‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 49 sur 71 · PUBLIC LIBRARY · texte numérisé non relu

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les intempéries des saisons : il avait apparemment les reins solides, mais ses os se sont cassés, desséchés, et ils s'en vont en poussière.

Le village, ou plutôt le hameau, est d'une insignifiance absolue ; seul le coup d'oeil est ravissant. C'est par un amusant euphémisme qu'on l'appelle dans le pays la Ville d'En y peut-être simplement en souvenir de son appellation première villa de En^ le mot villa ayant le sens de village et même de hameau.

Cependant, le soleil s'en va à petits pas vers l'Ouest, les ombres s'allongent, la fraîcheur monte des vallées ; il faut rejoindre l'établissement. L'heure du dîner approche.

9° Thuès. — Il y a à peine deux kilomètres de Thuèsles-Bains au village de Thuès. Près de la porte grillée qui sert d'entrée à l'établissement, le torrent de Faget tombe en cascade sur le bord de la route qui, à partir de ce point, est très agréable. A gauche, c'est la montagne boisée, ruisselante de sources chaudes ; à droite, et à dix mètres de profondeur, la Tet roule ses eaux froides à travers des rochers dont plusieurs sont descendus de la montagne de Canaveilles, qui constitue ici la berge de la rive gauche de la rivière. Cette montagne est droite, haute, perpendiculaire presque, et ne présente qu'une surface aride, couverte de débris pierreux facilement entraînés par les pluies. C'était là un continuel danger pour les voyageurs lorsque la route passait au pied de ces escarpements.

A un kilomètre environ nous arrivons à la Grotte de Lourdes. Dans une cavité naturelle un baigneur eut ridée de faire un sanctuaire pour les âmes pieuses ; on ne saurait rien imaginer de plus modeste ; c'est la demeure qui convient à l'image de la mystique paysanne, qu'on a eu le tort de mettre ailleurs dans des demeures somptueuses.

Avant d'arriver au pont de Thuès, qui nous ramène sur la rive gauche de la Tet, nous signalerons deux sentiers très ombreux, très gais, peu fatigants, qui conduisent : l'un à la partie la plus élevée du village, appelée Thuès-Entre-Valls, et l'autre à la métairie d'Entre- Valls, sur la montagne. La partie de Thuès qui est assisç

sur la rive gauche de la rivière, au pied de la route, s'appelle Thuès-de-Llar. L'église est à Thuès-Entre-Valls ; elle est là-haut, plantée comme un petit fort. Le presbytère, maison du prêtre, simple et hospitalière, se tient avec réglise, la maison de Dieu. On trouvera à Thuès du bon lait, des truites, d'excellents léo^umes ; le baigneur qui ne veut pas rentrer à l'établissement pour son repas, pourra s'arrêter à l'auber'ge de la Toutou^ qui est connue dans tout le canton et même bien plus loin.

lOo La Tet. — La Grotte. — Promenade de nuit. — Après le dîner, c'est une émigration générale vers La Grotte de Lourdes. Pendant la journée la montagne a été chauffée à blanc ; maintenant elle rejette la chaleur ; mais la fraîcheur qui monte du fleuve ou qui descend des arbres de la rive droite nous font une douce et agréable température. La vallée prend des aspects fantastiques. Voici la Grotte, enfoncée, noire ; la Vierge est là, maintenant invisible, tandis qu'à côté un lllet d'eau tombe discrètement de la montagne.

On revient à l'établissement faire un bout de valse ou quelques parties de manille. A dix heures, tout dort, sauf le fleuve qui mugit et les feuilles du bois qui frissonnent. Contrairement à la plupart des « stations thermales à la mode », Thuès-les-Bains est fait pour les malades ou les (( fatigués ». On ne vient pas ici pour s'amuser ; on y vient pour se reposer et se guérir. Gela ne veut pas dire qu'on n'y rencontre que des gens maussades, moroses et hargneux ; ah î mon Dieu, non ! La société, quelque mêlée qu'elle soit, y est des plus charmantes, presque tous des habitués, enchantés de se retrouver dans ce hiien retiro. Voyez notre groupe de baigneuses ;

