LA VALLÉE OE CAROL
La vallée de Carol s'étend depuis le a port d de Pimorent, qui domine le village de Porté, jusqu'à l'extrémité Sud du plateau qu'on désignait anciennement sous le nom de Mont Cerdà, sur lequel est bâtie la ville de Puigcerda. Ce plateau commence à Enveigt. La partie française de la vallée de Carol s'arrête à la Vinyola (anciennement Santa Eugenia), annexe du village d'Enveigt. La distance de Porté à la Vinyola est de 16 kilomètres. La rivière qui coule au fond de la vallée est VAravo ou Araho, appelée aussi i? m major de Carol, ou bien encore, mais très improprement, èègre de Carol, le plus important des affluents du Sègre, en Cerdagne.
La vallée de Carol est la seule communication qui ait existé de tout temps entre la Cerdagne et le pays de Foix ; aussi, les négociateurs français du Traité des Pyrénées de 4659 y attachèrent-ils une grande importance ; ils firent tous leurs efforts pour en acquérir la possession à Louis XIV.
Le col ou « port » de Pimorent consiste, topographiquement, en une selle presque plane, gazonnée, jonchée de blocs, dominée au Nord-Est et au Sud-Ouest par des montagnes qui s'élèvent à une grande hauteur ; le sol luimême atteint une altitude considérable dont la côte maximum est de 1931 m. C'est de ce point même que se détache le chemin qui mène en Andorre.
Le sol est essentiellement formé par des schistes siluriens; toutefois, cette roche fondamentale n'y affleure pas; elle s'y trouve partout recouverte et cachée par un
terrain superficiel, composé de cailloux et de blocs Rraniliques liliresà la siirtaceou emballés dansune teriej^Tossière, blancliâtreoubrunâtre; ces blocssonl certainement d'orii^ine^laciare.
On descend à Porté par une belle route à lacets immenses ou par le vieux cliemin, le plus caillouteux et le plus détestable qui se puisse voir. La vallée se présente, à fiartir de Porté, sous la forme d'une longue fracture, au milfeu d'un massif granitique qui s'étend jusqu'à la plaine de Cerdagne.
La vallée se compose de deux parties distinctes par la forme et par la direction.
Depuis la Tour de Carol jusqtl'à Porta, elle constitue une véritable ((oi^e de 9 kilomètres portant tous les caractères d'une fracture dont les parois, très rapprochées de la route, offrent à l'observateur des surfaces vives et fraîches qui lui permettent d'étudier la roche et d'en reconnaître la composition et les diverses variétés. Le içranit diffère essentiellement, ici, des roches granitoides variables et incertaines de l'Ariège, entre Ax et l'Hospitalet. Il est de même composition que celui de
Ûorres, des Escaldes, d'Odeillo et de Boiqiière. En effet, il est généralement massif, franc, vif à la cassure, homogène, à feldspath (orthose) blanc dominant ; le quartz y est gris très clair, vitreux, se fondant fréquemment sur les bords avec le feldspath. Ce granit n'a guère qu'un seul genre de mica, qui est noir, très brillant. La couleur de la roche dépend principalement de l'espacement plus ou moins grand de cet élément lamelliforme. Habituellement les lamelles sont assez écartées, et le granit offre, par suite, une couleur claire qui lui ferait donner le nom de granit blanc.
Le granit commence à se montrer à une faible distance en amont du village de La Tour-de-Garol, où surgissent des schistes de transition, identiques à ceux du col de Pimorent, et qui doivent appartenir au même étage; on peut observer facilement les roches fondamentales sous l'église, située sur un piton où Ton retrouve les schistes striés, à petites macles ébauchées, de la montée du col de Pimorent.
On verra de nombreuses roches moutonnées ou mamelonnées, souvent même polies, principalement entre Porté et Porta et dans le bassin où se trouve ce dernier village ; l'état des affleurements granitiques de cette région est un effet d'anciens glaciers.
