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DANSES

Sur la Place publique du Vernet se tiennent, les dimanches et les jours de la fête locale, autour de l'orme antique, les danses catalanes. Malheureusement ces danses ont beaucoup perdu de leur caractère primitif, depuis l'invasion des maudits cornets à piston et l'abandon de la joyeuse cornemuse. Les antiques halls (l), les sardanas et les seguedillas sont de plus en plus délaissés. Cependant le tou liste pourra se faire encore au Vernet une idée assez juste de ces danses qui n'ont jamais manqué d'exciter la surprise de ceux qui les ont vues pour la première fois. On les retrouve aussi dans d'autres villages du Roussillon et du Vallespir et du Gonflent.

L'orchestre des Joglars (c'est le nom qu'on donne aux musiciens catalans) se compose d'un certain nombre d'anciens et grands hautbois, d'un flageolet (flahiol) très aigu, à trois trous, dont joue le chef d'orchestre, et d'un tambourin {tambori)^ qui sert à celui-ci pour marquer la cadence. Anciennement, V un des joglars jouait de la horrassa ou gayta (coi'nemuse). Par dérision on avait appliqué à cet instrument les noms de Sach deh

(i) Le Bail est une espèce de danse. Le pluriel, Jjis Ballas, dési-

f^ne l'ensemble des danses (balls, seguedillas, sardanas, etc. ) et même 'endroit où se tiennent les danses ; anar à las ballas^ aller jiu^ danses, pour danser ou pour voir danser.

gemechs (Sac des soupirs) et de Crin tu va verdn (TEnfant vert, à cause de la manière dont se tient Tinstniinent, ordinairement recouverte d'un drap vert.

Le mot joglar s'appliquait anciennement aux jongleurs ou bateleui's populaires qui erraient de ville en ville et de château en château. Joueurs d'instruments, ils ajoutaient à leur profession de chanteui^ et de musiciens le talent de faire des toui's de jiasse- passe. I)

^La sardana et la seguedilla étaient des sortes de chansons dont les joglars prenaient Tair |X)ur en faille la musique du bail. L'une de ces seguedillas, la Bepa, se chante encore dans les rues :

Ahont es la Bepa Que ne trig^ui tant *?

— Es à la rivera Renta '1 devental.

[Où donc est Joséphine, qu'elle tarde tant à venir "/ — Elle lave son tablier à la rivière).

Le bail, qu'il serait trop long de décrire, n'est, au fond, qu'une pastorale mimée ; c'est un dépit amoureux en action. On ne le danse plus selon les rèj^les. A un certain moment le danseur, qui avait fait la paix avec sa compagne, la prenait, la soulevait sur sa main droite et la présentait à la foule des spectateurs ; à ce inoiuent la borassa, la pauvre exilée borassa, faisait un point d'oi^ue. Aujourd'hui le bail a perdu son cachet original : il tient plus du galop que de la danse.

Ordinairement la série des balls s'ouvre par le contrepas. C'est un balancement grave et mélancolique exécuté par une file de danseurs se tenant par la main ; il se termine par un air vif et très animé sur lequel les danseurs, après s'être séparés, exécutent Vespardanyeta ou les aletas qui consistent en un rapide battement du talon autour du cou-de-pied ; les femmes ordinairement ne prennent point part au contrepas. L'air du con trépas, dont le rythme accentué et plein de syncopes, passe du mode sérieux et grave à un mode gai et vif, est peut-t^tre

(i) Joglar dérive du mot bas-latin yoca/a^or.

moins ancien que les balh, car Cervantes qui en parle dans une de ses nouvelles, La illustra Fregana, le considère comme une danse introduite tout récemment en Espag-ne. Les danseurs de contrepas se font de plus en plus rares.

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