ENVIRONS DE MONT-LOUIS
1» La Cabanasse. — La Cahanasse (261 hab.) est comme le faubourg de Mont-Louis. A un endroit appelé le Clôt de las Forças , se voyaient encore il y a peu de temps les restes de la maçonnerie qui portait w des Fourches patibulaires ». Dans ces dernières années l'Administration des Eaux et Forêts a construit ici une « secherie » qui produit jusqu'à 4.000 kilogrammes de graines de pin à crochets destinées au re}x)isement de nos montagnes.
2o Saint'Pierre. — Le nom de Sant Pore dels Enforcats (de Inforcatibus, ou des a Enfourchés ») vient précisément des « Fourches patibulaires » où Ton pendait les criminels. A Saint-Pierre naquit Laurent Delcasso, qui de curé devint député à la Convention nationale, puis se maria et eut un fils qui fut recteur de r Académie de Strasboui'g et traduisit Cicéron ; et tout cela parce que la Révolution avait passé par ici. Saint-Pierre touche à la forêt du Moscallo, d'où on lira beaucoup de bois poiir la construction de Mont- Louis. Le village n'a guère plus de 300 habitants.
3o Planés. — Allons à Planés, dont les alentours sont charmants, frais, verdoyants, semés de sources limpides et de plantes très intéressantes. Les rhododendrons de la forêt viennent frôler les champs d'avoine, de seigle et de pommes de terre. De ces plateaux à pente douce l'œil plonge dans la gop^^e de la Tet, où l'on peut descendre par VAhellanosa, massif de « noisetiers » très fourré.
L'église de Planés a une forme singulière. Le plan est un triangle équilatéral formé de trois ronds- points. Un estimable historien, Henry, soutint pendant longtemps que cet édifice n'avait pu être originairement qu'un monument arabe. Cela était difficile à démontrer, d'autant plus que les Arabes, s'ils détruisirent beaucoup n'élevèrent rien dans notre pays. Henry consulta le Comité des Arts et Monuments, qui reconnut que notre église
était bien réellement un monument chrétien. Cest alors que Didron, le savant directeur des Annales archéologiques inséra dans ce recueil un travail de Jaubert de Passa plein d'érudition fantaisiste. A cette occasion, Didron cita plusieurs exemples de monuments triangulaires, et tous chrétiens, appartenant à l'époque romane, du X^ au XI Ile siècles. L'église de Sainte-Marie de Planés ne nous est connue qu'à partir de 1442 et, jusqu'à la Révolution, elle fut toujours considérée comme une annexe de l'église paroissiale de Saint-Pierre dels Forçats. Le village existait toutefois dès le XII« siècle, puisque en 1180, le roi Alphonse d'Aragon le donna au monastère de Fontfroide; il ne parait pas, à la vérité, que ce couvent ait longtemps gardé ce domaine, comme Ta fait remarquer Alart, car on le voit occupé au XV® siècle par la prévôté d'Aja, dépendante de l'abbaye de Ripoll. Peut-être trouverait-on dans ce qui reste des archives de ce dernier monastère, quelque document sur la fondation de cette église, qui paraît être un monument chrétien du XI V<? siècle.
4» Eyne (7kil.deSaillagouse,41kil.dePrades,86kil. de Perpignan). — On ne met guère plus de une heure et demie pour aller de Mont-Louis à Eyne si l'on suit le chemin qui se détache de la route nationale derrière « les maisons, de la Perche. » Quoique le village fasse partie du canton de Saillagouse et que la rivière qui l'arrose descende dans la Gerdagne lacustre, nous irons le visiter tout de suite parce qu'il constitue, avec sa vallée, une des excusions les plus intéressantes qui se puissent faire aux environs de Mont-Louis.
Eyne est adossé contre le ressaut de terrain qui forme la rive droite de la rivière. Depuis plus de cent ans sa population flotte entre 240 et 250 habitants. Le village est pauvre, et Qp yaut que par ses belles prairies, mais c'est un séjour vi.\.inent délicieux pendant les mois chauds.
, La vallée s'ouvre au Sud, station botanique célèbre où tous les naturalistes de grand renom sont venus herboriser: Tournefort, Gouan, Lapeyrouse, Pourret, Bentham^ et cela sur les indications de nos botanistes
roussîUonnais Bourgat, Xalard, Barrera, Coder, Compânyo, auteur de V Histoire naturelle du département des Pyrénées- OHentales .
