît ensuite pour ne reparaître cju'après le XIV« siècle. Nous pensons que c'est le mot saorra, qui signine « sable » en catalan, et que l'on prononce aujourd'hui sourra^

rameau d'aubépine que Ton plantait ensuite dans le champ pour garantir les récoltes de la grêle ou de la gelée.

Nous quittons ce gai et riant village et nous allons rejoindre la route qui vient de Villefranclie et qui monte à Pi. Elle s'engage tout de suite dans une étroite gorge et suit la rive droite du gros torrent. Elle s'élève bientôt au-dessus du niveau des eaux blanches et pures ; à droite se dressent les escarpements qui soutiennent le Pic de Las Très Estelas, à gauche, là haut, la Tour de Goa montre ses fenêtres béantes, encadrées de gianit d'une blancheur éclatante ; un canal d'arrosage avec sa verte bordure rompt un peu la monotonie des pentes arides. On se croirait ici dans une vallée andorrane. La route monte encore, puis descend pour franchir le torrent, tout près du village de Pi qui se montre planté en face, sur une hauteur, dans la gorge qu'étranglent de hautes montagnes.

Le village (530 habitants) a des rues étroites et tortueuses, mais la Place est large, très aérée. A côté, les maisons petites et basses s'entassent les unes sur les autres, mais l'aspect général du village est très gai. L'auberge est excellente : c'est une bonne fortune pour le touriste qui parcourt ces parages. Elle porte le nom quelque peu prétentieux de « Café et restaurant Laforgue » ; on y trouvera une chambre propre et une table très convenable. La vieille église a été fortement remaniée, à ce qu'il semble. L'entrée est précédée d'un porche. A l'intérieur, nous ^vons vu quelques morceaux de sculpture qui pourraient bien remonter au Xll^ siècle. La clé de la porte est énorme ; les gonds et autres ferrures sont des travaux de ferronnerie grossière, mais locale et curieuse.

Les environs de Pi, très nus aujourd'hui, ont été anciennement très boisés ; les besoins domestiques et l'entretien des forges ou manticas, qui existaient déjà ici à la fin du XII® siècle, sont les principales causes de ce déboisement.

Tout près du village on pourrait exploiter des carrières d'un marbre blanc très remarquable, formé en général d'une roche calcaire primitive, compacte et sans fissures, d'un blanc pur et d'une dureté qui permet de lui dçnnçr

un poli très fin. Le marbre blanc de Pi, dont plusieurs échantillons existent au musée de Perpignan, peut éti*e employé soit comme marbre statuaire, soit comme marbre de haute architecture et d'ornement. Le manque de bonnes voies de communication en a seul empêché jusqu'ici l'exploitation, qu'il serait bon de tenter enfin.

Le rude sentier qui conduit à Mantet passe précisément dans le marbre ; puis il suit les bords du sauvage et sinueux torrent de Campelles, grimpant et zigzagant à travers des pins rabougris jusqu'au col de Manlet, qui est à l'altitude de 1765 mètres; à gauche s'allonge La Pinosa del Moscallo ; à droite se dresse le Puig del Senyor, haut piton qui porte ses regards dans la vallée de la Tet. Du col on descend en quelques minutes au village de Mantet.

On ne rencontre guère de centres habités plus reculés que celui-ci : vraiment, on se croirait au bout du monde. Où aller d'ici? A la Preste, au village de Set-Cases en Espagne^ à Olette? Ce sont des courses bien fatigantes sauf la dernière. Toutefois, pour le touriste, ce coin de haute vallée, si reculé, si calme, si tranquille, ne manque pas de charme, pourvu que la brume, cette ennemie terrible, ne vienne pas le clouer à la table de l'auberge, Ca'l Falou (chez Raphaël), qui est une des choses les plus curieuses, les plus singulières, les plus étourdissantes qui se puissent voir dans nos pays. Jamais peintre d'intérieurs n'a trouvé de tons comme ceux qui se jouent dans cette salle aux parois sombres, noires, loqueteuses, où des trous servent de fenêtres, où les pierres. Vierges d'enduit, luisent comme des cuirs vernis. Mais les propriétaires de ce bitumineux taudis sont des gens affables, hospitaliers, sachant à merveille faire le vin chaud et les œufs au jambon.

Si l'on se décide à rejoindre Olette, on prendra le chemin qui descend sur la rive droite de la rivière jusqu'à la prise d'eau du canal de Nyer ; on suivra ce canal jusqu'à la hauteur de la ferme de Porcinyans, puis l'on descendra à Nyer, où passe la route qui mène à Olette. Cette descente de Mantet à Nyer est une des promenades les plus intéressantes qui se [puissent faire en Gonflent.