llcCanaveilles. —De bon malin, ({uancllaliiiipjitité

du ciel s'est faite, avant que le soleil ne darde trop fort ses rayons, prenez voire bâton et suivez la uraniie roule, qui vous mènera aux Graus. Des lioufTées de (irand air passent, et vous montez. Void des ruines. C'est l'aDCiennecbapel]edeSainl-Plerre,voisinede vieilles murailles qui semblent avoir appartenu à une forteresse. Un pont très élégant, probablement du XIII'' siéc-le, enjambe le torrent d'En^aiTa, et le sentier, se détachant de la vieille route, grimpe ver-s le village : c'est un bien rude morceau! Au tournant, la vue sur le Bas-Conflent est pleine d'a{fi'éables(>erspeclives; encore un eflort,el nous voici arrivés à Canaveilles, véritable aire de vautours,

planté là depuis des milliers d'années sans doute, car ce nom de a Vieux rochers» ou a Vieilles bâtisses i> (c'est ce que veut dire Canevellas) date d'une époque où les naturels du pays parlaient une langue bien antérieure à celle des Romains. L'église est curieuse à voir, d'abord par sa misère lamentable, puis par quelques objets anciens, notamment un affreux bonhomme de pierre, tout barbouillé de lait de chaux, qui surmonte la porte d'entrée et qui provient peut-être de l'église de Saint- Pierre dels Gratis. Une inscription de 1360, très élégante et parfaitement gravée rappelle qu'un nommé Guillaume Salvat a fait exécuter, pour orner l'église, une peinture qui, bien entendu, n'existe plus aujourd'hui.

De Ganaveilles on peut aller à Llar en suivant la crête de la montagne, d'où l'on gagne le plateau des Llansades ; en cet endroit le général Dagoljert vainquit les Espagnols le 3 septembre 1793.

12» Excursion à l'étang de Carença. — Elle est indiquée ici pour les baigneurs aux poumons solides et aux jarrets d'acier. Il faut partir de l'établissement avant le lever du soleil et se rendre à Thuès. L'entrée des gorges de Garença s'ouvre à quelques minutes du village (1). On dit adieu au monde civilisé jet l'on s'enfonce dans les entraflles de la montagne en compagnie du torrent qui roule ses eaux avec fracas et ronge son lit avec avidité entre les deux gigantesques parois. Ge dut être un beau tapage le jour où le glacier supérieur, pesant de tout son poids, rompit la roche pour se déverser dans la vallée. Le sentier se tient d'abord sur la rive droite du torrent et monte en escalier, faisant des lacets interminables. L'eau, maintenant, mugit en bas, tandis que sur nos têtes la montagne se dresse menaçante. En face, l'horizon s'égaie, quoique très borné. Le bois de Campilles a des aspects superbes sous le coup des premiers rayons du soleil. Nous voici de nouveau sur les bords du torrent que nous traversons pour revenir ensuite sur la rive droite. Ici, les témoins de l'action glaciaire sont

(i) Le nom primitif est Querença, qui contient le vieux mot Quer^ si souvent cité dans ce livre,

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nombreux, énormes blocs entassés dans un pèle-méle indescriptible. Le sentier est taillé dans le roc vif; puis il passe plusieurs fois d'une rive à l'autre ; c'est par une série d'exercices peu amusants que nous le suivons. Le torrent se débat, étranjçlé entre les roches : il cascade et se précipite en chutes argentées.

Enfin, la vallée s'élargit ; les plantes et les arbres tapissent la montagne : c'est ici une vraie forêt, où des hêtres, des bouleaux et des noisetiers poussent avec vigueur. Le Pic de Las Gallhias, géant de la contrée, n'est pas loin de nous, mais sa tête nous est invisible. Les cimes qui nous font face sont celles de Ribas Elanças et de Cimbells. Le paysage est des plus gais ; des pâturages s'étendent en longs tapis verts, et devant nous, un vallon se creuse, plein de verdure : on appelle cet endroit Las Bassibes (et non pas Bassibes). Le Pic de Las Gallinas montre maintenant sa superbe tête (2624 m. d'alt.). A travei*sles pâturages nous montonstoujours. Le chemin, sauf en deux ou trois endroits, est des plus faciles et des plus commodes. Il n'y a plus un arbuste, pas même un rhododendron ; les fleuî's sont toutes petites: c'est la flore alpine. Encore quelques centaines de pas et nous atteignons, à l'altitude de 2.266 mètres, l'étang de Carença, qui dort au fond d'un grand cirque formé par une ceinture de montagnes aux blanches cimes. Ce spectacle est grandiose, inoubliable. Aucune description ne peut donner l'idée de cet immense bassin circulaire, de cette vaste nap[)e d'eau où la lumière se joue en mille détours, de celle tranquille assemblée de monts dénudés qui semblent contempler ce silencieux spectacle.

