ETABLISSEMENT THERMAL DES ESCALDES
16 kil. de Saillagouse, 65 kil. de Prades, 106 kil. de Perpignan, 7 kil. de Bourg-Madame, 6 kil. de Puigcerda.
Les Escaldes sont aujourd'hui un des plus vastes et des^plus pittoresques établissements thermaux du département des Pyrénées-Orientales. On peut y loger jusqu'à 250 personnes. Situé à 1450 mètres d'altilude, sur la rive gauche "du torrent de Coma Armada, il est à l'abri des fortes chaleurs, et à l'abri aussi de ce redoutable Carcanet dont nous avons déjà parlé. Le fond de la combe est occupé par un parc absolument délicieux, où la main de l'homme a eu peu de chose à faire, tant la nature s'est chargée de parer ce petit paradis. Un peu plus haut est perché le village de Dorres, et, plus haut encore, s'éten^ toute une mer de blocs granitiques qui donnent au fond du tableau un aspect grandiose et sauvage très caractéristique.
Les eaux des diverses sources des Escaldes sont sulfureuses et alcalines. Bayen et Venel d'abord, puis Carrère et Anglada les analysèrent; mais l'analyse de ce dernier fut seule complète ; elle permit de constater le haut degré de sulfuration de ces eaux précieuses et leur caractère particulier qui, malgré cette haute sulfuration, consiste à ne donner qu'une légère odeur de soufre.
L'établissement se compose de trois corps de logis, d'un chalet et d'un pavillon de bains spéciaux. On y voit
six galeries de bains comprenant quarante-six baignoires en marbre, une j^alerie de douches avec petite piscine, une salle d'aspiration avec pulvérisateur. i
Les six galeries de bains sont alimentées par trois sources différentes, seules ou mélangées. Ce sont :
1^ La Source Colomer (42'* 5 c), qui donne de l'eau à toutes les galeries par des conduits spéciaux et dont l'excédant, refroidi dans des bassins couverts à Taide de serpentins d'eau froide, sert à tempérer le bain qu'il serait impossible de supporter à la température naturelle de la source. C'est la plus abondante ; elle débite environ 504 mètres cubes d'eau par jour.
2^ La Source Merlat (33" 75 c.) alimente deux galeries de bains : elle est toujours additionnée d'eau de la Grande source.
3® La Source dite Tartera d'En Margall ou Source de la Caseta (33» 425 c), alimente uniquement les quatre baignoires du pavillon. Cette source est prescrite [)our les affections cutanées, les maladies des voies urinaires, les catarrhes vésicaux, gravelle, affections utérines, névroses et troubles nerveux de toute espèce.
Indépendamment de ces trois sources, qui alimentent les bains et les douches et forment, par une dérivation artificielle, trois buvettes sur trois points différents des thermes, il existe trois sources spéciales pour la buvette :
lo La Source Saint-Joseph à 17^15 ;
2» La Source 1864 ou de Saint-Barthélémy , à 19<^ ;
3^ La Source du Paslural à 22*' ;
Ces sources-buvettes sont de même nature et de môme composition que les sources des bains ; elles sont sensiblement plus froides, et c'est tout.
La Source du Pastural, est appelée aussi Font dels Curais (Fontaine des Curés) à cause du grand nombre de prêtres espagnols qui, autrefois, avaient l'habitude de s'y réunir, (^ette source, ,qui est située en dehors des thermes, est employée avec succès, seule ou mélangée à un sirop approprié et variantselon la nature de l'affection, au traitement des maladies de la peau, des affections des voies respiratoires, des catarrhes vésicaux, de la gravelle, des maladies de l'utérus et de ses annexes. On l'emploie
aussi pour aider à la résolution des engorgements strumeux et autres des viscères de l'abdomen.
Le petit pavillon spécial qui s'élève à côté des bâtiments principaux est connu sous le nom de Caseta ; il contient des baignoires à eau courante qui permettent au baigneur de maintenir Teau de son bain à la même température et au même degré de sulfuration, « avantage dont il faut tenir compte, dit le docteur Gampanyo(l}, surtout dans le traitement des affections cutanées et des troubles nerveux. )) On a vu que ces quatre baignoires sont alimentées par une source spéciale très alcaline appelée La Tartera d'En Margall.
Non loin de l'établissement, et sur le petit chemin qui conduit à Dorres, on trouve une source très abondante sortant du granit ; elle est connue sous le nom de Source des Bains de Dorres. Elle a une température de 41o ; son débit est pour le moins aussi considérable que celui de la source Golomer. Elle remplit, au sortir de la roche, une piscine où viennent se baigner les gens du pays.
En dehors des sources sulfureuses dont il vient d'être parlé, on fait usage, aux Escaldes, des eaux ferrugineuses de la Bullobra, qui émergent des Schistes ferrugineux de la montagne d'Estavar, sur la rive droite du torrent d'Estagouge. Cette source ferrugineuse et connue aussi sous le nom de Font de Llivia. Ses eaux, très riches en principes minéralisateurs, sont employées avec succès dans un grand nombre de cas^ pour combattre le lymphatisme et l'anémie, les affections chlorotiques et les troubles de la menstruation chez les jeunes filles et chez les femmes.
