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LA CERDAGNE

ET

LA HAUTE VALLÉE DTJ SÈGUE

[Le Traité des Pyrénées réunil définitivement à la France le Roiissillon, le Vallespir, le Capcir, le Gonflent et une partie de la Cerda^ne. Celle-ci se présente sous Taspect d'une petite plaine, « mais qui n'est plaine, disait Vauban, que parce qu'elle est entourée de si hautes montagnes. » Il s'en faut, en effet, que ce soit une plaine parfaite : l'érosion des eaux du Sèfçre et de ses affluents ont creusé de profonds sillons et de vraies vallées formant des plissements et des ondulations qui bossuent le terrain. — La Cerdaçne constituait, au ccBur même de la chaîne pyrénéenne, comme un pays h part, isolé du reste de la Cataloje^ne, avec une belle rivière qui la féconde, le vieux Sègre, et une fière ville qui la commande, la moderne Puigcerdà. « Tout, dit un historien, semblait ici avoir été créé et combiné par la Nature pour que ce pays et ses populations vécussent dans une éternelle unité » ; mais les hommes ne défont que trop souvent, hélas! l'œuvre de la Nature ; et voilà qu'un jour, tandis que les laborieux descendants des antiques Ceretani étaient occupés à engranger leurs foins, des hommes appelés « diplomates, » fiévreusement courbés sur une mauvaise carte du pays, s'en disputaient les morceaux, en attendant que d'autres hommes appelés « ingénieurs » vinssent faire les justes parts à coups de cordeau.

H semble que la France avait espéré un moment d'annexer la Gerdagne tout entière ; çà aurait certes mieux valu que de la mutiler ainsi. On lit à ce sujet dans une lettre de Mazarin : « ... Et afin que Sa Majesté trouve plus de plaisir à cette acquisition (le Gonflent), il est bon qu'elle sache que le docteur Trobat, qui est ici et qui me donne des mémoires des affaires de ces quartiers-là, m'a assuré que presque toute la Cerdajne est de notre coté, qu'elle consiste en un fort bon pays et qu'il y a plus de trois cents villages, de manière que cette Comté, jointe au Contient et au Roussillon, composera une province fort jolie et de plus grande étendue que le Lyonnais... «

Le jurisconsulte Trobat, qui devint, l'année suivante, président du «t Conseil Souverain de Roussillon » et, un peu plus tara, intendant de la Province de ce nom, était un de ces catalans distingués, ambi-

lieux et mécontents, qui avaient embrassé le parti de la France et que les Espagnols qualifiaient de «c traîtres », non sans raison. En la circonstance, Trobat se trompait ou trompait Mazarin, car, non seulement il n'y avait g;uère plus de cent quinze ou cent vingt villa-

?^es en Cerdagne, mais ce pays était presque tout entier dû côté de 'Espagne, et c'est là précisément ce qui explique les lenteurs affectées et la ténacité patriotique du négociateur espagnol. Don Luis de Haro qui, à aucun prix, ne voulait entendre parler de la cession de la Cerdagne à la France. Mais le flegme calculé de Mazarin finit

f>ar avoir raison de l'obstination de son adversaire; toutefois, 'article 42, qui concernait la nouvelle frontière, était fort obscur, et, lorsque le» commissaires chargés de la délimitation définitive se réunirent à Céret (fin avril 1660), ils ne purent point s'accorder au sujet de la Cerdagne ; les commissaires en renvoyèrent le règlement à plus tard. Ils se réunirent en effet à Llivia le 12 novembre 1660; là ils rédigèrent « une explication de l'article 42 du Traité des Pyrénées ». Il en résultait que la vallée de Carol était cédée à la France avec une grande partie du territoire de la Cerdagne proprement dite. Pour prévenir toute difficulté ultérieure, il fut réglé que cette portion de la Cerdagne formerait — avec la vallée de Carol — un total de « trente-trois villages ». Llivia ayant le titre de ville^ le commissaire espas^nol fit décider qu'elle resterait la propriété de l'Espagne ; telle est l'origine de cette « enclave » ridicule. Ainsi se trouvait consommé le partage de l'ancien comté de Cerdagne, dont l'unité politiç^ue était à jamais rompue

L'enclave de Llivia fut, dans la suite, la cause de mille difficultés, notamment en 1733 et en 1761. Ce singulier territoire a environ 12 kilomètres carres.

A l'époque romaine, l'ancien pays des Ceretes ou Ceretani avait formé deux pagi ou « pays » : « le pays de Livia » et « le pays de Barida ». Il semble bien que Julia Livia fut ls( capitale de toute la contrée cérétane. Un chemin qui existe encore sur plusieurs points, la Via Conjluentana, mettait la Cerdagne en communication avec le Confient et le Roussillon par la vallée de la Tet C'est par ce chemin que descendaient ces fameux jambons de Cérétanie si estimés sur le marché de Uome et que le poète Martial préférait au filet.

« Les pays » de l'époque romaine formèrent plus tard * le Comté de Cerdagne », qui s'étendit ainsi du Nord-Est au Sud-Ouest, depuis le cours supérieur de la Tet jusqu'aux environs de la Seo de Urgel. Le dernier Comte de Cerdagne étant mort en 1117, ses domaines passèrent au Comte de Barcelone qui, en 1172, hérita ai:ssi du Comté de Roussillon. Les Comtés de Barcelone, Roussillon et Cerdagne se trouvèrent donc réunis sous la même main bien avant la fin du Xlle siècle.]

La Cerdagne peut se diviser en deux parties : la Cerdagne antérieure Qi\di Cerdagne lacustre, La première comprend tout le pays montagneux qui constitue la rive droite de la Tet dans celte haute région, depuis la source du fleuve jusqu'au cours de la rivière de Balaguer ; la seconde constitue la plaine proprement dite, frais et

riant pays qui, par ses hauts sommets, ses forêts et ses pâturages, ses eaux et ses neiges, et aussi par sa température rappelle certains cantons de la Suisse. C'est le haut bassin du Sègre, vieux lac vidé, qui a laissé, comme des témoins de son état primitif, des bancs de blonde argile avec des feuillages fossiles et. des mines de lignite où le paléontéologue a retrouvé des débris d'animaux dont les similaires n'existent plus aujourd'hui. Maintenant un cirque de belles montagnes diaprées de sombres forêts enrtoure ce bassin, devenu une plaine nourricière, riche de troupeaux et de vertes prairies qu'entretiennent les mille artères des canaux d'arrosage.

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