D'ici s'échappe le premier Ilot du torrent qui prend le nom de « Rivière de Carença ». Dans les environs, pays affreux et sans aucune végétation, se trouvent l'Etang noir et l'Etang bleu, qui sont loin de présenter l'étendue et l'intérêt de celui que nous venons de voir.

\ Rentrer à Thuès-les-Bains le même jour, c'est faisable, mais au prix d'une grande fatigue. Le mieux est, en quittant le grand lac, de se diriger à droite et d'aller rejoindre, au Coll de Nou Fonts, le sentier qui vient de Prats-de-Balaguer et descend à l'hermitage de Nuria, en

Espagne. On peut revenir lé lendemain : il faut compter six heures pour le retour.

13» Administration de TEtablissement de ThuèS'leS'Bains. — Nous ne voulons pas quitter ce charmant établissement sans adresser nos félicitations aux administrateurs qui se montrent toujours empressés à satisfaire les désirs des baigneurs avec la plus parfaite amabilité.

Après avoir énuméré les qualités des eaux les avantages du climat et le charme des excursions que peut faire le baigneur dans les environs de Thuès-les-Bains, M. le docteur Parahy conclut ainsi :

(( A cet ensemble de facteurs thérapeutiques, hygiéniques et cosmiques que possède la station de Thuès-les- Bains, vient s'ajouter un élément de la plus haute valeur pour la réussite dans tout traitement : il consiste dans la tenue de rétablissement. Sous la direction de Respaut- Bohêne, le service est admirablement ordonné, une exquise propreté règne partout, la table est largement servie et la nourriture très variée peut s'adapter à toutes les exigences thérapeutiques. '- — Les viandes si renommées de Mont-Louis et de la Gerdagne arrivent toutes fraîches. — La Tet, très poissonneuse, fournit à discrétion de belles truites saumonées, et les légumes et les fruits viennent de tous les points de la plaine du Roussillon dans la courte durée de 3 à 4 heures au plus. — Grâce à tous ces éléments, grâce aux améliorations qu'on exécute tous les ans, nous pouvons dire sans hésitation que le plus bel avenir est réservé à la station de Thuèsles-Bains. ))

FONTPEDROUSE

9 kil. de Mont-Louis, 26 kil. de Prades, 69 kil. de Perpignan.

Au-delà de Thuès la vallée est dominée de tous côtés par de hautes montagnes grises et ravinées où TAdoiinistration forestière cherche à ramener la végétation au moyen de semis de pins. La route, d'ailleurs très belle, monte, franchit plusieurs ravins et arrive à Fontpédrouse.

Comme la plupart de nos montagnards, les habitants du Gonflent sont laborieux, actifs, doués d'une patience exemplaire. Ils luttent constamment avec l'aridité de la montagne inculte, rocailleuse, et ils lui prennent, lui arrachent tout ce qu'ils peuvent. L'orage a-t-il renvei'sé une muraille? ils la rétablissent ausisitôt; l'eau a-t-elle entraîné la terre ? ils la rapportent ; ils replantent si les arbres sont emportés. Souvent l'eau est plus forte qu'eux ; ils changent alors l'emplacement de leur culture et vont faire un champ à un endroit moins exposé aux ravages de la pluie. Quelquefois ils s'emparent d'un trou creusé par la nature à travers des roches nues, le remplissent de terre et y mettent quelques arbres fruitiers, un olivier, un cerisier, un figuier. Il n'y a presque pas de chemins carrossables dans le pays pour aller dans les propriétés ; les gens portent tout à dos de mulet, et surtout à dos de femme, car les femmes sont associées, ici plus qu'ailleurs, aux travaux agricoles. On les voit souvent, la tête baissée, les jupes retroussées, les jambes écartées, travaillant la terre. On a toujours remarqué que les habitants du Gonflent sont plus souples et plus polis que ceux des autres parties du département. Malins en aflaires, ils se laissent rarement « mettre dans le sac » et ils rient souvent entre eux de la franchise un peu « simple p des gens de la plaine, qu'ils se flattent de a mener à la foire ». G'est peut-être à cause de tout cela que Fontpédrouse passe pour avoir été fondée par une colonie de Gitanos^