La seconde partie de la vallée qui suit exactement la ligne méridienne n'a que 3 kil. de longueur ; elle se termine par le petit bassin où est situé le modeste village de Porté. Elle est ouverte dans le granit. Toutefois, cette roche y est comme bordée au Nord par une lisière comprenant des roches cristallines stratifiées où l'on distingue, près du village, sous les ruines de la Torre Cerdana^ un beau gneiss en partie noduleux, très brillant et noir par l'abondance du mica de cette couleur. La Serra de Bac d'Orteil ou de Coll Roig, d'aspect rougeàtre, vers le col surtout, court depuis Garlit jusqu'au Punxo(2586 m. d'alt.), et sépare absolument le bassins de Lanos et de Font- vive des territoires de Dorres et d'Enveigt ou, si l'on veut, du bassin de Garlit, formé par les étangs et la rivière d'Angoustrine. L'un des pitons les plus rapprochés du Pic de Garlit porte les restes de la Torre de Coll Roig. Le Punxo, qui est à l'autre extrémité domine Porté et
Porta ; c'est lui qui envoie vers le Sud, le lonj^ de ta rive gauche de l'Aravo cette chaîne escarpée, déchirée par les ravins, connue sous le nom de Caviau. Le Pic de ce
nom, situé entre le ravin de Coma Pregona au Nord et celui de Pral de la Quera au Sud, domine la vallée, avant d'arriver à La Tour.
La rivière d'Arabo est formée par les eaux qui descendent du Col de Pimorent et par la rivière de Font vive qui sort de rétan|r de Lanos, le plus considérable de la chaîne des Pyrénées. Il occupe le fond d'un cirque irré- Kulier que dominent le Puig de la Grava, le Puig de Lanos et le Puig d'Ervesines, au Nord ; le Puig Pedros, le Cap de Coma d'Or, à l'Ouest; par le Puig de Font vive, au Sud ; par tout le massif de Carlit à l'E^t. L'étang de Lanos est situé à 2150 mètres d'altitude. Sa longueur est d'environ 3 kilomètres et sa lai^ur de 500 mètres. Bien que gelé ordinairement de seplembre à juillet, I.^ Nos est peuplé d'excellentes truites saumonées.
Tout ce pays est sur la limite du département et constitue la chaîne de Fontvive ou de Pimorent où Ton voit se dessiner le premier lacet de la route de Foix. Mais derrière est une petite vallée dont les eaux vont rejoindre l'Ariège ; elle ast formée par le ravin dit d'En Garcia.
Le meilleur chemin pour aller de Boui'p-Madame dans la vallée de Carol est la route nationale, qui remonte la rive gauche de la Régur jusqu'au village d'Ur. Là, elle fait un coude à gauche et monte sur la colline d'origine glaciaire qui sépare la vallée de la Régur de celle de TAravo. On laisse le chemin ombreux qui conduit à Puigeerda (Garni de la Vila) et Ton va directement à Enveigt. « Le canal de Puigeerda » longe la route.
ENVEIGT
i6 kil. de Saillagouse. 63 kil. de Prades, 107 kil. de Peq)ig^nan.
Village long, épanoui, très blanc et très gai ; on a d'ici une vue splendide sur la plaine de Sant-Marti et sur le quartier de la Vinyola, où de beaux arbres et de luxuriantes prairies, arrosées par les eaux de l'Aravo, jettent une note pleine de fraîcheur.
L'église d Enveigt a été remaniée, refaite et par conséquent déQgurée, dans le cours du XVIIIc siècle; seule, une partie de l'abside romane du XI^ «siècle — peut-être du X* — est restée ; là, une fenêtre surtout attire l'attention de l'archéologue: une autre, percée au-dessous du cadran des heures, porte un vieux mascaron joufflu provenant sans doute du couronnement de la partie démolie de l'abside. Le retable du maître-autel de Sant-Cerni est riche, avec des colonnes torses très élégantes, semées et entrelacées de roses. Dans l'une de ses istories on voit le Saint traîné par des bœufs attelés à une charrue plantée dans son corps : Ohra any il 60.
L'église est précédée d'une jolie allée d'acacias ; un mur, construit dans le genre cyclopéen, avec des blocs énormes de granit, soutient le chemin qui conduit à La Vinyola, où se trouve la minoterie Blanich.