5» La vallée d'Eyne. — £n sortant du village, on côtoie la rivière sur la rive gauche. L'entrée de la vallée est étroite, car elle est resserrée par une formation calcaire très escarpée, peu boisée et d'une hauteur prodigieuse. Les roches forment des excavations qui sont hors de la portée de l'homme : l'aigle et le vautour les habitent. Sur la rive droite, c'est le Cambra d'Ases ; sur la rive gauche, la Pica del Quer.
A une lieue du village, nous trouvons les ruines d'un four à chaux. En face, de l'autre côté de la rivière, est une jassa appelée VOrri d'Avall, où se retirent les bestiaux. Ici la vallée commencée s'élai-gir ; elle s'étend et s'élève ; les pelouses augmentent, les arbres se font rares. Après une heure de marche, nous arrivons à VOrri de d'Alt. La vallée prend encore plus d'extension ; c'est une prairie immense, sans un arbre. Nous ne tardons pas à arriver à une cascade, à côté de laquelle est un tertre élevé d'où sort une fontaine d'eau glacée. Nous sommes maintenant sur la rive droite de la rivière. Nous montons encore, nous contournons une grosse butte, et nous arrivons en plaine, dans le Pla de la Beguda^ qui forme comme le centre de la vallée. Plusieurs fontaines sortent des flancs des montagnes qui entourent cette vaste prairie et viennent se déverser dans la rivière, qui se contitue réellement ici.
C'est un des lieux les plus silencieux et les plus déserts de nos Pyrénées. H faut s'arrêter et prendre quelque repos si l'on veut monter au Col d'Eyne, car le sentier qui y conduit est très pénible et monte pendant plus d'une heure en zigzagant sur les éboulis de schiste. Le col d'Eyne ou de Nuria est à 2500 mètres environ, entre le Pic d'Eyne à l'Est (278« m.) et le Pic de Nuria à l'Ouest (2788 m.).,
6o La haute Vallée de la Tet, — - Depuis Mont- Louis jusqu'à sa source, la Tet séparait la Cerdagne du Confient d'abord, du Capcir ensuite.
Près du « Moulin de la Llagone )>, on prend, sur la rive gauche de la rivière un chemin qui, à travers la forêt de Barrés, conduit à La Borde, grosse « masade » construite dans le Pla de Barrés, sorte de plateau gazonné où la Tet coule mollement sur un terrain sablonneux.
On passe sur la rive droite de la rivière. A gauche s'étend la forêt du Bach de Bolquera, qui se marie avec la forêt de Font Romeu. Ici passe le chemin qui va en Gapcir, dit anciennement Via Redesa, « Route du Rasez ». Bientôt la vallée se resserre et on entre, à travers des flots de feuillage, dans le Pla dels Avellans (1). La Tet s'est divisée : tandis qu'une partie coule avec rapidité, l'autre se dévie et vagabonde sous les arbres qui couvrent ses rives tortueuses, aux bords plats et sablonneux. Nous remontons toujours la rive droite. Mais nous voici arrêtés par des masses de roches énormes, entassées sans ordre, avec des déchirures profondes et gazonnées, d'où sort tout une forêt ; c'est « le Bois des Déchirures d, lu Bosch dels Esquits : noisetiers roussâtres, pins à la figure pâle, sapins aux larges branches, trembles flûtes et lisses, aliziersd'un port élégant, de tout âge, de toute taille. Nous montons par un pénible sentier, laissant à droite la Tet qui passe au « Trou de la Cheminée » ou Forât de la Ximeneya; plus haut s'ouvre la gorge du Mal Pas ou (( Mauvais Passage », à peu près infranchissable. La Tet présente ici un aspect fort curieux : ses eaux passent en effet dans une large crevasse où les pins et les noisetiers sauvages confondent leur* feuillage et forment comme une galerie impénétrable aux rayons du soleil. A deux pas de là, nous trouvons l'étang de Pradeilles, qui dort au pied des rochers escarpés du Bois de Llivia.
Il y a ici une excellente baraque, qui ouvre sa porte au soleil levant. Mais, il est encore de bonne heure. Nous prenons un moment de repos, puis nous continuons notre chemin. Sur le bord de l'étang gît, les pattes en
(i) Ce mot, que nous avions autrefois rapproché de aoellana « noisette », et auellanef\ « noisetier », semble avoir le sens de « grosse pierre ».
l'air, une bien vilaine ))éle, un loup; il s'est repu de ({uartierâ de mouton que les liei^ers avaient empoisonnés, et il est là, sans sépulture, le hideux malfaiteur, et nul ne se soucie de lut.