Au dire de Marca, les thermes des Escaldes, qui, sous la domination romaine, avaient été somptueux et attiraient beaucoup de monde, étaient, de son temps, bien déchus et bien misérables quoique leurs eaux conservassent leur antique réputation. Marca semble exagérer l'importance des Escaldes dans l'antiquité ; en tous cas, aucun document, aucune trouvaille archéologique n'est
(i) Ancien médecin-inspecteur des Escaldes.
venue, jusqu'ici, confirmer son assertion. Après la cession d'une partie de la Gerdagne à la France, en 1660, les eaux des Escaldes, qui avaient appartenu jusqu'alors à la commune de Puigcerda, vinrent, avec leurs dépendances, augmenter le domaine de l'Etat français, qui s'en trouva fort embarrassé. Garrère en obtint la propriété par un arrêté du Conseil d'Etat, de l'année 1779. Après la mort de Garrère, émigré en Espagne, son fils entra en possession des Escaldes; mais la commune de Villeneuve les réclama pour elle. Ge fut en vain ; le préfet Martin ne fit pas droit à cette demande. En 1804, Garrère céda les Escaldes aux sieurs Golomer Giralt et Berges; en 1812 Golomer Giralt demeura seul propriétaire ; c'est sous sa gérance que les thermes commencèrent à reprendre une certaine importance. Déjà Margall utilisait la source qui perte son nom et Merlat élevait un établissement qu'il alimentait au moyen de la source n» 2. Actuellement, ces trois anciens et petits établissements n'en forment plus qu'un sous le nom de Les Escaldes.
Dans la chapelle on verra un tableau représentant a la Vierge des Abandonnés » (Mare de Deu dels Desem- 'parats) qui nous a paru être un remarquable morceau de peinture du XV^ siècle.
DORRES
i8 kil. de Saillagouse, 66 kil. de Prades, 107 kil. de Perpijçnan.
On monte à Dorres (1458 m. d'alt.) en vingt minutes. Le village, très bien exposé à l'Est, est assis sur un entassement de roches granitiques. De la porte de l'église, on découvre un admirable panorama sur la Gerdagne française. Dans l'intérieur de ce vieux sanctuaire, on remarquera VAltar de la Mare de Dên de Belloch ; la Vielle est très drôle avec sa figure allongée. Un sentier fort pénible mais d'un pittoresque achevé conduit à Brangouli, Fanés et Béna, métairies reculées, aux murs fendillés, aux portes branlantes, où tout respire la vie rustique. Dehors, gisent des instruments aratoires ; une
jument hennit ; des brebis bêlent, un chien aboie et vient vous flairer aux jambes; une femme met silencieusement la tête à la fenêtre ; un homme vous regarde passer d'un air indifl'érent, sans mot dire ; on dirait qu'ici les bêtes ont plus que l'homme le goût de la conversation.
De très bonne heure, il y eut sur la montagne de Belloch qui domine Dorres, une église rurale dédiée à la Vierge ; nous la voyons citée en 1265 ; en 1579, des frères de la Trinité vinrent s'y établir; ils l'abandonnèrent quelque temps après, la laissant à moitié ruinée. Ces ruines, devenues une grange, dominent la Gerdagne.
Des Escaldes on peut gagner facilement le plateau lacustre de Garlit par le sentier qui traverse des entassements de cailloux et gros blocs, restes de l'ancienne moraine glaciaire (2 heures 1/2). On passe à côté des pâturages marécageux de la Coma Armada, puis on franchit le col de Dorres pour aller au CasieUary qui est à l'altitude de 2089 mètres.
UR
i3 kil. de Saillagouse, 6o kil. de Prades, loi kil. de Perpignan.
Nous redescendons à Villeneuve pour reprendre la route de la Solana, Le touriste qui, du point où nous sommes, voudrait aller visiter Lli via prendrait un sentier qui la conduirait dans le territoire de l'enclave en quelques minutes.
La route descend et va bientôt rejoindre la rive droite de la rivière d'Angoustrine ; elle longe ainsi le flanc de la montagne de Belloch, dont le sommet porte les ruines de l'ancien prieuré d'Augustins. Les maisons de Flori, annexe d'IJr, baignent leurs pieds dans la rivière ; de l'autre côté, un gros mamelon nous cache la plaine de la Gerdagne. La rivière et la route qui la côtoie font un coude pour nous conduire au village d'Ur.
G'est là un nom assez singulier; on l'a cru tour à tour hébreu, ibérien, basque, celtique. En tout cas, il n'a point la physionomie latine ; le village date sans doute des premiers temps historiques de la Gerdagne. Que signifie son nom ? Eau ? Pâturage ? On ne sait au juste.
Quoi qu'il en soit, Ur est un charmant endroit, bien arrosé, bien ombrajçé, avec des prairies d'un vert tendre qui rivalisent avec celles d'Angoustrine.
Il faut visiter l'église ; elle contient de très l>elles peintures antérieures au XVIir* siècle, quoique le rétable porte la date de 1768.
A Ur, la route de la Solana s'amorce à la route nationale n*» 20, dite « De Paris à Toulouse et en Espagne T^. Nous prenons celle-ci pour descendre à Bourg- Madarae. Ombragée, large, unie, elle longe à une petite distance la rivière d'Angoustrine qui, à partir d'ici, prend le nom de Régur et forme la frontière des deux nations à partir du Pont de Llivia. Sur ce pont passe le chemin neutre qui vient de l'enclave et monte à Puigcerda.