5» La Vallée de Fullla. — Sahorre et Pi appartiennent au canton d'Olette ; Fuilla appartient^comme le Vemet, Gorneilla et Villefranche, au canton de Prades.

Nous connaissons déjà la rivière de Pi. Son premier flot est un produit de la fonte des neiges qui couvrent les pics et les revers des Esquerdas de Roja, contrée élevée et froide. De Pi, elle descend à Sahorre, puis à Fuilla et va déverser ses eaux dans la Tet, à un quart de lieue environ en amont de Villefranche.

Les pentes de la vallée de Fuilla sont en général raides et nues ; mais le fond, où s*éparpillent au milieu de la verdure les blanches maisons des trois vehinats est d'une fraîcheur et d'une richesse admirables. Ces « trois pâtés de maisons » : lo Vehinat d^ Amont ^ lo Vehinat del Mitg et lo Vehinat d'Avall, sont ainsi nommés d'après leur position respective. Ils comprennent une population de 360 habitants environ. Il est question de Fuilla dans un document de 879. A droite de la route, à une petite distance, se montre la ferme de La Bolella qui fut, dès le XIII® siècle, au moins, un domaine fortifié. On y verra des fenêtres géminées en marbre rouge très élégantes.

Le domaine de Fuilla passa (fin du IX^ siècle) au monastère de Sant-Joan-de-las-Abadessas, en Catalogne, et, plus tard (X^ siècle), à l'abbaye de Cuxa.

L'église de Sainte-Eulalie, qui est située dans le Vehinat d'Avall, fut consacrée en 1031 ; c'est donc un vieux monument roman. Elle contient la dalle funéraire d'un certain Bernard de Fuilla (1318). L'église Saint-Jean est dans le Veynat d^Ainont ; elle possède un petit sarcophage assez semblable à ceux que nous avons vus dans les églises de Montferrer et du Boulou. Celui-ci était le tombeau de Jaubert de Fuilla, mort en 13^)5. . Vers le fond de la vallée s'ouvre dans la masse calcaire de ^ rive droite, une grotte que nous avons déjà signalée ea parlant de la Cova Bastera à Villefranche.

6» De Yernet à Olette. — Il faut une bonne journée pour faire cette excursion. Le touriste partira donc de très bon matin du Vernet et franchira le col de Sahorre à la pointe du jour ; à Sahorre il prendra le

chemin de Torren qui se détache du chemin dé grande communication n® 6 et gravit la montagne.

L'église de Sahorre que nous trouvons sur la côte est de style roman. L'abside est d'une élégance peu commune, surtout la fenêtre, à plein cintre, avec quatre colonnettes en marbre blanc supportant quatre chapiteaux sculptés. M. Brutails a fait remarquer avec raison que cette église « est vraiment la sœur de celle de Conat », que nous avons déjà vue dans la vallée du Gailîan.

Nous montons toujours pour atteindre Torren qui n'est qu'un hameau, annexe de Sahorre; sa vieille Tour et les restes de son Château dominent toute la vallée de Sahorre et les crêtes blanchâtres qui vont mourir sur la rive droite de la Tet, au-dessus de Serdinya. Au pied du hameau passe un canal dont la prise est à Pi ; les eaux, chauiîées par le soleil d'été, sont peu agréables à boire. On traverse quelques bouquets d'arbres au pied desquels surgissent des minerais de fer et l'on descend dans le vallon d'Aytua, en laissant à gauche les Mines de fer de Sahorre dont les plans inclinés se déroulent sur la tête de Torren. Ces mines sont très-riches ; elles ont peut-être été exploitées par les Romains, auxquels on a attribué divers outils trouvés dans les anciennes galeries. Des gisements de plomb argentifère qui ne sont pas exploités se montrent aussi dans cette contrée.

Aytua (1) est une annexe d'Escaro. Il est dans un profond vallon et ombragé par une belle châtaigneraie ; mais ce Heu est pauvre et bien triste.

A partir d'Aytua, le chemin court à travers des bois de chênes et de châtaigniers, et bientôt Escaro apparaît en face, de l'autre côté du vallon de Vallmarsana, sur un plateau formé par l'un des chaînons qui se détachent du Puig de las Très Estelns.

Escaro, qui se compose de trois ou quatre écarts, ne compte guère plus de 300 habitants. Pays sec, aride, brûlé ; mais ses mines de fer sont très nombreuses et très riches. Le village est assis sur un immense gisement minier. On verra des galeries au Sud et au Nord ; les

(I) Dans plusieurs actes du moyen âge ce nom s*écrit Huytesano, orthographe qui le rapproche singulièrement du mot wisif oth WîtUa,

rails des petits chemins de fer longent les maisons. L'église doit attirer l'attention de Tarchéologue. C'est encore ici un de ces vieux et intéressants monuments de Fépoque romane, qui ne tarderont pas à périr.