En quittant le lac de Pradettes, nous allons au Pla de Bonus Auras. Nous sommas déjà dans le liiveral de Carlil. Les Btiltoeas, deux "rands marais, s'étendent le lon^ du Pla. La jurande BuUoaa asl traversée par la Tet, dont les eaux se mélangent dinicilemenl avec celles de cette espèce d'étang; de couleur vei-dàtre. La rive gauche de cette vallée de forme elliptique est formée parle massif qui portelePicetrEtanf;d'Aude,en Capeir, massif dont les flancs sont très boisés. En face, au Nord, l'horiiton est fermé par le Puig l'êric et les montagnes de la Roja et de la Grot'e, tandis que la rive droite est formée par
les solides murs de soutènement qui supportent le vaste plateau lacustre de Carlit. Nous nous arrêtons à la Itaraque de Llivia, construite au milieu du Pla de Bonus Auras, (i)
11 y a en cet endroit quelque chose de très intéres^nt
à observer : toutes les eaux qui viennent de la Vallée de la Tet proprement dite passent dans les Bouillouses et descendent vers Mont-Louis et Prades ; à côté, et séparées par une selle de faible hauteur, les eaux du Pla de Bonas Auras vont rejoindre la rivière d'Angoustrine et vont en Espagne par conséquent.
Nous montons en suivant la rive droite des Bouillouses et nous allons traverser la Tet à l'endroit où le Ravin de la Grave vient la rejoindre. Il s'agit maintenant de gravir les pentes abruptes qui soutiennent les plateaux et les comas constituant ce quartier si jïai, si riant et si curieux qu'on appelle la Vall Maran. Là bas, à notre gauche, dort dans un « coin » VEsiany del Racou qui est bien nommé au point de vue topographique. Autant les étangs de Garlit sont amples, coquets, exposés en relief, pour ainsi dire, su]" de hauts plateaux, autant celui-ci est étroit, sombre, mal placé el caché aux regards du touriste. Nous remontons pendant environ dix minutes la rive gauche du torrent de la Grave et nous arrivons à la cascade assourdissante qui déverse les eaux de la Llosa dans ce torrent. Par une pente facile et gazonnée nous atteignons à la Jassa ou Orri de la Vinyola. Auprès de cette jassa est une fontaine très connue des bergers. Tout ce quartier est couvert de gras pâturages, que nous foulons aux pieds jusqu'à l'Etang de la Grave, situé au pied de la Pica Roja. Cet étang est l'une des sources du torrent de la Grave, que nous avons maintenant perdu de vue. En compensation nous avons le panorama des montagnes qui semblent s'épauler l'une l'autre pour contenir les eaux dans la vaste conque de Lanos : La coma d'Or, Garlit, le Pic Pedrôs, Las Vesinas surgissent comme par enchantement à mesure que nous montons ; on dirait des géants qui se lèvent les uns après les autres pour regarder ce qui se passe autour d'eux. Cependant le pays s'attriste ; le sol est nu ; le gazon est maigre et rare. Nous sommes tout près de la frontière du département de l'Ariège.
Maintenant nous voyons briller les eaux de l'Etang bleu, Tune des sources de la Tet, et toute la Coma de Vall Maran s'offre à nos regards.
La première de ces sources est une jolie petite fon-
taine qui s'échappe du pied d'une grande roche granitique, à la hase même du Puig Péric. Elle se grossit hientôt du trop-plein de deux petits étangs où descendent les eaux provenant des neiges qui fondent le long des flancs de la Pica Roja et du Puig Péric, dont la masse se dessine maintenant avec* toutes ses aspérités. Ils se déversent dans deux autres hassins plus petits, qui communiquent entre eux par un canal naturel transversal. Le torrent qui en sort court vers le Sud, infléchit hientôt à droite, se creuse un lit profond, mais étroit, à travers des roches énormes dont il fouille les flancs avec fracas, et, après des circuits innomhrahles, va former la cascade que nous avons déjà vue.