Les maisons s'adossent à la montagne, les unes audessus des autres, assises par gradins, comme pour regarder dans la vallée. Des bois qui tapissent la rive droite, s'échappe un joli petit torrent qui jette l'eau dans la rivière en une cascade écumeuse et blanche. Voilà bien l'eau des montagnes, limpide et transparente comme l'air. Pour atteindre les hauteurs boisées, on remonte le long d'un sentier rocailleux en s'accrochant aux tiges des arbustes et aux aspérités des rochers.

La montagne qui domine Fontpédrouse est complètement nue, et il serait à désirer que sçs escarpements iVissent reboisés, car ce n'est pas une simple épée de Damoclès qui est suspendue sur la tête du village, mais

bien une effroyable masse de rochers qui peuvent l'écraser et l'ensevelir d'un moment à l'autre.

Le village compte 700 habitants environ.

A partir de Fontpédrouse la vallée de la Tet est très resserrée : la plaine n'est qu'un long et étroit ruban de prairies. L'homme fait ici des efforts inouis pour empiéter sur les flancs escarpés des deux rives et faire monter la culture sur les pentes qui descendent à pic.

Le hameau de Saint-Thomas, annexe de Fontpédrouse, est situé à l'entrée de la Vallée de Prats-de-Balaguer, sur un joli plateau bien cultivé. 11 est dominé par une haute montagne couverte d'une épaisse forêt de pins et de sapins à l'aspect morne.

Prats est plus haut sur une sorte de promontoire qui domine la vallée. On voit tout près du hameau une ancienne tour, dont les habitants attribuent la construction aux Sarrasins.

Saint-ThomaS'les-BaiRS. — A 500 mètres en amont du hameau de Saint-Thomas, sur la rive gauche de la rivière et en un lieu plein d'une pittoresque sauvagerie, s'élève un modeste établissement thermal à côté de trois sources sulfurées sodiques, à l'altitude de 1300 mètres environ. En été la chaleur y est agréable et saine. Ici, aucun luxe, on ne loge pas les gens difficiles: on vous reçoit a à la bonne franquette ». Nous y avons passé des journées fort agréables et nous ne saurions trop recommander au touriste d'y aller faire un tour.

Si, de Saint-Thomas, l'on veut monter aux étangs de Garença, on doit suivre un chemin de chèvres qui est comme suspendu au-dessus du torrent de Balaguer. Après deux lieues de marche on atteint le vaste plateau d'Asrnet, couvert de verdure, et la fontaine d'Ay chèques. A partir de ce point, le sentier traverse de larges éboulis de rochers granitiques, au milieu d'un terrain schisteux. Dans cette région croît en abondance le Molopospermum cicutarium, appelé Çoscoll en catalan. Le chemin devient très difficile et la Conca de Tremps ouvre sa gueule profonde pour recevoir les eaux qui se précipitent avec fureur dans cette innmense cuve. On continue à monter, en obliquant à gauche et laissant à

droite le Coll de las Nou fonts (col des Neuf sources), le Pic et la Fosse du Géant pour gagner le Pic de la Vache, situé à une faible distance du grand étang de Carença. A partir de Saint-Thomas la Route nationale s'élève par une suite de lacets qui embrassent plusieurs fois la montagne de leurs replis, appuyés à chaque détour sur des plates-formes soutenues elles-mêmes par des murailles, ce qui leur donne Tair de forts retranchés. Elle décrit une courbe au-dessus de La Cassanya, traverse la Tet sur un pont, au pied du village de Fetges, et gravit, par une longue pente, le rocher de Mont-Louis.

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