Nous avons mis deux heures pour venir de Sahorre à Escaro : il nous faut un peu moins de temps pour gagner Olette. Nous passons par la montagne en nous dirigeant vers le Nord-Ouest et nous arrivons à Souanyas d'où nous découvrons Olette et la vallée de la Tet.

On ne saurait imaginer un spectacle plus beau, plus riant, plus grandiose même. Ce ne sont certes plus les lointaines perspectives, les espaces immenses et à l'aspect sauvage qui s'offrent à la vue du touriste posté au Canigou, à Costabona ou aux Esquerdas de Rqja ; ici, on sent qu'on n'est pas loin de ses semblables ; on voit des maisons quand on ne voit pas des hommes. En face est Oreilla, à l'entrée de la longue vallée d'Evol que couronne le grand massif de Madrés ; plus près, et comme à nos pieds, Olette dont les habitations s'alignent en deux (îles et sont comme suspendues au-dessus des eaux sinueuses et blanchâtres de la Tet. Il y a ici des torrents, des forêts, des montagnes, des précipices, mais il y a aussi l'homme que l'on soupçonne sous les champs cultivés et sous les toits d'ardoise qui miroitent au soleil.

La descente de Souanyas à Olette est peu fatigante : le chemin aboutit au Pont de Nyer, sur la rive droite de la Tet.

70 Du Vernet à TaurinYa par Fillols. — Nous gravissons le petit chaînon sur lequel s'entasse « le Vieux Vernet », et nous allons rejoindre la rivière de Saint- Vincent. Le chemin est peu agréable ; en été, il est sec, brûlant, sans un ombrage, montant jusqu'au Coll de la Truja, d'où le coup d'œil est ravissant : à droite, la montagne sauvage, à gauche les vallons frais et riants de Gomeiîla et de Fillols. Ce dernier est assis au milieu d'une véritable oasis, entouré de prairies et de bouquets de frênes et de noyers.

Le village est cité pour la première fois dans un diplôme de Tan 950 ; en 959 le comte Seniofred le donna

à i*abbaye de Cuxa. Le pape Serge IV, dans son diplôme confîrmatif des possessions de cette abbaye en 1011, y range Fillols. L'église de Saint-Pierre, que nous trouverons un peu plus loin sur notre chemin, paraît avoir été Téglise du village. Cet édifice, modeste d'ailleurs, remonte probablement au XII^ siècle. L'église de Saint-Félix est très ancienne aussi, car nous la croyons du XI^ siècle ; l'abside est simple, mais très caractéristique de cette époque. Le granit a été roussi par le soleil et a pris une patine de vieil or très curieuse. La porte, simple comme l'abside, est en retraite. Les fenêtres du clocher sont géminées ; on y voit des chapiteaux qui paraissent bien dater du XI^ siècle. Le village avait un Château fort, dont la démolition fut résolue en 1654 dans un conseil de guerre tenu par le Prince Armand de Bourbon de Gonti, après que Bussy-Rabutin se fut emparé de Villefranche.

Fillols n'est pas bien grand ; il ne compte guère plus de 500 habitants, mais ses mines de fer spathique lui procurent une certaine animation. Ce n'est que tard qu'il est question de ces mines, et Carrère est peut-être le seul qui en ait parlé avec quelque développement, dans sa Description de la Province de Roussillon (1). Les documents qui nous restent ne font mention de ces mines qu'en 1667 ; et cependant il est à peu près certain que les Anciens les ont connues; des objets récemment déterrés et portés au Musée de Perpignan semblent même attester que les Romains ont ouvert des galeries dans les environs du village.

Au sortir de Fillols nous jetons un coup d'œil sur l'église Saint-Pierre, convertie en bergerie et, nous dirigeant vers le Nord, nous atteignons le Col de Millères, puis le Mas Vergés. Le pays est pauvre, et c'est à peine si quelques arbustes se montrent ça et là. Nous passons aux Mines, où s'ouvrent des fosses énormes, puis nous descendons

(i) Ce Carrère (Joseph-Barthélemy-François) était le fils de l'auteur du Traité des eaux minérales du Roussillon, que nous avons cité plusieurs fois. Il mourut à Barcelone en i8oa ; son père était mort à Perpignan en 1764.

Une pente très rapide pour atteindre Taurinya, situé sur un plateau cultivé, qui domine toute la vallée, sous la protection, du Pic dels Pradells et du Roch Mosquit.

— [Si, de Fillols, on désire rentrer au Vernet par Corneilla, on peut le faire par un bon chemin qui relie les deux communes (3/4 d'heure environ).]

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(( Montanyas regaladas »

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