D'excellents pâturages couvrent les hords du torrent de la Tet. Les troupeaux de la Gerdagne et du Capcir sont disséminés sur les pelouses ou sur les rochers qui leur servent de helvédères. Les isards fréquentent ce pays, où ils trouvent une nourriture délicieuse et la tranquillité ; les hrehis ne les effarouchent pas ; ils viennent même tondre le gazon en compagnie des juments et des vaches ; mais Thomme ! ah ! quelle jieur ils en ont ! Il nous est arrivé quelquefois de chasser l'isard dans les montagnes du Puig Mal et de Nuria; nous n'y reviendrons plus. Pourquoi inspirer tant de terreur à de si jolies bêtes qui, après tout, peuvent nous donner des leçons de marche et d'adresse à nous autres excui^ionnistes, tant que nous sommes! Il n'existe plus de forêt dans la Vall Maran; pas un brin d'omhre, si ce n'est derrière les gros quartiers de roc ; mais la flore y est riche : les anémones, les renoncules alpestres, les alchemilles et les carex y abondent.
Au lieu de suivre le torrent, dirigeons-nous vers l'Est ; en quelques minutes nous arrivons sur les bords de l'étang de VEsparher, Cet étang est entouré de pins qui reflètent dans ses eaux dormantes leur feuillage veidàtre, et leur donnent une couleur noire assez prononcée ; les eaux du Cocyte, qui faisaient tant de peur aux Anciens, devaient avoir cette couleur. Nous trouvons le meilleur endroit occupé par deux bergers dont l'estomac ne sonne pas creux, comme le nôtre. Us ont vidé leur sarro jusqu'à la dernière miette de pain. Ils habitent la baraque
du Pla de Bonas Auras et sont venus de très bon matin passer l'inspection de leurs bêtes, qui vivent ici en toute liberté. En bergers galants, ils nous cèdent la place et nous nous mettons à table. . . par terre.
L'étang de VEsparher se déverse dans un gros torrent qui descend des flancs orie'ntaux du Puig Péric, et qu'on désigne sous le nom de Ravin de la Llosa parce qu'il traverse un étang qui porte ce nom. Arrivé à la hauteur de 1 étang de VEsparber, le torrent s'encaisse profondément, hurle à travers les blocs de granit qu'il secoue fortement et vient se butter contre le massif de la Balmeta. Furieux alors, il tourne à droite, se grossit des eaux de VEsparbev, se précipite et court jusqu'à l'entrée de la grande Bouillouse, où il rejoint les eaux descendues de la Corna de la Grava et de la Vall Maran. Là, réellement, la rivière de la.Tet est constituée.
D'après ce que nous venons de dire de la marche du torrent de la Llosa, on doit comprendre qu'il n'est pas toujours facile de le suivre. Mais on peut descendre à la Bouillouse par un chemin plus commode. En quittant l'étang de VEsparher,. le touriste se dirige vers l'Est comme s'il voulait aller à la gorge de la Balmeta. Arrivé au torrent, il le traverse assez facilement, puis il gagne les pentes gazonnées du massif que couronne le Pic d'Aude et descend vers le Sud jusqu'à l'entrée du marais. De là, il passe sans difficulté sur la rive droite et reprend le chemin qui conduit à la baraque du Pla de Bonas Auras, où il peut passer la nuit.
70 Font-Romeu. — Celui qui, avant de descendre dans la plaine de la Gerdagne, veut embrasser le pays d'un coup d'œil, voir en un jour tous les costumes et tous les types, c'est à la grande réunion, à Vaplech de Font-Romeu qu'il doit aller, le 8 septembre.
Montons-y par le chemin qui a été ouvert par le génie militaire à travers la forêt. Il se détache de la route nationale à quelques mètres des ouvrages fortifiés qui couvrent la Porte de Secours.
Nous laissons à droite la route du Capcir et nous gravissons directement les escarpements de la rive droite de la Tet.
Nous atteignons bientôt les premiers arbres de la forêt de Font-Romeu et nous marchons silencieusement entre des coloDDades de pins dont le morne feuillage arrête tes rayons du soleil. Quelques-uns de ces arbres sont
lisses et droits comme des m;Hs de navire; il en est de tout petits, qui ont à peine dix ans, et dont la ti^e géométrique commence à jeter des liranches liorizontales. Les vieux ont des barlws île lichen srrisâtre ou blanc, accroché à leui-s troncs qui s'écaillent ; à leurs pieds, des mousses d'une teinte veite et fraîche tapissent le sol ; si on met le pied dessus, l'eau en jaillit avec une sorte de grincement plaintif: ce sont les éponges de la forêt;
elles sont aussi les gardiennes des semences de toutes les plantes qui se reproduisent ici. La forêt va en s'épaississant, couverte de petites essences, avec des genévriers rampants et des plumets d'aconit aux pétales d'un bleu vif.
L'ermitage est situé sur le bord d'un torrent, en pleine forêt. Ce vieux sanctuaire est le Delphes de la Gerdagne et du Gapcir, comme Nuria est celui de la Catalogne; il y vient jusqu'à trois mille personnes, le 8 septembre. Alors, ce lieu si calme, si austère s'anime, la forêt se peuple. La joie sort de cette fourmilière qui dîne et qui chante à l'ombre des pins séculaires étendant leurs bras ramus. Un flot continu de gens monte et descend depuis le Pedro jusqu'aux maisons. Vous y trouverez le bonnet blanc à flandres des femmes du Gonflent et du Roussillon, les foulards et les fichus jaunes, bleus, aveuglants des Gerdanes et des Gapcinoises. Des hommes portent la rouge harretinaj les souliers de corde ; ce sont des Catalans qui n'ont pas tout à fait renoncé au vieux costume, et presque tous appartiennent à la Gerdagne espagnole. A Font-Romeu Espagnols et Français se sentent chez eux ; ce sanctuaire appartient à tous, et la Vierge, qui ne distingue pas les nationalités, est bonne pour tous indistinctement.
Ah! elle est leur consolatrice, leur advocate, cette vieille madone de bois, jadis trouvée par un pâtre, noire, laide, mal taillée, d'un visage autoritaire, mais bienveillante et qui à travers les siècles a toujours entretenu la foi des habitants de la montagne ; de naïfs tableautins, des béquilles, des mèches de cheveux appendus aux murs de la chapelle rappellent les miraculeux sauvetages qu'elle a opérés.
Mais, laissons la foule à ses amusements et à ses prières ; montons au Pedro ou Miranda, gros piton formé d'un énorme entassement de blocs granitiques. Quel beau spectacle ! A droite, toute l'ossature rougeàtre des montagnes de Garlit ; à gauche, la masse béante du Cambra d'Ases, le damier gris et vert du Col de la Perche, puis, en face, toute une ronde de monts étincelants de lumière, le Puig Mal, le Puig d'Alp, la Serra de Cadi, a mur cyclopéen en forme de mon-
tagne ». Et on se- montre les villajjes, dont l'image vague, indécise à cette distance va toujours en s'eflaçant à mesure que le crépuscule meurt dans le ciel. Mais, chacun reconnaît le sien: là-bas, c'est Eyne, à l'entrée de la vallée ; plus loin, le blanc clocher d'Err, long village, campé sur la rive droite d'un torrent qui sort du liane du Puig Mal; Puigcerda assise au milieu de la plaine, sur un si^e haut, comme il convient à cette fière et a. héroïque » ville ce où ce fut de père en fils un invariable usage de se faire tuer pour le pays. »
Livia est plus ancienne que Puigcerda, mais combien déchue ! La ville antique a disparu ; le Chàteau-fort n'est plus qu'une informe ruine, image du moyen âge, tué, évanoui ici comme dans le reste du département, cadavre de la féodalité militaire et violente; seules les églises sont restées presque toutes, et ces modestes sanctuaires du christianisme sont là pour attester qu'il valait mieux que la force. Quelques-uns sont des morceaux remarquables d'architecture. Du haut de la Mirande de Font- Uomeu, l'habitant d'Odeillo ou de Via, de Ste-Léocadie ou d'Hix, d'Ur ou d'Enveigt, aperçoit le clocher de son église romane, et se remémore les images bizarres, les moulures élégantes qui datent de plus de mille ans et qui ne sont pas près de périr, pour la gloire de Dieu et du Saint qui protège le village.
Et les champs! Gomme il les rejzarde, le Cerdan, ces tapis de verdure où l'eau fait pousser l'herbe à foison pour nourrir ses vaches, ses juments, aides j)uissants ; ces carrés d'un vert noir où se balance la feuille de sa grande nourricière, la pomme de terre ; ces bandes de chaume roussi où naguère encore les épis dorés courbaient la tige flexible ! Maintenant, son blé est à Vaire, il dépiquera demain, après lo dia de la Marc de DéUy puis il emmagasinera le grain ; le foin sera fauché, les pommes de terre arrachées, et, quand l'hiver arrivera, il sera prémuni contre la disette. Aussi, faut-il voir avec quelle fièvre, fin septembre, il se hâte ; tout le monde est au champ; les maisons sont vides; car l'hiver, ici, c'est le silence, le repos, l'inaction forcée ; un linceul blanc et lourd couvre la terre et les villages. Quel constraste avec l'été !
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LA CEEDAGNE LACUSTRE